Maliens, indignez-vous!

  toutes à piedsEnfin les maliens réagissent…

Il était temps…

Je ne devrais pas me réjouir de la situation que notre capitale Bamako a connu en ce jour  vingt-cinq 25 mars 2013 –la veille du 26 mars, jour si important dans l’histoire du Mali, contrairement au 22 mars que certains faux-cul ont osé fêter aussi !- aujourd’hui aussi ça a bougé à Bamako ; comme le dix janvier dernier.

Les raisons  de cette indignation à la malienne ?

Mes lecteurs savent que j’ai fait venir ma moto de Tombouctou pour échapper à la fatigue et au cercle infernal des sotramas qui non seulement te dépouillent de tes sous , mais en plus te fait perdre un temps précieux –sans oublier le nombre d’habits que leur bancs déchirent quand ce n’est pas la rouillent qui les teintent- et il ne faut pas oublier la mauvaise humeur quotidienne des apprentis –chauffeurs – qui en réalité sont là plus pour prendre l’argent des clients et rendre la monnaie que pour apprendre à conduire. Quand a lieu cet apprentissage alors que  ces voitures infernales, de couleur verte sillonnent Bamako toute la journée  et les chauffeurs ne pensent qu’au   nombre d’aller-retour possible dans la journée.

Hier, 24 mars, sans crier gare, le syndicat des transporteurs urbains et périurbains a procédé à une augmentation de 35% sur le prix de transport. Ceci a mis la population dans une colère noire.

Ayant voulu accompagner une amie chez le tailleur, nous partîmes à pieds –donc  obligées d’emprunter une sotrama.  Avant que nous atteignons le goudron où elles passent, elle m’appris qu’elle venait de la ville et qu’il y a eu une véritable bagarre entre l’apprentis et les clients qui étaient mécontents de l’augmentation de 50 F CFA sur le prix du transport, ainsi, au lieu de payer 150 F ; c’est devenu 200 F « binani » en bambara.

Le chauffeur s’arrête comme il en a l’habitude pour chercher des clients car la voiture n’est pas remplie ? Les clients rouspètent : « hey prenti ! Nous ne pouvons plus accepter vos choses-là en payant binani. Binani ka tchan o ma dè ! « 200 F est trop pour cela hein ! » les clients  mécontents à en démordre avec les apprentis qui pour une fois en ont oublié leur impolitesse légendaire et leurs réponses cinglantes dont ils ont le secret. Quand l’apprenti a voulu ouvrir la bouche pour répondre, un vieillard installé juste à côté de lui pris la main et lui dit : « mon fils, fais attention, si tu te permets de réagir comme d’habitudes, ces clients sont si mécontents qu’ils vont te lyncher. Soit silencieux et contente toi de prendre l’argent. »

« Mais Hida –c’est le nom de mon amie-nous ne partons qu’au Djakarta terrain, ce n’est pas binani quand même ? » «  Si,  ils disent binani carré kun ni carré Kun, 200 F même si c’est pour parcourir une rue ». C’est le discours que nous tint l’apprenti de la première sotrama qui s’arrêta.  Après négociation il accepta de nous amener à 150 F alors que c’était 100 F avant.

Aujourd’hui, la colère a atteint son paroxysme, car des jeunes gens –encore l’AEEM ? Je ne crois pas-ont fait descendre les clients sotramas, refusant cette augmentation  qui  est celle de trop.

En effet, depuis le 22 mars dernier, date du coup d’état malheureux qui a fait vaciller notre pays dans des jours plus que noirs  et permis a aux groupes des terroristes et de narcotrafiquants de prendre le contrôle du grand nord malien, les maliens ont accepté des augmentations sur des produits sans broncher : le prix du gaz butane a connu une hausse de 1500 F, l’essence, le pain…et quoi encore ? Le transport. Trop c’est trop ! Stop –cela me rappelle un livre lu dans le passé «  trop c’est trop, un homme enceinte » qui en est l’auteur ?-.  Le résultat est bien amer : pneus brulés, vitres cassés, apprentis et chauffeurs agressés et pas de recette pour la journée. Heureux les propriétaires de voitures et de motos, car les usagers habituels des voitures vertes  parcoururent ces longues distances qui séparent les quartiers périphériques du centre-ville. Que de femmes marchant avec peine, sous le soleil, traversant les ponts. Je pris la photo d’une très en fâchée, qui s’attaqua à une sotrama vide qui passait  « hassidi nounou, aw bafè ka an bosso dè , ces hypocrites, vous voulez nous dépecer ! »

En rédigeant le billet, je prêtais oreille au journal de la télé malienne que je n’affectionne pas particulièrement, reprochant à ces journalistes  morts, tués par leur absence d’engagement et leur acquiescement perpétuel envers le pouvoir.  Après un petit reportage montrant des pneus calciné et des voitures vertes passant vides,  la présentatrice annonça un communiqué du Gouvernement consécutif à une rencontre des ministres  concernés par l’affaire (finance, transport, économie) avec le conseil des chargeurs du Mali et  le syndicat des transporteurs pour reconnaitre que les raisons de l’augmentation sont bien justifiées mais leur demande d’y sursoir en attendant la fin des discussions qui sont ainsi engagées.

« Oh le MALI ! Me dis-je. Je suis certaine que cette augmentation prendra bien effet et que cette indignation n’est qu’à la mesure de cette journée.  Ils donnent juste le temps aux gens de se calmer. »

POURTANT, IL NE FAUT PAS QUE NOUS NOUS CALMIONS. INDIGNONS –NOUS, REAGISSONS ENFIN !

meme pas un taxi

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Mamady Keita ou les yeux de Mondoblog en Ukraine

Mamady

C’est depuis l’Ukraine, le pays de la vodka et du vinok que Mamady Keita, jeune étudiant guinéen de 22 ans est en train de vivre son rêve : celui d’avoir un cadre permanent, une plateforme sur laquelle il partagera ses aventures, ses émotions, son quotidien et celui de ceux et de celles qui forment son environnement immédiat. Comme on peut facilement le deviner, le jeune guinéen a croisé sa passion (l’écriture) grâce à Mondoblog, le formidable projet porté par l’Atelier des médias, une émission participative de la radio mondiale RFI.

L’Ukraine, cette jeune république d’Europe de l’est bordée par la mer noire, continue à être en quelque sorte un nouveau monde pour le jeune guinéen Mamady Keita. Tous les jours, il vit de nouvelles expériences, découvre de nouvelles choses, de nouvelles coutumes, de nouvelles façons de faire. Comment s’intègre  t-il dans ce pays où tout ou presque tout lui est étranger, à commencer par les langues (russe,ukrainien) ? Comment concilie t-ils ses études et la gestion de son blog A vol d’oiseau dans ce pays où le système éducatif diffère de celui de son pays natal la Guinée ? Quels sont les les espoirs qui animent le jeune guinéen ? Nous avons partagé son quotidien.

Dnipropetrovsk 6 heures du matin. C’est à cette heure que Mamady finit de prendre son bain, direction la cuisine pour le petit dejeuner qui reste très varié en fonction des jours. Ke jeune étudiant nous confie qu’il n’a appris à faire la cuisine qu’après son arrivée en Ukraine.  » Je commence même à faire connaissance avec d’autres mets parmi lesquels figure celles d’Ukraine « , lance Mamady sourire aux lèvres. Après le petit déjeuner, c’est l’heure d’aller à l’université. « Je suis persuadée que l’instruction, l’éducation la lutte contre l’ignorance est l’arme la plus efficace contre tous les mots dont soufre notre continent » . Par ailleurs le jeune guinéen affiche sa fierté d’appartenir à la génération causante de Mondoblog : « Pour moi cette nouvelle génération doit être celle qui ne doit pas avoir sa langue dans sa poche, car comme aimait le dire Martin Luther King, on est pas seulement responsable de ce que l’on dit mais aussi de ce que l’on ne dit pas « . Pour le reste, Mamady prend le soin de nous raconter directement lui même.

Comment tu fais pour t’intégrer en Ukraine ?

Le plus important est d’être respectueux et respectable. Pour le reste, c’est la routine. La vie hors du pays natal exige toujours beaucoup de sacrifice sur tous les plans (alimentaires, culturelles…), mais il faut l’accepter et considérer que c’est pour un temps bien déterminé. Ensuite tout redeviendra normal une fois de retour au pays natal.

Tu tiens ton blog alors que tu mène des études universitaires. Comment fais-tu pour concilier ces deux activités ?

Tout est une question d’organisation et d’amour de ce que l’on fait. J’aime raconter, partager mes découvertes. C’est pourquoi dès que le projet Mondoblog s’est présenté, je n’ai pas hésité à me lancer et Dieu merci la chance m’a souri et j’ai été retenu. En général, je me couche tard toutes les nuits depuis que j’ai commencé à bloguer, mais ce n’est pas grave car j’aime ce que je fais. De jour en jour j’aime un peu plus la nuit, le silence nocturne. C’est vrai que les études demandent du temps mais il n »y a pas de secret : quand on est bien organisé, et si on bosse dur, on a aucun problème. Tout ce passe bien où que vous soyez.

Un film, un chanteur, un plat préféré ?

Je pense tout de suite, à un film franco-guineen dont le titre est Paris selon Moussa, du realisateur guinéen Cheik Doukoure qui raconte un peu comment la vie peut être dure lorsque l’on est sans papier africains. Cheik Doukouré à vraiment réussi cette oeuvre avec beaucoup de perfection et d’intelligence.

En ce qui concerne la musique, je m’endors avec elle, et je me réveille en sa compagnie. C’est en quelque sorte ma première femme (rires). Je n’enlève mes écouteurs que lorsque je suis en classe. J’écoute beaucoup d’artistes et beaucoup de genres musicaux parmi lesquels le rap, le R&B, la musique traditionnelle guinéenne, la pop musique, etc. Mais de loin c’est le hip hop que je préfère le plus en temps normal. Et si vous me demandez un artiste, je vous dirai que j’adore Lupe Fiasco.

Concernant le plat, je mange un peu de tout mais de loin je préfère le too, un plat malinké à base de manioc. Si vous êtes de passage en Guinée ou au Mali, goûtez-y, je vous promets que vous serez pas déçus !

Un dernier mot ?

Merci soeur Faty pour cet entretien que j’ai vraiment aimé. J’espère qu’avec tous les autres collègues de Mondoblog nous continuerons aussi longtemps que possible à faire honneur à la génération causante et consciente.

Vive Mondoblog !!!

un attentat suicide echoue à Tombouctou

 

Une rue de TombouctouLe spectre des attentats plane sur tout le territoire malien. La libération du nord du Mali par les troupes françaises accompagnées des troupes maliennes, Tchadiennes, nigériennes –je ne sais pas si je devrai citer tout simplement la MISMA qui traine des pieds et demande des millions à la communauté internationale pour passer la lisière du sud malien- toute la population malienne vit la peur au ventre.

A Bamako, nous avons  constaté la multiplication du nombre des gardes devant les banques et tous les bâtiments officiels et les ambassades. Je me prête volontiers  à la fouille  et rigole car mon sac n’arrête pas de déclencher l’alarme, car c’est un fourre-tout qui contient tellement d’objets en fer et parfois peu féminins : clé USB, tournevis, Bic, pince et bracelets. On rapproche l’engin de la poitrine, ça sonne, je leur dit c’est le soutien-gorge, un peu plus bas ça sonne encore, là je lui demande si c’est mon slip !  Ils me laissent parfois passer sans trop insister, d’autres fouillent et regardent au fond du sac. On ne sait jamais à l’habitude de me dire un vigile le regard glauque.

Oui, on ne sait jamais…il a déjà eu des tentatives d’attentats suicides dans la plus grande ville du Nord Gao  qui était occupée par le MUJAO  qui semble être décidé à ne pas rendre les armes facilement.

Hier Mercredi 20 mars, Tombouctou la mystérieuse a assisté à son premier attentat suicide vers les coups de vingt et une heure quinze minutes.  Une voiture piégée ayant quittée la route de Ber, à l’Est de Tombouctou, dans la zone de l’aéroport de Tombouctou est –bizarrement- parvenu au check-point de l’armée française sans être arrêtée –ou vue ?- par les deux premiers points de contrôle de l’armée malienne, a explosé sur les tirs des militaires français. Il y avait deux hommes à bord qui sont morts sur le coup, mais on déplore des blessés et un mort. Aujourd’hui les forces en présence restent sur le qui-vive. on entend des tirs dans les environs de la ville. Oumar Ould Hamaha et ses milliers et des milliers de fidèles prêts à se faire exploser? je me demande bien!

les kamikazes n’ont  pas franchi les portes d’entrée de Tombouctou, mais cela nous interpelle à doubler de vigilance et à continuer à dénoncer  toutes les personnes suspectes que nous voyons ou identifions comme ayant collaborées  aux autorités.  Mais il faut aussi que le retour du Pouvoir de Bamako soit effectif. Les militaires sont là mais cela ne suffit.  Le gouverneur de Tombouctou est parti, me dit un ami. Oui ! Mais ce n’est pas assez,  Du 10 janvier à aujourd’hui  21 mars 2013 trois mois se sans que nous ne voyons rien qui indique un retour de tous vers leur anciens postes dans le nord. Moi je suis ressortissante de Tombouctou, je suis prête à y retourner, mais et les autres ? Qu’est-ce que nous attendions ? Peut-on continuer à attendre et à laisser cette peur des attentats nous empêcher notre vie ? Il n’y a pas d’électricité là-bas, pas de centre de santé respectable ? Des ONG sont en train d’effectuer un travail monstrueux pour aider la population ! Les enfants que nous avons abandonnés au profit de ceux du sud ont enfin besoin de retourner à l’école, vraiment ! Kamikaze ou pas la vie continue, on ne peut vivre que sa vie.

Il ne s’agit pas de s’apprêter à la calomnie et de tomber dans le piège de ces terroristes – le Aime Leila- que nous avons vu détruire jusqu’aux actes de naissances  et  les certificats de fin d’études de nos enfants dans les différentes académies et centre d’animation pédagogique et revenir parler d’autonomie, d’autodétermination, pire d’indépendance. Faut-il tout détruire pour créer leur état fantomatique ?  faut-il violer toutes les filles –qui ne sont pas Touaregs- pour qu’elles vous acceptent  et construisent un nouvel état avec vous ?

Les questions que j’ai à poser à cette organisation criminelle qui a pris le pseudonyme des Touaregs pour faire régner le désordre sur leur soi-disant berceau a besoin d’une grande mis-au-point de la part de l’intelligencia touarègue, des chefs traditionnels qui sont très influents que j’interpelle ici. Je ne crois pas qu’ils apprécient particulièrement ma plume parfois acerbe envers eux, mais c’est bien mérité !

Nous sommes nécessairement tous coupables de cette situation que vit notre pays, la population de ces zones ! Ils continuent à faire de la politique politicienne en exigeant d’abord des négociations avec le pouvoir malien avant de déposer les armes, pendant que le président français parlait hier tout prêt de rétablissement totale de l’intégrité territoriale du Mali.  Que veulent-ils négocier ? Un autre pacte nationale qui favorise les Touaregs au détriment des autres ethnies ?une seconde intégration des rebelles Touaregs qui n’ont pas hésité à repartir dans la rébellion- d’ailleurs l’ont-ils un jour quitté ?- avec armes et expérience ? Des postes juteux dans la fonction publique de l’état malien sans concours alors que les autres maliens sont là à chômer  où à être cantonné dans une hypothétique fonction publique des collectivités ? à leur donner de juteux bourses d’études à l’extérieur pour qu’ils soient ensuite des portes paroles qui changent de fusils d’épaule au gré du vent ?

PLUS CELA ! C’est la Dialogue entre les fils de ces terres qui est le plus important.  Pendant neuf mois, la population a subit les assauts de ces bandits qu’elle assimile à leur ethnie entière ! Une cohésion de plusieurs centaine d’année est  partie en fumée. C’est cela qu’il faut reconstruire.

la place de Sankoré à Tombouctou

 

 

 

 

Humour de coiffeuse africaine

tresses

Aujourd’hui, j’ai passé la journée chez des coiffeuses du grand marché de Bamako. J’y ai passé deux bonnes heures et je vous avoue que je ne me suis point ennuyée. J’y étais surtout pour accompagner ma sœur cadette, car je n’ai personnellement pas un goût prononcé pour cette torture que constituent les tresses africaines. Je ne me soumets à l’épreuve qu’occasionnellement.

Le salon de coiffure – si nous pouvons le nommer – ainsi est en réalité une place improvisée en plein air, sous un grand arbre, juste derrière le combattant (une salle pas loin de l’Assemblée nationale), sous un grand arbre. On y trouve un groupe de femmes de plusieurs nationalités : malienne, guinéenne, ivoirienne. Il est facile de mettre une nationalité sur chacune en se basant sur l’accent. Tellement différentes mais toutes drôles dans leurs propos.

Mon premier constat a été leur manie de s’appeler par  le nom du quartier dans lequel elles habitent plutôt que par leurs prénoms.  A peine nous sommes nous assises que la seule qui soit voilée nous dit : « Il faut vous faire des faux ongles courts à 250 francs CFA ». Avec un rire  comprenant que j’avais affaire à une personne comme moi – à l’humour acéré – je lui répondis :

– Ils ralentissent quand tu fais le ménage.

– Alors mettez-en aux pieds !

-Ça ralenti encore plus et peu même fait tomber !

Sur cette réponse, elle tira un peu sur son voile.  Elle doit être malienne : « Alors mes amies, il faut faire des tatouages aux pieds ; c’est plus jolie et pas du tout encombrant ». « Mais c’est plus cher ! , lui répliquais-je. Mon amie et moi sommes fatiguées d’appeler ‘’jolie’’ depuis ce matin. Il faudrait bien que nous ayons quelque chose à ramener à la maison. Tu sais la journée à mal commencé, alors qu’hier c’était si bien. » Je ne vous ai pas précisé qui est jolie : c’est le nom par lequel  elles appellent les passantes – « jolie kun bè glan » – avec un large sourire.

Ma petite sœur attendant sa coiffeuse attitré du nom de Djenné, accepta qu’elle lui fasse des tatouages aux pieds à 1500 F CFA tout en essayant de négocier  qu’elle fasse celles des pieds à 250 F  au lieu de 500.

– Bon, j’accepte », dit la voilée.

– C’est déjà bon, il y a eu un jour où je n’ai gagné que 2000 F pour toute la journée, j’ai acheté de la viande grillée en cours de route et passé une bonne nuit.

– Mais tu aurais dû en acheter pour les 2000F, la viande de 1000 est un peu petite non ?, lui-dis-je. – – Oui mais ‘’gni tè son’’ il n’y a pas de dents.

Elle commença   le tatouage par les pieds tout en discutant avec les autres.

En dehors d’elle et de Djenné, il y a celle qu’elle appelle Sébénikoro – un autre quartier de Bamako – qui racontait ses malheurs à l’enterrement de sa mère.  Elle est ivoirienne – son accent ne trompe pas. C’est une femme claire qui a abusé de produit éclaircissant – comme beaucoup d’entre elles d’ailleurs – à la poitrine généreuse malgré un corps chétif et une courte taille. Elle parle tout en peignant laconiquement une perruque de tresse. « Ma mère est morte, on l’a amené au cimetière,  mes  larmes coulaient mais peu de gens savaient pourquoi ! J’avais appelé mes quatre copains pour qu’ils viennent m’aider aux funérailles et les deux premiers qui sont venus voulaient se battre  ». Djenne lui dit : « Mais pourquoi tu les as appelé tous ? »

– Pour qu’ils viennent m’aider ! 

– Mais ils sont partis sans se bagarrer ! 

– Oui parce que je leur ai dit la vérité ! Chacun disait : mais moi je vais t’épouser, pour l’instant ma mère est morte sans voir le cola de quelqu’un donc ne vous battez pas. J’ai dit ça au deux premiers qui sont arrivés,  je n’ai pas laissé les autres voir l’endroit où avait lieu les funérailles, je n’ai pas laissé les autres voir chez moi. 

– Même Boukary ?

-Oui ! Pourtant la veille du décès de Mah, c’est lui qui avait acheté du poisson, elle s’était rempli le ventre avec la sauce de poisson et le matin, elle est partie au ciel, mon Dieu ! », dit –elle en secouant sa longue robe soudain triste.  On dirait que c’est le moment qu’elle réalise qu’elle a perdu un être cher.

Cependant, la tatoueuse était rapide malgré son  grand voile noir à l’iranienne, elle en avait fini avec les pieds et s’attaquait aux mains de ma sœur qu’elle suppliait de payer 500 F au lieu des 250F .

« Vous les Koroboros (du sonraï Koyera boro qui veut dire citadin et surnom de ces derniers) vous aimez trop l’argent, ce n’est pas facile de manger l’argent de koroboro ! Regarde comme tu rayonnes, on dirait la lune dans sa seizième nuit, oh kognomousso waye ! » , dit-elle à ma sœur.

Une bonne quinzaine de minutes plus tard, elle partait chercher à manger pendant que la tresseuse prenait le relais. Il y a avait une autre cliente qui défaisait ses tresses en attendant son tour.   Elle dit à Djenné :

– Où est ce que vous achetez à manger ? Je voudrais avoir du riz au gras.

– Nous achetons notre riz au gras chez une sénégalaise, mais le plat sans  viande ni poisson coûte 500 F, les autres plats avec sauce sont à 300 F.

Je vous avoue que j’ai été un peu étonnée qu’elle lui dise le prix des plats, mais on dirait que la coiffeuse savait que la jeune dame n’avait pas assez d’argent pour acheter le plat de riz au gras, malgré tout le dédain contenu dans ses gestes et sa manière de parler.  Car sa préférence pour le riz au gras ne lui empêcha pas de donner 300 F à Lafiabougou – le quartier que j’habitai quand j’étais étudiante, situé en commune V de Bamako.

Arriva une cliente qui voulait qu’on lui fasse un tatouage sur une cuisse. Djenné qui semble être la patronne du salon improvisé (mais je compris après qu’elle jouissait uniquement du droit d’aînesse)  donna une réponse catégorique : « A tè kè yan ! Ça ne se fera pas ici ! ». Perdre 500f n’enleva rien à l’humour de la voilée qui partit en riant : « Je vais aller prier et m’acheter un bon plat de macaronis assaisonné au piment, la journée s’annonce bien ».

Elle n’a pas pris vingt minutes pour revenir et  ouvrir le débat sur les maigres de la compagnie qu’elle appelle « pèguèlè ». Il y avait notamment la fille qui voulait se faire un tatou à la cuisse qui se disait plus maigre qu’une autre qui n’était pas tresseuse et répondait au nom de Fatim.

« Fatim est maigre mais je vous jure elle a la bénédiction dans ces biceps ! Regarde-là, elle ne fait pas vingt kilos- elle doit largement dépasser quarante kilogramme en  réalité – mais ce qu’elle a fait ici à un vendeur de chaussures est extraordinaire. Elle a pris le monsieur en haut, puis a demandé au ciel s’il en voulait, le ciel a répondu non, il a demandé au sol, ce dernier lui a dit : oui ! Il a failli mourir de honte et ne voulait plus se relever ! »

« Mais comment en sont-ils arrivés aux mains ? », demandai-je pas surprise car je sais que les bagarres fréquentes entre elles, mais elles ont la réputation de se liguer contre toute personne qui s’en prend à une d’entre elles. C’est Sabalibougou –un quartier malfamé de Bamako situé sur la rive droite pas encore loti – qui me répondit : « Fatim voulait acheter des chaussures pour son enfant avec le monsieur, mais il n’avait pas de chaussure de la bonne pointure, donc comme Fatim refusa de l’acheter, Hadja – la voilée – lui a suggéré en se moquant d’acheter une boîte de colle avec les chaussures comme ça elle mettra de la colle chaque fois, il a pris ça pour une insulte contre lui et a commencé à nous insulter toutes ; personne n’a pu prévenir l’attaque de Fatim qui a pris le vendeur subitement ! ». Pendant le récit, la Hadja en question riait jusqu’aux larmes qu’elle essuyait avec son voile.

« Toi aussi tu t’appelles Faty, j’espère que tu n’es pas comme elle et que tu ne frappes pas les hommes », me dit-elle. Le mariage est intéressant tu es logée et nourrie  gratuitement. »

« Non, moi je suis grosse et les grosses n’ont pas les biceps bénits», lui dis-je en riant. Je savais déjà que j’allais en faire un billet.

8 mars, la fête des femmes ou aux femmes ?

Journée-de-la-femme-

Aujourd’hui, c’est le 8 mars, journée internationale de la femme qu’on appelle même la fête de la femme.  Une journée  attendue par les féministes  avec impatience, je me demande si elles ne commencent pas le décompte dès le réveillon. Ce n’est pas parce que je ne le suis pas –féministe- que je ne fête pas la 8 mars, non je le fête à ma façon.

Au Mali le 8 mars, les femmes désertent leurs postes  pour se retrouver et faire la bamboula: chanter, danser, habillées de l’uniforme. En effet au Mali, chaque journée a son pagne dédié et un thème national celui de cette année est « L’élimination et la prévention de toutes les formes de violences à l’égard des femmes et petites filles ». C’est l’occasion de parler des violences faites aux femmes notamment en cette période de guerre que connait le Mali. Les femmes sont les proies rêvées ; elles ont été violées, battues si ce n’est mariées de force à ces va-nu-pieds  qui prétendent appliquer la charia et parfois déplacées soit au du Mali ou dans les pays limitrophes vivants dans des conditions inqualifiables.
Le thème international pour cette journée est bien choisi et il me satisfait « Autonomiser les femmes rurales -Éradiquer la faim et la pauvreté ».  Les défis du millénaire sont bien nombreux et variés, mais je ne peux m’empêcher de faire la grimace quand je vois les défenseurs de la cause féminine se perdre dans des débats autour de la non représentativité des femmes au niveau politique, à la tête des entreprises, dans les postes importants , ils en oublient ces pauvres femmes rurales qui travaillent comme des forcenées pour faire vivre leur famille.

Quand on me parle de l’émancipation dont les femmes ont besoin, je ne dis point NON. Ce n’est pas cette  recherche frénétique de l’égalité des sexes, au risque de m’attirer les foudres des dragons du féminisme qui crient à plein poumon « égalité entre les sexes » avant de s’embarquer dans les luttes pour l’éducation, la représentativité des femmes dans les instances gouvernantes, faisant le tour du monde à se réunir dans des conférences et des colloques de tout genre.

Mes élèves s’énervent presque de me voir venir faire cours le 8mars, mais bon   « ce jour-ci je vais vous parler de cette fête des femmes, son histoire, ce qu’est le féminisme, pourquoi je préfère ma classe à tout ! ».  La fête de la femme ce n’est pas seulement une journée de tapage autour de toutes les injustices faites aux femmes, ce n’est pas seulement des émissions télé sur des femmes qui sortent de l’ordinaire en faisant des métiers d’hommes. NON !

L’impact sur les vraies victimes ? Au Mali, les femmes continuent à se battre pour leurs familles faisant du petit commerce au rail-da, passant la journée au marché à vendre à la sauvette des petites marchandises. Quelques-unes arrivent à se faire une place dans ce domaine fortement masculin. C’est quand je vois ces vieilles femmes dans les poubelles, cherchant les plastiques qu’elles revendent ensuite que j’ai envie de m’indigner, pire me révolter : ces associations féminines ne vont pas me dire qu’elles ne les voient pas alors qu’elles opèrent au centre-ville ! Nos  traditions sont tenaces ; c’est vrai , elles réduisent les femmes à leur rôle de ménagère et de reproductrice. Oui il faut œuvrer pour  l’alphabétisation de la petite fille, mais il faut aussi faire quelque chose pour celles qui ne sont plus à cette étape, qui ont besoin d’assistance  pour améliorer leur vie.

La ville dont je viens accorde une grande liberté à la femme qui  peut autant jouir de l’éducation que le garçon.  A Tombouctou, les petites  filles vont à l’école coranique  en même temps –et d’ailleurs à la même heure -l’aube- que les petits garçons.  C’est certainement la raison première de l’intérêt des pseudo-djihadistes à leur égard.  Je profite d’ailleurs de l’occasion pour féliciter ces femmes  qui ont résisté avec dignité. Mais il ne faut pas oublier les victimes des coups de fouets, des mariages forcés avec les occupants. En effet, certains parents ne voyaient que les milliers d’euros que possédaient ces candidats au mariage d’un jour.  Je pense notamment à cette fillette qui aurait été mariée aux islamistes à Tombouctou qui auraient été enchaînée par son mari parce qu’elle s’enfuyait dès qu’elle en avait l’occasion. Qu’est-elle devenue ? Que sont devenues toutes ces femmes de Tombouctou qui se sont retrouvées à Bamako, une ville étrangère aux mœurs et aux habitudes différentes de celles du nord ? Je sais qu’elles y sont encore car les routes ne se sont pas encore libres, et on ne parle pas de retour malgré  «  la prise » de la ville des 333 saints par les armées maliennes et françaises. Je sais quand même qu’elles souffrent comme moi  d’ailleurs, elles ne peuvent que souffrir.

Quand j’étais à Tombouctou, j’étais fière de représenter comme la ponctualité  au cours de législation scolaire et de Morale professionnelle. L’hégire était à la sortie de la ville, mais cela ne m’empêchais pas d’être à l’école bien avant les professeurs qui y habitaient-et cela ne m’en a pas donné du mérite d’ailleurs !- Ce n’est pas facile d’être la seule femme qui enseigne dans un institut de Formation des maîtres franco-arabes, de surcroît quand vous savez la connotation négative que ces arabisant-ce n’est pas réducteur, ce sont eux qui s’appellent ainsi et moi et mon collègue qui faisons français sommes des francisant-  quand ils me surnomment « femme de fer ». Je réplique qu’il ne faudrait pas que je sois « une femme d’enfer », mais ils ne comprennent pas la nuance mais moi j’en ris toujours et bruyamment. Ils n’aiment « ni les femmes instruites » ni le français que j’enseigne car cette langue représente le christianisme qu’ils détestent comme les salafistes d’ailleurs. Nous sommes comme chat et chien mais j’y suis, j’y reste c’est ma meilleure façon de m’émanciper. Ils pensent que la femme ne peut être l’égale de l’homme et se cache derrière l’islam pour cloitrer leurs femmes chez eux. J’ai eu un malin plaisir à refuser la demande de jouer le rôle de sa femme à la mairie pour la cérémonie de mariage civile il y a deux ans. Imaginez, ce collègue qui prodigue des cours d’éducation islamique ne veut pas que sa femme porte une robe de mariée car non seulement ce n’est pas dans les us de l’islam, mais aussi parce qu’il ne veut pas qu’elle sorte. J’étais sidérée. «  Et si je devais me marier dans la semaine qui suit cette malhonnêteté, pourrais-je me présenter devant le même maire avec un homme différent ? Et puis ta femme peut-elle tenir mon rang et répondre de moi ? Je suis sure qu’elle ne sait ni lire ni écrire ! » J’ai viré dans le clashing mais il m’a énervé ».

Bamako ne m’a pas fait perdre cette qualité mais que d’efforts : pour être à l’heure à Missira, je me dois me réveiller dès 5h du matin,  faire ma toilette et m’apprêter pour sortir chercher la sotrama à 6h pour arriver à 7h 40 min –avant tout le monde encore !-  Maintenant que j’ai ma moto, je me réveille plus tard mais un autre calvaire : la circulation de Bamako, au bout de la journée je suis complètement ratatinée et je n’arrive même plus à avoir d’humour pour écrire tellement je suis fatiguée, mes épaules me font mal, les yeux me démangent.

Etre réfugiée –non je rectifie, déplacée comme dit ma tante M’barka (une vieille  dame qui aime parler français  sans être allée un seul jour à l’école et abuse du terme c’est  normal, d’ailleurs ses petits-enfants l’appellent ce n’est pas normal) qui affirme qu’on ne peut pas être réfugié dans son propre pays.

Bamako est une autre réalité toutes les tomboctiennes -je ne veux pas dire toutes les nordistes qui est un mot séparatiste- certaines ont préféré  retourner chez elles, vivre les sévices des islamistes plutôt que de rester à Bamako et perdre tout son argent en Sotrama.  Chez elles, elles ont de grandes maisons à elles toutes seules- pas de colocataires-, elles prennent tranquillement le temps de se réveiller, préparant le petit déjeuner –de la viande- pendant que les enfants vont chercher le pain traditionnel au four. Elles font le thé pour leur mari en causant, d’ailleurs elles y restent jusqu’au coup de 10h du matin, c’est à cette heure que les bouchers amènent la viande au marché de Tombouctou.  De retour à la maison, elles boivent ce qu’on appelle  « la boule » au Niger, de la poudre de mil enrichie avec du fromage, des condiments et du sucre.

Je n’ai pu mot dire quand j’ai vu une femme –représentante des associations et ONG féminines du Mali – demander aux femmes de fêter le 8 mars dans la tranquillité sans ces grandes Balani (xylophone traditionnel) ni Sumu( soirée animée par les griottes avec de la musique mandingue). Raisons ?  Rendre hommage aux femmes du nord! Je m’indigne! Un tapage médiatique serait plus bénéfique à mon avis. Ces femmes ont souffert en silence, maintenant que c’est possible pourquoi ne pas parler ?   Neuf mois de privation, de silence, de peine, et on nous parle de sobriété. Au contraire, c’est l’occasion de permettre à ces femmes de retrouver la liberté, de pouvoir chanter, danser dans un lieu public, de porter ces habits en basins riches qu’elles affectionnent, se maquiller, se parfumer, se défouler.

A Tombouctou, où l’état tarde à se montrer alors que les salafistes ont pris la poudre d’escampette –à mon grand étonnement aussi ! – le 8 mars sera un jour comme les autres et elles ne seront mêmes pas que la journée leur est dédiée car n’ayant l’électricité que quelques heures en plusieurs jours.