Humour de coiffeuse africaine

tresses

Aujourd’hui, j’ai passé la journée chez des coiffeuses du grand marché de Bamako. J’y ai passé deux bonnes heures et je vous avoue que je ne me suis point ennuyée. J’y étais surtout pour accompagner ma sœur cadette, car je n’ai personnellement pas un goût prononcé pour cette torture que constituent les tresses africaines. Je ne me soumets à l’épreuve qu’occasionnellement.

Le salon de coiffure – si nous pouvons le nommer – ainsi est en réalité une place improvisée en plein air, sous un grand arbre, juste derrière le combattant (une salle pas loin de l’Assemblée nationale), sous un grand arbre. On y trouve un groupe de femmes de plusieurs nationalités : malienne, guinéenne, ivoirienne. Il est facile de mettre une nationalité sur chacune en se basant sur l’accent. Tellement différentes mais toutes drôles dans leurs propos.

Mon premier constat a été leur manie de s’appeler par  le nom du quartier dans lequel elles habitent plutôt que par leurs prénoms.  A peine nous sommes nous assises que la seule qui soit voilée nous dit : « Il faut vous faire des faux ongles courts à 250 francs CFA ». Avec un rire  comprenant que j’avais affaire à une personne comme moi – à l’humour acéré – je lui répondis :

– Ils ralentissent quand tu fais le ménage.

– Alors mettez-en aux pieds !

-Ça ralenti encore plus et peu même fait tomber !

Sur cette réponse, elle tira un peu sur son voile.  Elle doit être malienne : « Alors mes amies, il faut faire des tatouages aux pieds ; c’est plus jolie et pas du tout encombrant ». « Mais c’est plus cher ! , lui répliquais-je. Mon amie et moi sommes fatiguées d’appeler ‘’jolie’’ depuis ce matin. Il faudrait bien que nous ayons quelque chose à ramener à la maison. Tu sais la journée à mal commencé, alors qu’hier c’était si bien. » Je ne vous ai pas précisé qui est jolie : c’est le nom par lequel  elles appellent les passantes – « jolie kun bè glan » – avec un large sourire.

Ma petite sœur attendant sa coiffeuse attitré du nom de Djenné, accepta qu’elle lui fasse des tatouages aux pieds à 1500 F CFA tout en essayant de négocier  qu’elle fasse celles des pieds à 250 F  au lieu de 500.

– Bon, j’accepte », dit la voilée.

– C’est déjà bon, il y a eu un jour où je n’ai gagné que 2000 F pour toute la journée, j’ai acheté de la viande grillée en cours de route et passé une bonne nuit.

– Mais tu aurais dû en acheter pour les 2000F, la viande de 1000 est un peu petite non ?, lui-dis-je. – – Oui mais ‘’gni tè son’’ il n’y a pas de dents.

Elle commença   le tatouage par les pieds tout en discutant avec les autres.

En dehors d’elle et de Djenné, il y a celle qu’elle appelle Sébénikoro – un autre quartier de Bamako – qui racontait ses malheurs à l’enterrement de sa mère.  Elle est ivoirienne – son accent ne trompe pas. C’est une femme claire qui a abusé de produit éclaircissant – comme beaucoup d’entre elles d’ailleurs – à la poitrine généreuse malgré un corps chétif et une courte taille. Elle parle tout en peignant laconiquement une perruque de tresse. « Ma mère est morte, on l’a amené au cimetière,  mes  larmes coulaient mais peu de gens savaient pourquoi ! J’avais appelé mes quatre copains pour qu’ils viennent m’aider aux funérailles et les deux premiers qui sont venus voulaient se battre  ». Djenne lui dit : « Mais pourquoi tu les as appelé tous ? »

– Pour qu’ils viennent m’aider ! 

– Mais ils sont partis sans se bagarrer ! 

– Oui parce que je leur ai dit la vérité ! Chacun disait : mais moi je vais t’épouser, pour l’instant ma mère est morte sans voir le cola de quelqu’un donc ne vous battez pas. J’ai dit ça au deux premiers qui sont arrivés,  je n’ai pas laissé les autres voir l’endroit où avait lieu les funérailles, je n’ai pas laissé les autres voir chez moi. 

– Même Boukary ?

-Oui ! Pourtant la veille du décès de Mah, c’est lui qui avait acheté du poisson, elle s’était rempli le ventre avec la sauce de poisson et le matin, elle est partie au ciel, mon Dieu ! », dit –elle en secouant sa longue robe soudain triste.  On dirait que c’est le moment qu’elle réalise qu’elle a perdu un être cher.

Cependant, la tatoueuse était rapide malgré son  grand voile noir à l’iranienne, elle en avait fini avec les pieds et s’attaquait aux mains de ma sœur qu’elle suppliait de payer 500 F au lieu des 250F .

« Vous les Koroboros (du sonraï Koyera boro qui veut dire citadin et surnom de ces derniers) vous aimez trop l’argent, ce n’est pas facile de manger l’argent de koroboro ! Regarde comme tu rayonnes, on dirait la lune dans sa seizième nuit, oh kognomousso waye ! » , dit-elle à ma sœur.

Une bonne quinzaine de minutes plus tard, elle partait chercher à manger pendant que la tresseuse prenait le relais. Il y a avait une autre cliente qui défaisait ses tresses en attendant son tour.   Elle dit à Djenné :

– Où est ce que vous achetez à manger ? Je voudrais avoir du riz au gras.

– Nous achetons notre riz au gras chez une sénégalaise, mais le plat sans  viande ni poisson coûte 500 F, les autres plats avec sauce sont à 300 F.

Je vous avoue que j’ai été un peu étonnée qu’elle lui dise le prix des plats, mais on dirait que la coiffeuse savait que la jeune dame n’avait pas assez d’argent pour acheter le plat de riz au gras, malgré tout le dédain contenu dans ses gestes et sa manière de parler.  Car sa préférence pour le riz au gras ne lui empêcha pas de donner 300 F à Lafiabougou – le quartier que j’habitai quand j’étais étudiante, situé en commune V de Bamako.

Arriva une cliente qui voulait qu’on lui fasse un tatouage sur une cuisse. Djenné qui semble être la patronne du salon improvisé (mais je compris après qu’elle jouissait uniquement du droit d’aînesse)  donna une réponse catégorique : « A tè kè yan ! Ça ne se fera pas ici ! ». Perdre 500f n’enleva rien à l’humour de la voilée qui partit en riant : « Je vais aller prier et m’acheter un bon plat de macaronis assaisonné au piment, la journée s’annonce bien ».

Elle n’a pas pris vingt minutes pour revenir et  ouvrir le débat sur les maigres de la compagnie qu’elle appelle « pèguèlè ». Il y avait notamment la fille qui voulait se faire un tatou à la cuisse qui se disait plus maigre qu’une autre qui n’était pas tresseuse et répondait au nom de Fatim.

« Fatim est maigre mais je vous jure elle a la bénédiction dans ces biceps ! Regarde-là, elle ne fait pas vingt kilos- elle doit largement dépasser quarante kilogramme en  réalité – mais ce qu’elle a fait ici à un vendeur de chaussures est extraordinaire. Elle a pris le monsieur en haut, puis a demandé au ciel s’il en voulait, le ciel a répondu non, il a demandé au sol, ce dernier lui a dit : oui ! Il a failli mourir de honte et ne voulait plus se relever ! »

« Mais comment en sont-ils arrivés aux mains ? », demandai-je pas surprise car je sais que les bagarres fréquentes entre elles, mais elles ont la réputation de se liguer contre toute personne qui s’en prend à une d’entre elles. C’est Sabalibougou –un quartier malfamé de Bamako situé sur la rive droite pas encore loti – qui me répondit : « Fatim voulait acheter des chaussures pour son enfant avec le monsieur, mais il n’avait pas de chaussure de la bonne pointure, donc comme Fatim refusa de l’acheter, Hadja – la voilée – lui a suggéré en se moquant d’acheter une boîte de colle avec les chaussures comme ça elle mettra de la colle chaque fois, il a pris ça pour une insulte contre lui et a commencé à nous insulter toutes ; personne n’a pu prévenir l’attaque de Fatim qui a pris le vendeur subitement ! ». Pendant le récit, la Hadja en question riait jusqu’aux larmes qu’elle essuyait avec son voile.

« Toi aussi tu t’appelles Faty, j’espère que tu n’es pas comme elle et que tu ne frappes pas les hommes », me dit-elle. Le mariage est intéressant tu es logée et nourrie  gratuitement. »

« Non, moi je suis grosse et les grosses n’ont pas les biceps bénits», lui dis-je en riant. Je savais déjà que j’allais en faire un billet.

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