Trois jours d’enfer pour Tombouctou

Soldats maliens dans les rues de Tombouctou.AFP PHOTO ERIC FEFERBERG
Soldats maliens dans les rues de Tombouctou.
AFP PHOTO ERIC FEFERBERG

 

La Ville des 333 saints, tellement célèbre, plus connue que le pays même qui l’abrite connait enfin une accalmie à l’heure où j’écris ce billet. L’inquiétude  et la peur m’ont estomaquée, je ne pouvais penser à écrire. Tellement préoccupée par la sécurité de mes parents qui sont du troisième âge et habitent dans le quartier qui se trouve être le théâtre de ces combats entre militaires maliens et français. Tous mes lecteurs savent certainement que mes parents et  ma petite sœur sont à Tombouctou. Eux, n’ont pas accepté de venir se perdre dans cette poussière rougeâtre de Bamako. Ils ont supporté le joug des pseudo-islamiques, ils ont sauté de joie et dansé à l’arrivée des  troupes du libérateur HOLLANDE, François le grand, le si bien nommé.

Le samedi 30mars, vers vingt-deux heures, je corrigeais tranquillement les feuilles de composition de mes élèves, souriant en voyant certaines fautes invraisemblables qui pourraient décourager les jeunes enseignants, quand mon téléphone sonna. C’est mon beau-frère, mon informateur principal. Je n’ai pas été alarmé car nous avions l’habitude de causer au téléphone, depuis qu’il a épousé ma sœur nous sommes devenus rapidement amis.

Mais sa voix  rauque était vibrante. Il me dit :

  • Madame ça ne va pas hein !, comme un glas qui sonne.

Mon cœur bondit. Mon Dieu, j’espère que Tombouctou ne devient pas Gao. Je vous rappelle que la ville de Gao situé plus à l’ouest dans le grand nord du Mali, est toujours en proie à des attaques de kamikazes et des infiltrations de combattants du MUJAO qui mènent une guérilla urbaine contre les troupes alliées sur place.

  • Comment ça ? dit-je,  d’une voix fluette
  • Ça tire ici depuis trente minutes.
  • Qu’est-ce qui se passe ?
  • Je ne sais pas mais les tirs viennent de la route de Goundam.
  • Yerkoye ma kallassi  -que Dieu nous préserve, en sonrai-

Je raccrochais et mettais mon conjoint qui était déjà inquiet au courant : ça tire à Tombouctou. Qui ? Comment ? Pourquoi ? C’est la seule réponse que j’ai : pour continuer à nous nuire, empêcher aux paisibles habitants légitimes de cette ville millénaire de continuer à vivre dans cette islam démocratique pour une imposer une charia tirée de n’importe quel document sauf du Coran.

Ai-je pu dormir après cet appel ? Oui ! Mais après avoir rappelé une heure après et eu des réponses à mes deux premières questions.

Qui tire ? les militaires maliens et français, ils sont aux prises avec des  terroristes qui se sont infiltrés en commençant par faire sauter une voiture piégée au poste de contrôle situé l’ouest de Tombouctou, sur la route de Goundam – route qui devait d’ailleurs être inaugurée par ATT en avril 2013, mais l’homme propose et Dieu dispose- et sont passés par derrière le lycée pour se diriger vers l’hôtel Colombe qui accueille les -fameux- représentants de l’état malien, le gouverneur Mamadou MANGARA entre autres.

Je ne dirais pas que l’attentat a échoué comme à leur premier coup -un coup d’essai- car un follower sur Twitter m’a aidé à le comprendre. Il suffit que la charge explose pour qu’un attentat réussisse, ne serait-ce qu’à cause de la psychose qu’elle fait naitre dans l’esprit des populations, des militaires. Il faut être fort et les surpasser pour pouvoir continuer à vivre tranquillement dans une ville qui a essuyé un attentat à la bombe humaine. La peur de voir son corps dispersé au vent, comme celle du kamikaze qui a déclenché cette attaque en blessant d’abord un soldat malien.

Accro à la radio RFI, je passais la nuit à l’écoute, dormant par intermittence mais je n’appris rien en dehors de ce que je savais. J’ai rappelé les parents aux premières heures. Apprenant qu’ils ont passé la nuit bien à l’abri, sans aucune intention de sortir car ça tirait encore. Maintenant, les détonations ne viennent pas seulement de la route de Goundam, il y a des tirs vers le camp de garde et l’énergie, en partant du secteur du Lycée Mahamane Alassane Haïdara aux enceintes de mon école juste à la sortie de la ville.

Vers dix-sept heures, M’ché –mon beau-frère- m’appris que deux cadavres d’assaillants –je refuse d’appeler ces individus islamistes car je pense que leur action n’a rien à voir avec l’ISLAM- plus un qui a fait sauter sa ceinture d’explosifs devant le lycée. Des morceaux de chair –j’allais écrire viande hein !- se sont retrouvés jusque dans la cour de ta tante qui loge à côté de la Colombe-justement celle pour laquelle je m’inquiétais et qui souffrait d’hypertension artérielle comme presque toutes vieilles femmes de Tombouctou, ma mère y compris- les cadavres sont sur le goudron –la route bitumée en réalité, car le français malien a besoin de décodeur. Tu rentres à Bamako, une fille passe, on la traite de disquette et elle est  toute souriante ? C’est parce que cela veut dire qu’elle est mince.-

J’appris que toute la journée les gens sont restés terrés dans leurs aux heureusement très larges qui les protégeait des balles. Tu ramasses une balle perdue ? C’est que tu t’es laissé avoir par une curiosité débordante. La lutte est âpre entre les alliés et les fous qui se battent comme des diables. Ces militaires français sont des hommes. Ils ne connaissent pas la peur. Ils les recherchent un par un. « Maintenant c’est la vraie guerre madame » dit-il.

A la fin de la journée du Dimanche, alors que les médias faisait un bilan de sept morts dont un militaire malien et un nigérian tués en plus des assaillants, j’appris avec la communauté tombouctienne à Bamako et des coup-de-fil –encore-aux parents qu’il y avait une petite accalmie. Que les cadavres gisaient toujours dans les rues, que le nigérian était en réalité un nigérien qui –bizarrement-était de passage et a pris une balle d’un terroriste qui était pourchassé et qui lorsqu’il est entré dans la maison où il dormait, lui a tiré dessus avant d’être lui aussi abattu. On me parla aussi de la mort d’un malade mental vers Foire-yobou (un marché de Tombouctou situé juste derrière le camp militaire).

Lundi 1er avril, j’écris le billet en l’entrecoupant d’autres coup-de-fil pour Tombouctou. Le bilan, non, mon bilan est lourd et bien différent de celui de la presse qui encore une fois ne prend pas en compte les victimes innocentes parmi les habitants. Elles sont au nombre de cinq, sans oublier ceux qui ont pris été blessés par les balles perdues-mais qui se retrouvent dans leur corps- j’ai été attristée en apprenant celle d’un vieux de l’âge de mon père qui a pris une balle le long du canal de Kadhafi où se trouve son jardin. Les cadavres des pseudo-djihadistes  sont dispersés dans la ville, au gré des actions qui ont menés à leur mort. Ils atteignent le chiffre de treize.

Pour l’instant, les choses semblent rentrer dans l’ordre. Les soldats français continuent à ratisser la ville et veillent au grain. Je suis rassurée en entendant qu’il y en a une vingtaine dans notre rue.

Mais il ne faudrait pas qu’ils partent. Nous sommes encore en danger avec ces fous qui sont certainement cachés dans les grottes et ne manquerons pas de sortir pour venir les titiller et emporter des vies innocentes avec la leur. Ils se disent déjà au paradis, mais pourquoi tuer d’autres en se tuant ? Pour avoir des gens avec lesquels discuter là-bas? Je me demande bien Oumar Ould Hamaha –barberosa- ne leur faisait-il pas miroiter la beauté des femmes du paradis  qui les attendaient?

 

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