Les amis, je suis à Gao

 

Credit photo: Faty
Credit photo: Faty

J’ai quitté Bamako dans les mêmes conditions que tous les déplacés du nord du Mali : Difficiles.

C’est en croire que les compagnies de transport se moquent de nous. Au pire, ils nous prennent pour du bétail.   J’étais en partance pour Gao. Le billet m’a coûté les yeux et le nez de la tête. En plus je n’ai pas droit amener une seule chemise  (je veux dire un pagne car je ne porte pas de chemise) avec moi. Il m’a fallu payer  l’équivalent du prix du billet pour qu’une partie de mes bagages puissent me suivre après un effort que vous aurez du mal à imaginer. Mais je vous raconte : j’étais convoquée à la gare de cette compagnie qui a pour effigie une chamelle (ou c’est un chameau ?) à 10h. J’y suis arrivée bien à l’heure, voulant respecter mon statut de « ponctualité personnifiée ». Mais la place était déjà bien prise par des bagages de tous genres : des sacs de voyage, des valises, des sacs de riz remplis d’autres choses quand ce n’est pas du riz et du sucre, des balluches gigantesques…

Il faut dire que la blogueuse en situation  que je suis est aussi surchargée : deux valises et deux sacs.  Un agent de la compagnie les marquèrent sans parler argent. J’en fus étonnée car d’habitude c’est ce dernier qui prenait les frais de transport des bagages. Une connaissance  de Tombouctou qui partait bien à Tombouctou et comptait descendre à Douentza, me dit que la compagnie ne prenait plus de frais pour cela. Hum… attendre n’est pas un poids dit un proverbe Djerma.

En effet, il a fallu attendre vers midi pour les entendre nous dire d’embarquer les bagages.  Un monsieur qui semble être le convoyeur contrôlait que tout bout de voyage passait par un certain Mohamed, un jeune arabe qui parlait bien le sonrai de Gao. Ce dernier ne voyait que les voyageurs qu’il semble connaitre mais ne se gênait pas pour fixer des sommes faramineuses pour ces bagages.

« Seuls les sacs de voyage et les valises doivent embarquer, les sacs doivent aller par le camion qui partira demain » disait la consigne. Mais Mohamed fit embarquer plus que des sacs, des grandes tasses attachées dans des draps. Mais je vous assure je me suis débattue comme  diable pour me retrouver nez à nez avec mes bagages dehors. Car ne pouvant pas réussir l’exploit de les porter tous ensemble et surtout de les faire embarquer d’un coup comme ceux qui maintenant sont tranquillement assis dans le car que le chauffeur fait ronfler d’ailleurs. L’énervée grave.

Quand je dis à Mohamed en sonrai « donc celui qui ne te connait pas ne doit pas acheter un ticket dans ta compagnie », le convoyeur m’entendit. Mohamed  se contenta d’essayer de chercher  une place pour la Nième baluche d’une vieille dame de sa connaissance. Il ouvrit un coffre qui était rempli de sacs de tout genre. Le convoyeur vint s’arrêter. Je me mis à protester de plus belle.

«  Donc je ne partirai… c’est la première fois que je voyage par cette compagnie, je crois que ce sera la dernière ! Une fois n’est pas, que dis-je n’est jamais coutume. » Le convoyeur réagit comme je m’y attendais.

« Mais c’est rempli des sacs de sucre, faites sortir ces sacs et mettez les valises de la dame. Ils partiront par le camion ».  Le Mohamed continuait à pousser son sac pour qu’il entre. Le monsieur le lui tira des mains et ordonna à un apprenti de tout débarquer.

« Madame payez la somme qu’il vous a dit de payer. »

« Mais il ne m’a pas parlé depuis l’aube que je suis  là ! C’est combien ? Mohamed. »

« 15.000 » « pour mes habits seulement ? Ok je paye, de toute manière c’est juste ce moment, quand nous aurions tous rejoints notre nord, nous verrons à qui vous allez faire ça ! ».

C’est en sueur que j’entrai dans le car qui s’apprêtait d’ailleurs à partir.  Le convoyeur est juste derrière moi. « Il n’y pas de place » me plaignis-je.

Il me fit asseoir et me dit en plaisantant. «  Toi si tu ne fais pas attention, tu vas payer le cola ».

Et me voici en route pour Gao. Du moins le croyais-je car nous ne sortîmes pas de Bamako que nous respectâmes la tradition avec ces compagnies : panne.

La voiture ne pourra pas nous amener à Gao. Je fis cette conclusion en voyant le chauffeur et ses apprentis s’éloigner du véhicule après avoir tenté une réparation pendant une quinzaine de minutes. Au bout d’une heure. On me donna raison car un monsieur (certainement un enseignant car parlant beaucoup et ayant des lunettes) vint annoncer la nouvelle. Ce n’est qu’au bout de 5h de temps que le bus de rechange arriva.

Quelle aubaine. Je vais en profiter pour changer de la place car le voisin avait encombré la mienne de bidons de 20 litres vides. Je veillai au transfert de mes bagages avant de me chercher une bonne place. Ceux qui perdirent leurs places cherchèrent à faire une fronde. Mais je me contentai juste de suivre d’une oreille discrète, sachant que je ne laisserai la mienne pour personne.

Le trajet a été plutôt tranquille, ponctué  de contrôle d’identité aux différents postes de  sorties et d’entrées. Rien de changé à par le nombre des hommes en uniformes.  Ceux qui n’ont pas de pièces d’identité continuent à payer les mêmes 500 F CFA sans reçu.  Il a y juste une étrangère qui devrait être camerounaise ou ghanéenne à qui ils demandent chaque fois le carnet de vaccination sans pousser le contrôle jusqu’à lire la date du dernier tampon.

Beaucoup de villes traversées. Fana, Ségou, Bla, San, Sévaré. La présence militaire augmente au fur et à mesure qu’on approche du nord.  Je n’ai pu faire un constat concernant la ville de Konna car nous l’atteignîmes en pleine nuit. Avec ma si grande vision, c’est à peine si je voyais le bout de mon (joli !?!) nez.

credit Photo: Faty
credit Photo: Faty

« La frontière du Mali » dixit un officier malien, en Novembre quand je partais à Tombouctou, en pleine occupation.  Les militaires maliens qui y étaient avaient une férocité indescriptible. Ils ont failli me manger pour mon appareil photo à l’aller et au retour mes bagages et ceux des autres voyageurs ont été fouillés pièce par pièce. Le militaire chargé de la besogne en profitait d’ailleurs pour nous crier dessus et donner des coups de rangers dans les valises ouvertes.

« Ce n’est pas nous votre problème, allez-vous en prendre aux maigrichons barbus qui vous ont chassé du nord, au lieu de nous enquiquiner ici ! » avais-je pensé à l’époque.

Mais à Douentza,  je pus faire mon premier rapport : la ville est hyper militarisée maintenant.

en route vers Gossi
Crédit photo: Faty

En Novembre 2012, la ville était sous contrôle du MUJAO (Mouvement pour l’Unicité du Jihad en Afrique de l’Ouest). Je me rappelle que nous nous (les femmes du voyage) étions déjà ensevelies dans nos voiles intégrales que j’hésite à appeler Burka car faites en voiles légères et de couleurs chatoyantes. Là , plus d’obligation, mais j’ai mon voile quand même. Je le portais bien avant que ces bandits se rassemblent pour prôner « leur charia particulière ».

Au poste de l’entrée de la ville, il y avait un pickup et quelques jeunes recrus « peulh et haoussa du Nigéria » avais-je constaté.

Maintenant, ce sont des maliens. Ils ont arrêté à l’entrée du car et tu donnes ta carte d’identité pour sortir. Celui qui semble commander se fait appeler « français » par les autres. Il est mince. Droit. La mine renfrognée. Un français. Un français ? Qui sourit dès qu’on leur remit la somme de ceux qui n’ont pas de cartes d’identité. Un malien. Je souris et secoua la tête (encore ! c’est un geste que j’exécute chaque fois que je ris jaune, quand j’ai mal pour mon pays.)On  n’en finira jamais avec cette corruption ! En pleine guerre, ils pensent encore à se mettre les sous des pauvres citoyens dans les poches.

Cette fois-ci que de militaires : des bérets verts, des casques bleus,  des maliens, des tchadiens  et quelle nationalité encore ? Un béret rouge stoïque, se tient comme un robot. Il semble attendre notre départ pour nous accompagner.  Que de voitures militaires. De longs véhicules marquées de l’insigne « UN ». Mais aussi des voitures de la campagne électorale bariolées aux couleurs des candidats et de leurs partis.  Une femme qui passe sur une belle Djakarta bleue neuve. Oh, la liberté est vraiment dans cette contrée !

Le reste du chemin jusqu’à Gao fut ponctué  par ces contrôles plus que légers ; juste pour détecter les fautifs qui ne l’ont pas. C’est comme s’ils ne savaient pas qu’il y a eu une pénurie de papier pour confectionner le fameux sésame qui semble représenter un certificat de non adhérence à la rébellion.

 

Le poste de Gao ne s’est présenté que vers 17h.  C’est bien différent. Le car s’est rangé sur le côté. Nous nous regroupions devant un premier militaire qui nous demande de passer présenter nos pièces à un autre à 5m. Je demande s’ils pratiquent une fouille au corps.

« Non » me répondit une femme qui semble avoir plusieurs fois fait le trajet.

«  Ça se faisait pendant les premiers jours de la reprise de la ville car on craignait ce qui se font sauter. Ils contrôlent juste les hommes.

« On regarde aussi si toutes les femmes sont des femmes. » dit une autre. Nous avons marché 100m pour être rejoints par le car et traverser rapidement le pont Waberia.

Dès les abords du pont, je pus capturer  par une première photo la place importante des femmes dans la vie de cette ville historiquement songhoï.

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4 réflexions sur “Les amis, je suis à Gao

  1. En lisant ce texte, je vois un peu plus de quoi tu voulais parler. C’est un peu dur pour moi d’imaginer ce que tu vit, on est tellement loin de ça ici! Et j’ai échappée (de peu) à l’invasion militaire en Egypte! Je me rend compte en te lisant qu’en période d’instabilité, il y a souvent des dérives que ce soit dans le tout-militaire (abus de pouvoir?corruption?) ou le sans armée-police que j’ai connu là bas (augmentation de la délinquance, « loi de la jungle », milices). Merci de nous faire partager ça, je pense que c’est important que tout le monde sache. Mais n’oublie pas de faire attention à toi!

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