Mobilité des enfants: quelles sont les risques et opportunités dans la ville de Tombouctou ?

Un jeune mendiant de Tombouctou

Les enfants constituent une partie importante des mouvements de population dans le monde. Selon les estimations faites par de nombreux organismes de protection de l’enfance, des millions d’enfants et de jeunes (filles et garçons de différents âges) seraient en mouvement au sein de leur pays ou entre les pays.

Les enfants concernés par la mobilité représentent un groupe très large, traversant et transcendant plusieurs catégories d’enfants :

  • Enfants en situation de pré mobilité (ou à risque de mobilité),
  • Enfants en situation de mobilité (déjà en cours de déplacement),
  • Enfants en situation de retour de mobilité,
  • Enfants victimes de mobilité de ses parents ayant migré.

La mobilité des enfants n’est pas toujours forcée. Elle peut se faire de manière volontaire, les enfants décidant, d’eux-mêmes ou poussés par leur famille, de partir à la quête d’une meilleure vie et d’opportunités leur permettant de construire leur futur.

Au Mali, les situations de mobilité des enfants se sont accrues avec la crise sécuritaire et politique que le pays a traversé en 2012. Cette crise n’ayant pas trouvé une résolution définitive, les enfants continuent à subir les conséquences avec une vie dans les camps de réfugiés pour certains depuis plus de 5 ans, et d’autres en transit ou à destination à l’intérieur du Mali.

Tous sont exposés à la violation de leurs droits les plus fondamentaux Tombouctou représente l’une des plus grandes villes de mobilité des enfants au nord du Mali. S.B, est une fille migrante domestique de 15 ans. Elle y vit depuis la crise, elle nous raconte sa situation « la pauvreté et le conflit armé sont les raisons pour lesquelles j’ai migré à Tombouctou. A mon arrivée, je suis employée comme fille domestique et ne bénéficiait pas de repos hebdomadaire ».

F.D est une mère enfant de 16 ans qui vit actuellement à Tombouctou. Originaire de Sevaré dans la région de Mopti, au centre du Mali, F.D a été abusée et victime de maltraitance par la femme de son oncle avec lesquels elle vivait après le décès de sa mère. « A Sevaré, j’étais chez mon oncle. J’étais énormément maltraitée par sa femme. Tôt le matin, je devais me lever pour faire toutes les tâches ménagères pendant que les enfants de mon oncle se préparaient pour aller à l’école. Ensuite, le petit soir, je partais vendre pour ma tante (vendeuse ambulante). Elle était trop méchante envers moi ». Dans cette situation de vulnérabilités, F.D ne se sentait plus protégée. Elle a ainsi quitté Sevaré pour venir s’installer chez sa grande sœur mariée dans la ville de Tombouctou. Là-bas, elle avait besoin de soutien pour être autonome et mieux accompagnée.

Même si ces cas décrivent des risques liés la mobilité des enfants, celle-ci comporte par ailleurs des opportunités pour les enfants. L’échec des politiques antérieures sur la gestion de la migration a montré que nul ne peut arrêter la mobilité mais elle peut être encadrée et les enfants qui s’y trouvent peuvent être mieux accompagnés. C’est pourquoi, les enfants concernés par la mobilité ont plus besoin d’accompagnement pour être mieux protégés et jouir de leurs droits les plus fondamentaux.

Tombouctou est une ville que nous pouvons définir comme un carrefour car se trouvant à la lisière du Sahara et les routes vers les pays comme la Mauritanie, l’Algérie et le Niger (donc la Libye).

Les enfants peuvent non seulement s’y déplacer avec leurs parents à la recherche d’une vie meilleure, mais peuvent aussi se retrouver à vivre de mendicité ou être victime de délinquance juvénile ou d’exploitation de toutes sortes dans ces pays étrangers. Ils deviennent ainsi des victimes de choix des représailles xénophobes de certains citoyens de ces pays qui les accueillent, notamment les témoignages sont surtout fréquents concernant ceux qui ont migré en Algérie et qui se font agresser et voler par des jeunes algériens.

L’état Algérien aussi a procédé à plusieurs reconduites aux frontières quand il ne les abandonne pas dans le désert, près de la ville de Tamanrasset, une ville proche de la ville de Gao.

L’un des  plus grands risques que courent les enfants concernés par la  mobilité dans la ville de Tombouctou est celui de la récupération par les groupes armés qui en font des enfants soldats. Ils peuvent ainsi faire l’objet d’une radicalisation extrémiste et devenir des djihadistes et de potentielles bombes humaines.

Aussi, les talibés font partie des enfants concernés par la mobilité. Ils sont soit confiés ou donnés aux marabouts par leurs parents pour un apprentissage  du Coran.  Ils deviennent une main d’œuvre que ces marabouts exploitent, les obligeant à apporter des revenus quotidiens ou à les exploiter comme main-d’œuvre dans les champs. Les enfants travaillent et ce sont les tuteurs qui encaissent les revenus. La majorité  ne fait pas  l’objet de prise en charge médicale et ont une alimentation déséquilibrée.  « La vulnérabilité des enfants talibés est très grande, ils ont une vie d’exploitation qui n’en finit pas. Une règlementation de cette pratique et une prise en charge des enfants qui se retrouvent dans une situation de mobilité et d’exploitation permanente est prioritaire » nous confie M. Maiga, un sociologue.

En outre, quand tu te déplaces dans la région de Tombouctou, tu deviens la cible de braquage, de vols à main armée, de violences sexuelles et autres attentats potentiels aux véhicules piégés ou mines sur les pistes de la région.

En  termes d’opportunités, à Tombouctou, la mobilité peut offrir des possibilités d’accès à l’éducation car il ne faut pas oublier le développement faible des centres de formation et de qualification pour les enfants dans les localités affectées par l’insécurité et la crise. D’ailleurs, nous avons vu plus de 1.000 écoles fermées au nord, obligeant élèves, parents et parfois enseignants à se déplacer vers des villes où ils peuvent continuer les études.

Les enfants peuvent ainsi contribuer aux revenus de leur famille, de développer de nouvelles compétences, suivre une formation appropriée qui va leur faciliter une vie d’adulte, disposant d’un métier et d’une source stable de revenus.

Depuis septembre 2015, l’ONG Terre des hommes Lausanne (Tdh) et Enda Mali exécutent le projet d’appui d’urgence et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité qui vise la protection individuelle et collective des enfants et le respect de leurs droits grâce au soutien généreux du peuple américain à travers OFDA/USAID.

Ce projet, ayant pour objectif d’apporter une réponse cohérente et adaptée aux vulnérabilités des enfants concernés par la mobilité dans les villes de Tombouctou et de Gao,  offre un cadre de formation et d’accompagnement pour la formation professionnelle des enfants, l’amélioration de la réponse communautaire de protection ; l’amélioration de la réponse Institutionnelle de protection ; le renforcement de l’articulation entre la protection formelle et non formelle et un meilleur accompagnement des  enfants concernés par la mobilité dans les villes de Tombouctou et de Gao.

Du 07 au 08 juillet 2018, a eu lieu dans la ville de Tombouctou, la campagne « Talents d’enfants » ayant permis à 800 participants de voir et apprécier le savoir-faire des enfants vulnérables ayant été accompagnés par le projet d’appui et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité dans les villes de Tombouctou et Gao.

sketch des enfants durant la  » campagne Talent d’enfant  » à Tombouctou 8/7/2018

Ces deux jours de campagne, proposant 20 stands / exposition du travail des enfants concernés par la mobilité (qui ont été formés, dotés, installés à leur propre compte); des démonstrations d’enfants; des prestations de sketch et jeux éducatifs ; des débats communautaires, ont été un véritable succès pour l’amélioration de l’environnement protecteur des enfants dans la ville de Tombouctou.

Publicités

Quelle protection offrent les familles aux enfants dans la ville de Tombouctou ?

 

Un enfant formé par le projet montre une fenetre qu’il a confectionné

L’enfant joue un rôle important dans la communauté au Mali, plus précisément à Tombouctou, il est vu comme une bénédiction pour le couple. Il est également un bien communautaire et chacun participe à son éducation.

Chez le Tombouctien, l’enfant est « roi », il est fragile, une « graisse de poule » et il constitue une « richesse ». La communauté reconnait ainsi à travers ces termes, que nous avons recueillis en songhay, expriment une double attitude envers l’enfant. L’enfant a des besoins, des droits (droits) mais il a aussi des devoirs et la famille/communauté le prépare à cela (du sevrage à l’éducation traditionnelle). Il est à protéger, mais il est aussi appelé à « servir » la communauté, ce qui peut impliquer l’empiétement de ses « devoirs » sur ses « droits ».

La vulnérabilité de l’enfant n’a pas de critères bien définis au sein de la communauté, mais à travers des affirmations de sens commun, elle est identifiée comme un état qui a trait au rapport tripartite « enfant/famille/pauvreté ». Plusieurs facteurs sont indiqués comme étant à la base du concept de vulnérabilité de l’enfant:

  • La pauvreté de la famille (enfant adopté ou donné en apprentissage à un marabout)
  • Le rapport de l’enfant avec le milieu familial (séparé ou pas de la famille).
  • Le rapport avec la communauté et les institutions (école, medersa, école coranique, ONG, institutions sociales étatiques ou associations…)

La protection de l’enfant consisterait génériquement à garantir à l’enfant « des bonnes conditions », la santé, l’éducation, la sécurisation. Les aspects strictement liés à la protection contre la violence, les abus, l’exploitation des enfants ne sont pas pris en compte de manière explicite, au contraire ils sont « offusqués » par certaines normes sociales tacites qui tolèrent, au lieu de condamner, ces comportements néfastes.

 

Quand nous prenions l’éducation traditionnelle à Tombouctou, elle soumet l’enfant à la volonté du parent qui peut à la limite être maltraitant avec l’enfant ou le mettre dans un cadre d’apprentissage qui l’expose à la violence de son maitre.

Les parents qui sont tuteurs des enfants, leur garantissent ainsi la nourriture et la protection. Ils leurs fournissent les 3 repas pris en famille, l’habillement et une éducation qui commence dès le bas âge avec leur inscription à l’école coranique. Si certains sont inscrits à l’école coranique en même temps l’école publique, d’autres n’ont aucune de ces éducations quand les parents n’ont pas les moyens d’assurer les dépenses de ces types d’éducation. Les enfants vont très rapidement apprendre un métier dans un atelier pour contribuer aux dépenses de la famille et devenir indépendants.

 

Si certains enfants de fonctionnaires et autres personnes travaillant pour des institutions nationales ou internationales peuvent profiter de la protection sociale et maladie, les enfants démunies, issus de familles pauvres ou confiés, sont des laissés pour compte et leur situation est accentuée par la crise sécuritaire et politique que le Mali connait depuis 2012.

 

Heureusement, dans la ville de Tombouctou, plusieurs organisations non gouvernementales ont des projets d’assistance à ces enfants en situation de vulnérabilités, comme les enfants concernés par la mobilité qui sont très souvent sans protection.

un educateur expose le travail des enfants du projet de Tdh, OFDA/USAID, Enda

L’ONG Terre des hommes (Tdh) et Enda Mali exécutent le projet d’appui d’urgence et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité qui vise la protection individuelle et collective des enfants et le respect de leurs droits grâce au soutien généreux du peuple américain à travers OFDA/USAID.

 

  1. Le projet lutte contre les violences, les abus, l’exploitation et la négligence des enfants à travers l’accompagnement social personnalisé (ASP) ;
  2. Contribue à la réduction des vulnérabilités des enfants concernés par la migration à travers l’appui psychosocial dans des « Point Espoir » ou espaces communautaires de protection des enfants, l’alphabétisation, la formation socio professionnelle, le suivi des enfants par les animateurs du projet et des acteurs communautaires de base;
  3. Renforce les capacités des acteurs des structures techniques de l’Etat, des collectivités locales et des acteurs communautaires ;
  4. Facilite l’accès de l’information et sensibilise les enfants et les communautés sur la protection et les droits de l’enfant.

 

Du 07 au 08 juillet 2018, a eu lieu dans la ville de Tombouctou, la campagne « Talents d’enfants » destinée à promouvoir le savoir-faire des enfants vulnérables ayant été accompagnés par le projet d’appui et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité dans les villes de Tombouctou et Gao.

 

Ces deux jours de campagne : exposition du travail des enfants concernés par la mobilité (qui ont été formés, dotés, installés à leur propre compte); démonstrations des enfants; prestations de sketch et jeux éducatifs ; débats communautaires ; ont été un véritable succès pour  l’amélioration de l’environnement protecteur des enfants dans  la ville de Tombouctou.

 

 

 

 

L’importance du jeu dans le développement des enfants: regards croisés d’acteurs de la ville de Tombouctou

IMG_20180605_094750 (Medium) (Small)

Le jeu est un facteur important dans le développement psychique et moteur de l’enfant. Il permet non seulement à l’enfant de parachever le développement des capacités intellectuelles et psychique, mais aussi participe fortement à la socialisation de l’individu.

Le jeu une activité aimé des enfants qui leur facilite l’apprentissage.

Dans les premiers instants de la vie, les enfants découvrent leur environnement à travers les jeux qu’ils aiment répéter. Les bébés, par exemple, vont saisir des blocs, les manipuler et les porter à leur bouche. Les tout-petits vont construire des tours avec leurs blocs simplement pour les faire tomber. Les fillettes vont aimer jouer à la maman alors que les poupées et les dinettes. Le jeu permet aux enfants de développer leur confiance en eux et à maitriser leur environnement à travers cette interaction avec les objets qui les entourent.

Pour les tout-petits, le jeu est une façon naturelle d’apprendre. Il se rapproche de la manière dont nous apprenons dans la vie de tous les jours. Au lieu d’intégrer un concept à la fois, comme on le fait en classe, les enfants doivent apprendre et utiliser plusieurs idées et objets en même temps. Jouer, c’est aussi joindre l’utile à l’agréable.

Le jeu dans l’éducation à Tombouctou

Le jeu est important pour le Tombouctien, nous confie l’historien Salem OULD ELHADJ « Nous qui sommes les anciens avions eu nos instants de jeu, même si l’apprentissage commence très tôt chez nous avec l’école coranique. »

L’historien nous explique que les enfants avaient des moments de repris et de jeu entre l’école coranique et le «  tendé hou » l’atelier d’apprentissage et l’école.  Un programme qui n’a pas beaucoup changé, même si certains parents négligent l’école coranique de nos jours.

Le point espoir de TDH à Tombouctou

Le point espoir est une initiative de de Terres des hommes et ses partenaires (ENDA, OFDA/USAID) dans le cadre de son projet d’urgence d’appui et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité dans les villes de Tombouctou et Gao » pour permettre aux enfants en mobilité de se retrouver, d’échanger, de s’appuyer mutuellement ; d’être suivis et aussi d’être orientés vers les acteurs étatiques et communautaires pour leur accompagnement et leur protection.

Le point espoir de Tombouctou est situé à Hamabangou, un quartier populaire de la cité des 333 saints.  Il a été mis dans un quartier où les enfants en situation précaire sont très nombreux. C’est quasiment le seul lieu où les enfants ont la possibilité de jouer et d’avoir accès à une écoute attentive, des conseils en matière de prévention et des activités récréatives.