je suis malien et j’étais Charlie

Il était Charlie. Le premier Charlie parmi les présidents africains, chapeau noir, grand manteau noir et une belle cravate rouge, qui ressemble trait pour trait à celle du missionnaire français Voulet ou de Chanoine, ces deux explorateurs qui en ont fait voir aux indigènes de l’espace nigérien, brûlant et tuant sur leur passage.

credit photo: www.rfi.fr
Entre Hollande et Netanyahu s’il vous plaît! crédit photo: http://www.rfi.fr

Pendant que d’autres présidents – ou ancien président- luttaient pour avoir une place de choix à côté du démocrate Hollande, lui n’a point eu à fournir d’effort. C’est à lui qu’est revenu cette place de choix et de rêve : marcher main dans la main avec Hollande, dénoncer cet acte barbare visant à décimer la rédaction du journal satirique français : Charlie Hebdo.

Oui, il était Charlie, la télévision nationale était devenue Charlie. Tellement Charlie, qu’elle avait retransmis la fameuse marche ou le roi participa, avec l’air adéquat –et le style adéquat-. Certainement que le directeur a eu la même crainte que moi : des larmes présidentielles pour la mort injuste d’autres Français. Mais il faut dire que le Mali ne pouvait se permettre d’écart de conduite après tout le mal que la France s’est donné pour extirper le nord du pays des mains de pseudo djihadistes – pour la laisser entre celle des pseudo martyres -. Konna est inoubliable. Daniel Boiteux (c’est le premier militaire français qui est décédé à Konna) est inoubliable.

Heureusement, si je peux m’exprimer ainsi en une telle circonstance, les larmes ne sont pas venues du premier rang !

Un Charlie qui n’était pas sans connaître l’état de la liberté d’expression dans son pays. Un Charlie qui a dû apprendre que les Maliens n’ont point apprécié qu’il ignore la mort de 4 militaires maliens à Tenenkou, lors de l’attaque de cette ville de la région de Mopti, à 500 km de Bamako.

Mais beaucoup de Maliens ont probablement compris que nous avons un président difficile à cerner. Un étrange personnage, qui apprécie – je ne sais pas s’il faut mettre ce verbe au passé vu le nombre d’inchallah qui parsèment ses discours- autant les bons vins que la vraie musique mandingue –la kora-, disposant de son propre modèle de couture en bazin, mais appréciant les trois pièces et la cravate pour son protocole et super fan de la sieste.

Oui, il était Charlie, juste en janvier dernier. Nous avons à peine égrené un trimestre, que nous avons la preuve de notre réticence à ne pas croire à la « charlinité » de tous ces présidents africains qui attendent la première occasion pour s’en prendre aux journalistes. Des journalistes qui peuvent faire basculer l’opinion publique.

Le journal malien le Reporter en a fait les frais cette semaine-ci. Le journal n’a pas tout simplement pas été imprimé-techniquement- parce que deux pages manquaient ! Haha… cela est la version visible de l’iceberg.

En effet, le communiqué du journal -qui a pourtant pu paraître malgré les agissements de son imprimeur, Hippo Print- dénonce les interventions d’un ministre du gouvernement charlinien et de son fils auprès de l’imprimeur qui a servi d’intermédiaire – et peut-être aussi de mouchard dans l’autre sens-. Autant de pressions pour demander au Reporter de faire disparaître des articles s’attaquant à la ministre la Culture , de l’Artisanat et du Tourisme – et oui, gros portefeuille – et au fils et non moins député de la République, président de la commission défense, s’il vous plaît !

Le journal ayant refusé, et craignant les foudres du pouvoir, l’imprimeur a tout simplement décidé «  qu’il n’avait simplement pas vu les articles incriminés, et que deux pages manquaient », victime lui aussi de censure, même s’il ne le comprend pas.

Il est facile de se sentir envahi par l’émotion face à des crimes abominables, contre des hommes de presse devenus des cibles à cause de leur opinion et de cette liberté d’expression qui leur permet d’évoquer tous les sujets.

Facile de se clamer démocrate sur tous les toits, voyager d’un pays à un autre et même créer un prix littéraire à son propre nom et celui de son épouse quand on est un président en exercice.

Mais, MONSIEUR LE PRESIDENT CHARLIE, vous savez certainement qu’il est impossible de parler de démocratie sans liberté d’expression…

Moi,  #JeSuisGaoTombouctouKidal, car les mêmes obscurantistes qui ont attaqué le journal Charlie Hebdo continuent à menacer ces trois régions du Mali.

 

 

Accord d’Alger, enfin la paix au Mali?

credit: Koulouba.ml
Poignée de mains entre les délégations à Alger

C

Cela fait 4 jours que l’accord de tant de désaccords a été paraphé à Alger, sans les groupes armés composant la coordination des mouvements de l’Azawad. Cela fait 4 jours que je ne rate plus un seul journal télévisé pour voir les tentatives désespérées de ceux que la majorité des Maliens ont porté au pouvoir essayer de sauver la face, leur face de vendeurs de nation, de vendus.

C’est seulement mon rationalisme qui m’empêche de dire que le président du Mali est le premier des rebelles, car lui et son parti– le parti de tous les Maliens qui veulent garder leurs postes ou en avoir de nouveaux au Conseil des ministres – font que les rebelles trônent à l’Assemblée nationale. Il nous a bien eu avec son discours à l’eau de nationalisme parfumé de populisme. Les Maliens ne pensaient pas du bien de ses prédécesseurs en élisant le descendant de Soundiata. 74% des voix des Maliens pour le Mali d’abord. Mais malheureusement, pour 100% des Maliens ; cela a été la famille d’abord, ensuite le confort du président qui s’est offert un jet dans des conditions de passation de marché bien douteux et les rebelles et leurs groupes armés à la fin.

J’ai tellement envie de les insulter… mais quoi cela servira-t-il ? les Maliens sont endormis ; comme tétanisés par la dure vie qu’ils sont obligés de mener quand ils n’ont pas accès à une caisse de l’État pour se remplir les poches aux dépens des autres, si ce n’est de racketter les autres aux carrefours et autres postes de contrôle.

Oui nous pauvres Maliens sommes comme fatigués de cette histoire, de cette guerre bizarre contre ces hommes bleus, armés jusqu’aux dents , venus de Libye qui ont décidé de créer un Etat sur les 2/3 du territoire malien en commençant par égorger une centaine de militaires en janvier 2012 pour faire fuir le reste et du même coup leur permettre de pratiquer le repli stratégique.

De janvier 2012 à janvier 2013 grâce –ou à cause ? Quelle ingratitude penserait un français !- à Serval, la montée des djihadistes vers Bamako a été enrayée, les mêmes groupes armés qui s’étaient alliés à Aqmi pour et aux pseudo-djihadistes, saccageant tout ce qui représente l’Etat malien et toute infrastructure-même sanitaire-, jusque dans les villages à majorité touaregs – être touaregs était un des arguments pour justifier ces rebellions répétitives contre le Mali- ont eu une nouvelle virginité, oubliant crimes et fortraitures, servant de guides aux français dans l’Adrar des Ifoghas et se réarmant sous l’œil mécontent des militaires maliens stoppés aux encablures du fief des rebelles touaregs (en tout cas ils sont arrivés à convaincre le monde sur cet état de fait).

Cet accord d’Alger, comme les précédents qui ont été signés chez notre grand voisin – qui semble épris de la paix au Mali-sont des sortes de boomerang qui résolvent le problème des rebellions touarègues du Mali de surface, en ignorant superbement les autres ethnies, leurs sentiments et même leur existence dans un territoire sur lequel les Touaregs et leurs alliés arabes – pour appeler un chat par son nom- sont minoritaires. Ces accords ne font que conduire doucement vers une scission du Mali, déjà que c’est le Sénégal qui nous a abandonné dans notre grande fédération du Mali. Maintenant les amis (si on peut les considérer comme tel) veulent nous aider à mettre fin à cette rébellion en fermant les yeux sur les exactions de leur amis (des vrais cette fois-ci !) rebelles.

D’abord les accords Tamanrasset signé le 6 février 1991 avec l’insaisissable Iyad Aghaly, secrétaire général d’un mouvement populaire de l’Azaouad scelle la démilitarisation du nord du Mali. Les forces armées maliennes éviteront les zones de pâturage et les zones à forte concentration de populations dans les 6° et 7° régions actuelles dans l’article 6 de l’accord de Tamanrasset en plus de l’intégration des rebelles dans l’armée nationale, avec leurs grades dans les groupes armés. Ces accords ont été consolidés par le pacte national d’avril 1992.

Ensuite viennent les premiers accords d’Alger qui ont la dénomination de « ACCORD D’ALGER POUR LA RESTAURATION DE LA PAIX, DE LA SECURITE ET DU DEVELOPPEMENT DANS LA REGION DE KIDAL » du 4 juillet 2006. Comme le précise le titre, il est surtout tourné vers la région fief, bizarrement, parce que arabes et touaregs des régions de Tombouctou et Gao y ont bien participé. D’ailleurs ils participent toujours ensemble aux chevauchées guerrières à dos de pick-up surmontées de mitrailleuses contre les soldats maliens. A y croire – et il faut le croire hein !- que la couleur de la peau à son importance dans cette importance dans cette histoire de rébellions répétitives au Mali. Encore une fois intégrations, postes juteux pour calmer les défendeurs de l’Azawad délaissé…

Eh oui ! Je prends les armes pour dénoncer les manques dans ma région pour ensuite les oublier à la première occasion d’une vie meilleure sous des cieux occidentaux ! Et l’unité du Mali qui en ressort émietté malgré la réaffirmation d’un attachement – de qui même ?- au respect de l’intégrité territoriale et de

L’unité nationale, il faut un peu favoriser Kidal qui était jusqu’ici défavorisé par la gestion étatique de l’etat malien.

Pauvre chimère qu’est cet Azawad ! Prétexte à tant de peine, de douleur, de perte.

Perte pour l’État, pour les habitants de ce territoire (nous et eux !).

En dernier lieu, maintenant, l’accord que beaucoup qualifient d’accord du désaccord. On devrait dire des désaccords. Car le désaccord n’est pas unique et de vient pas d’un sens bien qu’il ait été conclu au bout de long mois de négociation et de ballets des délégations et représentants de groupes armés créés au fur et à mesure des changements de positions de leurs leaders.

Il parait que la communauté internationale, entière, ne cherche qu’à mettre fin au conflit armé que connait le Mali depuis 2012. Le gouvernement malien qui voulait s’en tenir qu’aux accords de Ouagadougou (que je n’ai pas oublié mais qui était juste une étape des négociations avec les groupes armés) et voulait laisser pourrir la situation parce que se sentant en force, a été étonné de ne pas être surpris par la réaffirmation des forces en présence dans son nord. Il n’y a pas que les combattants de cette coordination des mouvements de l’Azawad (MNLA, MAA, HCUA), il y a le Gatia qui a pu changer la donne (de la CMA victorieuse de l’armée malienne malmenée suite à la visite de Moussa Mara à Kidal, suivi d’un autre massacre de fonctionnaires maliens et d’un cessez-le-feu obtenu par le président de la Mauritanie, Oud Abdoul-Aziz.)

Eh oui ! Depuis que Serval a empêché aux militaires maliens d’entrer à Kidal, nous nous attendions à quelque chose du genre ! Nous avions été bien servi, Kidal est devenue une ville bastion de la rébellion, purifiée de toute population noire, où les femmes marchent pour soutenir tel ou tel chose  ou empêcher à telle ou telle personne d’atterrir à l’aéroport, que dis-je l’aérodrome – il n’y a pas d’aéroport à Kidal, trouvez la différence-

Les autorités maliennes, clament à qui veut l’entendre qu’il faut faire des concessions pour arriver au plus difficile : la paix

Pour cette paix, le Mali accepte ainsi d’entamer une marche vers un fédéralisme qui ne dit pas son nom, car cela n’est pas écrit en noir et blanc dans le document titré : « ACCORD POUR LA PAIX ET LA RECONCILIATION AU MALI ISSU DU PROCESSUS D’ALGER ».

Ma ifestants à Kidal credit photo: maliactu.net
Manifestants à Kidal
credit photo: maliactu.net

Pas seulement Kidal, mais tout le nord du Mali y est appelé « Azawad » bien que les villes de Gao et de Tombouctou ne se retrouvent pas dans ces revendications azawadiennes –ou -daises, c’est à qui mieux-mieux !-.

Des précisions sont même données au terme Azawad dont l’appellation recouvrirait une réalité socio-culturelle, mémorielle et symbolique partagée par différentes populations du nord du Mali. Donc, les « représentants de l’Azawad », ces groupes armés, qui, il n’y a pas si longtemps faisaient alliance –tous- avec AQMI et les regardaient s’amuser avec des séances de flagellation publique à la place de sankoré, ont pu convaincre la médiation que nous sommes comme eux des indépendantistes nourris à l’eau de la charia, très sado, qui ne peuvent que suivre leurs maitres dans leurs idées. C’est incroyable !!!

Je me demande vraiment dans quelle langue les populations non-arabo-berbères devront l’exprimer – en dehors du français- pour qu’on  les entendent un jour.

En plus, ils se plaignent et semblent étonnés par la volte-face des groupes armés de la CMA qui ont refusé de signer l’accord le dimanche dernier à Alger en prétextant un mécontentement du peuple du même Azawad qui aurait manifesté dans trois villes (contrôlées par ces mêmes groupes armés) Kidal, Ber et Ménaka.

Des photos démontrent que ce sont encore une fois les enfants et les femmes qui constituaient le gros de la foule d’une centaine de personnes, mais cela ne devrait pas les discréditer, d’ailleurs rien ne peut discréditer ces personnes, «  vaut mieux être dans le cœur de celui qui partage que sous ses yeux » dit le proverbe tombouctien et quand « c’est ta maman qui est aux commandes de la cuisine, ta part ne peut pas se perdre ».

Mais seulement la lecture du dit-document à fait naitre plusieurs questions en moi.

  1. Donc ces personnes qui s’étaient rebellés une première fois puis ont été intégrées dans l’armée malienne, puis sont repartis avec armes et véhicules et ont abattus soldats et civils maliens vont être réintégrés encore dans cette même armée ?
  2. Cet accord signé avec ces groupes armés inclut-il explicitement AQMI  qui n’est pas encore à terre et continue à se terrer dans les grottes du désert ?
  3. Pensez-vous que ces groupes armés vont respecter un mot de cet accord  alors qu’ils n’ont pas respecté les précédents ?
  4. Le gouvernement malien va respecter cet accord avec cette gestion coloniale et fortement centralisée de l’administration ?
  5. Les populations du nord du Mali (moi compris) qui ne se retrouvent pas dans les dites réalités socio-culturelles de cet « Azawad » sont-ils obligés de respecter un accord qui ne les prend nullement en compte ?
  6. Quand l’accord soutient qu’il faut une meilleure représentativité des populations du nord dans les institutions et grands services de l’État, s’agit-il de toutes les populations du nord du Mali ou seulement des membres de ces groupes armés et de leurs soutiens dans les trois villes de Kidal, ber et Ménaka ?
  7. L’article 14 de cet accord soutien que l’État s’engage à mettre en place d’ici 2018 un mécanisme de transfert de 30% des recettes budgétaires de l’État aux collectivités territoriales sur la base d’un système de péréquation avec une attention particulière pour les régions du nord. Cet article me gêne en plus de l’interrogation sur les raisons d’un tel favoritisme. Ne va-t-il pas sceller le clivage entre les maliens du nord et ceux du Sud ? pourquoi une attention particulière pour les régions du nord alors que nous savons tous que le Mali est l’un des pays les moins développés du monde.

En tout cas, « la paix est un comportement » dit le vieux sage Houphouët Boigny, c’est plus qu’une petite signature, nerveusement gribouillée au coin d’un document dans un grand hôtel… sachez-le !

Les populations en ont besoin pour vivre. Simplement vivre !