A vol d’oiseau vers Mamady Keita

Après les portraits de Serge Katembera et de Boubacar Sangaré, ma série de portraits de Mondoblogueurs continue.

Mamady KeitaJe vous présente aujourd’hui un autre jeune du continent, autant prometteur. Une autre vie, une autre réalité, un autre combattant et un espoir pour son pays et notre continent : Mamady Keita,  le jeune étudiant guinéen perdu dans le climat plein de contraste de l’Ukraine.

La phase du Liebster Blog Award a bien permis de se faire une idée sur les  personnalités des mondoblogueurs qui ont accepté de se plier au jeu ( tant qu’ils n’ont pas essayé de jouer au malin !). Ce n’est pas pour me jeter des fleurs (au risque de me casser la caboche), mais je pense que ces portraits n’ont rien à voir. Ce n’est pas de l’introspection nombriliste, ni une exposition du meilleur profil de soi. En tout cas à mon humble avis !

Mamady Keita. KEITA  est un nom bien prestigieux au pays mandingue, les  Djelis ne lassent pas de chanter le nom de Simbo. Celui des  descendants de Soundiata Keita, grand roi qui fonda l’empire du Mali, le grand chasseur, le grand sorcier. L’homme généreux qui marcha après son septième hivernage et vengea les injustices faites à sa mère Sogolon.

« Naré Magan Diata. Sogosogo Simbo Salaba… héros aux noms multiples » dixit les griots. Je ne suis pas griotte mais je me plais à vous parler de celui qui m’a toujours appelé grande sœur. Un garçon sérieux  qui a facilement des fous rires, propriétaire d’un petit calepin qui en a aiguisé des curiosités (coucou Madame caraïbe de Mondoblog) dans lequel il note absolument tout.

C’est un garçon bien grand au regard empli de malice avec une petite touche de tristesse dû à la solitude de l’Ukraine (certainement). Il a 22 ans et étudie les mines  dans cette ville lointaine d’Ukraine  dont je prononcerai difficilement le nom (heureusement que c’est un portrait écrit !) , Dnipropetrovsk. Encore un autre citoyen du monde! Atypique ! D’où mon intérêt pour lui. Son blog  est une sorte de jardin secret qu’il cultive avec amour et évoque les sujets qui lui tiennent à cœur. Ses sujets de prédilection  sont relatifs à sa Guinée natale et à l’Ukraine qui n’est pas aussi accueillante, mais il évoque également des choses beaucoup plus gaies comme le football (c’est un grand supporter de Barcelone FC j’en suis bien contente, pour une fois que j’en rencontre parmi les Mondoblogueurs !), de journées culturelles dans son université, de ses voyages, de ses rencontres.

Mamady est de confession musulmane, d’ailleurs son vœu le plus cher est de faire faire le voyage à la Mecque à ses deux parents. La consommation de l’alcool est banni chez le musulman et Mamady fait de son mieux pour échapper à  la tentation, étudierait-il au Cameroun, il aurait senti le même dépaysement (suivez mon regard…) sur ce plan. A cela il faudra ajouter le racisme qui fait de ces jeunes Africains des cibles pour les groupes xénophobes du coin. Mais heureusement, « les Africains sont bien plus forts  et ne se promènent jamais seuls », sans chercher à être raciste hein !

Je pourrais aussi citer les problèmes liés à l’alimentation, au climat, aux langues, aux finances, au ramadan….

Vous devez le soupçonner et c’est une réalité, mais la vie d’un étudiant africain, noir, musulman est difficile, pleine de contraintes et de privations.  Mais l’espoir de revenir servir son pays et participer au développement de ce dernier aide beaucoup Mamady à relever le défi et à rester fidèle aux traditions dans lesquels il a été élevé, gardant son amour pour sa famille, sa culture, la cuisine, la musique, sa patrie (je ne voudrais pas citer les délestages si fréquents à Conakry) intacts. Il est plein d’espoir pour son pays, sa citation préférée est  « à cœur vaillant on peut déplacer des montagnes. C’est en quelque sorte mon credo de tous les jours. J’espère une fois mes études terminées pouvoir faire bouger ou aider à changer les choses ne serait-ce que dans mon quartier, ma ville, et pourquoi pas dans mon pays. »

La vie de Mamady est aussi teintée de solitude. Une solitude que Mamady essaye de noyer (pas dans l’alcool vous le savez déjà !) dans le cinéma, l’écoute de la musique, le sport, la lecture et le blogging.  Qui pourra croire que cet étudiant en mines, donc matheux, a toujours rêvé de devenir journaliste ? Que son premier métier était celui de reporter ?  Personne.   Il s’est apprêté à mon questionnaire avec gentillesse.

1.     Présente-toi

Bonjour, je suis Mamady Keita, je suis étudiant à l’université nationale des Mines de Dnipropetrovsk, c’est au centre de l’Ukraine. Cependant je tiens aussi un blog sur la plateforme Mondoblog de l’Atelier des Médias. Mon blog s’appelle A vol d’ oiseau et je l’alimente souvent après mes cours ; pendant mes heures creuses, car écrire à toujours été ma première grande passion.

2.     Tu es étudiant en Ukraine, peux-tu nous parler de ce pays ?

L’Ukraine est un jeune pays d’Europe de  l’Est car il n’est indépendant que depuis 1989. C’est le pays des extrêmes. Tenez par exemple, lorsqu’on prend le climat en hiver, il fait très très froid et en été la chaleur est caniculaire. Les températures vont parfois au-dessus de 40 degrés en été et en hiver avoisinent parfois les moins 30 degrés. Le pays compte beaucoup d’immeubles modernes, mais aussi assez d’infrastructures qui ont plus de cent ans. Tous les jours on vit de nouvelles expériences, on fait de nouvelles rencontres, on découvre de nouvelles choses, on affronte de nouveaux obstacles. Mais, à force de n’avoir pas toujours le choix on finit par s’y habituer.

3.    Quelles sont les difficultés que tu y rencontres ?

Elles sont nombreuses les difficultés. Elles sont principalement liées aux différences de cultures avec mon pays natal la Guinée, mais aussi de langues ou au coût de la vie qui est vraiment cher surtout il y a très peu de boulot étudiant. On parvient à tenir surtout grâce à l’aide de nos parents.

4. L’Afrique y est-elle présente ?

A part quelques étudiants et des expatriés en quête d’une vie meilleure, l’Afrique n’est pas du tout présente ici. Il faut dire que l’Ukraine et l’Afrique coopèrent essentiellement dans les domaines commerciales et de l’éducation.

  5. Etes-vous bien intégré en Ukraine ?

A mon avis le plus important en matière d’intégration c’est d’être respectueux envers les lois du pays d’accueil, mais aussi être surtout respectable. Pour le reste, c’est la routine. La vie hors du pays natal exige toujours beaucoup de sacrifice sur tous les plans (alimentaire, culturel…), mais il faut l’accepter et considérer que c’est pour un temps bien déterminé. Ensuite tout redeviendra normal une fois de retour au pays natal.

6.   Quels sont les problèmes que vous y rencontrez ?

Les problèmes ils sont nombreux, car contrairement à ce que l’on peut imaginer lorsque l’on se trouve en Afrique par exemple la vie est très dure ici. Il n’y a pas de travail et même quand on se démerde pour en trouver c’est souvent très mal rémunéré. Bien que les problèmes de racisme ont considérablement diminué, il y a encore des amis qui en sont victimes, ils subissent des injustices, se font tabasser ou injurier. Mais face à tous ces problèmes nous avons formé plusieurs associations qui défendent nos intérêts parfois mieux que les consulats et les ambassades souvent immobiles.

7.    Quel est ton lien avec ton pays d’origine la Guinée ?

Bien que je sois à des milliers de kilomètres de mon pays natal, je pense à la Guinée tous les jours. Je suis l’actualité sociopolitique, économique et culturelle de très près. Je pense aussi tous les jours à mes parents, mes frères et sœurs bref à toute la grande famille, mais aussi les amis. S’ils lisent cette interview j’aimerais qu’ils sachent tous que même si je suis très loin d’eux je les aime du plus profond de mon cœur.

8. Comptes-tu y retourner aussitôt les études terminées ?

A la fin de mes études je crois que je rentrerai très vite en Guinée, car on a plus besoin de moi là-bas que n’importe où ailleurs. Je rentrerai pour apporter mon grain de sel, ma modeste contribution à la construction et au développement de mon pays. C’est la chose qui me tient le plus à cœur. Peu importe à quel niveau ce sera, je répondrai présent comme j’ai vu mon père toujours le faire. Ceci est un choix dont je serai toujours prêt à assumer les conséquences au cas où il y en aura.

9. Peux-tu nous faire une analyse de la situation politique actuelle de la Guinée ?

Malgré que les militaires ont rendu le pouvoir aux civils à travers une élection présidentielle qui a porté au pouvoir l’actuel président de la République le professeur Alpha Condé, la Guinée peine toujours à organiser des élections législatives censées définitivement mettre fin à la transition politique créée par le coup d’Etat du Capitaine Moussa Dadis Camara en décembre 2008. Et pour cause le pouvoir et l’opposition guinéenne mettent leurs intérêts partisans au-dessus de tout, cela parfois au détriment de la stabilité. Cependant l’accord qui vient d’être signé le 3 juillet dernier entre les deux parties ouvre à mon avis une lueur d’espoir. Cependant cet espoir ne m’empêche pas d’être prudent car le plus dur reste à venir, je pense à la phase d’application de cet accord qui a trop longtemps été attendu. J’espère que la classe politique fera vraiment preuve de responsabilité en appliquant cet accord qui permettra à la Guinée d’en finir avec cette transition qui n’a que trop durer. Cela permettra aussi le retour en masse des investisseurs pour que la Guinée connaisse enfin le développement cela près de 55 ans après son indépendance.

10.   Les jeunes Africains peuvent-ils croire en un avenir meilleur ?

Les jeunes Africains ne doivent pas s’assoir et attendre les opportunités venir à eux, mais ils doivent aller chercher et retrouver ces opportunités partout où elles se cachent. Ce que je suis en train de vous dire est loin d’être un vain discours, j’y crois et je l’ai vécu. Tenez par exemple il y a un peu plus de 3 ans j’étais à Conakry. C’était les vacances, donc je passais mes journées entières à la maison en compagnie des autres jeunes parfois plus âgés que moi dans le quartier autour de tasses d’Attaya (thé).Un jour je me suis levé et je suis allé voir le directeur de publication du Groupe de presse l’indépendant-le Démocrate, je lui ai expliqué qu’écrire, témoigner était ma passion. Il m’a répondu que ça ne suffisait pas pour travailler dans un grand journal comme le sien. Je l’ai supplié de me donner juste une semaine pour le prouver que je pouvais être à la hauteur de sa confiance. Il m’a donné une chance et au bout de deux semaines je produisais tellement qu’il m’a proposé un contrat. Pendant ce temps mes amis parfois des diplômés en journalisme, en lettres modernes continuaient à préparer leur attaya sous « l’arbre à palabres » tout en se plaignant du manque de boulot. Je ne gagnais pas des millions avec mon petit travail de jeune reporter, mais au moins ça me permettait de ne plus demander le petit déjeuner à Papa et à Maman etc…Je crois que le temps est venu que les jeunes Africains croient en eux-mêmes. Il faut aller vers l’Etat et les entreprises, car les cinquante dernières années nous ont prouvés qu’ils (l’Etat et les entreprises) ne viendront jamais nous chercher sur nos lits pour nous proposer du travail bien rémunéré. Je dirai pour finir qu’il faut aussi que nous pensons à être deux fois plus compétents que la normale et cela passe par la formation, la lecture etc…

11.   Quels sont tes loisirs ?

J’aime beaucoup jouer et regarder des matchs de football. Je passe aussi beaucoup de temps à regarder des films ou écouter de la musique. Parfois je vais me promener sur les bords du Dniepr le fleuve qui a donné son nom à la ville où j’habite actuellement en Ukraine : Dnipropetrovsk.

 

Crédit Photo: Faty
Crédit Photo: Faty

 

 

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Le poulet aux plumes #3

Après un voyage retour vers Gao beaucoup moins mouvementé à bord de la voiture particulière d’un projet de développement, me voici dans la cité des Askia à mener une vie de ménagère encore deux mois avant la reprise des cours à Tombouctou ‘’inchallah’’.

Je retrouve Gao et son délestage. Pas  d’électricité le jour, Oui ! Deux nuits sur trois ? C’est ce qui est dit mais ce n’est  jamais effectif. Je suis là depuis vendredi et ce n’est que ce dimanche nuit l’énergie du Mal Mali nous envoya le précieux sésame.

Je me dis « vite, branche ton téléphone » je pourrais travailler avec la vieille dame (mon ordinateur) et coucher (pas accoucher car l’exercice est beaucoup moins douloureux !)peut être un article. Mais il me faut d’abord finir le diner ; surtout que nous avions des invités.  A peine une heure de temps et c’est le noir… je veux dire le clair de lune … coupure ! Dans une heure l’électricité reviendra certainement.  Je me demande quand est-ce que je mettrai cet article en ligne, l’envoyer à la ravissante Raphaëlle Constant ? Elle est en vacances… vaut mieux attendre…attendre n’est pas un poids dit le proverbe…  et puis…tout ce qui fait le pourtour d’une maison fini par entrer  par la porte alors… dit un autre proverbe.

N’empêche, Je suis bien pressée de vous parler de cette nouvelle façon de cuisiner le poulet que j’ai découvert à Gao mais il me faudra attendre le bien vouloir de l’EDM (énergie du Mali). L’électricité est bien revenue une heure plus tard, mais il me faut prendre  mon mal en patience, dompter mon instinct de konghosseuse. Ce n’est qu’une fois débarrassée de toutes mes corvées d’africaine au foyer que je pu me consacrer à ma passion.

Ce billet s’ajoute bien volontiers au deux premiers de la série sur les femmes maliennes même si l’auteure de la recette n’a point atteint l’âge d’être une femme. Mais elle nous amène à parler d’un autre fait de notre société que je ne peux que dénoncer : le mariage précoce. (Même s’il n’est pas forcé dans ce cas)

C’est une heure après mon arrivée à Gao que j’ai entendu parler de cette recette qui me fit penser à Aurore (à cause de son poulet bicyclette ?).

C’est l’histoire d’une fillette qui ne doit pas avoir 13ans qui a convolé en justes noces avec un homme de l’âge de son père pour en être la seconde épouse.  Elle était consentante, dit-on et bien contente de se marier à celui qui lui donnait  autant d’argent de poche qu’elle voulait. Celui qui acheta le téléphone (chinois) pour jouer la musique qu’elle désirait tant.  Elle sourit avec béatitude lorsqu’on l’appelle «  waye hidjo » « la jeune mariée » bien  qu’elle n’en donne pas l’image.

Mais est-elle en âge de comprendre les dangers d’une grossesse à cet âge ?

Une jeune mariée en pays songhaï porte des habits neufs, amples, est tressée avec art et  surtout reste un bon moment sans sortir. Ce n’est pas le cas de Madame… (Appelons là Madame Z, pour ne pas dire X qui pourrait faire penser à mal) qui aime encore faire ce que toutes les petites filles du monde, je veux dire africaines ce sont elles que je connais le plus : jouer et se promener avec ses amies du même âge.

Donc bien que ses parents l’eussent donné en mariage, Madame Z n’est pas du moins consciente que son statut en société a changé bien qu’elle sourit à son nouveau nom. Elle ne semble pas. Non. Elle ne connait pas la signification du mot bien qu’ayant déménagé chez lui, elle ne fait pas encore.  Et personnellement je me suis posée des questions sur l’identité et le poids du cerveau de ses deux parents réunis (plus petit que celui de madame Z en tout cas !) surtout sa mère. Bien après je me demandai si la mère n’avait elle-même pas été mariée au même âge. Car, dans ce bas pays on marie les filles avant qu’elles ne soient pubères.  D’ailleurs, ma voisine n’est pas très contente de sa fille Nanna, du même âge que Madame Z   qui a refusé un mariage du même genre. Si elles étaient  scolarisées, elles auraient eu un prétexte. Mais la scolarisation et la rétention de la petite fille à l’école n’ont  pas un bon taux au Mali. Les parents pensent que le mariage est le meilleur des moyens de les protéger de la débauche et des grossesses prématurées. Quand, les petites filles font comme Madame Z et apportent un homme prêt à les épouser, ils sont contents, que dis-je ils en sont ravis, heureux…Ils en sautent de joie.

Madame Z ne sait pas ce qu’est le mariage, elle n’en connait pas les contraintes pour une femme en Afrique. Il faut non seulement faire le ménage (toute seule hein ! au pire tu peux avoir une aide-ménagère) mais aussi accepter d’être aux ordres d’un mari à qui tu dois respect.

Sa vie est plutôt joviale  chez ses parents, jusqu’au jour où son mari décida de lui faire passer un petit test (au bout d’un mois de mariage et de stage chez sa maman) en lui       apportant deux poulets à cuire pour le déjeuner.

Madame Z n’ayant pas encore eu le temps de se mettre à côté de sa maman pour apprendre à faire la cuisine ou le ménage fut dans l’embarras pour préparer le mets de son mari chéri en l’absence d’une mère pas très futée aussi.

Heureusement que le dégustateur de poulet prit le soin d’égorger les poulets avant de les lui laisser. Car après un tour au marché pour acheter des condiments sans grand choix, Madame Z  parvint à faire du feu bon gré malgré et après  les condiments, les poulets lavés dans un grand seau d’eau atterrir dans la grande marmite. Sans les plumer !

Ce sont deux de ses amies, qui ne l’avaient pas vu depuis le matin qui vinrent la trouver fort occupée.

–          Qu’est-ce que tu prépares ?

–          Des poulets

Aussitôt l’une ouvrit la marmite.

–          Mais comment tu es en train de faire ?

–          J’ai mis les condiments et les poulets

–          Mais il y a les plumes !

–          Oui, je les ai bien lavés.

–          Tu es folle ? on enlève les plumes, elles sont sales

–          « Macine waye hidji tini »? tu es quel genre de jeune mariée ? lui dirent-elles en éclatant de rire.

Mais elles firent descendre la marmite et plumèrent les poulets déjà embués de tomates et autres épices. Mais il fallait être courageux pour le manger. Les fillettes se sont bien amusées avec sans prendre le soin de se laver les mains.

Quand à Madame Z,  Elle ne sembla même pas comprendre la portée de sa recette si innovante.

Lorsqu’on me la montra aujourd’hui au marché je compris. C’est vraiment une fillette.  Sans poitrine. Maigre. Joyeuse.  Présentement madame Z est en apprentissage chez sa propre maman. Je me demande quand est ce qu’elle sera jugée apte pour avoir son foyer, dans deux ans ? Trois ? Elle aura au pire 16 ans. Encore petite !

On ne rit que de malheur, dit un autre proverbe djerma…faut-il donner cette recette à toutes les petites filles qui se retrouveront dans cette situation ?

Il faudrait surtout pour  la reconstruction, que  nous  prenions en compte la scolarisation de la fille. L’école et l’éducation sont les meilleurs moyens d’échapper à une vie entière de peines et de corvées. Il ne faudrait pas  oublier l’apport de ces jeunes une fois alphabétisées au développement de la région et du pays tout entier.

Voyons l’exemple des premières filles scolarisées d’Afrique : Madame Jeanne Martin Cissé de la guinée,  Awa Keita, Sira Diop du Mali, elles ont participé au mouvement libéral de l’Afrique en luttant pour son indépendance.

 

La leçon malienne

crédit photo: malijet.com
crédit photo: malijet.com

Le président de l’URD, Soumaïla CISSE, classé 2ème au premier tour des élections présidentielles du Mali, le 28 juillet avec plus de 19% des suffrages exprimés vient de reconnaitre la victoire de son adversaire IBK au second tour.
Il semble que le pays est arrivé à amorcer une marche vers la normalité…

Je ne crierais pas vive IBK comme d’autres depuis dimanche! mais je respecte fort le nom KEITA.
KEITA est un nom lourd de signification dans notre histoire. Soundiata Keita a créé l’empire du Mali, Modibo Keita est le premier président de la République, Salif Keita notre premier footballeur de renom… Je pourrais en citer encore d’autres:  le chanteur Salif, keita, l’ancien Barcelonais Seydou Keita, le champion du monde de Taekwondo Daba Modibo Keita aussi!
Que ce soit un Ibrahim Boubacar keita qui soit élu président du Mali pris entre Serval, Misma, la junte et le peuple plein d’espoir… Nous devons nous réjouir;

C’est un tournant décisif certainement!
Je garde l’espoir… j’ai foi en mon pays, d’où un billet aux couleurs du drapeau malien.

Un proverbe Bambara dit : « Allah minè djon tè malo », Celui qui croit en Dieu ne sera jamais humilié.

Bien le bonsoir les amis

Lettre ouverte d’une malienne au futur president du Mali

credit photo: abamako.com
credit photo: abamako.com

Excellence Monsieur le président

C’est le cœur plein d’espoir que je vous écris cette lettre. Je sais, vous ne me connaissez pas, mais bon je suis juste une jeune malienne qui ne veux garder  que l’espoir et crois à un avenir rayonnant pour son pays malgré les mésaventures que nous avions connus  depuis notre indépendance en 1960. Je sais que la campagne électorale sera fermée ce soir et que les dés sont déjà jetés.

Monsieur le président, quel que soit votre nom, je n’ai pas voté pour vous, sachez-le. Pas parce que j’ai mis un bulletin blanc dans l’urne  comme j’en avais l’intention, ou parce que je ne comprenais rien à la procédure de vote comme beaucoup de mes compatriotes.

NON, je n’ai pas voté parce que je fais partie de ces milliers de maliens qui ont pris la poudre d’escampette vers le sud lorsque leurs villes ont été occupées par des barbus maigrichons et analphabètes qui prônaient une autre charia.

Ces déplacés qui ont acquis le titre de réfugiés dans leur propre pays. Et avec le privilège de devenir invisible. En effet, mon président, j’ai l’impression de ne pas exister.  De n’avoir plus les mêmes droits que les autres maliens. Bien sûr,  je continue à percevoir mon salaire d’enseignante mais encore… c’est à peine si j’arrive à m’en sortir avec toutes ces dépenses et la responsabilité de la capitale : Nourriture, loyer, transport, santé. Nous n’étions pas habitués à cela dans notre  « nord », je ne veux pas dire notre brousse  comme pensent beaucoup d’autres. Nous y étions bien, et là-bas nous étions des citoyens à part entière qui pouvions voter quand l’occasion se présentait.

Monsieur,  je ne veux pas du tout m’épancher sur votre passé, que ce soit celui d’un premier ministre  qui supprima la bourse des collégiens durant son mandat ou d’un ancien ministre des finances originaire justement d’un nord qu’il semble l’oublier. Mais prennez en compte la souffrance de ces déplacés qui ne veulent que la « paix » pour retrouver leurs terres et leurs occupations d’antan.

Mon président, ne soyez pas comme tous ces candidats à la présidence qui nous ont promis le changement  pour mettre en place un savant système de corruption et favorisant le népotisme qui a mis les jeunes du pays sur les routes clandestines de l’immigration. J’espère que cette fois-ci le discours envers les jeunes ne sera pas seulement feux de paille ayant pour but de les pousser seulement à vous accorder leur voix.

J’espère qu’une refonte du système éducatif sera votre chantier. Nous en avons besoin. L’école malienne est à genou. Les écoles privées qui ne pensent aux subventions de l’état au détriment de la qualité dès l’enseignement fleurissent chaque jour aux cotés de celles élitistes que seuls les enfants de riches, vos enfants peuvent fréquenter. Je vous en prie, ayez pitié de ces milliers de paysans, analphabètes qui pensent plus à la main d’œuvre dont ils ont besoin pour l’agriculture aux techniques archaïques qu’ils pratiquent, qu’à inscrire leurs enfants à l’école.

Mon président, surtout pensez à la femme malienne. Qu’elles soient rurales ou citadines, aidez-les à s’extirper de pratiques obscurantistes comme l’excision et le mariage forcé pour lui permettre aussi de participer au développement de son pays ; un citoyen  qui aura étudié, qui  se sera forgée une opinion et s’en remettra aux décisions des hommes.  Je ne suis pas un dragon du féminisme qui voudrait couper la tête de tous  les hommes, responsables de leurs malheurs, non, je suis juste une jeune malienne engagée pour son pays.  Qui voudrais que vous permettiez aux femmes d’être des acteurs du développement, d’être  députés, maires, directrices, PDG .

Parce que ressortissante du nord du pays, je ne vous dirais pas de penser  au développement du nord, non, je suis malienne, j’ai parcouru le pays, et je sais que le sud n’est pas plus mal loti que le nord. Je sais que certaines idées divulguées dans ce sens pour justifier cette rébellion ne sont pas fondées.

Moi ce que je voudrais, c’est que vous combliez ce fossé qu’ils veulent creuser entre le nord et le sud du Mali par le racisme ou la religion.

Monsieur, je tiens à ma nationalité, à l’unicité de mon pays plus que tout. Comme tous les vrais maliens. Comme vous j’imagine. Je vous fait confiance pour empêcher à ces séparatistes qui ne sont en réalités que des commerçants qui troquent facilement la Kalachnikov contre une guitare, si ce n’est un micro, de faire reprendre à notre pays  un nom presque oublié : Soudan. Le soudan du nord et celui du Sud existe déjà, s’en ai assez. Le Mali est un et indivisible. Faites-le leur savoir. Monsieur.

Ils veulent l’autonomie ?  Je ne sais pas ce que vous dites sur ce sujet dans votre programme, mais la décentralisation, la démocratie, la liberté d’expression n’est-elle pas une autonomie ? Sachez –le, moi et beaucoup de maliens vous en voudrons si jamais,  vous vous hasardez à tomber dans le même piège que le président qui vous a précédé et dont il est inutile de dire le nom. La moindre faveur en leur égard se retournera en votre défaveur et pourra servir à vos adversaires des élections prochaines. Nous ne voulons plus d’eux dans notre armée. Ils veulent des avantages ? Qu’ils laissent tomber les armes pour se consacrer aux activités qui connaissent et qui peuvent  leurs rapporter des revenus : l’élevage, le commerce, la musique, l’hôtellerie. Qu’ils oublient le trafic de drogue et la politique du peuple martyre.  Le peuple touareg n’a que trop souffert . Il  aspire à la tranquillité  et à la paix pour jouir des bienfaits du  désert  et leurs troupeaux du pâturage.

Mon président je ne sais pas comment vous allez vous en prendre, mais je vous en prie,  faites renaitre notre armée de ses cendres.  Oui, cette armée qui a fait objet de tellement de railleries (de part aussi hein !) dont vous serez le maitre, doit être le garant de notre souveraineté. Je ne voudrais plus jamais entendre dire que nos soldats ont replié, qu’ils ont été massacrés par des rebelles mieux armés, qu’ils ont fait un coup d’état ou pire qu’ils se sont entretués  comme nous l’avons vu  faire les bérets vert et rouge. Plus de sous-couvert pour les recrutements et plus de junte qui jouit de privilèges de chef d’état et nous oblige à nous arrêter aux feux de signalisations à chaque passage.

Mon président, le chantier est fastidieux, mais je crois en Dieu, je crois en vous. Je serais là, à chaque tournant de votre pouvoir pas pour vous juger, mais juste parce que le Mali est mon pays et je veux y rester et y vivre.  Mon vote aux prochaines élections présidentielles dépend de vos réalisations durant ce mandat si délicat.

 

credit photo: maliactu.net
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