Konna, une ville tristement célèbre du Mali

crédit photo: Faty
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A la mi-janvier 2013, la ville de Konna faisait la Une des journaux internationaux par l’intervention de l’armée française pour arrêter l’avancée des troupes des fous de Dieu -qui obéissent plutôt à Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique)- ; avec une armée malienne en déconfiture totale et un pouvoir vacillant entre Koulouba et Kati au sud pays.

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Les premiers bombardements de l’aviation française ont d’abord été concentrés sur cette petite bourgade qui s’étend le long de la RN16 –RN : route nationale ? Hum… c’est une route que la nation semble avoir oubliée -, les  bâtiments publics de la ville en gardent les stigmates. Konna est une commune de la région de Mopti. Elle « était la frontière du Mali avec le providentiel Azawad » -dixit un militaire malien- pendant l’occupation du Nord. Un point au centre du Mali si vous jetez un coup d’œil à la carte.

 Credit photo: Faty
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D’ailleurs, l’occasion est trop belle pour rendre un hommage au premier soldat français Daniel Boiteux qui perdit la vie pour nous, mais aussi à tous les autres Maliens ou pas, morts dans ce conflit qui est des plus complexes –même  si je me tue à vous expliquer le rôle du versatile MNLA qui a détruit les faibles infrastructures dont disposaient les régions du Nord. On en perdrait le nord.

Le Mali l’a fait…ha. Ha. Rire jaune. Car c’est loin d’être drôle quand on pense, ne serait-ce qu’aux pertes matérielles, aux vies humaines qui ont été perdues, aux milliers de personnes qui se sont retrouvées réfugiées dans des pays étrangers si ce n’est au Sud, à ceux qui ont décidé de rester sur place et ont souffert le martyre, ballotés entre les humeurs des djihadistes qui peuvent aider une femme enceinte à rejoindre un centre de santé et couper la main d’un jeune homme pour vol, le même jour.

crédit photo: Faty
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Le 11 octobre dernier, la pinasse dénommée « Ségou » chavire dans les eaux du fleuve Niger dans les environs de… Konna. Oui encore Konna. La pinasse était en route pour Tombouctou comme moi. Je suis arrivée à Mopti vers les coups de 18 h. Mais souffrant d’une maladie que je n’hésite pas à appeler de l’hydrophobie car quand l’eau dépasse celle d’une bassine, je n’y entre pas. Je me rappelle encore de la première fois que j’ai vu l’océan au Bénin. La fascination ne m’a pas poussée à y tremper les pieds.

Naturellement, et comme d’habitude, je me suis contentée de chercher une place à bord des vieilles dépouilles, essoufflées, de 4X4 qui nous amènent à Tombouctou.  C’est là-bas que j’appris la tragédie de Konna.

Deux femmes, mère et fille, rescapées, cherchaient aussi une voiture pour Tombouctou.

Elles sont toutes deux minces. Leur seule ressemblance ? Peut-être leur minceur. Quarantaine et vingtaine dépassées. Entendant –sans les espionner hein !- leurs conversations avec plusieurs membres de leur famille, je compris que ces femmes ont échappé à la mort. Elles sont tellement agitées.

« – Oui, nous sommes toutes deux saines et sauves, mais nous ne sommes pas sorties ensemble. Rose, ma fille, a été sauvée par un salon- comprenez canapé- qui flottait, moi je ne sais même pas comment je me suis maintenue sur l’eau. Je n’ai jamais su nager.

– C’est Dieu qui nous a aidées  » dit la mère  les yeux embués de larmes.

Ma belle-sœur –encore une, mais je dois vous dire que j’ai trois frères qui sont mariés- mon hôte du moment, m’apprit que nous avons pour voisin, justement le propriétaire de la pinasse qui a bu  la tasse.

Alors que la presse annonçait une vingtaine de victimes, elle m’informa que le bilan était aussi loin de la réalité que l’est « le poisson séché de l’eau ».

Les gérants de la pinasse annoncent avoir inscrit 400  personnes. On annonce que 200 personnes environ ont été sauvées et seulement une vingtaine de corps retrouvés. Où se trouvent les personnes manquantes ?

J’eus le sang glacé. Je connais ces pinasses. Leurs réalités. J’ai eu à les emprunter une seule fois. J’étais en classe terminale et voyageais avec ma sœur pendant les vacances scolaires. Nous quittions Mopti pour Diré (ville de la région de Tombouctou) où l’homme de Markala- l’aîné de mes grand-frères que nous (mes sœurs et moi) avions surnommé ainsi parce qu’il a passé une semaine a annoncer un providentiel voyage pour Markala (ville de la région de Ségou au Mali) qui n’a jamais eu lieu- nous attendais.

Les pinasses  du Mali n’ont plus rien avoir avec les premiers navires qui portaient ce nom vers le XIIe et le XVIIIe siècle. Ce sont de grandes pirogues  de construction traditionnelle, dotées de moteurs pour les propulser. Elles sont d’une rapidité moyenne et à la différence des bateaux de la Comanav (compagnie malienne de navigation)  lents et vieux, car datant des indépendances. Ils ne jettent l’encre que dans les villes principales alors que les pinasses ont l’avantage de faire les marchés des petits villages aux abords du fleuve Niger avec un prix beaucoup plus bas que les bateaux. En plus, ces pinasses ne connaissent pas d’arrêt en décrue comme c’est le cas pour les bateaux.

Les pinasses ont aussi l’avantage, fort douteux, de permettre aux passagers d’emporter un poids hallucinant de bagages à moindres frais. Les chargeurs et convoyeurs  les remplissent de sacs de sucre, mil, riz, sorgho, fonio, haricots, jusqu’à avoir les eaux du fleuve au ras du bord. Les passagers montent  et s’asseyent sur cette cargaison. Le transport est gratuit pour les enfants.

Il y avait tellement d’enfants à bord de cette pinasse dénommée Ségou qui a chaviré à Konna. Des enfants et leurs parents qui cherchaient à rejoindre le Nord libéré. J’ai appris l’histoire de certaines victimes… toutes font couler des larmes.

Il y a celle de cette jeune femme, accompagnée de son mari qui a accouché dans le car qui la ramenait de Bamako. Elle voulait accoucher chez elle comme l’exige la coutume songhaï. Ni elle, ni son bébé venu n’ont échappé. Je n’ai pas eu de nouvelle du mari.

Il y a l’histoire de cette enseignante de Diré qui en train de rejoindre son poste en vue de la rentrée scolaire fixée pour le 21 octobre. Elle était accompagnée de sa filleule . Les deux y sont restées. Celui qui me raconta son histoire me dit que l’enfant était fille unique. Les parents sont à Bamako.

Ou encore celle d’un homme qui y perdit toute sa famille de 8 personnes,femme et enfants.

Heureusement, les bozos –pêcheurs- qui habitent aux rives ont rapidement porté secours et beaucoup de personnes ont pu être sauvées. Celles qui ne se sont pas retrouvées sous la coque de la grande barque surchargée.

J’imagine déjà les questions d’autres, qui n’ont jamais vu ces pinasses maliennes. Mais comment est-ce arrivé ? Pourquoi ? Quand je pense que Edwige Molou dit avoir apprécié sa pinasse’perience.

Il vous suffira de voir la façon dont ces pirogues sont surchargées. C’est à en croire que la brigade fluviale a été créée au Mali juste pour permettre aux agents qui y travaillent de contempler le fleuve après avoir perçu plus que menue monnaie avec les piroguiers quand ils n’enquiquinent pas de pauvres pêcheurs.

En plus, comme des Sotramas – bus verts de Bamako- les pinasses aussi font la course sur le fleuve, se poursuivant en une folle chevauchée sur les eaux. Se rapprochant  dangereusement et ne pensant qu’à être le premier à aborder les côtes de Diré, à avoir les passagers, les commandes des transporteurs.

La surcharge n’existe pas au Mali en réalité. Le nombre de personnes que le véhicule peut transporter dépend du  chauffeur. Il peut en prendre autant qu’il veut. Ce ne sont pas les policiers et autres gendarmes, chargés de faire respecter la loi qui l’y obligeront. Il suffit juste de leur glisser un billet.

Surchargé était le 4X4 qui nous conduisait à Tombouctou. Cela n’a pas posé de problème à la police du poste de sortie de Sévaré. Elle y arriva vers 18 heures en compagnie de deux autres, toutes en route pour Tombouctou. Toutes surchargées. Devant, à côté du chauffeur, il y a deux passagers au lieu d’un. Derrière -où je suis- 4 personnes au lieu de 3. Au poulailler-ce qui devrait être le coffre- deux bancs portent 6 personnes. Le policier n’a demandé les pièces d’identité qu’aux gens du poulailler.

Ce sont les militaires qui devaient seulement fouiller nos bagages qui nous firent chier- excusez du mot- car n’ayant aucune volonté de faire leur travail, le monsieur dont j’ignore le grade –je suis nulle en cette matière, je ne reconnais que le grade de général devenu si facile à avoir, d’ailleurs, je suis aussi tentée de chercher ce grade que la  « seule et simple nationalité malienne peut donner » !-

Le militaire que je commence à connaître pour avoir fait plusieurs fois le trajet Bamako-Gao, nous joua la scène de l’officier tatillon qui fouillera les bagages un par un.

La maman rescapée  se fâcha, en français.

J’ai compris après, qu’elle était infirmière et rejoignait son mari qui était administrateur à Diré. Avec sa fille. Elles ont décidé de continuer leur route. Sans bagages. Elle semble en proie à une indignation explosive. En colère contre tout le système qui a permis un tel drame.

-Il ne faut rien lui donner de plus. Ce sont des gens comme ça qui maintiendront le Mali en retard.  De quel changement peut-on parler quand des militaires viennent dépouiller les gens dès leurs maigres sous alors qu’ils ont leurs salaires ? Il ne faut rien leur donner. Qu’on y passe la nuit. Qu’ils fouillent tout.

Mais comme c’est le Mali, et qu’au Mali tout se négocie. Un homme, d’une cinquantaine d’années, qui est dans un autre 4X4 qui fait un convoi commun avec le nôtre pour Tombouctou, vint nous demander de donner 100 F Cfa chacun pour qu’on le donne au militaire qui entre-temps racontait sa vie :

«  Non ! Je vais vous fouiller et peut-être que vous allez partir vers minuit. Je m’en fous de l’argent. Tout de suite, un colonel est passé dans une voiture personnelle. Il m’a donné 1000 F Cfa, mais je l’ai fouillé ! »

J’ai explosé. Quelle malhonnête et quel menteur !

«  Il ment, dis-je à Rose –la jeune rescapée- c’est comme Tom et Jerry.  Juste une scène qui se joue inlassablement. Le chat poursuit éternellement la souris. Il fait tout ça parce que les 1000 F sont peu à ses yeux.  Quand on augmentera nos 100 F, il changera de discours. C’est minable. Le Mali n’a pas de solution. »

Sa maman me répondit : «  S’il y a une solution, c’est de respecter la norme, de ne rien leur donner. »

Un jeune homme, du voyage, intervint, aussi, à la malienne : «  Mais c’est nous tous que ça arrange qu’il ne fouille pas nos bagages. S’il le fait, nous allons perdre du temps ici. »

J’ai eu un sourire amer. C’est ça le Mali. C’est ça les Maliens. Des gens qui cherchent toujours des situations qui les arrangent. C’est plus simple de continuer rapidement un voyage au bord d’une vieille voiture chargée jusqu’au ciel.

« Madame vous voyez ? On respectera les normes partout dans l’univers sauf au Mali, si cela n’arrange pas la majorité des Maliens en tout cas. La corruption est dans notre sang maintenant ! La solution ? Ce n’est pas de chercher à exterminer une ethnie pour en laisser une autre, mais on devrait faire partir tous les Maliens et amener de nouveau, des gens qui ne donneront pas des bonnes notes à leurs « nièces »

Malgré tout ce discours, je donnai une piécette de 200 F Cfa, pour moi et une vieille qui marchait difficilement.

Rose préféra donner son billet de 100 F  à deux talibés.

La suite du voyage a été mouvementée, je vous donne donc rendez-vous dans un autre billet.

Bien le bonsoir les amis.

Blog Action Day, bloguer pour les droits de l’homme

blogactionday2013

« The blog action day » est un évènement qui se veut planétaire. Plus de 1000 blogueurs du monde mettent leur talent en commun pour parler d’un thème le 16 octobre de chaque année.

Le thème de cette année est «les droits de l’homme » . Un thème d’actualité eut égard aux conflits qui ont éclaté un peu partout sur la planète, notamment au Mali -charité bien ordonnée commence par soi-même non ?-, Syrie, RDC, Centrafrique… 

Le préambule de la déclaration universelle des droits de l’homme stipule que c’est « la méconnaissance et le mépris des droits de l’homme qui ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l’humanité et que l’avènement d’un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l’homme ».

Ainsi, les droits de l’homme encadrent un vaste domaine et couvrent tous les domaines d’action de l’homme.

Suis-je libre quand je ne peux même pas lever la tête pour regarder les autres seulement à cause de mon genre ?

Quand je ne peux rien dire ?

Quand je devrais faire attention à ce qu’un homme n’entende pas ma voix parce que je suis une femme ?

Quand je ne peux plus partir à l’école et m’instruire  ou donner l’instruction à des enfants ? Quand je suis obligée d’emprunter une ruelle pour échapper à l’oppresseur qui déambule arme en main et m’en menace à tout bout de champ, que dis-je quand je ne n’ai même pas le droit de sortir dans la rue ?

Au mois d’avril de l’an 2012, les femmes (dont moi) de Tombouctou ont pu faire la mesure du préambule de la déclaration universelle des droits de l’homme.

Pour une ressortissante de la ville, il serait aisé d’avoir des témoignages, mais je suis un témoin. Déjà. J’étais là quand ils sont entrés dans la ville. Avec armes et tambours.

Comme toutes les autres femmes j’ai porté le voile intégral pour échapper à leur fouet en peau de chamelle.

Les femmes se sont retrouvées otages de groupes armés prêcheurs d’un islam fondamentaliste. Les habitants sont devenus du jour au lendemain les cobayes. Il leur fallait  tester leurs théories moyenâgeuses et complètement décalées de la réalité qui n’ont rien à voir avec l’islam pratiqué au pays.

Les hommes ont été avertis, dans les mosquées: « dites à vos femmes de s’habiller correctement, qu’elles évitent de parler aux hommes qui ne sont ni leurs frères ni leurs maris en public, et qu’elles ne sortent pas la nuit. »

Qui pour leur parler des femmes ? D’égalité des sexes ? De parité? De  l’importance de l’éducation alors qu’ils ont investi les écoles et détruit tout document se rapportant à l’école des blancs sont des Kafr (mécréants non musulmans) ?

Personne. Pas une voix. Pas une tête. Pas une association. Le Mali au loin se débattait entre les mains des hommes de Kati et la CEDEAO (communauté économique des états de l’Afrique de l’ouest). On avait l’impression que Tombouctou était redevenu ce village lointain qui attira René Caillé jadis.

Chacun cherchait à sauver sa peau. J’en ai un peu plaisanté lorsque les pseudo-islamistes ont enfin décidé de s’en prendre aux hommes en recommandant un pantalon au ras du mollet. Mais mon humour était juste une dénonciation de ce non-respect des droits de l’homme. Les hommes n’ont pas secouru les femmes, c’est vrai mais il fallait sauver d’abord les vies, quitte à laisser les petites filles à la maison, à leur faire porter le voile intégrale à 4 ans, à donner des jeunes filles précocement en mariage à des inconnus contre des sommes mirobolantes – de la fausse monnaie en réalité-

Bloguer me permettait de lutter pour les droits de l’homme. Vous pouvez en faire le constat en le parcourant mon blog qui était un peu rustique avant la touche artistique de Simon à Dakar.

Bloguer permettait de dénoncer les abus faits aux femmes dans la cité des 333 saints.

Ces prétendus salafistes étaient ainsi la cible principale de mes railleries.

Peut-être que mon plaisir aurait été plus grand s’ils me lisaient?

Mais je me demande si je serais encore en vie si ces barbus qui campaient à moins de 50m de chez moi me repérait, ne m’auraient pas emprisonnée ? Comme cette vieille femme touareg, noire, enfermée dans la petite cabine réservée au distributeur automatique d’une ancienne banque d’état qu’ils ont transformé en police ? Pourtant elle n’est point nue.

Son délit ? Ne pas porter le voile de leur femme.

Oui le voile de leur femme. Les femmes touaregs et arabes. Leurs voiles légères aux couleurs bariolées qui sont bien loin de celles standards de l’islam qui devraient permettre à la femme d’échapper aux regards et aux désirs des hommes.

Ce port forcé de ce type de voile dévoile le coté raciste de ce conflit.

Je ne sais plus où j’ai mis le petit tract sur « ce fameux voile intégral » qu’ils m’ont remis en me félicitant pour la qualité de mon habillement qui répondait aux règles de l’islam. Mais heureusement que dans le but d’un article que je n’ai pu finir je l’avais recopié mot pour mot, sans y changer un virgule ni corriger une quelconque faute :

0 Prophète  des épouses, A tes filles, et aux femmes  des croyants de ramener sur elles et leurs grands voiles : elles seront plus reconnues et éviteront être offensées. Allah est pardonneur et miséricordieux. Coran 33 :59

La voile intégrale

  1. Elle doit couvrir  tout le corps
  2. Ne doit pas être transparent
  3. Elle doit être large pour ne pas montrer le corps de la femme
  4. Elle ne doit pas être colorée
  5. Ne doit pas être pour la modernité
  6. Elle ne ressemble pas à l’habillement des hommes
  7. Ne ressemble pas à l’habillement des femmes juives
  8. Ne doit pas être parfumée.

L’intervention de la France a peut-être mis fin aux séances de bastonnade et de coupe de membres pour vol si ce n’est d’exécution, mais le combat reste entier. Les stigmates sont là. Il y a eu une fracture sociale au nom du droit à l’autodétermination d’une minorité qui a su se munir de bons porte-parole en Europe.  Cela va des membres du MNLA qui font la ronde des studios de télévision aux chanteurs qui évoque une nostalgie et une mélancolie de la liberté de leur désert perdu dans un pays qu’ils rejettent.

Le proverbe songhoï dit «  quand le coiffeur se transforme en barbier, l’affaire est en mauvaise voie pour qui veut une tresse »…

Maintenant l’occupation est finie,  pourquoi ne pas trouver les raisons pour nous indigner comme nous le conseille si bien le doyen Stéphane Hessel ?

Bloguer est formidable et tellement utile!

 

 

 

Gao, la cité des Askias se reconstruit après le règne du MUJAO

La ville de Gao a connu bien de déboires d’avril 2012 à un passé ressent.

prefecture de GaoC’est la ville du nord qui a le plus souffert de l’occupation des groupes armées. Il ne serait pas honnête de ne pas parler aussi de la conduite peu glorieuse de certains habitants de la ville qui emporté par un élan anarchiste se sont laissés aller au pillage des bâtiments de l’état mais aussi ceux des particuliers sans aucune raison. Le MNLA clame l’Azawad, un état qui n’aura pas besoin d’infrastructures, détruit  écoles et mairies, pille banques et services du Mali.  Leurs citoyens profiteront certainement d’une manne. Mais malheureusement nombreux sont les voleurs et autres bandits de grands chemins qui ont pu accompagner le mouvement et créer un état d’anarchie total jusqu’à l’arrivée des barbus qui ont instauré une forme d’ordre.  «  La charia » disent-ils.

Si, les populations du nord ont pu se sentir abandonné après le sprint vers le sud, quel est le ressentiment de ces familles devenues des cibles sans raison ? Toutes les personnes qui se sont fait dépouiller de leurs engins, frigos, téléviseurs, meubles, peuvent-ils trouver l’envie de revenir sur des lieux où ceux que vous connaissez, ceux que vous soignez, enseignez, servez tous les jours, vous ont agressé de cette manière si ignoble ?

credit photo: Faty
credit photo: Faty

Il y a un mois, je me rendais à l’hôpital pour rendre visite à une jeune sœur pédiatre, bamakoise venue pour une mission d’un mois à Gao. Encore une fois bilan plein de scepticisme.  Comme à Bamako, les enfants souffrent aussi de paludisme surtout.  Une vieille du quartier me demandait si ce n’était pas «  ce nombre excessif d’armes qui les entourent qui  faisait cette épidémie ».  Non, juste trop d’insalubrité.  Aucun service de l’état n’est effectif. Quand la mairie a essayé ne serait-ce que de rétablir la taxe quotidienne de 100 F CFA des marchés, les commerçants ont grogné. Ils ont mêmes grevé une journée, refusant d’ouvrir leurs étales malgré une diminution de 25 FCFA.

Bien sur la marche vers le retour est déjà amorcée. je rencontrais  un médecin de l’hôpital qui garda le sourire aux lèvres malgré mon entrée fort provocatrice :

–          Docteur,  vous  faites  partie des adeptes du repli tactique ou des combattants de la charia ?

–          Non, je fais partie de ceux qui sont rentrés sur ordre des chefs.

–          Haha !!! ok je t’avoue que moi-aussi, docteur.

–          Avez-vous profité d’un soutien de l’état pour votre retour ?

–          Non, c’est l’OMS qui nous a  soutenu sur le plan financier, sinon, l’état n’a rien fait. On nous a bien parlé d’un soutien au retour de 250.000 F CFA (à peu près 380 euro). Certains agents d’autres secteurs l’ont reçu mais pas nous.

–          Je suis enseignante et je peux  vous assurer que nous sommes ensemble dans cette galère. Les enseignants aussi  n’ont pas reçu une peccadille.

–          Oui bon comme ils sont un peu nombreux.

–          Je vois que vous n’en avez plus besoin.

A l’hôpital de Gao, il y a notamment le problème de la gestion qui se pose.

En effet,  pendant le règne de MUJAO,  un personnel médical  d’urgence a été mis sur place. Ce dernier refuse de faire la place aux agents de l’état qui ont replié avec les militaires sur ordre des autorités.

Après l’attaque à la rocket que  la ville a connu, il y a trois jours, je crois que le flux des agents en retour va se calmer, déjà que certains sont prêts à tout pour ne plus revenir.

Rentrée scolaire en deux teintes au Mali

credit  photo: Wikipedia.com
Crédit photo : Wikipedia.com

La rentrée scolaire aussi est devenue une affaire d’aire géographique au Mali

La date du 1er octobre a été retenue pour l’ouverture des classes dans les écoles au sud du nouveau département français. Les classes de bien des écoles de la capitale étaient occupées par les sinistrés des pluies diluviennes que Bamako a connues le mois dernier.

Les reportages de la télé nationale pour une fois n’ont pas cherché un voile immaculé pour en couvrir la réalité et annonçaient même que certaines écoles n’ont pu avoir que la moitié des classes et que les enfants devraient cohabiter avec ces familles (espérons qu’elles ne les perturberont point). Au moins le maître n’aura pas à chercher loin lorsqu’il fera une leçon sur l’inondation. Les témoins seront à domicile (sans cynisme hein !).

Le 1er octobre correspondait plutôt au passage des examens de fin d’année au Nord. Depuis le début de cette crise malienne, nous avions entendu le slogan du « Mali un et indivisible », pourtant le ministère de l’Education ne doit pas en être un grand adepte.

Pendant que certains établissements se retrouvent complètement relocalisés à Bamako (le cas de l’Institut de formation de maîtres dans lequel j’enseigne), d’autres se retrouvent éclatés entre des établissements du pays. C’est notamment le cas des lycéens, collégiens, élèves des centres de formation professionnelle et des écoles normales.

credit photo: Issa Hamidou Cissé cap de Tombouctou
Crédit photo : Issa Hamidou Cissé cap de Tombouctou

Une réouverture de ces écoles est prévue sur  leurs lieux d’origine (au Nord), mais il faudrait réhabiliter les lieux qui ont fait l’objet de saccages par les troupes du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad) qui ont pris véhicules, climatiseurs, ordinateurs. Tous les dossiers se sont retrouvés dans les rues. S’ils clament la libération des peuples de l’Azawad, on peut affirmer – et constater – qu’ils ont libéré les parents des problèmes financiers liés à l’école en la détruisant complètement… Les enfants seront libres de parcourir le désert sans instruction. Je crois que dans leur projet de société, tous les enfants du mirifique Azawad seront des bergers qui tapent dans la guitare et tirent plus vite que leur ombre, des Lucky Luke en somme et il y aura des citoyens de seconde zone qu’ils fouetteront pour amuser « le prince » du Qatar !

Après avoir évincé le MNLA, les troupes d’Ansar Dine et MUJAO (Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest) habitaient les écoles qui servaient de camps d’entraînement, magasins de stockage d’armes, de lieux de cantonnement de troupes, sans oublier que ces faux justiciers d’Allah usaient des tables-bancs comme bois de chauffe.

Le ministère de l’Education annonce un chiffre monstre de près de 800 000 enfants à la scolarité perturbée par le conflit. Bien des formations ont eu lieu pour la prise en charge psychologique des enfants victimes de guerre, mais ces enfants ne font l’objet d’aucun ménagement.

Déjà le slogan de mon ministère était de sauver l’année scolaire dans ces régions en l’année scolaire 2011-2012. Des cours de rattrapage ont été organisés au Nord et au Sud pour les déplacés. Pour avoir été au centre de cantonnement– je n’arrive pas à utiliser le mot d’internat, car ce n’en était pas un – les conditions étaient plus que difficiles.  Des salles de classe ont été transformées en dortoirs, un cahier pour prendre note, une alimentation bien insuffisante, un matelas posé par terre, une moustiquaire et hop au boulot les enfants, le grand Mali a un défi à relever.

Ma nièce que j’y ai conduite n’a pas tenu deux jours et elle a cherché à rejoindre la maison à pied. Je n’ai pas pu la gronder, connaissant les conditions d’hébergement.  J’avais bien envie de la laisser à la maison, car je savais qu’elle ne pourrait jamais réussir un examen dans de telles conditions. Sa maman insistait. Je l’y ai ramenée et lui ai donné un peu d’argent pour la nourriture. Elle n’a pas achevé le mois après. Beaucoup n’ont pas tenu. On ne peut leur en vouloir. C’était une autre promotion – le terme ici au Mali veut dire une occasion à ne pas rater-. Pauvres enfants sacrifiés.

Credit photo: Faty
Crédit photo : Faty

Sacrifié, l’IFM Hégire aussi l’a été. Ses aventures – je ne veux dire mésaventures – à Bamako feraient un bon feuilleton avec tous les ingrédients possibles : menace de chef des bandits d’Ansar Dine contre le directeur général de l’Institut franco-arabe pourtant fortement lié à l’islam, fuite en rang dispersé des professeurs, départs des élèves-maîtres dans un camion, rassemblement et réouverture à Bamako , démission du directeur des études par intérim pour raison de pression psychologique du corps professoral… C’est à n’en pas finir…

L’année et demie que nous venions de passer à Bamako était un enfer, je ne vous le cache pas. Tous les jours, le risque de se faire écraser par un véhicule, si un conducteur fou de Jakarta ne te percute pas, est présent. Nous nous sommes vite rendu compte que Bamako était bien plus dangereux que Tombouctou et ses djihadistes quand les sbires de L’AEEM (associations des élèves et étudiants du Mali) sont venus faire sortir les élèves maîtres en tirant en l’air… Cela n’était jamais arrivé en 15 ans d’existence de notre établissement. Il y a également le coût de la vie dans la capitale qui est monstrueux comparé à celui à Tombouctou.

On pourrait penser que c’est mon amour débordant pour Tombouctou qui explique mes mots, mais il suffirait d’interroger les élèves, qui dans leur majorité ne sont pas originaires de la cité des 333 saints.

Bien sûr, les évènements vécus à Tombouctou ont été traumatisants et la peur est encore présente.  Mais bon, je crois qu’on – le ministère de l’Education, l’Unicef, l’Unesco, les ONG, le Haut conseil islamique – ont oublié que l’Hégire était entièrement réfugié à Bamako. Pas un soutien. Ni un regard. Justes des agents de l’Organisation internationale des migrations (OIM).

Mais ils vous diront qu’au moins à Tombouctou, la maigre bourse – 26 250 F Cfa – pouvait leur permettre de joindre les deux bouts, car au moins il n’y avait pas de frais de transport à payer. Ceux qui ne sont pas à l’internat viennent à l’école à pied. Là-bas au moins, ils avaient des tables-bancs, un vrai tableau qui est vraiment noir, une bibliothèque, une salle informatique, un laboratoire (même si vétuste), un terrain de handball, un grand espace pour jouer au football, faire du karaté, une mosquée, un réfectoire où ils regardent la télé, je n’ajouterais pas 333 saints pour les bénir, un internat…

L’internat. Des bâtiments aussi bien entretenus que les classes – vous  me suivez, j’espère -, je les ai trouvés inhabitables pour des êtres humains, le bétail de certains pays est bien mieux loti. Mais en six ans de  service à Tombouctou, je n’ai pu assister à une seule réhabilitation des bâtiments. Les douches feraient bien vomir si j’essayais de vous les décrire. Explications des gens d’en haut ? L’établissement a dépassé ses capacités d’accueil. On ne devrait accueillir que les 1ère années à l’internat et laisser les autres partir en ville comme cela se fait dans les autres IFM (Institut de formation des maîtres) du Mali. Mais bon, à l’hégire, on fait du social aussi, les élèves… les pauvres enfants ne connaissent personne à Tombouctou, on pourrait signaler la même chose pour Bamako (ce n’est chez personne a-t-on l’habitude de dire dans la capitale, nous sommes tous venus) : point d’internat.

L’internat est devenu le prétexte du moment pour ne pas retourner à Tombouctou pour l’administration de l’Hégire. J’ai été consternée d’apprendre que les cours ne pouvaient reprendre à Tombouctou, selon le DG, parce qu’il y avait un grand trou béant dans un bâtiment de l’internat. Nous n’avions pas d’internat présentement  au bloc scientifique de Missira à Bamako. Les élèves qui n’ont pu avoir de logeur à Bamako ont été obligés d’habiter dans les classes. Ma plaisanterie fréquente sur le sujet est de demander à un élève s’il habite dans la classe quand il me demande d’entrer… puis d’ajouter ne te déshabille pas devant nous, hein !

Il semble que certains préfèrent cette galère de Bamako à la menace des attentats-suicide au Nord…  Pas moi, car ma décision est prise et de droit. J’ai profité des vacances pour expédier tout ce qui me lie à la capitale. Il ne reste que ma moto .

L’année où l’Hégire décidera de revenir à Tombouctou, il me trouvera sur place. Je suis ne pas être le seul enseignant de cet institut à être dans ce cas. Ce n’est du régionalisme, juste du militantisme et de la détermination. La photo de Sankara sur mon profil, c’est fort significatif.

Bien le bonsoir, les amis de par le monde…