Une bagarre incroyable

 Étienne Dinet, La dispute, 1904, huile sur toile, au Musée des beaux-arts de Mulhouse, par Ji-Elle (Wikimedia Commons)
Étienne Dinet, La dispute, 1904, huile sur toile, au Musée des beaux-arts de Mulhouse, par Ji-Elle (Wikimedia Commons)

Je suis rentrée très fatiguée de Dakar, souffrant horriblement de décalage climatique (je me demande si cela existe en réalité). Le Mali et le Sénégal, ont tous les deux le même fuseau horaire (GMT +0), mais je vous assure que la chaleur sèche de Bamako m’a happée dès mon premier pas sur la rampe de descente de l’avion.

J’ai bien mis deux jours à me remettre. Je ne vais pas oser parler de m’acclimater, car venant de Tombouctou, j’ai l’habitude de pics de chaleur dépassant largement ceux de Bamako…

Je ne fus pas étonnée de voir qu’il y avait eu de nouveaux arrivant dans notre cours commune.  En effet, je réside dans un quartier de Bamako qui n’est pas des plus tranquilles. Tous les jours, que de mésaventures qui arrivent à des habitants, si ce ne sont pas des drames ! Un informaticien togolais tué de deux balles chez lui ? Une jeune dame ou un gentleman revenant d’une balade nocturne dépouillés de leurs engins ? Il s’en passe des choses dans mon quartier qui ne répond pas du tout à son nom : GARANTIGUIBOUGOU – du franbambara qui veut dire « le quartier de celui qui est garanti ».

Donc, j’ai vite remarqué qu’un  couple avait remplacé celui qui vivait à l’étage. Mais cette fois-ci, ce n’étaient des nordistes – nous sommes trois familles originaires de Tombouctou à habiter dans notre résidence, de telle manière que dans notre cour commune, le sonrai est la première langue parlée en lieu et place du bambara – pas même des Maliens.  La courte taille de la femme que je croisais plusieurs fois, la musculature de son corps, sa manière de porter comme les femmes yoruba un seul pagne pour se vêtir et sa manière de porter son enfant me permis de dire que c’étaient des étrangers.

Dispute nocturne

Le jeudi 18 avril 2013, vers 23h, je prenais une Nième douche lorsque des cris stridents me firent sortir à toute vitesse. C’est la voix d’une femme. Est-on en train de l’égorger ? Que se passe-t-il ?

Le temps d’enfiler un vêtement à la va-vite et je suis à la porte, réflexe de kongossa comme dirait mon cher ami Florian Ngimbis.

La cour est remplie de monde. Les cris qui continuent viennent du haut. C’est le nouveau couple d’étrangers, des nigérians – je l’ai compris  à leur anglais plein de A vers la fin des mots terminés par ER.  Le voisin d’en face, Youssouf, prof de psychopédagogie comme moi ne portait qu’une courte culotte – ça se voyait qu’il était déjà dans son lit – le voisin de droite aussi. Celui de gauche n’était pas sorti – était-il mort ? En tout cas aucun sommeil ne peut résister à ces cris bestiaux !

D’en bas, on voyait une femme hystérique crier des choses – qui ne devaient pas être très douces – dans un dialecte que nous ne comprenons pas, et se jeter sur son conjoint-son mari. Elle crie c’est vrai, mais c’est elle qui frappe le monsieur que j’aperçus sous l’éclairage diffus d’une petite ampoule. C’était un grand homme à la peau rendue rougeâtre par une dépigmentation de plusieurs années. Il portait un débardeur  et un short de couleur kaki. Il parlait fort avec les voisins d’en haut, qui essayaient de le maîtriser  en bégayant.

La femme se jeta sur lui comme une furie et le mordit rageusement: il poussa un cri à réveiller un mort. Les gens les séparèrent. On emporta la femme vers la gauche. Elle continua à l’insulter. Il disait machinalement : « You come, You come… »

Sentant un peu de calme, je voulus monter pour comprendre l’affaire. La femme tenue par les voisines – qui bizarrement avaient de la compassion pour celle qui agressait son homme – profita d’un moment d’inattention pour se jeter sur son mari qui venait de prendre leur enfant dans ses bras. Je fis le trajet du retour précipitamment, manquant de me casser la figure dans les escaliers qui n’étaient pas éclairés.

« She’s not your daughta. You’re not a man »

Cette fois-ci elle réussit à le mordre au ventre, ne se gênant pas pour lui donner des coups de pieds et distribuant des coups aux voisins qui essayaient de porter secours à la mauvaise personne, je crois. Les cris, les poursuites endiablées continuèrent jusqu’à une heure du matin. La menace d’appeler la police fit calmer la femme qui s’enferma dans la maison, laissant le pauvre type sur le balcon. Il me faisait pitié. Il a bien donné quelques coups à cette diablesse qui semblait vouloir le tuer, mais toujours en se retenant.  « Mon Dieu il aime cette lionne », me dis-je. Pas une seule fois, il ne lui a donné un coup qui pourrait la blesser alors qu’elle l’attaquait de front et l’insultait.

Je plaisantais avec la voisine avant de partir me coucher :

– Aicha ne t’en fais pas c’est juste une querelle d’amoureux. Peut-être qu’elle est sado et qu’elle a besoin de le frapper pour qu’il cogne bien. Tu verras, demain ces gens sortiront ensemble. 

– Moi j’ai peur qu’il ne la tue car elle continue !

– Non, il ne va rien lui faire. C’est quelqu’un de doux, si tu vois qu’ils sont ensemble aujourd’hui c’est parce qu’il est doux. C’est elle l’animal sauvage. 

– Mais Titty, chez nous une femme ne peut pas se permettre de porter la main sur son mari.

– Oui mais chez nous la femme ne nourrit pas son mari, et même si elle le fait elle ne le clame pas sur tous les toits, aussi sauvagement…

Mais je fus quelque peu déconcertée de voir que la dispute ne se terminait pas. Les cris furent le bruit de fond de mes rêves cette nuit-là, mais ne me demandez pas de quoi il s’agissait.  J’adhère complètement à la théorie de Sigmund Freud sur le sujet des rêves et leur représentabilité dans la réalité. Je n’essaye pas de me les remémorer craignant de perdre du temps à imaginer des choses et à leur donner la dénomination de rêves, alors que ce ne sont que des désirs inavouables ou inavoués.

La nuit porte-t-elle vraiment conseil ?

Le lendemain matin, profitant toujours de mon congé, je me permis une petite grasse matinée et n’ouvrit ma porte qui donne sur la grande cour que vers neuf heures. Ce bon vieux soleil de Bamako était déjà d’aplomb et tapait sur tout sans pitié. Comme par coïncidence, la frappeuse d’homme descendait l’escalier un seau  à la main, se dirigeant vers le robinet commun. Elle portait son enfant dans son pagne. Son visage ne portait pas les marques de la bagarre acharnées qu’elle avait menée quelques heures plus tôt.

Je me dirigeais aussi vers le puits pour puiser de l’eau, me permettant de jeter un coup d’œil vers leur appartement qui est juste en face, un étage plus haut.  Son concubin –je l’appris plus tard de la bouche d’une autre voisine – était à la même place que la veille : les yeux rougis, quelque bleus au bras, le regard perçant, meurtrier. Grrrrrrrrrr… Ce n’est pas fini on dirait.

Une heure après, je les avais presque oubliés quand les cris perçant de la femme que j’ai presque envie de surnommer la sorcière retentirent de nouveau.  Les hostilités avaient recommencées.

Maintenant, l’enjeu est clair : l’enfant.  Le type veut le prendre  et la femme refuse. Il la fait tomber et la lui arrache des mains, la déshabillant aussi sur l’occasion. Heureusement que ces femmes sont différentes de nous et portent toujours des slips manche longues – collants – sous les pagnes. Elle se jeta sur lui, le mordant encore à pleine dent. On les sépara.

Elle continua à l’insulter dans son dialecte. Chose bizarre : c’est elle qui le frappe, et c’est elle qui pleure et crie. Ah les femmes ! Les insultes durent mettre le monsieur en colère, car il la poursuivie et se jeta sur elle et les voisins qui les séparaient. De mon côté, je faisais bien attention à rester assez loin pour ne pas prendre un coup, mais assez proche pour suivre les événements en tant que blogueur, que dis-je bloggeuse qui se respecte.

S’il savait, il n’allait pas faire cela. Elle profita de sa proximité pour prendre son organe génital, géniteur ? On appelle ça en songhoï la qualité de l’homme que je traduirai en français par le mot hommité, qui bien sûr n’existe pas mais permettez-moi d’essayer de vous faire comprendre ma langue maternelle occasionnellement.

Il y eut un bon moment de tiraillement pendant lequel deux groupes, tenant chacun un protagoniste, tiraient pour les séparer. Personne n’osait mettre la main pour faire lâcher prise – et quelle prise ! – à la bonne dame qui fit gicler du sang d’en dessous la grande culotte du monsieur. Ce n’est qu’après avoir échappé à sa tenaille qu’il put pousser un grand cri d’écorché vif et que sa colère se décupla.

Elle se propagea car maintenant tout le monde en avait marre. Il faut que la police vienne nous débarrasser de ce couple avant qu’ils ne se tuent sous nos yeux ! Quelqu’un appela le propriétaire de la maison alors qu’une voisine essayait de calmer le monsieur. Je pensais que c’était une togolaise, mais c’était une ghanéenne et son échange avec le voisin en colère me permis de comprendre que le monsieur était en réalité marié à cette femme et ce depuis longtemps. C’est elle qui était venue la première au Mali et lui avait dit de venir le rejoindre. Lui est ghanéen et elle nigériane. L’enfant est bien le sien, mais elle aime lui dire le contraire pour lui faire mal. Il l’aime. Mon Dieu. Elle aussi l’aime d’après lui. Quel amour !

Il attira la compassion de toute la maisonnée. Le sang continuait de couler lentement. On lui fit descendre les escaliers alors qu’il marmottait sous sa barbe – toute bleuie – tandis que la femme continuait à vociférer en haut. Le représentant de l’agence qui gérait la maison entra comme un ouragan. Il proféra des menaces à bras le corps, en bambara :

« On ne peut pas accepter cela. Ils ont empêché les habitants de dormir hier et ils remettent ça le jour aussi. Ce sont certainement leurs habitudes de se disputer de cette manière. Prenez votre caution et quittez la maison. »

Des larmes.. aux rires

Il eut le pouvoir de mettre fin aux cris illico presto. Le monsieur commença à se lamenter en disant ne connaitre personne à Bamako – c’est pour ça qu’elle te botte, pensais-je méchamment – la femme gardant la tête sur les épaules et jetant les clés au loin. Il est tellement difficile de trouver une maison à Bamako, que c’est sûr qu’ils vont  être SDF (sans domicile fixe) et pour un bon moment s’ils se font expulser de cette maison.

Comme par hasard, je suivais à la télé l’émission les enquêtes impossibles présenté par Pierre Bellemarre sur la chaîne NT1. Il évoquait les crimes d’un homme qui n’aimait pas les femmes. Hum…

Le calme revint pour toute la journée. Le monsieur remonta les escaliers en marchant comme un jeune circoncis.

Comment et quand ils se réconcilièrent ? Je ne puis dire. Mais j’eus presque envie de partir chercher mes lunettes quand je vis la femme descendre chercher de l’eau sans gêne, avec les habits de son mari ensanglantés pour les laver et les étaler.

Ce matin, ce sont deux complices qui sont partis au marché ensemble – pas courant chez nous – et quand je revenais de mes courses, j’étais sidérée de les voir discuter et rire ensemble sur la route. La femme portait toujours l’enfant au dos et le monsieur avait une baguette de pain en main. Quand je pense que les voisines étaient compatissantes et voulaient laisser le monsieur massacrer cette sorcière la prochaine fois qu’elle s’en prendrait à lui…

Trois jours d’enfer pour Tombouctou

Soldats maliens dans les rues de Tombouctou.AFP PHOTO ERIC FEFERBERG
Soldats maliens dans les rues de Tombouctou.
AFP PHOTO ERIC FEFERBERG

 

La Ville des 333 saints, tellement célèbre, plus connue que le pays même qui l’abrite connait enfin une accalmie à l’heure où j’écris ce billet. L’inquiétude  et la peur m’ont estomaquée, je ne pouvais penser à écrire. Tellement préoccupée par la sécurité de mes parents qui sont du troisième âge et habitent dans le quartier qui se trouve être le théâtre de ces combats entre militaires maliens et français. Tous mes lecteurs savent certainement que mes parents et  ma petite sœur sont à Tombouctou. Eux, n’ont pas accepté de venir se perdre dans cette poussière rougeâtre de Bamako. Ils ont supporté le joug des pseudo-islamiques, ils ont sauté de joie et dansé à l’arrivée des  troupes du libérateur HOLLANDE, François le grand, le si bien nommé.

Le samedi 30mars, vers vingt-deux heures, je corrigeais tranquillement les feuilles de composition de mes élèves, souriant en voyant certaines fautes invraisemblables qui pourraient décourager les jeunes enseignants, quand mon téléphone sonna. C’est mon beau-frère, mon informateur principal. Je n’ai pas été alarmé car nous avions l’habitude de causer au téléphone, depuis qu’il a épousé ma sœur nous sommes devenus rapidement amis.

Mais sa voix  rauque était vibrante. Il me dit :

  • Madame ça ne va pas hein !, comme un glas qui sonne.

Mon cœur bondit. Mon Dieu, j’espère que Tombouctou ne devient pas Gao. Je vous rappelle que la ville de Gao situé plus à l’ouest dans le grand nord du Mali, est toujours en proie à des attaques de kamikazes et des infiltrations de combattants du MUJAO qui mènent une guérilla urbaine contre les troupes alliées sur place.

  • Comment ça ? dit-je,  d’une voix fluette
  • Ça tire ici depuis trente minutes.
  • Qu’est-ce qui se passe ?
  • Je ne sais pas mais les tirs viennent de la route de Goundam.
  • Yerkoye ma kallassi  -que Dieu nous préserve, en sonrai-

Je raccrochais et mettais mon conjoint qui était déjà inquiet au courant : ça tire à Tombouctou. Qui ? Comment ? Pourquoi ? C’est la seule réponse que j’ai : pour continuer à nous nuire, empêcher aux paisibles habitants légitimes de cette ville millénaire de continuer à vivre dans cette islam démocratique pour une imposer une charia tirée de n’importe quel document sauf du Coran.

Ai-je pu dormir après cet appel ? Oui ! Mais après avoir rappelé une heure après et eu des réponses à mes deux premières questions.

Qui tire ? les militaires maliens et français, ils sont aux prises avec des  terroristes qui se sont infiltrés en commençant par faire sauter une voiture piégée au poste de contrôle situé l’ouest de Tombouctou, sur la route de Goundam – route qui devait d’ailleurs être inaugurée par ATT en avril 2013, mais l’homme propose et Dieu dispose- et sont passés par derrière le lycée pour se diriger vers l’hôtel Colombe qui accueille les -fameux- représentants de l’état malien, le gouverneur Mamadou MANGARA entre autres.

Je ne dirais pas que l’attentat a échoué comme à leur premier coup -un coup d’essai- car un follower sur Twitter m’a aidé à le comprendre. Il suffit que la charge explose pour qu’un attentat réussisse, ne serait-ce qu’à cause de la psychose qu’elle fait naitre dans l’esprit des populations, des militaires. Il faut être fort et les surpasser pour pouvoir continuer à vivre tranquillement dans une ville qui a essuyé un attentat à la bombe humaine. La peur de voir son corps dispersé au vent, comme celle du kamikaze qui a déclenché cette attaque en blessant d’abord un soldat malien.

Accro à la radio RFI, je passais la nuit à l’écoute, dormant par intermittence mais je n’appris rien en dehors de ce que je savais. J’ai rappelé les parents aux premières heures. Apprenant qu’ils ont passé la nuit bien à l’abri, sans aucune intention de sortir car ça tirait encore. Maintenant, les détonations ne viennent pas seulement de la route de Goundam, il y a des tirs vers le camp de garde et l’énergie, en partant du secteur du Lycée Mahamane Alassane Haïdara aux enceintes de mon école juste à la sortie de la ville.

Vers dix-sept heures, M’ché –mon beau-frère- m’appris que deux cadavres d’assaillants –je refuse d’appeler ces individus islamistes car je pense que leur action n’a rien à voir avec l’ISLAM- plus un qui a fait sauter sa ceinture d’explosifs devant le lycée. Des morceaux de chair –j’allais écrire viande hein !- se sont retrouvés jusque dans la cour de ta tante qui loge à côté de la Colombe-justement celle pour laquelle je m’inquiétais et qui souffrait d’hypertension artérielle comme presque toutes vieilles femmes de Tombouctou, ma mère y compris- les cadavres sont sur le goudron –la route bitumée en réalité, car le français malien a besoin de décodeur. Tu rentres à Bamako, une fille passe, on la traite de disquette et elle est  toute souriante ? C’est parce que cela veut dire qu’elle est mince.-

J’appris que toute la journée les gens sont restés terrés dans leurs aux heureusement très larges qui les protégeait des balles. Tu ramasses une balle perdue ? C’est que tu t’es laissé avoir par une curiosité débordante. La lutte est âpre entre les alliés et les fous qui se battent comme des diables. Ces militaires français sont des hommes. Ils ne connaissent pas la peur. Ils les recherchent un par un. « Maintenant c’est la vraie guerre madame » dit-il.

A la fin de la journée du Dimanche, alors que les médias faisait un bilan de sept morts dont un militaire malien et un nigérian tués en plus des assaillants, j’appris avec la communauté tombouctienne à Bamako et des coup-de-fil –encore-aux parents qu’il y avait une petite accalmie. Que les cadavres gisaient toujours dans les rues, que le nigérian était en réalité un nigérien qui –bizarrement-était de passage et a pris une balle d’un terroriste qui était pourchassé et qui lorsqu’il est entré dans la maison où il dormait, lui a tiré dessus avant d’être lui aussi abattu. On me parla aussi de la mort d’un malade mental vers Foire-yobou (un marché de Tombouctou situé juste derrière le camp militaire).

Lundi 1er avril, j’écris le billet en l’entrecoupant d’autres coup-de-fil pour Tombouctou. Le bilan, non, mon bilan est lourd et bien différent de celui de la presse qui encore une fois ne prend pas en compte les victimes innocentes parmi les habitants. Elles sont au nombre de cinq, sans oublier ceux qui ont pris été blessés par les balles perdues-mais qui se retrouvent dans leur corps- j’ai été attristée en apprenant celle d’un vieux de l’âge de mon père qui a pris une balle le long du canal de Kadhafi où se trouve son jardin. Les cadavres des pseudo-djihadistes  sont dispersés dans la ville, au gré des actions qui ont menés à leur mort. Ils atteignent le chiffre de treize.

Pour l’instant, les choses semblent rentrer dans l’ordre. Les soldats français continuent à ratisser la ville et veillent au grain. Je suis rassurée en entendant qu’il y en a une vingtaine dans notre rue.

Mais il ne faudrait pas qu’ils partent. Nous sommes encore en danger avec ces fous qui sont certainement cachés dans les grottes et ne manquerons pas de sortir pour venir les titiller et emporter des vies innocentes avec la leur. Ils se disent déjà au paradis, mais pourquoi tuer d’autres en se tuant ? Pour avoir des gens avec lesquels discuter là-bas? Je me demande bien Oumar Ould Hamaha –barberosa- ne leur faisait-il pas miroiter la beauté des femmes du paradis  qui les attendaient?