28 juillet 2013, jour de vote à Gao

« Don ka djan’ a sebali tè » quelque que soit la longueur de la nuit, le soleil fini toujours par se lever, disent les proverbes du bambara au français.

Les élections présidentielles si clamés et vus comme imposées au Mali malgré les protestations du président par interim Dioncounda Traoré ont lieu aujourd’hui 28 juillet 2013 partout au Mali. C’est à n’en pas croire ses yeux car la partie nord du pays a été longtemps occupée par multiples groupes qui se donnent et s’affilent à l’islam.( laissez-nous en douter).

Ce jour tant attendu m’a trouvée à Gao et me voilà devant; en train de vous conter l’evènement contre vents( réellement hein!  la nature semble s’etre rendue compte qu » il y avait quelque chose à emporter) et coupures d’électricité ( en réalité le terme de coupure ne convient pas à Gao car en fait il n’y a pas d’électricité, c’est parfois qu’il vous arrive d’en avoir et toujours la nuit.)

La campagne m’avait permise de savoir que les femmes allaient jouer un rôle important dans l’évènement vu les abus dont elles ont fait l’objet pendant le joug du MUJAO (qui rime étonnement avec Gao) mais non, fières, elles continuent à porter leur voile;assurément pour démentir certain reportages de l’après libération où on voyait des femmes se dire libres et enlever leur voile.

Des propos d’un délégué de la CENI du  centre du Château, il faut souligner une grande affluence  de la population.   Je ne le démentirai pas. mais j’ai surtout remarqué cela, doublé d’une grande confusion chez les votants.  En effet, beaucoup ne savaient pas vers quel bureau de vote de diriger.

Les populations des régions qui étaient occupées depuis avril 2012 ne recevaient plus la télévision nationale, donc pas d’information concernant le scrutin et la nouvelle carte de vote NINA.  C’est ainsi que  le gardien à qui sa femme expliquait qu’il lui fallait chercher  sa photo parmi les papiers qui étaient collés dans la grande salle et ensuite  choisir la personne de leur choix (il s’agit de la photo d’une personne souriante qui a des lunettes et est placée en première position sur la grande feuille) et de poser une marque sur le côté.  « Mais pourquoi vais-je voter pour la photo de quelqu’un d’autre alors qu’il y ma photo ? Je ne peux pas voter pour moi-même ? »  A-t-il dit pince sans rire.

Baba (c’est son nom) n’est pas seul dans cette position. Nombreux sont les électeurs qui ne pouvaient pas  s’orienter dans le centre du château où je me suis rendue. Pas pour voter. Je vous l’avais dit je pense, je ne figure pas sur la liste de Gao. Mais observer ne me fera point de mal.  Les femmes en mal de renseignement sont assises à même le sol devant la salle d’affichage des listes d’électeurs.

Blogger permet aussi de sentir ce plaisir viscéral d’appartenance à une nation. La vision de tellement de voile dans  cette école pour ce vote m’a fait quelque chose que je vous décrirais difficilement une sorte de nœud au ventre avec une sorte de gout salée à la bouche avec une sorte de joie mêlé à de l’espoir.

J’y suis allée à une heure d’affluence des femmes en ce mot saint du ramadan. Vers 14h.  Une heure où les femmes pouvaient prendre du repos entre le repas des enfants qui ne jeunent pas et le début de la cuisine des nombreux repas pour la rupture du jeûne.

La première vieille que je rencontrai fut la première personne que j’interrogeai :

«  bonjour maman, tu as voté ? »

« bonjour. Non je n’ai pas voté »

« pourquoi ? »

« je ne sais pas où je dois voter »

« Tu as ta carte NINA ? »

« Oui elle est avec moi »

« As-tu voté dans le passé ? »

« Il y a longtemps,  l’année où ou j’ai eu mon dernier enfant j’ai voté pour Alpha Oumar Konaré »

«  Et cette fois-ci ? »

«  Je vais voter pour que Mali sorte des problèmes et qu’on retrouve la paix enfin à Gao et partout dans tout le Mali »

Je l’ai aidé à retrouver sa salle avant de me diriger vers le bureau de vote N°3 où j’apercevais une connaissance faisant le rang : occasion rêvée pour prendre la photo témoin d’une femme  glissant sa feuille dans l’urne.  Il ne me reste que 4% de batterie pour ma wiko, mais j’insistai quand même et eus la photo. Maintenant il me faudra me fier à mes yeux et à mes oreilles.

Je vis des choses pas très catholiques qui se passaient sous un arbre. Mais c’est juste à côté des forces de l’ordre qui étaient plus disciplinés que les gens autour. Arme plantée au sol, le policier de l’entrée semble rêver d’un plat de riz au gras avec son regard vide. L’autre a la tête baissée et est figé. Ce n’est que lorsqu’il interdit  à un enfant qui tenait une grande tasse certainement remplie de nourriture que je compris qu’il était bien vivant.

C’est  aussi  quelque que vous ignorez certainement mais les votes ressemblent à une grande fête pour les maliens… euh je veux dire les maliens qui font de la politique.  Les  partis accompagnent les électeurs jusque dans les bureaux de vote en leur apportant à manger et à boire. C’est à en croire que peu de votants  jeunent car les tasses étaient plutôt grandes.

Une vieille voiture assure le transport des électeurs qui habitent loin. Une voiture blanche surmonté d’une arme porte UN (nations Unis). Un casque bleu se trouve sur le toit.  Que de Délégués et d’observateurs ! S’ils votaient tous, les résultats en changeraient.

Cette fois-ci je vous propose des photos en lieu et place de mon long discours (j’allais dire bavardage, mais s’en est jamais… n’est pas Ibohn ?)

Reste à voir ces résultats qui contiennent l’espoir de tout un peuple.

 Enfin on aura la paix pense-t-on à Gao.

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Prenez de l’argent et votez pour moi…

C’est le slogan de La campagne électorale  de cette période « exceptionnelle » (comme se targe de le répéter tout le monde entier vis-à-vis du Mali).Pourquoi ? Je constate le  même défilé des directeurs de campagne vers  les associations féminines des quartiers pour leur offrir polo, argent, pagne, sucre, céréales… Au lieu de présenter un programme en bon et du forme.

Déjà à Bamako, je plaisantais avec ma belle-sœur Mamou à ce propos : elle est dans le bureau constitué en vue des élections. Elle dit vouloir voter pour IBK et  elle est bien silencieuse quand je lui demande les couleurs du parti pour lequel elle était sensée militer. Il faudra qu’elle en finisse avec tous les repas qu’elle doit préparer pour la rupture (j’allais écrire coupure comme c’est le mot qui correspond au même terme dans nos langues nationales) et de vendre ses beignets  et la glace.

A Gao, la réalité est la même, avec une plus grande ferveur, car les femmes de Bamako sont un peu négligentes cette fois-ci. Les jeunes semblent  plutôt sceptiques. Beaucoup ont été retiré les cartes NINA, mais  hésitent quant au choix. D’autres, ne pourront point voter même s’ils le voulaient car déplacés de guerre, ils n’ont pas les moyens de rejoindre les localités dans lesquelles ils ont été inscrits.

Où n’en voient pas la nécessité comme moi. Longtemps, je prenais comme prétexte la non-réception de ma carte NINA. Mais mon beau-frère me l’a envoyé à Bamako  juste avant que je ne largue les amarres. Je n’ai voté qu’une fois, j’avais 18 ans et étais pressée d’accomplir ce geste citoyen qui me donnait du baume au cœur. C’était  dans une école du Niger.  Depuis, je suis arrivée au Mali. Je l’ai découvert. J’ai perdu mes illusions. Je n’ai plus voté.  Je m’étais laissée aller vers le parti de celui pour qui j’avais voté : l’ADEMA, le parti de l’abeille. Par parce que j’aime les insectes ou par gout pour le miel. Non. Parce que j’étais (suis-je encore ?) de conviction socialiste. Mais…

Plus de mais possible une fois ma carte NINA en main. Il faut que je fasse un choix et que j’aille voter.

Voter ? Balivernes… Qui choisir parmi tous ces… (Florian mon frère donne-moi un mot pour qualifier ces gens). Je ne vois absolument pas lequel de ces candidats pourrait faire mon affaire et l’affaire de mes compatriotes.   Ceux du FDR (le front du refus) formé après le putsch du 22 mars ? Jamais ! Ce ne sont  que les dignitaires de pouvoir depuis belle lurette(je ne veux pas écrire ATT car ATT les a trouvé aux commandes et a fait son commerce avec eux). Je les connais tous et pourrait émettre un chapelet de choses à leur reprocher. Les autres je ne les connais pas et sachant que ce ne sont que des maliens (oui les mêmes maliens qui ne pensent à profiter et faire profiter leurs parents, j’en suis une hein ! j’en suis même fière d’avoir cette nationalité !).

Je ne suis pas contente d’étaler un découragement civique, mais vous en avez entendu parler  certainement : peu de maliens voteront. Les taux des scrutins passés n’ont jamais atteint 40%.

Je le disais à Aphtal, dans le silence de son bruit, quand il publiait son billet confession sur son choix de ne pas voter.

Je voterai bien maintenant. Un bulletin blanc pour dire NON à cette imposition. Mais pour les mêmes raisons que nombre de déplacés du nord vers le sud, je ne voterai pas. Etant à Gao, je ne voterai pas. Pour pouvoir le faire il me faudrait rejoindre Tombouctou et aller dans le bureau de vote du quartier sankoré où figure mon nom sur la liste électorale et d’où ma carte NINA a été retirée.

En plus le président de ma république personnelle, ministre de l’administration du territoire et des finances est à Gao. J’y suis.

Cependant les femmes de Gao font la course aux pagnes et aux dons des partis politiques. Ma voisine se décarcasse comme un beau diable, sans rien avoir en retour. Elle m’a d’abord parlé d’une première somme de 50.000 F qu’elles auraient eu du bureau de campagne d’un parti aux couleurs. Ensuite  il y a eu les pagnes et une autre somme de 50.000F et un sac de sucre de 50 kg.  Elle n’a eu qu’un Kg de sucre.   Mais pourtant elle a bien donné sa carte d’identité  et sa carte NINA pour qu’ils en relèvent les numéros et les lui ramènent. Je lui bien expliqué qu’elle n’aurait pas dû. Mais  comme elle, beaucoup de maliens ne sont pas instruits et les niveaux d’analyse ne sont pas aussi haut. Je me suis contentée de ricaner en entendant le leader du même parti crier au risque de fraude organisée.

Oh les politiciens.

J’ai posé la question « pour quel parti tu vas voter ?» Pour me faire une idée des tendances.

Je l’ai surtout posé à des femmes et des villageois.  Des personnes qui votent pour  des raisons différentes des nôtres.

Une première femme, interrogée à l’entrée de Gao, quand elle me montra fièrement sa carte NINA me donna une réponse fort édifiante sur les conditions des femmes ici. Elles sont libres c’est vrai, elles vont et viennent, portent librement le voile maintenant mais restent complètement sous contrôle de leur mari ou de leur frère.

  • « je ne sais pas d’abord.  Je suis de retour d’une visite chez mon frère. Lui et tout notre village votera pour l’abeille. Maintenant je vais chez mon mari et je ne sais pas pour quel parti il votera. Comme je suis inscrite là-bas, j’attends d’entendre ce qu’il me donnera comme consigne ».
  • «  quel est ton propre choix ? »
  • «  je n’ai pas de choix, ce que mes hommes me diront de faire suffira »
  • «  toi tu ne voteras pas pour celui que ton mari va te recommander ? » me dit-elle
  • «  mon mari ne me le dira même pas car il sait que je ne le ferai pas. »
  • «  je serai seule dans l’urne. Si je veux je crache dans l’enveloppe avant de mettre dans l’urne » même quand mon mari était sur une liste aux législatives je n’ai pas voté.
  • «  vous êtes les femmes de  maintenant et vous êtes en ville. Nous ne pourrions pas faire ça tu sais » me dit-elle en s’éloignant, voyant déjà un diable en moi.

 

Si j’étais à Tombouctou, je n’aurai eu aucun mal à être le délégué d’un parti, vu mon niveau d’étude, mais à Gao, dans ce quartier reculé du château. Mais j’irai bien faire un tour des bureaux de vote du quartier avec ma voisine qui est déjà une bonne amie.Si d’ici là j’arrive à avoir une plaque solaire pour charger mon wiko. En tout cas je compte sur l’aide ma communauté notamment  Limoune, Bouba 68, Michel, Boukary Konaté… pendant que j’entends un avion faire une ronde. Je pense à ces films en noir et blanc que je regardai sur Télé Sahel sur le Royal Air Navy… le bruit des avions d’Hitler.

Bien le bonjour !

 

Les amis, je suis à Gao

 

Credit photo: Faty
Credit photo: Faty

J’ai quitté Bamako dans les mêmes conditions que tous les déplacés du nord du Mali : Difficiles.

C’est en croire que les compagnies de transport se moquent de nous. Au pire, ils nous prennent pour du bétail.   J’étais en partance pour Gao. Le billet m’a coûté les yeux et le nez de la tête. En plus je n’ai pas droit amener une seule chemise  (je veux dire un pagne car je ne porte pas de chemise) avec moi. Il m’a fallu payer  l’équivalent du prix du billet pour qu’une partie de mes bagages puissent me suivre après un effort que vous aurez du mal à imaginer. Mais je vous raconte : j’étais convoquée à la gare de cette compagnie qui a pour effigie une chamelle (ou c’est un chameau ?) à 10h. J’y suis arrivée bien à l’heure, voulant respecter mon statut de « ponctualité personnifiée ». Mais la place était déjà bien prise par des bagages de tous genres : des sacs de voyage, des valises, des sacs de riz remplis d’autres choses quand ce n’est pas du riz et du sucre, des balluches gigantesques…

Il faut dire que la blogueuse en situation  que je suis est aussi surchargée : deux valises et deux sacs.  Un agent de la compagnie les marquèrent sans parler argent. J’en fus étonnée car d’habitude c’est ce dernier qui prenait les frais de transport des bagages. Une connaissance  de Tombouctou qui partait bien à Tombouctou et comptait descendre à Douentza, me dit que la compagnie ne prenait plus de frais pour cela. Hum… attendre n’est pas un poids dit un proverbe Djerma.

En effet, il a fallu attendre vers midi pour les entendre nous dire d’embarquer les bagages.  Un monsieur qui semble être le convoyeur contrôlait que tout bout de voyage passait par un certain Mohamed, un jeune arabe qui parlait bien le sonrai de Gao. Ce dernier ne voyait que les voyageurs qu’il semble connaitre mais ne se gênait pas pour fixer des sommes faramineuses pour ces bagages.

« Seuls les sacs de voyage et les valises doivent embarquer, les sacs doivent aller par le camion qui partira demain » disait la consigne. Mais Mohamed fit embarquer plus que des sacs, des grandes tasses attachées dans des draps. Mais je vous assure je me suis débattue comme  diable pour me retrouver nez à nez avec mes bagages dehors. Car ne pouvant pas réussir l’exploit de les porter tous ensemble et surtout de les faire embarquer d’un coup comme ceux qui maintenant sont tranquillement assis dans le car que le chauffeur fait ronfler d’ailleurs. L’énervée grave.

Quand je dis à Mohamed en sonrai « donc celui qui ne te connait pas ne doit pas acheter un ticket dans ta compagnie », le convoyeur m’entendit. Mohamed  se contenta d’essayer de chercher  une place pour la Nième baluche d’une vieille dame de sa connaissance. Il ouvrit un coffre qui était rempli de sacs de tout genre. Le convoyeur vint s’arrêter. Je me mis à protester de plus belle.

«  Donc je ne partirai… c’est la première fois que je voyage par cette compagnie, je crois que ce sera la dernière ! Une fois n’est pas, que dis-je n’est jamais coutume. » Le convoyeur réagit comme je m’y attendais.

« Mais c’est rempli des sacs de sucre, faites sortir ces sacs et mettez les valises de la dame. Ils partiront par le camion ».  Le Mohamed continuait à pousser son sac pour qu’il entre. Le monsieur le lui tira des mains et ordonna à un apprenti de tout débarquer.

« Madame payez la somme qu’il vous a dit de payer. »

« Mais il ne m’a pas parlé depuis l’aube que je suis  là ! C’est combien ? Mohamed. »

« 15.000 » « pour mes habits seulement ? Ok je paye, de toute manière c’est juste ce moment, quand nous aurions tous rejoints notre nord, nous verrons à qui vous allez faire ça ! ».

C’est en sueur que j’entrai dans le car qui s’apprêtait d’ailleurs à partir.  Le convoyeur est juste derrière moi. « Il n’y pas de place » me plaignis-je.

Il me fit asseoir et me dit en plaisantant. «  Toi si tu ne fais pas attention, tu vas payer le cola ».

Et me voici en route pour Gao. Du moins le croyais-je car nous ne sortîmes pas de Bamako que nous respectâmes la tradition avec ces compagnies : panne.

La voiture ne pourra pas nous amener à Gao. Je fis cette conclusion en voyant le chauffeur et ses apprentis s’éloigner du véhicule après avoir tenté une réparation pendant une quinzaine de minutes. Au bout d’une heure. On me donna raison car un monsieur (certainement un enseignant car parlant beaucoup et ayant des lunettes) vint annoncer la nouvelle. Ce n’est qu’au bout de 5h de temps que le bus de rechange arriva.

Quelle aubaine. Je vais en profiter pour changer de la place car le voisin avait encombré la mienne de bidons de 20 litres vides. Je veillai au transfert de mes bagages avant de me chercher une bonne place. Ceux qui perdirent leurs places cherchèrent à faire une fronde. Mais je me contentai juste de suivre d’une oreille discrète, sachant que je ne laisserai la mienne pour personne.

Le trajet a été plutôt tranquille, ponctué  de contrôle d’identité aux différents postes de  sorties et d’entrées. Rien de changé à par le nombre des hommes en uniformes.  Ceux qui n’ont pas de pièces d’identité continuent à payer les mêmes 500 F CFA sans reçu.  Il a y juste une étrangère qui devrait être camerounaise ou ghanéenne à qui ils demandent chaque fois le carnet de vaccination sans pousser le contrôle jusqu’à lire la date du dernier tampon.

Beaucoup de villes traversées. Fana, Ségou, Bla, San, Sévaré. La présence militaire augmente au fur et à mesure qu’on approche du nord.  Je n’ai pu faire un constat concernant la ville de Konna car nous l’atteignîmes en pleine nuit. Avec ma si grande vision, c’est à peine si je voyais le bout de mon (joli !?!) nez.

credit Photo: Faty
credit Photo: Faty

« La frontière du Mali » dixit un officier malien, en Novembre quand je partais à Tombouctou, en pleine occupation.  Les militaires maliens qui y étaient avaient une férocité indescriptible. Ils ont failli me manger pour mon appareil photo à l’aller et au retour mes bagages et ceux des autres voyageurs ont été fouillés pièce par pièce. Le militaire chargé de la besogne en profitait d’ailleurs pour nous crier dessus et donner des coups de rangers dans les valises ouvertes.

« Ce n’est pas nous votre problème, allez-vous en prendre aux maigrichons barbus qui vous ont chassé du nord, au lieu de nous enquiquiner ici ! » avais-je pensé à l’époque.

Mais à Douentza,  je pus faire mon premier rapport : la ville est hyper militarisée maintenant.

en route vers Gossi
Crédit photo: Faty

En Novembre 2012, la ville était sous contrôle du MUJAO (Mouvement pour l’Unicité du Jihad en Afrique de l’Ouest). Je me rappelle que nous nous (les femmes du voyage) étions déjà ensevelies dans nos voiles intégrales que j’hésite à appeler Burka car faites en voiles légères et de couleurs chatoyantes. Là , plus d’obligation, mais j’ai mon voile quand même. Je le portais bien avant que ces bandits se rassemblent pour prôner « leur charia particulière ».

Au poste de l’entrée de la ville, il y avait un pickup et quelques jeunes recrus « peulh et haoussa du Nigéria » avais-je constaté.

Maintenant, ce sont des maliens. Ils ont arrêté à l’entrée du car et tu donnes ta carte d’identité pour sortir. Celui qui semble commander se fait appeler « français » par les autres. Il est mince. Droit. La mine renfrognée. Un français. Un français ? Qui sourit dès qu’on leur remit la somme de ceux qui n’ont pas de cartes d’identité. Un malien. Je souris et secoua la tête (encore ! c’est un geste que j’exécute chaque fois que je ris jaune, quand j’ai mal pour mon pays.)On  n’en finira jamais avec cette corruption ! En pleine guerre, ils pensent encore à se mettre les sous des pauvres citoyens dans les poches.

Cette fois-ci que de militaires : des bérets verts, des casques bleus,  des maliens, des tchadiens  et quelle nationalité encore ? Un béret rouge stoïque, se tient comme un robot. Il semble attendre notre départ pour nous accompagner.  Que de voitures militaires. De longs véhicules marquées de l’insigne « UN ». Mais aussi des voitures de la campagne électorale bariolées aux couleurs des candidats et de leurs partis.  Une femme qui passe sur une belle Djakarta bleue neuve. Oh, la liberté est vraiment dans cette contrée !

Le reste du chemin jusqu’à Gao fut ponctué  par ces contrôles plus que légers ; juste pour détecter les fautifs qui ne l’ont pas. C’est comme s’ils ne savaient pas qu’il y a eu une pénurie de papier pour confectionner le fameux sésame qui semble représenter un certificat de non adhérence à la rébellion.

 

Le poste de Gao ne s’est présenté que vers 17h.  C’est bien différent. Le car s’est rangé sur le côté. Nous nous regroupions devant un premier militaire qui nous demande de passer présenter nos pièces à un autre à 5m. Je demande s’ils pratiquent une fouille au corps.

« Non » me répondit une femme qui semble avoir plusieurs fois fait le trajet.

«  Ça se faisait pendant les premiers jours de la reprise de la ville car on craignait ce qui se font sauter. Ils contrôlent juste les hommes.

« On regarde aussi si toutes les femmes sont des femmes. » dit une autre. Nous avons marché 100m pour être rejoints par le car et traverser rapidement le pont Waberia.

Dès les abords du pont, je pus capturer  par une première photo la place importante des femmes dans la vie de cette ville historiquement songhoï.

Ca bouge encore à Bamako

Aujourd’hui 15 juillet 2013, je me suis réveillée bien tôt ; c’est à en croire que je n’étais pas sur pieds dès 4h45h du matin pour le repas prémices du jeun musulman. En plus, j’ai dû regarder la télé une bonne trentaine de minutes pour pouvoir faire la première prière réglementaire avant de me coucher. Bon, « toute femme africaine doit se lever tôt » disent les bambaras. Ont-ils raison ?

Aujourd’hui je passe mon dernier jour à Bamako. J’ai tout mis sur pieds pour mon voyage à Gao. Le billet du car a été acheté il y a une semaine. Les valises sont prêtes. Il me reste plus qu’à retirer mes derniers sous de la banque pour ne pas partir les mains vides car je n’ai pas lésiné sur les dépenses.

Donc j’étais devant la banque avant l’ouverture, en partant déjà j’avais remarqué cette affluence des étudiants devant l’ENSUP, juste à la descente du pont Fahd. Cela m’avait un peu intriguée car je savais que les professeurs de l’enseignement supérieur avaient déclenché une grève illimitée pour revendications auxquels je ne m’intéresse plus. C’est ainsi depuis que j’étais étudiante j’ai connu deux années blanches dans mon cursus scolaire « grâce » à ces professeurs du Niger au Mali.

Etant l’une des premières dans la banque, j’ai pu effectuer l’opération de retrait bien vite et reprendre le chemin du retour, déjà que je ciel menace !

Arrivé au niveau du ministère des finances et de l’économie, les premiers signes d’un mouvement estudiantin me parvinrent : les voitures partant par là-bas bougeaient lentement.

Quelques mètres au ralenti me permirent de comprendre. Une marche des étudiants contre la violence policière.  Les pancartes en attestaient. Les voix aussi. Une voix fine de femme qui tranchait des autres me fit sourire : ça me plait, des femmes en action.

Credit Photo: faty
Credit Photo: faty

C’est l’occasion rêvée pour mettre en action la partie de la formation qui porte sur le blogueur en situation. Mais c’est bien difficile de conduire une moto et de prendre une photo avec mon wiko en plus. Je risque de le voir se fracasser contre le bitume.  Pas la peine. Je décide d’avancer. Une marche en deux parties. Les motos cyclistes devant les piétons. Les policiers anti-émeute qui ont l’habitude de les escorter ne sont pas là ! Est –ce parce que les pancartes dénoncent la violence policière ? Hum…. Ça va chauffer.

La dernière fois, c’était juste la semaine dernière des troupes de policiers « fous » (c’est le seul qualificatif que j’ai pu leur trouver)  c’étaient pris à des étudiants qui faisaient un sitting contre la grève des professeurs qui nuit à leur avenir. Des  étudiants frappés, bastonnés jusqu’au sang. J’ai entendu parler de deux morts. Leurs motos qui étaient au parking ont été cassées et brulées, des bâtiments de l’université mêmes ont été saccagés  par…cette furia policière. C’est à ne rien comprendre, quand tu regardes la télévision nationale : pas un mot. C’est à en croire que nous ne sommes pas sur les terres : le Mali.

Pour monter sur le pont, il faut prendre une petite aile qui tourne vers le fond de la nouvelle cité ministérielle qui porte le nom significatif de Malybia. Et là, que vois-je ? Un véritable bataillon de policier qui semble être commandés par une femme.  Matraques et lanceurs de bombes lacrymogènes à point. Surement prêts à foncer sur les étudiants. La rage me prend contre le pouvoir. Et on targe à dire que le Mali est une démocratie ? L’envie d’écrire une autre lettre au président par intérim Dioncounda Traoré me prit. «  Ça ne sert à rien, me dis-je aussitôt, il ne la lira pas. C’est une Autriche. Tous les maliens sont des autruches. » Ils ne voient que ce qui les arrangent.

J’accélère sur mon allure pour arriver vite à la maison et écrire cet article. Ces militaires, ces policiers nous emmerdent. Je suis presque fâchée.

Crédit Photo: Faty
Crédit Photo: Faty

Mais ma surprise est encore plus grande lorsque j’arrivai au milieu du pont qui semble avoir un problème. Un accident grave sur le pont ? Non les voitures sont ralenties par quelque chose.  Je me faufile rapidement avec ma  moto entre les voitures et là surprise : ce sont d’autres étudiants (quittant certainement la colline du Savoir de Badalabougou) qui sont sur le pont. Ils sont encadrés par une trentaine de policiers anti-émeute qui ne leur empêche pas de progresser (heureusement). J’ai envie de jeter ma moto ou de la garer.  Pas moyen. Je m’arrête un court instant pour prendre quelques photos. Une voiture derrière moi klaxonne fortement derrière moi. C’est certainement un taxi qui s’énerve contre moi. Je me retourne. Oui ! J’ai bien deviné. Je jette mon wiko dans mon sac accroché au guidon de ma moto et avançai rapidement.

La montée du pont est complètement bloquée par cette marche.

Crédit Photo: faty
Crédit Photo: faty

IMG_20130715_0909559h est l’heure où les maliens partent au travail. Beaucoup de voitures. Que de motos. Certains, empressés s’énervent d’autres discutent derrière les vitres. Je suis sure que beaucoup adhèrent aux idées des étudiants. Mais que faire ? Aucun malien n’est prêt à faire quelque chose pour que les choses changent. Un véritable peuple de béni oui-oui.  Personne pour dénoncer quelque chose !

Je dépasse deux grandes pancartes des candidats à la présidentielle. Les mêmes promesses. Les mêmes mensonges. Une première promets la réalisation de 500.000 projets de femmes en posant avec des vieilles femmes certainement des rurales (il a dû leur donne juste quelques sacs de céréales) je secoue la tête et tourne.

Une centaine de mètres plus loin, un autre candidat, d’autres promesses, cette fois-ci la pose est faite avec des enfants.

Crédit Photo: Faty
Crédit Photo: Faty

Pauvre Mali !

 

 

 

Petit accident entre femmes

crédit Photo: Faty
crédit Photo: Faty

Bamako est une ville très particulière quand on se réfère à la circulation routière. Le nombre des motos étonnera celui qui vient d’autres cieux (à part Ouagadougou qui est pareille). L’étonnement ne serait pas dû aux couleurs variantes (et parfois criardes) des motos, à la vitesse frénétique des conducteurs (mais possible), ni à leur coiffure à la Balotelli. Non, ce sont les conductrices qui détonnent à Bamako.

Ici, les filles sont folles de motos et c’est de l’euphémisme. Tu veux draguer une jeune midinette à Bamako ? Tu as intérêt à avoir une belle Djakarta qu’elle pourra enfourcher quand elle le voudra.  Si elle est gentille elle te le laissera et exigera tu lui en achète, sinon mon ami,  tu es mal barré.  Tu es chanceux si tu parviens à te trouver une copine aux parents assez riches pour lui en acheter une.

Il n’y a pas d’âge ou de type de femmes pour conduire une moto. Toutes en conduit. Les adolescentes, les femmes jeunes, moins jeunes, grandes, courtes, grosses, noires, blanches ou sérieusement dépigmentées.

Il n’y pas aussi de métier pour cela, à part qu’il est possible de croiser des femmes travaillant pour des projets en brousse conduire des DT, des motos de 125cm tout-terrain, ou d’autres motos qui sont vues comme masculines.

Hier en revenant d’une course en ville, j’ai assisté à un accident des plus étonnants. Au lieu de créer la compassion, il faisait plutôt rire les passants.

Une fille élégante, vêtue d’un pantalon noir collant à ses jambes fines et d’un joli body orange agrémenté de grands verres fumés et d’une chevelure longue et châtaigne venait à toute allure. Elle avait une passagère qui semble être sa sœur (à cause de leur ressemblance) derrière. Une autre fille, tout autant élégante, avec un habillement fort ressemblant à celui de la conductrice, à part les couleurs qui sont différentes, arrêtée sur  le bord droit du goudron voulu traverser juste au moment où la moto arriva à son niveau.

Le choc entre la piétonne et l’engin était pratiquement inévitable. La conductrice freina brusquement, évita la passante mais s’écrasa sur le côté. Les deux tombèrent justement sur la passante. Elles se relevèrent ensemble. Plus de peur que de mal, semble-t-il, mais juste à côté de la moto une perruque. La conductrice et la passante sont têtes nues.  Toutes deux coiffées comme des garçons. Des élèves policières ? en tout cas cette coiffure n’est pas commune pour une femme au Mali, même si elle est fréquente en Côte d’Ivoire ou dans d’autres pays limitrophes. Elles portent toutes deux des perruques. Donc il en manque une.

Non ! la passagère de la moto avait récupéré la perruque de sa sœur pendant que celle-ci essayait d’extirper sa jambe d’en dessous. L’habillage en plastique a pris un sérieux coup et des morceaux trainent sur la chaussée. Les femmes se mirent aux bords pour se disputer pendant que les passants regardent la perruque en riant.

 

Fin des cours à Bamako,Tombouctou j’arrive…

 

Credit Photo: Faty
Credit Photo: Faty

 

C’est le même rituel depuis que l’enseignement normal existe. Le CFTQ est la place to be, pour tout enseignant  de l’enseignement normal, par amour du devoir bien fait, peut-être mais c’est surtout  pour les indemnités auxquelles ces corrections donnent droit. En effet nous ne sommes plus aux années de Moussa Traoré, Où la correction d’une feuille coutait à peine 100 FCFA. Maintenant elles rapportent des sommes rondelettes si le lot de feuille corrigé est important : 460 FCFA par feuille.  Quand on connait l’attrait de l’enseignant pour l’argent !

Je suis de l’exercice depuis juillet 2008, j’ai bien failli ne pas y être l’année dernière  avec la disparition de mon nom des proposés à la correction (je me demande si mon nom n’est pas tombé dans le fleuve pendant notre repli stratégique vers Bamako). Avoir aidé au travail administratif et joué le rôle du directeur des études jusqu’à la veille de la rentrée scolaire 2012-2013 ne m’ont en rien servi. Quand tu es une femme, dans un monde d’arabisant, reste à ta place. Tu as plus de chance de t’attirer leurs courroux que d’être proposée à un poste de responsabilité. J’en ai fait l’expérience. Pas si triste que ça ! C’est une autre leçon de la vie. Ce ne sont pas seulement les voix du seigneur qui sont impénétrables, ceux du monde des enseignants maliens aussi !

Cette année encore nous revoilà sur les bancs si peu confortables de cet établissement privé qui s’étend sur deux étages comme un château-fort, d’un blanc sale bien sale.  Le roi qui règne sur ce royaume s’appelle Amadou Alpha, du CECE (centre des examens et concours de l’éducation) . Un homme d’une rigueur bien exemplaire, si ce n’est cela j’imagine la cacophonie qui règnerait. D’aucuns sont prêts à tout pour mériter son estime pour être toujours convoqué.

Avant cette crise du nord et notre (nous enseignant, élèves-maitres, administration de l’IFM Hégire de Tombouctou) fuite en avant vers Bamako, la correction était bien intéressante car en plus des frais de séjour, nous profitions d’une somme forfaitaire pour le transport (des mois après hein !). Mais notre déception a été grande de constater en juillet dernier que la décision de relocalisation de notre établissement à Bamako nous privait de ce que nous voyions comme des avantages. Quelle frustration de voir ceux qui viennent de Kati en profiter, mais c’est le Mali… tout s’y fait et se cautionne. Cette année, mon jeune collègue qui en est à sa première correction a bien haussé la voix en répétant «  et ceux qui viennent de Tombouctou ! ». Silence. Pas une réplique. Sa voix a bien résonnée, emplissant la salle. Les agents du CECE chargés de cette besogne s’en sont allés sans lui répondre. «  Cela veut dire que c’est une cause perdue Birma ! Ils t’entendent bien,  c’était pareille l’année dernière » lui dis-je.

Je suis bien professeur de psychopédagogie, mais j’ai toujours été de la commission LMP (législation scolaire et morale professionnelle)-philosophie-ECM (éducation civique et morale). Ces deux dernières années il faut reconnaitre que le nombre des correcteurs a bien augmenté, faisant fondre nos gains comme peau de chagrin.

Les sujets de cette année même certains de philosophie, cadrent plutôt avec l’actualité.  « La religion ne peut-elle se propager que par la violence ? »,  « Nous sommes responsables de nos actes mais pas du destin », bien qu’il y ait eu les sempiternelles sujets sur la relation philosophie-religion-science société-pensée.

Les sujets de législation scolaire et Morale professionnelle LMP, s’articulent autour du comportement adéquat pour un enseignant, soit à l’école, en société, avec son employeur, ses droits, ses devoirs… Le sujet 2 de l’examen de passage de la 2ème à la 3ème année de l’IFM hégire s’intitulait : « la législation scolaire constitue un guide pour l’enseignant » explique cette pensée et donne des exemples dans la vie de l’enseignant permettant de l’illustrer.

Sujet bien abordable dirait qui connait le contenu du cours que nous avons vu en classe. Mais je suis bien désolée de vous dire que mes élèves ne pourront pas  bien le traiter car ils se buteront à des mots qui sont bien ‘’durs ‘’ pour leur niveau en français.  Il  s’agit de « guide » et « illustrer » les mots clés du sujet.

Le système ne me permet même pas d’avoir à corriger leurs copies d’examens, mais il faudrait bien expliquer aux autres correcteurs les difficultés que mes élèves ont en français (en arabe aussi d’ailleurs, les élèves maliens ont tous des difficultés dans tous les domaines conséquence d’un niveau bas qui ne cesse de s’affaisser.

Le sujet1 des élèves en passage en 3ème année généraliste  niveau DEF  évoque la conscience professionnelle chez l’enseignant qui serait le résultat d’un certain nombre de critères que l’élève-maitre doit décrire et donner les critères.

L’Education Civique et Morale ECM s’articule, lui, autour de la démocratie, la dictature,  la patrie, la nation, la famille, la corruption, les obstacles au développement, la liberté, la justice, la tolérance…

J’ai eu à corriger en ECM un sujet très intéressant qui renseigne sur la panne de patriotisme que connait le Mali. Le Sujet annonce ceux qui disent « j’aime ma patrie, je l’adore, je la chéris » ne sont pas forcément les plus grands patriotes et demande aux candidats de dire ce qu’est le vrai patriotisme.

Et là, les amis, la catastrophes.  Ils donnent bien facilement la définition de la patrie qu’ils doivent avoir bien écrit sur leur bout de « djinns » en rentrant en classe, mais c’est tout !

Quand il s’agit de donner les critères d’identification du patriotisme, ils vont s’enliser dans des discours creux, parfois insensé qui vont de refus du chauvinisme à la glorification du néocolonialisme, ainsi, je n’ai pu m’empêcher de retenir cette phrase « je félicite les français car ils ont nous sortis dans l’obscurité. Les griots de notre patrie ont organisés une chanson pour les français car la colonisation de notre patrie a été bien fait et la démocratie et les gens sont content nous avons nommé un président. Le patriotisme est l’ensemble des citoyens qui aiment sa patrie ».

3jours de dur labeur pour en finir avec toutes les feuilles, ceux qui ont fini les premiers aidant les autres pour que nous « puissions avoir notre argent rapidement ». La récolte n’a pas été aussi bonne. Mais vivement la correction de l’année prochaine. Cette fois-ci j’espère que nous ne serions pas résident de Bamako. Oh que Tombouctou me manque…

c’est la rumeur qui nous annonce que la rentrée scolaire aura lieu à Tombouctou, d’ailleurs personne ne m’a officiellement informé en avril quand je venais reprendre les cours à Bamako… peut-etre que je fuyais les fouets?

 

 

 

 

 

 

Boubacar Sangaré, l’etudiant malien

Certains seront tentés de se poser une question sur la motivation de tels portraits de ma part. Qui sont ces jeunes gens (ils penseront inconnus) que j’expose, (les plus méchants penseront au verbe flatter) ainsi ? Ils représentent tous simplement mon espoir pour l’Afrique. Un avenir constructible, une lueur qui deviendra lumière et éclairera le chemin de notre continent. Je crois en eux, en la jeunesse Afrique …pourquoi pas vous ?

Bouba DakarLe premier a été l’infatigable Serge katembera, le citoyen du monde prêt à tout pour son pays : la République Démocratique du Congo. L’aventure continue et cette fois-ci je vous présente Boubacar Sangaré, l’étudiant malien. Un autre mondoblogueur ! Le plus calme de tous pourrais-je dire.

Boubacar Sangaré est étudiant en 2ème année Lettres Modernes  FLASH (Faculté de Lettres, Langues, Art et sciences Humaines de Bamako), il est aussi journaliste et blogueur. Un autre citoyen du monde, soucieux pour son pays, animé d’un patriotisme bien rare chez les jeunes maliens de nos jours, aussi.

Boubacar Sangaré est un jeune peulh, originaire de la région de Mopti. Musulman, son nom fait certainement penser à Oumou Sangaré, la diva du Wassolo. Bouba (c’est ainsi que je l’appelle) est aussi engagé qu’elle mais lui se sert de son extraordinaire plume pour exprimer toute sa hargne, son envie, ses déceptions, son scepticisme parfois quand ce n’est pas de l’espoir pour son pays et son continent.

Son jeune âge, 22 ans, n’en fait pas un novice, mais au contraire, je vous souhaite juste de le rencontrer pour vous rendre compte qu’il n’est pas grand que de taille. Il en a beaucoup étonné par sa maturité précoce et son expression quelque peu tranchante quand il parle politique « La paix ! La paix ! La paix : elle est et a toujours été au Mali. Elle est juste sous nos pieds, enfouie dans l’inconscience et la bêtise des hommes dont les comportements amoraux ont conduit ce pays dans la marée enlisante des incertitudes » et si douce quand il évoque ses états d’âme, il écrivait notamment à Dakar d’un ton presque poétique, teinté d’un humour filtré « Bientôt, tous ces sourires qui rayonnaient des visages si beaux ne seront qu’un point noir. Des sourires légendaires. Bientôt, nous allons tourner le dos à Dakar. Dakar et son froid. Dakar et ses belles filles qui jouent les « Leuk-le-lièvre »…Dakar et ses chauffeurs de Taxi qui feraient mieux de rouler avec une carte de la ville avec eux…». Quelle contraste, direz-vous !

Mais ce Bouba m’a impressionné le premier jour que je l’ai rencontré et je l’ai immédiatement adopté comme le frère que j’ai perdu (d’ailleurs, il s’appelait Boubacar aussi). C’était au centre culturel français du Mali, en préparatif de notre voyage sur Dakar. Il a suffi d’une seconde pour sympathiser et commencer à blaguer (j’ai failli écrire blogueur, nous aimons tellement cela). A la fin de la conversation nous voilà en train de rentrer ensemble à la maison, sur ma moto. Depuis j’ai eu un chauffeur de moto attitré qui ne me dit jamais non quand j’ai besoin de lui pour échapper à la circulation monstre de Bamako.

L’étudiant malien ! Est-ce sa grande taille qui m’a plu ? Ou son sac à dos de couleur orange qui doit peser une tonne car rempli de livres ? Oui, mais il y a autre chose en plus…sa culture et sa gentillesse sans commune mesure. Il ne m’a jamais dit non, lui arrive-t-il de dire non ? Ce garçon est fort étonnant.

Son blog, qui lui valut d’être sélectionné parmi les 20 meilleurs blogueurs de la saison 2 de Mondoblog et lui permit d’être de la formation de Dakar durant le mois d’Avril, est son podium.

Le contenu cadre bien avec le personnage. Vous verrez, Bouba dénonce le système éducatif malien qui ne fait que se nécroser d’année en année, « qu’on se le dise, l’étudiant malien n’est pas ce qu’on pense » dit-il presque à pleins poumons, comme un cri sorti de ses entrailles. Les bourses si nécessaires mettent plus de 5mois  avant d’être perçues, des professeurs qui perçoivent impunément des sommes pour faire passer les plus riches, organisent des cours privés à l’approche des examens qui ne disent pas leurs noms…etc.

Il n’hésite pas à parler de la puissante Association de Elèves et Etudiants du Mali (AEEM) qui fait sortir des milliers de militants incrédules dans les rues pour participer au jeu politique, des syndicats des enseignants qui décrètent des grèves irraisonnées si ce n’est une rétention des notes. Pauvre étudiant malien !

Journaliste dès sa terminale, Boubacar n’est pas particulièrement tendre avec les journalistes maliens qu’il accuse d’avoir dénaturée la profession en devenant des mercenaires de l’info, juste par souci de per diem quand on sait que c’est un métier qui ne nourrit pas son homme  au Mali « c’est grimper à l’arbre de la naïveté  que d’espérer vivre du métier de journaliste »

Il n’est pas particulièrement tendre avec la télévision nationale ORTM  (comme moi d’ailleurs) qu’il clash dans un article récent. N’importe qui est journaliste au Mali.

Il collabore avec plusieurs publications maliennes notamment les journaux  » le flambeau » et  « pays ».

Boubacar est un passionné du monde arabe, dont il discuterait pendant des heures, sans se lasser. Son (pas lui-seul, mais notre) amie Limoune (une autre mondoblogueuse que je vous ferais bien connaitre si elle y consent) en a fait l’expérience.  Bien étonnée de voir un jeune malien parler si aisément de la révolution tunisienne, d’Ennahda, de la Tunisie du temps de Ben Ali. Et pas seulement de la Tunisie, Boubacar s’intéresse à tout le Maghreb, s’attachant même à ses écrivains qu’il affectionne particulièrement.

Mais n’allez pas croire qu’il en rejette l’Afrique noir, son livre  préféré est « l’étrange destin de Wangrin » de Hampaté Ba, il en tire son humilité et son élégance qui « consiste à ne jamais dire de bien de soi, à ne jamais se vanter de ses bienfaits et au contraire à  se rabaisser, a s’attribuer les pires défauts ». Ainsi, il se décrirait comme un timide (encore un) maladif, renfermé, qui n’a jamais dansé, d’ailleurs il n’a jamais mis pieds dans une boite de nuit (oui, c’est possible). Il aime la lecture, la musique, les jeux vidéo, le football. C’est un grand supporter du Réal Madrid (notre point de discorde) qui chatte peu et tweete encore moins.

L’interview aidera certainement à mieux  le cerner :

1.      Présente-toi parle nous de toi, tes études, tes distractions, tes hobbies

Je réponds au nom de Boubacar Sangaré. Je suis journaliste-blogueur, et Etudiant en Lettres modernes à la Faculté des Lettres, Langues et des Sciences du Langage de Bamako. J’aime l’écriture, la lecture. Et, jeunesse oblige, je joue au football.

2.      Peux- tu nous parler de ton cursus scolaire

Mon père m’a inscrit à l’école privée ‘’Avenir’’ de kalaban-coro, un matin de l’année 1998. J’y ai obtenu le  Certificat d’Etudes Primaires (C.E.P) en 2004 et le Diplôme d’Etudes Fondamentales (D.EF) en 2007. Ensuite, je suis entré au Lycée Tamba Doumbia de Kalaban-coro où j’ai obtenu le baccalauréat en 2010 avec la mention Assez-bien (13,35), ce qui a été une déception pour mes enseignants, mes parents et moi aussi. J’étais un élève brillant. Cette déception s’est accentuée surtout lorsque ma demande de bourses pour aller étudier à l’extérieur, notamment dans un pays du Maghreb, a subi un échec. Je voulais partir, fuir ce système voulu et planifié par les plus hautes autorités pour ‘’formater’’ des savants. Mais, je suis toujours là, en train de lutter contre le système. Quand je me souviens de cette période, la colère m’obscurcit les yeux. C’est l’un des moments de ma vie dont je n’aime pas me souvenir…

3.      Tu es aussi journaliste quel ton avis sur ce métier au Mali

Pour qui connait le quotidien de la presse au Mali, il n’est pas besoin de longues démonstrations pour dire qu’il est extrêmement difficile de vivre de ce métier. Et, dernièrement, j’ai écrit un billet qui touche à ce sujet. En effet, au nombre de cette montagne de gazettes au Mali, rares sont ceux qui payent leurs journalistes ; le plus souvent seuls 3 à 4 journalistes sont salariés et les autres vivent dans la débrouille…malgré qu’ils fournissent régulièrement des papiers. La conséquence est qu’ils vont se retrouver dans l’obligation de faire tous les jours une chasse à l’argent, et cela souvent au mépris de toute déontologie. Pour faire court, je dirais que c’est un métier qui n’a pas la considération requise ; le journaliste est devenu celui qu’on poursuit de sa haine même s’il dit la vérité, qu’on accable d’insultes et qu’on accuse à tout bout de champ d’avoir été soudoyé pour commettre tel ou tel article. Aussi, ce métier ne paye pas parce qu’on est dans un pays où les gens sont allergiques à la lecture, d’où la fameuse boutade « si tu veux cacher quelque chose au malien, mets dans le livre » Quand dans un pays, la jeunesse elle-même fait du livre son ennemi numéro un, quelle prise de tête ! On ne paye un journal que lorsqu’on y fait l’objet d’un article insultant, histoire de découvrir qui en est l’artisan et chercher à le lui faire payer…Un jour, une étudiante m’a dit avec une complaisance insupportable qu’elle préfère payer de la boisson à 250 FCFA que le journal « Le Flambeau » auquel je collabore et qui ne coute que 100 francs dans les espaces universitaires et scolaires. Je n’en revenais pas ! C’est dire, encore une fois, combien il est difficile d’être journaliste au Mali !

4.      Quelle est ton analyse sur la situation sociopolitique du Mali

Je ne suis ni politologue, ni sociologue mais tout ce que je peux dire c’est que le Mali est en train d’écrire une page des plus lamentables de son histoire. Voilà un pays dont tout le monde disait qu’il est un modèle, en termes de démocratie surtout. Voilà un pays qui était envié pour la stabilité sociopolitique qui y régnait. Et dire qu’il a suffi juste d’un foireux coup d’Etat et d’une rébellion armée pour qu’il succombe, il y a vraiment de quoi être déboussolé ! Pour ma part, je dirais que ce qui arrive au Mali aujourd’hui n’est rien de moins que le résultat de 20 ans de mauvaise gouvernance et de mauvaise pratique de cette démocratie qu’on brandie aussi à toute occasion comme une panacée, alors qu’elle est loin d’en être une ! Le fait est que, après la révolution du 26 mars 1991 qui a mis fin au régime monolithique du Général Moussa Traoré (qui a dirigé le pays de 1968 à 1991), les « démocrates » qui sont venus au pouvoir ont été pires que ceux qu’ils ont remplacés. Et c’est à partir de cette période qu’on a jeté les bases de la domination d’une minorité riche sur une majorité pauvre. Cela est un rappel toujours utile, même si on ne le dit pas assez. Et ceux qui sont nés dans l’aurore de cette démocratie malienne, comme moi, n’ont connu que corruption, népotisme, favoritisme, piston et kleptocratie. Les systèmes éducatif, culturel et sportif ont volé en éclats. Ces phénomènes qui ne vont pas avec la démocratie se sont ancrés même dans l’armée, au point qu’on y entrait plus par le mérite mais par favoritisme, par le piston. Il ne faut s’attendre qu’à un tel effondrement dans un pays où les premiers et les méritants sont les derniers. Et, sans craindre de se tromper, ceux qui ont trouvé la mort ainsi que ceux qui continuent de se battre au Nord du Mali appartiennent à la catégorie des soldats qui sont entrés dans l’armée par conviction, sinon les pistonnés ont pris la clef des champs depuis les premières heures de la guerre et ont fait leur deuil de l’uniforme. Le Mali n’avait pas d’armée ; et même s’il en avait une, elle était facultative. Ce pays n’avait pas les éléments fondamentaux d’un Etat moderne. La puissance d’un Etat se mesure surtout à l’aune de l’état de son système éducatif, son armée… Et, encore une fois, contrairement à une idée reçue, la situation qui prévaut au Mali ne pose pas seulement une question de rébellion, de coup d’Etat ou de terrorisme, c’est aussi un problème de vacuité politique et d’une faiblesse de l’Etat malien.

 5.      Et cette date impérative du 28 juillet pour les élections présidentielles?

Il est n’est plus besoin, à mon sens, de perdre son temps à rappeler qu’il sera difficile de respecter cette date imposée aux autorités maliennes de transition par la communauté internationale, et surtout la France. Témoin la mise en garde du président français M. Hollande qui a déclaré qu’ « ils » seront intraitables sur le respect de cette date. Preuve aussi que le Mali n’a pas le choix, n’a aucune autonomie de décision et donc est obligé de se laisser téléguider comme on conduit un bœuf de labour au champ. Sinon il est clair que les difficultés évoquées par le président de la Commission Electorale Nationale Indépendante (ceni) ne sont pas anodines : retard pris dans la production, donc dans la distribution des cartes, la situation à Kidal, le cas des personnes déplacées… Mais ce qui est déroutant dans l’affaire, c’est que le président de la ceni est le seul à faire cas de ces difficultés !

6.      Ton pronostic?

Question difficile. Non, la seule chose qu’on peut dire c’est que dans cette élection vainqueur soit le peuple et donc la démocratie. C’est tout ce qu’on peut dire.

7.      Je te sais maghrebophile, peut-on connaitre ton analyse du printemps arabe

AVT_Akram-Belkaid_9040.pjpegOui, bien sûr, j’aime beaucoup le Maghreb. C’est une région à laquelle je me suis intéressé grâce surtout à un journaliste, Akram Belkaïd, qui a fini par devenir un ami. A propos du « Printemps Arabe », tout ce que je peux dire c’est que ça été un vaste mouvement de contestation qui a secoué beaucoup de pays du monde Arabe. On sait que le mouvement a démarré en Tunisie avec le suicide du jeune Mohamed Bouazizi, à Sidi Bouzid, le 10 décembre 2010. Des manifestations ont éclaté avec comme slogan « Dégage ! » lancé contre le président Zine El Abidine Ben Ali. En Egypte, les révolutionnaires ont repris le même slogan. Au Bahreïn, le soulèvement a échoué et ainsi qu’au Yémen où le dictateur Abdallah Saleh a réprimé la contestation avant de finir par démissionner, si mes souvenirs sont bons, le 27 février. Mais ce qui est frappant, c’est que ces révolutions ont des causes communes qui sont, entre autres, les dignités bafouées, la kleptocratie, le mauvais partage des richesses, manque de liberté politique et individuelle… En Syrie, la révolution est toujours en cours et le régime d’Assad continue de faire des milliers de morts. En Libye, Kadhafi a été tué. La révolution a viré à une guerre civile entre la Jamahiriya de Kadhafi et les rebelles du Conseil National de Transition aidés par une intervention internationale sous mandat de l’O.N.U. Ce qui m’amène à préciser une nuance de taille qui est entre ce qui s’est passé en Libye et ce qui s’est passé en Egypte et en Tunisie. Le fait est qu’en Egypte et en Tunisie, ce sont les peuples qui ont conduit les dictateurs Ben Ali et Moubarak à quitter le pouvoir, mais en Libye le CNT n’est qu’une création de l’occident.

8.      l’islam fondamentaliste est-il une menace pour les pays qui ont connu le printemps arabe?

Je ne suis pas sûr que l’islamisme soit une menace pour ces pays. Le problème est que ces pays du monde arabe se trouvent dans une situation cornélienne : comment faire avec l’islam au moment où les peuples aspirent à plus de démocratie, à la modernité, à plus d’égalité, même entre hommes et femmes ? C’est là une question d’importance à laquelle il n’est pas banal de répondre. Dans des sociétés majoritairement musulmanes, il est impossible de parier sur une disparition de l’islamisme, d’autant plus qu’elles restent conservatrices dans les comportements. Par exemple, au Mali comme en Algérie ou en Tunisie, deux jeunes appartenant tous à des familles musulmanes peuvent vivre longtemps dans le concubinage (ce qui ne cadre pas avec les prescriptions de la loi islamique), mais pour se marier, les parents vont se modeler sur les règles qui régissent le mariage dans l’islam !  Il faut aussi ajouter que la pire des solutions, c’est de vouloir éloigner les islamistes du champ politique ou de refuser de prendre contact avec eux. Et les algériens connaissent bien cette question, car chez eux elle a conduit tout droit à la guerre civile avec l’annulation des législatives remportées par le Front Islamique du Salut (F.I.S). Et aujourd’hui encore, ils sont divisés sur cette question : pourquoi l’armée a annulé ces élections ? Pourquoi n’avoir pas laissé le FIS faire ses preuves ? Mais, il faut éviter d’être naïf, car personne n’est sans savoir que ces formations islamistes n’ont vraiment pas les capacités et les idées requises pour gérer des pays qui se veulent laïcs. Et c’est là qu’on touche à l’une des questions que soulèvent ces partis qui se réclament de la mouvance des « Frères musulmans ». Une fois arrivés au pouvoir, ces partis islamistes se montrent rétrogrades tant sur le plan des mentalités que sur le plan de l’exercice du pouvoir. Ils affichent une volonté de régner sans partage et ne supportent pas d’être critiqués ni par l’opposition ni par la presse. Donc, on peut bel et bien accepter de partager le champ politique avec les islamistes et, dans le même temps, faire confiance au peuple qui sait mieux qui il lui faut au pouvoir.

9.      Et le cas de la Syrie?

Ce qu’il faut déplorer en Syrie, c’est le fait que la révolution n’appartient au peuple syrien, beaucoup d’autres puissances sont impliquées, les Etats-Unis et la France en tête. Aussi on ne saurait oublier le fait que les rebelles de l’Armée Libre Syrienne sont soutenus par des pays comme le Qatar et l’Arabie saoudite qui tirent les ficelles. Mais ce qui est sûr, c’est que le régime de Bachar Al Assad va finir par tomber.

  1. 10.  Parle-nous de tes auteurs arabes préférés

yasmina-khadraBon, au vrai, je n’ai pas une connaissance bonne de la littérature arabe. Au Maghreb, j’ai lu quelques écrivains tels que Yasmina Khadra (son vrai nom est Mohamed Moulssehoul) qui est algérien comme Mohamed Dib aussi dont j’ai lu le roman ‘’Et si Diable veut !’’, et le marocain Abdelhak Serhane. Je lis aussi l’écrivain Akram Belkaïd, qui est l’un des fins analystes du monde arabe.

11.  Ces auteurs sont-ils engagés?

Oui, ils le sont. Concernant Akram Belkaïd que je connais le mieux, il suffit de lire son essai « Un regard calme sur l’Algérie » pour saisir le degré de son engagement. Ils y dénoncent des phénomènes comme la corruption, le népotisme, le piston…, s’attaque à des personnalités politiques, des militaires, à la colonisation…

12.  Quels sont tes mentors?

Il y a un oncle journaliste Amadou Sidibé qui travaille au quotidien « Les ECHOS » où j’ai aussi écrit à un moment donné, et ma mère aussi à qui je dois tout. Mais le plus important est Akram Belkaïd que je prends pour modèle et qui sait bien me conseiller aussi. Même si nous sommes l’un aux antipodes de l’autre : lui vit à Paris et moi à Bamako.

13.  As-tu un message à passer la jeunesse africaine?

Le seul message que j’ai à adresser à la jeunesse africaine, c’est de se battre, lutter pour prendre sa revanche sur le sort injuste que l’histoire lui a fait.

Serge Katembera, un avenir sûr pour l’Afrique

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Serge Katembera est Congolais, né en France et étudiant au Brésil. Ce jeune homme agé de 27 ans est devenu un franc fan de son pays d’acceuil, amoureux du Brésil, du football (qu’il aimait avant d’y aller hein!), du portuguais (qui au lieu d’etre un obstacle lui a servi d’alibi pour s’intégrer facilement, sa cuisine,  sa musique dont « les styles variés », est fascinante.

Je l’ai connu par le biais de Mondoblog. Cette plateforme de blogueurs francophone supportée par l’atelier des médias (une émission web participative) de RFI  imaginée par Phillipe Couve et Cédric Kalondji (congolais, grande référence en matière de blogging en Afrique)

Grand amateur de lecture, des livres aux sites internet en passant surtout pas les blogs en français, anglais,portugais; Serge souffre de l’internet addict (je me demande s’il le sait), lisant (je suis sure) la majorité des blogs de la plateforme et donnant chaque fois des commentaires des plus pertinents.

Et pas que  les blogs de mondoblog! Cela fait voir son intérêt sur ce qui se passe un peu partout sur la terre et sa capacité à développer une opinion.

J’ai rencontré le jeune homme à la tignasse à Dakar, pendant la formation organisée pour les mondoblogueurs lauréats au concours. Il discute beaucoup avec, les autres, mais pourtant le jeune homme est timide, calme. Moi je le dis même sage. Il n’a pas ce gout prononcé des jeunes pour la fête à outrance, même s’il avoue trop boire. Je vous rassure tout de suite, c’est un garçon sérieux qui parlerait politique et philosophie pendant des heures tellement cela le passionne.

Un tour sur son blog Carioca Plus, vous permettra certainement de comprendre le goût prononcé de Serge pour le Brésil, le football et la politique. Le “football serait un atout politique affirme-t-il en titre d’un article de la Chronique du Mondial en prévision de la coupe du monde qui aura lieu au Brésil.

C’est une intéressante tribune qui permet de voir les talents de journaliste.  Carioca Plus est une sorte de pont que Serge a su ériger entre l’Afrique et le Brésil. Je me rappelle de son insistance, sa protestation quand je me suis permise de mettre Audrey Pulvar dans mon classement des 7 femmes marquant l’an 2012, me conseillant (pour ne pas dire me recommandant) de mettre (à juste titre) Dilma Rousself ou Fatou Bensouda à la place.

Son blog m’a tenu en haleine (comme beaucoup de ses lecteurs) ces derniers jours, car l’étudiant en sciences politiques ne pouvait s’empêcher de sortir dans la rue pour photographier,écouter, crier, marcher mais aussi analyser cette réaction inattendue du peuple brésilien contre d’abord l’injustice sociale. Mais Serge a autant parlé des dérives et du risque de dénaturation et d’un détournement du mouvement spontanée populaire.

Serge Katembera est un citoyen du monde, il se voit comme un pionnier et écrit “partir de chez moi à 22 ans n’est pas facile surtout si cela signifie traverser  l’atlantique  dans une aventure digne du capitaine Cortès. C’est l’expérience suprême d’une vie de découverte, d’apprentissage et d’humilité à laquelle aucun jeune du 21ème siècle ne devrait déroger”. Ne soyez par étonné qu’il sache chanter les hymnes nationaux de l’Italie, la Marsaillaise,l’hymne congolais, celui du Portugal, du Brésil et de l’Allemagne.

La vie d’etudiant au brésil à permis à ce jeune francophone de se lier avec des jeunes africains lusophones qu’il estime laissé pour compte faute d’une identité linguistique avec  le reste du continent, decouvrant une autre Afrique,d’autres réalités, notamment leur cuisine,encore!.

A cela il faut ajouter l’amour du cinéma, la musique et un amour pour son pays le Congo qui est surtout present sur son autre blog qu’il a appelé le blog de Serge Katembera. Il y parle de toute son ambition pour son pays en proposant de prendre exemple sur le Brésil. Serge est auteur d’articles publiés dans des révues académiques brésiliennes.

Pour bien cerner ce jeune homme qu’on peut qualifier d’exemplaire, je vous propose de suivre cet interview:

1.   Peux-tu te presenter?

Je m’appelle Serge Katembera, je suis diplomé en journalisme et actuellement étudiant chercheur en sciences politiques à l’Université Fédérale de Paraïba au Brésil.

2.   Quelle est ton cursus scolaire?

Je n’ai pas fait d’école maternelle, je ne m’en rappelle pas vraiment d’ailleurs. Je sais que je n’aimais pas trop aller à l’école maternelle, probablement parce que je préférai rester près de ma famille. Après, je suis allé dans des écoles privées sans être très brillant je crois. Ce que je garde en ma mémoire c’est mes études secondaires dans une école catholique de la congrégation des Frères de Saint Joseph. Je ne suis pas catholique, mais j’y ai appris les Avé Maria et Notre père… mais également la discipline personnelle qui allait faire de moi un étudiant plutôt correct. J’ai fait des études en journalisme pendant trois ans et j’ai obtenu ma licence à l’IFASIC en RDC, avant de réaliser mon rêve c’est-à-dire étudier dans une université internationale. En septembre, j’aurai mon diplôme en Science politique. J’écris notamment un mémoire sur la “transition politique et la consolidation de la démocratie en RDC”.

3.   Quel est le thème de tes études et quels sont les diplômes que tu as obtenus ?

Mes premières études universitaires sont en communications et journalisme, alors là c’est une passion car j’ai par la suite écrit un article scientifique sur le theme “société d’information”. Par la suite, je suis allé au Brésil, à Paraíba, pour faire science po à l’Université Fédérale de Paraíba (João Pessoa). Une excelente université qui m’a beaucoup formé notamment grâce aux contacts personnels que j’ai eu avec des nombreux professeurs de qualité venus du monde entier, comme par exemple l’anarchiste de l’université de Saint-Ethienne Daniel Colson, ou le spécialiste en Montesquieu de l’’Université de Chicago Philippe Desein.  Évidemment, j’ai eu d’excellents professeurs brésiliens.

4.   Penses-tu arreter tes etudes après tes études en sciences politiques ?

Je compte faire mon doctorat et même un post-doctorat, mon milieu c’est l’université, c’est un espace qui me permet de penser le monde, de le comprendre avec ses nombreuses mutations.

5.   Comment se passé tes études au Brésil?

université de paraiba

Mes études se sont bien passé jusqu’ici parce que je me suis imposé une discipline à laquelle beaucoup ne sauraient se soumettre. Pendant mes deux premières années d’études, je sortais peu, j’étudiais trop et oubliais de m’occuper de mon corps (c’est importante, car il faut garder une bonne forme physique… ). J’ai publié quatre articles scientifiques dans plusieurs revues universitaires latino-américaines et brésiliennes lors de ma licence, j’ai participé à des groupes de recherche dans l’université. En fait, j’ai vraiment profité de mes années d’études. Il y avait également les fêtes estudiantines.

 

6.   Que retiens-tu le plus de ce pays ?

Ce que je retiens des brésiliens et de leurs pays c’est leur force intérieure et cette volonté de changer leur destin. C’est peut-être de la mégalomanie comme quand ils ont décidé de créer Brasília en 5 ans, mais cela a marché grâce au génie de l’architecte Oscar Niemeyer. Je suis tombé amoureux de la samba et des nombreux artistes brésiliens comme le chanteur Cazuza (décédé du Sida, c’est un de mes héros). Aujourd’hui le Brésil montre la voie à tous les “pays du sud” leur disant qu’il est possible de se dépasser et de s’inviter dans le concert des nations. Il y a um dicton très célèbre au Brésil devenu la phrase de l’ancien joueur de football et entrainneur Mario Zagalo qui dit: “vocês vão ter que me engolir” c’est-à-dire en gros que “vous serez obligé d’accepter ma présence parmis vous”. C’est un bon état d’esprit. Les brésiliens sont comme ça.

7.   Après les études comptes-tu repartir au Congo ou en France  ou rester au Brésil?

Ça depend, pour rentrer au Congo je dois avoir des bonnes opportunités à la mesure de mes études et de mon investissement personnel. C’est pareil pour la France.

8.   Serge coté jardin?

Pour la famille, j’ai um frère qui vit à Curitiba au Sud du Brésil, un autre au Congo et d’autres en Inde, en Ukraine. Et puis, j’ai une unique soeur.

9.   Qui est ton mentor?

j’ai plusieurs mentor mais le plus important c’est sans aucun doute mon père, je travaille dure pour l’égaler ou le dépasser sinon je n’aurai rien réalisé dans la vie. Et puis il y a une professeur de Science politique ici dans mon université qui m’a orienté quand je suis arrivé, c’est ma marraine intellectuelle et mon exemple. Elle est également une grande amie.

10.       Quelles sont tes distractions?

Alors, dans mes heures libres, j’aime voir les matchs de football d’Arsenal même si on ne gagne plus assez, le cinema est une vraie passion. J’essaye toujours d’acheter des vieux films ou de les télécharger pour savoir un peu ce qui s’est fait de bon dans le cinema. J’ai par exemple ma propre collection d’Alfred Hitchcock. Après, il y a la literature russe, française. Et tous les jours je cherche à découvrir des nouveaux artiste du jazz, le dernier en date est l’américain Grégory Porter.J’aime écrire mais par dessus tout j’aime les débats. J’ai fait partis des groupes de culture générale à l’école. Alors lorsqu’à un momment de ma vie je me suis senti sans interlocuteurs, j’ai décidé de créer un premier blog, assez amateur, mais à mon image. Là j’ai appris pas mal de techniques, ensuite est venue l’aventure Mondoblog, je l’ai embrassé et je ne regrette rien. J’ai un projet personnel que je souhaite faire passer à l’université et qui aboutira sur une étude approfondie de la plateforme. Enfin, si tout va bien…

11.       Que penses-tu de l’afrique de maintenant

Je n’aime pas trop penser à l’Afrique, cela fait trop mal car on n’avance pas assez vite. Les jeunes n’ont plus d’espoir. Je suivais un réalisateur africain qui disait que les africains préfère « se suicider » en allant en Europe que de continuer de vivre dans leurs pays. Si mon pays pouvait me donner des conditions réelles pour m’épanouir j’y retournerai sans problème, mais ce n’est malheureusement pas le cas.

12.       Peut-on esperer pour le continent?

Je ne condamne pas les jeunes africains, je mets tout la responsabilité, je dis bien toute,  sur nos dirigeants. Mon passage à Dakar en avril dernier m’a permis d’avoir quelques espérances pour le continent. Beaucoup de gens essayent de bouger les choses, de dynamiser la vie économique avec différents types d’innovation. Mais le gros problème demeure la démocratie. Quand les gens disent qu’il faut une démocratie à l’africaine, c’est un leurre. Le changement viendra par les jeunes mais par cette jeunesse issue de l’oligarchie au pouvoir depuis l’indépendance. Dans mon pays, les mêmes familles dirigeantes depuis l’indépendance, les coups d’Etat ne changent que les familles à la tête de l’Etat.

13.       Quel homme politique admire- tu le plus en afrique ? Dans le monde ?

En Afrique j’aime beaucoup Lumumba. J’ai également beaucoup d’admiration pour Nelson Mandela, mais les gens s’attachent au mythe et ignorent qu’en Afrique du Sud les noirs sont encore des esclaves. Je l’ai remarqué il n’y a pas si longtemps lors de mon passage à Joanesbourg. Dans le monde, j’aime beaucoup un italien malheureusement décédé, Norberto Bobbio par la portée de sa pensée politique, c’était un intelectuel comme on en trouve plus aujourd’hui. Et puis, je m’inspire beaucoup de Camus par son courage. J’aime beaucoup sa phrase qui dit “entre ma mère et la liberté, je choisis ma mère”. J’ajouterai sans hésitation Lula da Silva pour tout ce qu’il a représenté pour son pays, c’est très symbolique qu’un ouvrier soit parvenu à occuper la présidence brésilienne. Enfin, il faut rendre hommage à Hugo Chávez, un homme qui savait écouter son peuple et voulait éradiquer les inégalités dans son continent, c’est ça l’idéal suprême de la Gauche.

 

 

Je suis tombouctienne, j’ai un mari secret #2

Credit Photo: Faty
Credit Photo: Faty

Episode 2 de ma série sur les femmes maliennes. Aujourd’hui  j’ai décidé de vous parler d’une pratique que je n’ai cessé de dénoncer depuis que je l’ai apprise : Le mariage secret. C’est une spécialité de Tombouctou comme le Toukassou ou le Fakouhoye (des plats sonrais).

Je ne sais pas si cela se fait ailleurs, mais nulle part au Mali cela ne se pratique, d’ailleurs beaucoup de maliens du Sud ignorent cette coutume si avilissante pour la femme. En effet, pour continuer à pratiquer la polygamie sans pour autant offenser leurs femmes, les hommes, à  Tombouctou (qui ne doivent pas être aussi fiers d’eux !)ont pu trouver une pirouette : prendre une seconde femme à l’insu de la première femme qui peut  ignorer cette situation toute sa vie. Dans beaucoup de cas c’est au décès du bon viveur (le mari) que l’on découvre le pot aux roses.

Les enfants des deux mariages sont obligés par la loi (islamique ?) à partager l’héritage. Les femmes ne peuvent que se résigner et porter leur habit (bleu) de veuve.  Mais laquelle des deux faut-il plaindre ?

La première femme que son mari craignait et ne voulait offenser ou la seconde qui a accepté de vivre cachée, sans aucun droit, ne profitant que d’instant volées à la première ?

Je me rappelle la furie de mon amie la comédienne malienne Mariétou Kouyaté qui s’offusquait du trop-plein d’exigences et des dépenses du mariage sonrai. «  Mais Titty, fait quelque chose pour qu’on démunie les dépenses et que les filles puissent se marier, c’est trop cher-là ! »

« Mariétou, je voudrai bien mais que pourrais-je ?, en plus tout le monde ne se marie pas ainsi à Tombouctou, il y a tout type de mariage. Il y a même des mariages secrets. ». Quand j’eus à lui expliquer qu’il y avait des femmes qui se mariaient à des hommes qui se cachent pour leur rendre visite, elle est tombée des nues ! Pas possible ! Mais comment une femme peut accepter cela ? Ce sont des esclaves ? Elles font ça par amour ? Mais les hommes qui font cela sont des lâches ! Mon Dieu ! Un homme du Sud ne ferrait jamais ça (et pas pour les bonnes raisons hein !)

Si au nord, on y verrait une crainte de la première femme, au sud les femmes ont autant d’importance que le bétail. Excusez-moi si le mot s’il vous choque, mais je ne vous conseille pas de vous rendre dans les régions agricoles du Mali. Vous vous rendrez compte que ce sont les femmes qui abattent la majeure partie du travail des champs tout en faisant les travaux ménagers.

Les efforts du bon monsieur s’arrêtent avec l’hivernage, aussitôt la récolte faite les activités principales consistent à mettre la bonne femme enceinte et à  bronzer (si c’est possible) sous l’arbre à palabres.  C’est à elle de tirer le diable par la queue pour trouver de quoi nourrir ses enfants en faisant les cultures de contresaison et autres activités sources de revenus, notamment le petit commerce.

Le rituel est entouré d’une sorte de mystère. Les femmes n’y assistent pas contrairement au mariage religieux (islamiques je précise) normaux, l’endroit même où il est célébré est secret est différent de la mosquée. Même  s’il arrive qu’il soit fait à la mosquée ce n’est pas à une heure de prière.  Cela se eut se faire dans une concession en présence du marabout qui scelle l’union et des témoins  des deux parties. Ils sont tenus au sortir de la cérémonie d’en informer les deux premières personnes qu’il  rencontre.  Cette petite coutume enlevé un peu car il peut arriver que les témoins ne croisent personne pu voient une personne qui sait garder le secret jusqu’au jour où l’un des conjoint mourra. Il témoignera de la véracité de l’union si celle-ci est contestée par la première épouse bafoué, et que les témoins du mariage ne sont plus vivants.

Il serait facile de juger ces femmes qui acceptent se  marier de cette manière, mais il faut comprendre que dans certains cas la femme se débrouille elle-même pour rendre l’union publique en en parlant autour d’elle. Je me rappelle du mariage secret d’une amie, que dis-je une camarade, car bien qu’ayant discuté avec elle, elle s’est tu sur son union futur avec un copain que tout le monde lui connaissait. Le jour où son « mariage  dit secret » a été célébré, la nouvelle s’est propagée dans la ville.  Deux semaines après elle nous en informait de vive voix et nous amenait notre « alada ». Le mot veut dire tradition ou coutume.  Quand une jeune fille se marie à Tombouctou, le mari doit un repas aux amis de cette dernière.  Cette somme qui était modique a été exagérée de nos temps et le minimum exigé est 100.000 F CFA plus quelques casiers de boissons. Plus le mari est riche, plus il en donne et fait le prestige de la femme. Tu entendras dire à Tombouctou, après un mariage les amis de la marier dire que « nous avons 200.000 F CFA, nous sommes forts (yen Ngo fore) ».

Mais je devrai aussi préciser que ce sont les amis du marié qui donnent cette somme aussi. S’il n’a pas d’amis, il lui faudra économiser longtemps pour se marier à la régulière, car en plus de cela il ne faut pas oublier la valise de la mariée qui devrait comprendre chaque élément  quadrillé : boubou en Bazin riche, pagne wax, uni wax, chaussures, foulards, boucles d’oreille, dizaine de slip et d’autres babioles nécessaires à une femme.

A cela, il faut ajouter le prix des condiments pour la famille de la mariée et sa propre famille, un sac de riz, la robe de la mariée, un bijoux en or et une vache pour les mamans de la mariée…

C’est à n’en pas finir, d’où la colère de Mariétou Kouyaté qui ne comprenait pas cette coutume tomboctienne qui consistait à toujours remettre une grande somme d’argent à toute personne qui vous amène un présent.

Avant, la vache et l’or était donné en cadeau à la jeune mariée trouvée vierge après la  parade nuptiale. Maintenant, épouseras-tu une femme mère de plusieurs enfants,  tu ne dérogeras pas à cette coutume. Ou tu te marie incognito : juste une petite cérémonie à la mosquée et on t’amène ta femme sans bruit.

Tombouctou est surnommée la mystérieuse, c’est à juste titre les amis.

Le Lycée des jeunes filles de Bamako,toute une histoire #1

L’idée des billets croisés sur les conditions de la femme de l’Afrique à la Guadeloupe vient de la grande bloggeuse camerounaise Danielle Ibohn. Elle n’a pas hésité à me proposer le travail bien qu’elle sache que je ne l’affectionne pas particulièrement. Je trouvais que les styles disparaissaient sous la plume du coordinateur. Mais il faut dire que le dernier billet commun des mondoblogueurs sur les embouteillages en Afrique a apporté un grand démenti à mes propos.

Cette fois-ci ce sont mes consœurs Mylène Colmar et Limoune, mon reflet ,que des mondoblogueuses que j’apprécie (mais les autres ne pensez pas que je ne vous aime pas hein nous sommes ensemble dans l’empowerment Feminism, des femmes battantes et entrepreneuses) !

Je vous réserve ainsi une série de billets qui vont du portrait au reportage en passant par les anecdotes qui donneront certainement du piment aux choses.

Mon premier article porte sur le lycée des jeunes filles de Bamako qui a été dernièrement baptisé lycée Ba Aminata Diallo. Il a failli en devenir mixte.

J’ai découvert ce lycée pendant les examens de passage de mon institut L’Hégire. J’y étais affectée au secrétariat au dépend de la surveillance. Mais depuis que les chefs sont au courant de mes aptitudes en informatique plus questions de surveiller pour moi. Bon…c’est un peu plus reposant si l’on ne considère pas la concentration et le sérieux dont il faut faire montre au secrétariat. Une feuille de composition disparait? Il faudra la retrouver; il faut qu’elles soient toutes signées par les deux surveillantes et l’élève.

J’ai mis à profit les temps morts où les élèves composent pour avoir des conversations avec la vice-présidente qui justement est sortante du lycée et la surveillante du moment.

C’est une grande dame, ancienne sportive, d’une grande gentillesse et à un franc parler inégalable.  J’ai eu plusieurs entretiens avec elle et elle n’a pas hésité à me donner conseil et à m’encourager dans le blogging. J’ai pu parler de la vie passé du Lycée avec elle, mais aussi le proviseur (j’allais écrire directrice tellement le terme est fréquent dans la vie de cet établissement typiquement féminin et aussi Rokia Doumbia qui y est professeur d’économie familial.

 

Le Lycée des jeunes filles  de Bamako

Crédit photo: faty
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  1. Présentation

Lorsque vous dépassez le grand portail en grille de l’entrée, un jardin ceint de grands arbres vous accueille. Une grande bâtisse vous fera face. Elle était surnommée « la grande mosquée », ce n’est pas le premier des surnoms dans ce lycée des plus atypique. Vous le verrez bien en continuant votre lecture. C’est un bâtiment à deux étages datant de la période précoloniale. On ne priait pas le vendredi  dans cette « grande mosquée » car elle servait de salles de classe, de direction, de salle des professeurs, du labo de biologie et de bibliothèque. Je vous signale que c’est le laboratoire de biologie qui nous a accueillis pendant une semaine  pour nos examens de fin d’année.  La cour est grande  et entretenue, avec des rangées de grands divers, sous les lesquels sont déposées des chaises en béton.

A l’est se trouve les logements de la directrice et de la surveillante, un bloc construit après l’indépendance sert à l’administration. A son opposé, une autre bâtisse servant de salle informatique et de logement pour le censeur.

Credit photo: Faty
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A l’ouest, se trouve un autre bloc  qui était surnommé « petit Paris ». Il comprend des salles de classe, le laboratoire de physique-chimie et la salle PELF (pôle d’d’excellence pour la langue française) réalisé par le projet français de renforcement.

Au nord, c’est « grand Bassam », un grand bloc qui jadis servi de dortoir. Il y a un grand mur appelé d’antan le couloir de la mort, car les lycéennes faisaient le mur après leur sorties clandestines.

« Beaucoup s’y sont blessées car c’est un mur long pour des filles. Nous l’empruntions pour sortir après la condamnation des portes par les surveillantes après 22h. » Me confia la surveillante elle-même sortante du LBAD.

  1. Historique

 

credit photo: Faty
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Cet établissement a un lien profond avec la colonisation que je ne peux m’empêcher de surligner (je ne dis pas souligner car je trouve le mot bien faible et un peu faible pour évoquer une … (comment l’appeler ?), un fait qui a éviscéré l’Afrique pour l’en attacher à la France pour le Pire et le meilleur ?

Comme nous sommes en histoire, remontons dans le temps. De 1856 à 1920, les colons ne cherchaient à former les « indigènes » pour qu’ils leur servent d’auxiliaires dans l’administration afin de les aider à assoir leur commandement. Nous connaissions certainement tous le but de l’envahissement français en ce temps : mettre sur pieds les voies et moyens pour acheminer les richesses de la colonie (le Mali) vers la France. Mais aussi divulguer la langue et la civilisation française. Tâches dûment remplies je crois ! L’OIF (organisation internationale de la francophonie) nous le démontre.

 

credit photo: Faty
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A  cette époque, l’école primaire délivrait un certificat d’études primaires élémentaires CEPE. Beaucoup y arrêtaient. Les quelques-uns qui continuaient leurs études allaient à l’Ecole Primaire Supérieure (7ème à 9ème année). Et très très peu aboutissaient dans les écoles fédérales au Sénégal telles que l’Ecole Normal William Ponty à Gorée ou Sébikotane, l’Ecole de Médecine de Dakar ou l’Ecole Normale d’Instructrice à Rufisque, toujours au Sénégal. Je ne crois pas que ce soit le fait du hasard hein ! D’ailleurs le hasard est facilement réfutable, même si les coïncidences existent. Hum…

S’il faut considérer l’emprise de la tradition et le refus total du colon et de sa civilisation, le taux de scolarisation était très bas à cette période. Celui des filles était plus bas que terre : 1% des filles inscrites arrivaient en CE2 (4ème année fondamental), quelques rares combattantes (je crois qu’elles méritent largement ce titre) arrivaient au CM1 et au CM2 (5ème et 6ème année) se font engager comme monitrices d’enseignement ou infirmières quand elles obtenaient le CEPE. Celles qui continuaient les études  allaient au foyer des métisses (nom évocateur non ?) pour y préparer le concours d’entrée aux Ecoles fédérales d’institutrices de Rufisque ou des Sages-Femmes de Dakar pour 4 ans. Les passantes du concours étaient rares.

Pour se faire une idée sur ce faible taux de scolarité des filles, sachez que l’effectif total des soudanaise (ancien Mali) dans à L’ENA de Dakar, de 1938 à 1956 a été seulement de 45 élèves en 17 ans.

Ce constat a poussé le colon à réviser son système dans son empire colonial. Des cours normaux de filles, puis des collèges modernes des filles sont créés partout en Afrique Occidental française (AOF).  Celui du soudan français actuel Mali fut implanté à Markala (une ville située dans la région de Ségou où la France a construit un grand barrage hydraulique en usant de travaux forcés).

Les filles entraient en 1ère année âgées de 14 à 17 ans.

Le collège Moderne des filles de Bamako vient consolider un nouveau système qui se veut complet et permet aux filles d’aller à l’université après l’obtention du Baccalauréat.

En somme ; le LBAD, Collège Moderne des jeunes Filles de Bamako de son premier nom a été inauguré le 04 février 1951par des colons fiers de leur œuvre civilisatrice en la personne du président de l’Assemblée de l’Union française M. Fourcade, accompagné de M. Béchard, haut-commissaire de la République AOF résidant à Dakar, M. Louveau, gouverneur du Soudan français, M. Camerlynck, recteur de l’académie  de l’AOF résident à Dakar et enfin M. Monnier, inspecteur d’Académie du Soudan français.

Il faudrait retenir aussi la présence d’un seul officiel du côté des « indigènes » (ou je devrais dire des autochtones ?) M. Tidiani Faganda Traoré, président  du conseil général du Soudan. La foule de soudanais était nombreuse.

A son ouverture, le collège comptait seulement 25 élèves de la 6ème à la 4ème  et la 3ème ne comptait que 7.

Le régime était l’internat et accueillait des filles qui venaient de toutes les régions avec une directrice à sa tête en la personne de Mme Risch Alberte, une française, une surveillante : Mme verger, française aussi, une maitresse d’internat (chargé de surveiller et d’assister les élèves en dehors des cours magistraux) et d’un économe M. Noma Kaka, un nigérien.

Les filles avaient une permission de sortie le samedi matin et rentraient à 18H.  Une sortie était possible un dimanche dans le mois. Les sportives (dont madame la surveillante) avaient des permissions spéciales de sortie les jours de match. Mais les sorties clandestines aussi étaient de mise. «  Il est pratiquement impossible de commencer l’internat et de finir sans avoir un jour fait un détour par le couloir de la mort » dit-elle. « Je passais même par les barres de la grille. Parce que j’étais mince. ».

Mais qu’en est-il de la religion en ce temps-là ? Car je vois qu’il y a une mosquée entre la direction et « petit Paris ».

«  Oh, à ce temps-là nous ne pensions même pas à prier ou à Dieu. Seules les études nous intéressaient, il y avait une concurrence entre les élèves et avec les autres écoles aussi. Et puis, on disait que l’enfant qui priait trop mourrait vite. »

  1. Du collège moderne des jeunes filles de Bamako au Lycée Ba Aminata Diallo…

Les bâtiments ont vu des jours et des années s’écouler…

Le collège moderne des jeunes filles de Bamako est transformé en  Lycée des jeunes Filles  qui forme au DEF (diplôme d’études Fondamentaux) et au Bac de 1959 à 1965.

La réforme de l’enseignement (qui me vaut mon surnom de réforme il y a 4ans à l’Hégire) initié par Le président Malien Modibo Keita qui avaient pour but de malianiser l’éducation en lui trouvant un contenu malien tout en gardant un caractère universel, une décolonisation de l’esprit des maliens qui pourront bâtir ce jeune Etat et lui permettre de se développer la transforme en un établissement d’enseignement secondaire.

A partir de 1966, le lycée n’a plus sa section collège et forme uniquement  au baccalauréat.

Avec l’accroissement des effectifs, le lycée qui recevait « toutes filles qui passaient au DEF dans les régions » dixit la surveillante. La croissance du taux de scolarisation et la création des lycées dans les régions, le lycée des jeunes filles retrouve son ancien statut d’accueil de l’élite, faisant de la concurrence avec le lycée Askia qui ne sont pas loin, d’ailleurs les filles qui étaient orientées en série Lettres Classiques y partaient, le lycée technique le lycée de Badala qui disait être sur la colline du savoir. Mais l’internat y est supprimé en 1980.

C’est durant l’année scolaire 2000-2001 que le lycée des jeunes filles faillit perdre son caractère spécifiquement féminin par l’orientation de 1076 garçons.

Cela n’a pas été une bonne chose, car nous avons vu que cela ne marchait pas. Les autorités aussi qui ont demandé aux garçons de partir dans les autres lycées mixtes des alentours. Pendant cette période, les filles ne travaillaient plus. Ce rapprochement n’a vraiment pas bénéfique.

La directrice me parla d’un refus des garçons à partir « mais on leur a donné le temps et au bout nous nous sommes retrouvées comme avant ».

C’est en 1995 qu’il est baptisé Lycée BA AMINATA DIALLO du nom d’une valeureuse directrice qu’il connut de 1972 à 1983.

Maintenant le LBAD (prononcer elbade) est l’un des plus grands lycées de Bamako dirigé par Mme Fofana, une ancienne du lycée. Mes visites dans l’administration m’ont permis de voir un personnel très féminisé. Mais, ils ont un censeur qui m’a donné une documentation sur l’historique avec gentillesse. Je pouvais tout emporter et les ramener quand je voulais.

  1. LBAD de nos jours

    Credit Photo: Faty
    Credit Photo: Faty

Un lycée qui fascine. Il m’a plût dès l’entrée. J’en avais déjà entendu parler, notamment par ma cousine Fatou Sacko qui l’a fréquenté. Mon grand-frère aussi y a fait son stage de fin d’année de l’ENSUP. Ils m’ont parlé de jeunes filles élégantes, intelligentes, turbulentes, belles. Pratiquement l’Elite féminine malienne sort de ce lycée. La première directrice jouit d’un respect sans borne de la part des féministes maliennes dont la majorité est passée par ses mains. Quand Madame Sira Diop apparait dans une réunion, toutes les femmes se lèvent. On les retrouve dans tous les rouages de la machine administrative et dans le corps professoral à Bamako et partout au Mali. Elles etaient mères de famille, professeurs de lycée et d’université, fonctionnaires, consultantes, experts comptables,  commerçantes, banquières, magistrats, médecins, avocates, économistes, officiers dans l’armée malienne, ingénieurs de conception, ministres, députés, ambassadeurs (drice ?)Promotrices d’école, d’association ou d’ONG, artistes (la comédienne Nana Kadiatou Kanté de l’ORTM n’a pas fini sa scolarité profitant d’une suspension d’une semaine dû à histoire rocambolesque pour se diriger vers l’INA (Institut National des Arts).

L’anecdote m’a beaucoup fait rire. C’était vers 1973, la directrice dirigeait l’école d’une main de fer. Elle choisissait la chef de classe et établissait une liste avant de le faire savoir aux élèves. Les filles de Bamako qui sont les plus civilisées décidèrent qu’aucune fille des régions « une  broussarde » ne sera chef de classe. Elles firent passer le message et mirent des filles de Bamako à la place de celles des régions que la directrice avait choisies. Les régionales ne firent pas d’histoire car elles devaient bien craindre ces filles-là. Le pot aux roses fut découvert par la directrice à la première occasion quand les responsables de classe partir pour retirer la craie pour les cours et fut étonnée d’avoir des personnes différentes. « Madame ce sont les filles qui ont dit que la fille de Sikasso ne peut pas être responsable et que je devais prendre sa place » répondit la première qu’elle interrogea.

Je m’en vais vous faire une petite liste des plus connues.

  1. Deux premières dames :
  • La femme du premier président du Mali Modibo Keita, Fanta Diallo
  • Adame Bah Konaré, femme du président Alpha Oumar Konaré, historienne de renom.
  1. 2.   Des femmes de premiers ministres :
  • Maïché Diawara, femme du premier ministre du gouvernement de transition Zoumana Sacko ; candidat aux présidentielles de juillet 2013.
  • Aminata Maiga, épouse d’Ibrahim Boubacar Keita, IBK, candidat aux présidentielles de juillet 2013.
  1. Des politiciennes:
  • Mme Cissé Mariam Kaidama  Sidibé,  dernier premier ministre du règne ATT
  • Mme Diarra Diagossa Sidibé, ministre de la promotion de la femme, de l’enfant et de la famille.
  • Mme Diarra Afoussatou Thiero, ministre de la promotion de la femme, de l’enfant et de la famille.
  • Mme Mbam Diarra, militante de la société civile. C’est elle qui devrait diriger cette soi-disant commission de reconciliation si elle était vivante. Que Dieu ait son âme.
  • Mme Traoré Fatoumata Nafo, ministre de la promotion de la femme, de l’enfant et de la famille.

Je pourrais en citer encore et encore…

Quel prestige !

Mais le lycée des filles de Bamako est entré dans les mêmes travers que connaissent tous les établissements scolaires maliens  avec notamment la baisse des niveaux. Les taux de passage au bac sont la preuve. Des élèves n’ayant aucun gout pour les études malgré le parquet de professeurs chevronnés qui y sont.

L’année dernière, sur trois classes de SHT (série sciences humaines) la série qui a le plus de candidates, une seule élève a franchi le cap, « des mortes intellectuelles », selon une enseignante.

Les plus rentables sont les élèves de LLT (Littérature, Langue terminale).  S’y retrouvent des élèves aux moyennes littéraires et scientifiques basses. Elles sont très proches des terminales SBT  (série Sciences biologique terminale). On observe le plus de passage dans les séries les plus difficiles « selon les élèves » car c’est une série qui demande à l’élève une culture générale impressionnante et un amour pour la lecture et la littérature en général et en général le malien ne lit très peu, d’aucuns disent que « si vous voulez cacher quelque chose au malien, il faut le mettre dans un livre. ».

La surveillante a évoqué aussi la démission des parents d’élèves qui laissent les jeunes filles sans aucune éducation sexuelle et leur accorde une grande liberté.

« De notre temps ; les filles arrivaient au lycée des jeunes filles déjà pubères. Elles ont les 14 ans dépassés et ont fait d’objet d’une bonne éducation dans leurs familles avant d’être internées. Ce n’est plus le cas pour les filles de maintenant qui sont dans la majorité des filles de Bamako. Elles entrent à l’école précocement et arrivent au lycée pendant la crise de l’adolescence. Nous sommes obligés de prendre en charge cette partie de leur éducation et ce ne sont pas toutes qui se laissent faire.  Certaines se retrouvent avec des grossesses non désirées. »

Est-ce que le programme scolaire prend en charge cette éducation sexuelle en évoquant la contraception ou les préservatifs contre les MST ?

« Non, pas du tout. Cela ne fait pas parti du programme et nous n’avons jamais profité d’une formation du genre dans notre établissement »

Comment se passe les cas de grossesses ?

« Avant, lorsqu’une seule fille était soupçonné d’entre enceinte, toute la cour suivait une visite médicale et tous les cas détectés étaient immédiatement renvoyées. Maintenant ce n’est plus le cas. Si l’élève arrive à le supporter, elle peut venir en classe jusqu’au dernier jour de sa grossesse et même le jour d’après l’accouchement. Celles qui en font la demande font l’objet d’un ajournement. Mais nous ne renvoyons pas les élèves pour cette raison. D’ailleurs, il y a parmi elles, des femmes mariées. »

Ce lycée est pratiquement le fleuron de l’Elite féminine du Mali. Est-ce que des sortantes du lycée des jeunes filles vous ont aidé ?

« Pour ainsi dire non. Nous avons eu à mettre sur pieds une association des sortantes du lycée des jeunes filles du temps d’Alpha Oumar Konaré avec Adame Bah. Nous avions organisé une soirée à l’issue de laquelle la Société Sapec a repeint le bloc principale. »

Les enseignants sont attristés par voir les filles accuser le coup et oublier le combat que leurs grand-mères ont mené pour le développement du Mali et le Salut de la Femme malienne.

Credit photo: Faty
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