droits des enfants, droits des femmes, Education, Plaidoyer

Protection des Enfants Associés aux Forces et Groupes armés : problématique et état des lieux à Tombouctou

enfant soldatLe Mali a connu une crise sécuritaire en 2012 durant laquelle les 3 régions du nord étaient occupées par des groupes armés qui ont ouvertement utilisé des enfants comme combattants ; ont pratiqué le mariage forcé avec les enfants notamment les jeunes filles, les utilisant ainsi comme des esclaves sexuels. Ces enfants ont subi toutes les souffrances et violations de leurs droits les plus fondamentaux.

Le terme générique « enfant soldat » a évolué et donné lieu et place à « Enfants Associés aux Forces ou Groupes Armés (EAFGA) » selon le Droit Humanitaire International. « L’enfant soldat » est une personne âgée de moins de 18 ans enrôlée par une entité armée ou un groupe armé régulier ou irrégulier, quelle que soit la fonction exercée par l’enfant. Les « enfants soldats » peuvent être utilisés pour des travaux subalternes tels que la cuisine, porteur, messager.

C’est le fait que ces enfants ne sont pas dans une relation de famille et sont acteurs d’une situation de guerre qui fait d’eux des victimes d’abus, violant ainsi la Convention Internationale relative aux Droits de l’enfant (CDE). Selon les principes et meilleures pratiques du Cap (Afrique du Sud) de 1997[3], parlant des enfants soldat, « elle ne concerne donc pas uniquement les enfants qui sont armés ou qui ont porté des armes ».

Y-a-t-il des EAFGA à Tombouctou ?

Au cours des opérations du Mécanisme Opérationnel de Coordination (MOC) à Gao, la Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations-Unies pour la Stabilisation au Mali (MINUSMA) avait identifié quinze (15) enfants mineurs âgés de 14 à 17 ans parmi les combattants des groupes armés avant d’ordonner leur retrait des troupes. Heureusement à Tombouctou, il n’en a pas été cas dans le cadre du MOC de cette vielle ville.

Cependant, la présence d’enfants associés aux forces et groupes armés restent encore une réalité malheureuse dans la région de Tombouctou où les groupes armés prolifèrent, avec une grande présence des groupes terroristes qui font régner la terreur parmi les populations des zones rurales reculées où on ne voit pas de présence militaire.

Quelles sont les causes essentielles de l’utilisation des enfants dans le conflit malien ?

A cause de leur appartenance à une couche défavorisée, faible et influençable de la société, des enfants sont utilisés pour participer à des actions violentes et à des exactions militaires par les groupes terroristes ou les mouvements armés dans les conflits.

Ils sont facilement des butins de guerre (enlevés au cours des attaques contre les communautés) ou sont offerts par les chefs de famille en guise de contribution à l’effort de guerre ou pour prouver l’appartenance de la famille aux mouvements armés.  Ils peuvent également être simplement donnés ou vendus par les maitres coraniques auxquels ils sont confiés par leurs familles pour l’apprentissage coranique.

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un educateur expose le travail des enfants du projet de Tdh, OFDA/USAID, Enda

La pauvreté des familles, la méconnaissance des textes et droits de l’enfant et une fuite des responsabilités des parents expliquent aussi le phénomène des enfants associés aux forces et groupes armés à Tombouctou, ville complètement enclavée et victime des précarités avec une économie qui tourne autour de l’agriculture familiale, l’élevage et la pêche.

Quel dispositif de lutte contre le phénomène ?

Plusieurs mesures peuvent aider à lutter contre ce phénomène.

  1. La Prévention : il s’agit de la sensibilisation pour faire connaitre les textes juridiques internationaux protégeant les enfants (Convention Internationale contre les Pires formes de Travail des enfants ; Convention internationale relative aux Droits de l’Enfant ; la Charte Africaine des Droits et du Bien-Etre de l’Enfant, etc.) qui garantissent le respect de tous les droits de l’enfant partout dans le monde et sa dignité en tant qu’être humain.
  2. Le Retrait : celui-ci consiste à tout entreprendre pour que l’enfant victime soit retiré des forces et groupes armés. Ce retrait est possible au terme d’un long processus de négociation et de sensibilisation des groupes ou mouvements armés. Il est important de savoir que la négociation est surtout privilégiée par les organisations de protection de l’enfance avec les groupes armés réguliers.
  3. La Démobilisation ou (le retour à la vie civile) : Elle est considérée comme le moment où les enfants souffrent le plus des conséquences psychologiques de la guerre. Leurs traumatismes sont sévères et, malheureusement, durables. C’est pourquoi il est essentiel de leur fournir un soutien psychologique.
  4. La Réinsertion des enfants : elle est une étape importante dans le processus de lutte contre le phénomène des enfants associés aux forces et groupes armés.

A Tombouctou et Gao, l’ONG Terre des hommes Lausanne (Tdh Mali) et Enda Mali exécutent avec d’autres partenaires locaux, un projet d’appui d’urgence et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité grâce au soutien généreux du peuple américain à travers OFDA/USAID (le Bureau de l’USAID pour les Secours d’Urgence en cas de Catastrophe à l’Etranger).

L’objectif de ce projet est de réduire les risques de vulnérabilités des enfants notamment des enfants déplacés internes, des enfants migrants travailleurs et des enfants à risque de mobilité.

Ce projet offre aux enfants, aux familles et aux communautés, un cadre de protection individuelle et collective. Il assure des actions de prévention et de réponses aux cas de protection en situation d’urgence. Le projet renforce la formation des acteurs locaux ; l’accompagnement socio-professionnel des enfants vulnérables. Il propose et ou améliore les réponses communautaire et institutionnelle de protection. Il favorise l’articulation entre la protection formelle et non formelle à travers l’appui à la mise en place et au fonctionnement de cadres de concertation des acteurs communautaires et institutionnels de protection à Tombouctou et Gao.

Grâce au projet à Tombouctou, 3 espaces communautaires de prévention et de protection appelés « Point Espoir » existent et fonctionnent en faveur des enfants vulnérables précisément dans les quartiers de Sareikeyna, Hammabangou et Abaradjou. Ces espaces constituent des lieux de rassemblement, d’information/expression et d’empowerment qui  redonnent  de l’espoir à des enfants partageant des conditions de vie similaires et difficiles notamment les enfants concernés par les mobilités (économiques, sécuritaires, apprentissage et des enfants à risque).

 

Le « Point Espoir » reste surtout un lieu de détection des enfants qui ont besoin de prise en charge spécifique et ou d’accompagnement spécialisé. Depuis septembre 2015 (démarrage du projet), 1.800 enfants vulnérables ont bénéficié d’activités psychosociales dans les trois Points Espoir à Tombouctou.

 

Quant à la réinsertion socio-économique, à Tombouctou, 220 enfants concernés par la mobilité ont été formés, dotés et installés à leur propre compte. Ils exercent aujourd’hui les métiers de leur choix ; subviennent à leurs besoins de façon autonome ; soutiennent leurs familles qui sont défavorisées et aident leurs pairs à apprendre et sortir des vulnérabilités actuelles.

 

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Education, Formation, Plaidoyer, société

L’éducation des enfants en situation difficile : Comment se passe-t-elle à Tombouctou ?

Activité club d'enfant.jpgTous les enfants, sans aucune distinction ont droit à une bonne éducation leur garantissant un meilleur avenir. Cette éducation constitue une vraie préoccupation pour les parents notamment ceux dont les conditions de vie sont très précaires. Et cette précarité de vie des parents est source de multiples vulnérabilités pour les enfants ; elle rend leur éducation très difficile.

La précarité des familles, un facteur de négligence des enfants à Tombouctou

Plus d’un enfant en situation difficile à Tombouctou a abandonné l’école parce que les conditions de vie des familles ont entrainé la négligence et conduit très souvent les parents à ne plus accomplir leur devoir parental ou s’occuper de l’éducation des enfants qui en ont fondamentalement besoin pour leur bien-être et leur avenir.

Bien vrai que l’école publique est dite gratuite au Mali, de milliers de parents ne cherchent plus des alternatives ou d’appui local pour amener leurs enfants à l’école. Par contre, ils préfèrent les laisser à la maison ou de les envoyer uniquement à l’école coranique au motif qu’ils n’ont rien à manger.

En plus des enfants sur place à Tombouctou, ceux dont l’éducation est de plus en plus difficile sont les « talibés » qui sont des enfants en mobilité. Les « talibés » viennent généralement des localités environnantes de la ville de Tombouctou. Ils sont confiés à des maitres par leurs propres parents pour apprendre le « Coran ». Une fois en ville, ce confiage et apprentissage se transforment, en de l’exploitation économique de ces enfants à travers la mendicité, principale source de survie pour ces maîtres et perpétuelles situations de violations des droits de ces enfants « talibés ».

Quelles réponses à cette situation dans les communautés

Dans le but de changer cette situation pour ces enfants vulnérables et d’améliorer un environnement plus protecteur, des ONG et acteurs locaux collaborent au niveau communautaire et institutionnel.

Depuis septembre 2015, l’ONG Terre des hommes Lausanne (Tdh Mali) exécute avec Enda Mali et d’autres partenaires locaux, un projet d’appui d’urgence et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité grâce au soutien généreux du peuple américain à travers OFDA/USAID (le Bureau de l’USAID pour les secours d’urgence en cas de catastrophe à l’étranger).

Ce projet a un important volet communautaire qui travaille avec huit (8) associations de femmes, d’enfants et de jeunes ainsi que les chefs de quartier, le réseau des communicateurs traditionnels pour le développement (RECOTRADE), les gouvernements d’enfants en milieu scolaire et les clubs au niveau communautaire et les structures techniques de l’Etat.

Ces organisations en collaboration directe avec le Centre d’Animation Pédagogique (CAP) et le Comité local de pilotage du projet, aident à la réinsertion scolaire des enfants ayant abandonné l’école ou facilitent l’insertion scolaire aux enfants non scolarisés.

Avec l’adoption du PDSEC de la commune urbaine de Tombouctou (Plan de Développement Social, Economique et Culturel), révisé en mars dernier, la marie de la ville prévoit d’offrir de la réinsertion scolaire à, au moins 1275 enfants d’ici 2021.

Au moins 975 enfants vulnérables y compris les enfants concernés par la mobilité seront alphabétisés et orientés sur le plan socio professionnel. D’ici 2021, 500 enfants vulnérables bénéficieront de la formation professionnelle et ou d’une réinsertion socio-économique.

L’objectif global de protection de la mairie de la commune urbaine de Tombouctou est d’apporter une réponse globale et cohérente à 3.250 enfants vulnérables y compris les enfants concernés par la mobilité d’ici 2021, prenant en compte l’ensemble de leurs besoins.

Plaidoyer, société, Société Civile

A Tombouctou, quels rôles jouent les enfants dans leur propre protection ?

IMG_20170718_175017.jpgDans le but de lutter contre les violences, les abus, l’exploitation, la négligence, la traite, la discrimination, l’autoprotection des enfants est actuellement l’une des méthodes privilégiées par les organisations de protection et de défense des droits de l’enfant.
Bien que les parents soient les premiers responsables de la protection de leurs enfants, les constats faits par les acteurs de protection, démontrent que dans la plupart des cas, les parents sont les premiers à violer les droits de ces enfants. C’est pourquoi, il est primordial de faire de l’enfant l’acteur privilégié de sa propre protection qu’il soit en milieu familial, scolaire et ou communautaire.
Qu’est-ce que l’autoprotection ?
L’autoprotection est une stratégie de prévention et de protection de l’enfant visant à le rendre capable afin qu’il soit le premier acteur de sa propre protection.
Dans cette stratégie, l’enfant est et demeure le centre des actions et efforts qui convergent à renforcer ses capacités cognitives et comportementales notamment chez les enfants vulnérables ou issus des familles en situation difficile.
La formation des enfants par leurs pairs constitue une forme d’autoprotection. Les enfants qui sont informés et formés sur les risques, les dangers et pratiques qui violent leurs droits deviendront des acteurs de leur propre protection.
Quelles sont les bases de l’autoprotection ?
La prévention : elle permet aux enfants d’anticiper les risques et pratiques d’abus qu’ils pourraient subir. Quand l’enfant les connait en amont, il est en mesure de les identifier et certainement les éviter. En plus, l’enfant peut aider ses camarades et les prévient contre tout abus.
La protection (réduction des risques et prise en charge des victimes). Cette prise en charge est offerte par les structures de l’Etat, des ONG, des groupements et leaders communautaires, etc.
La connaissance des droits et devoirs de l’enfant : Si tout enfant connaissait ses droits et devoirs, il y aurait très peu d’abus et de violations de leurs droits et beaucoup plus d’accompagnement protecteur des enfants par les enfants eux-mêmes.
Quelques cas d’autoprotection à Tombouctou
Mohamed Cissé est un enfant concerné par la mobilité à Tombouctou. Il fréquente l’un des 3 espaces communautaires de protection appelés « Point Espoir » mis en place par les chefs de quartiers grâce à l’appui de l’ONG Terre des hommes Lausanne (Tdh Mali) et Enda Mali avec le soutien généreux du peuple américain à travers OFDA/USAID. Depuis septembre 2015, ces organisations réalisent le Projet d’appui d’urgence et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité dans la ville de Tombouctou.
Pour cet enfant, « grâce aux sensibilisations (…), je sais maintenant que je ne dois plus me laisser exploiter comme ça. Même si je travaille pour quelqu’un, il faut qu’il me paye pour ce que je fais. D’ailleurs, maintenant j’ai appris un métier et je sais que les choses vont aller mieux (…). Je préviens aussi mes amis et leur parle de tout ce que je sais pour faire respecter nos droits ».
« A travers l’autoprotection, nous cherchons à inculquer aux enfants le sens de l’autre. Que les enfants puissent savoir qu’ils ont des responsabilités vis-à-vis de leurs frères. Et qu’ils puissent être attentifs à leur situation », précise le Superviseur Tdh du projet à Tombouctou.
Grâce aux interventions du projet dans la ville, plus de 8.533 enfants vulnérables ont été identifiés et protégés y compris les enfants déplacés internes, les enfants migrants travailleurs, les enfants à risque de mobilité. Parmi ces enfants, 220 jeunes ont bénéficié de la formation socio professionnelle. Ils exercent aujourd’hui des métiers de leur choix. Ils subviennent à leurs besoins, aident leurs familles et apprennent à d’autres vulnérables dans la ville. Tous ces enfants ont participé à des activités d’autoprotection.

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Parents et droits de l’enfant: quelles réalités à Tombouctou ?

Débat public
séance de débat public à Tombouctou avec le maire de la commune urbaine organisé par Tdh à Tombouctou (c) Tdh

La Convention Internationale relative aux Droits de l’Enfant (CDE) donne à tout enfant le droit à une famille. Ce droit permet d’ériger un périmètre de protection de l’enfant contre les violences, les abus, l’exploitation, la négligence.

Cependant, il peut arriver que la famille qui devrait normalement protéger l’enfant devienne l’une des menaces pour lui. Nous constatons encore que des parents ne scolarisent pas leurs enfants ; d’autres les violentent, etc. alors que le devoir parental exige d’apporter aux enfants le gite, l’alimentation, la protection, l’éducation, la sécurité et la santé tout en veillant à leur inculquer une bonne moralité.

 Parents et droits de l’enfant à Tombouctou

Tombouctou est une ville au nord du Mali qui a une culture traditionnelle islamique. L’éducation des enfants incombe aux parents, aux grands-parents et à toute la société avec une morale et un sens de la protection et du respect des droits de l’enfant qui sont recommandés en islam.

L’éducation à Tombouctou est systématiquement organisée, avec pour objectif de faire de l’enfant un individu membre d’une société qu’il respecte et chérit.  Ainsi, certaines valeurs sont données dans la famille par la mère dès le bas âge (le respect, le comportement, le langage). Dès que l’enfant sait compter jusqu’à 10, il peut aller à l’école coranique pour apprendre le coran, mais il peut aussi partir au jardin d’enfant ou à l’école selon les désirs des parents.

Même si le taux de scolarisation de Tombouctou est l’un des plus élevés du Mali, il faut retenir que la crise sécuritaire a eu une conséquence, une incidence mauvaise sur l’école avec la fermeture de plusieurs centaines d’écoles dans la région.

Dans les milieux moins défavorisées, la protection des enfants, leur prise en charge (habillement, nourriture, santé) ne sont pas largement couvertes.  Les enfants en mobilité comme les enfants déplacés internes, les enfants talibés confiés aux marabouts, les enfants migrants travailleurs sont les plus exposés.  Leurs droits sont négligés et violés.

Méconnaissance de la CDE et d’autres instruments juridiques protégeant les enfants

Débat publicLe niveau de sensibilisation des parents, tuteurs et employeurs des enfants migrants domestiques de la ville de Tombouctou sur les droits de l’enfant tels que promus par la Convention internationale relative aux Droits de l’enfants (CDE); la Charte Africaine des Droits et du Bien-Etre de l’enfant (CADBEE), est très faible selon l’étude de base sur la situation des enfants en mobilité réalisée par Terre des hommes Lausanne (Tdh Mali) en décembre 2015.

Seulement 13,8% disent avoir bénéficié d’une sensibilisation sur les droits de l’enfant par une structure étatique, une ONG ou une agence des nations unies. C’est pourquoi, il est urgent de faciliter aux parents, aux tuteurs et à tout acteur communautaire, l’accès à l’information juste et éclairée sur les droits fondamentaux des enfants dans un pays où l’accès à l’information dans les communautés reste un défi.

Promouvoir les droits de l’enfant à Tombouctou

A Tombouctou, plusieurs organisations locales, nationales et internationales interviennent pour la protection, le respect et la promotion des droits de l’enfant.

émission radio
emission radio organisé par Tdh sur les droits des enfants (c) Tdh

L’ONG Suisse, Terre des hommes Lausanne (Tdh Mali) y est présente depuis septembre 2015 en partenariat avec Enda Mali. Elles exécutent le Projet d’appui d’urgence et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité dans les villes de Tombouctou et Gao grâce au soutien généreux du peuple américain à travers OFDA/USAID.

Grâce aux interventions du projet, plus de 8533 enfants vulnérables y compris les enfants victimes de violences, d’abus, d’exploitation et de négligence ont protégés.

Plusieurs activités d’information communautaire à l’endroit des parents, tuteurs, leaders communautaires et autorités locales ont été menées notamment la « journée d’information sur les instruments juridiques internationaux protégeant les enfants ; la caravane urbaine de sensibilisation ; la campagne : « qu’est-ce que la protection de l’enfance pour vous ? ».

Avec ce projet, plus de 2200 personnes ont été touchées par ces activités de sensibilisation sur la protection et les droits de l’enfant.

Du 07 au 08 juillet dernier, Tdh Mali et Enda ont organisé à Tombouctou, la Campagne « Talents d’enfants ». Cette campagne de protection et de promotion des droits de l’enfant a permis à 800 participants de voir et apprécier le savoir-faire des enfants vulnérables ayant été accompagnés par le projet. Ces deux jours de campagne ont proposé 20 stands pour l’exposition du travail des enfants concernés par la mobilité (ayant été formés, dotés, installés à leur propre compte); des prestations de sketch et jeux éducatifs ; des débats communautaires pour l’amélioration d’un environnement protecteur des enfants dans cette ville en crise.

Education, Plaidoyer, Santé, société, Société Civile

Enfants et Risques Explosifs de Guerre à Tombouctou

La ville de Tombouctou fut occupée par des groupes armés d’avril 2012 à janvier 2013. En effet, les populations de la veille ville ont assisté à une prolifération des armes et risques explosifs de guerre qui restent dangereusement mortels.

A Tombouctou comme dans toutes les localités au nord du Mali, la présence des forces nationales et étrangères ; les mouvements des groupes armés ; la fréquence répétée des attaques en milieu urbain et rural ; ont hélas augmenté l’exposition des enfants et jeunes en particulier aux risques d’explosion et d’engins explosifs.

Les Restes explosifs de guerre restent mortels pour les enfants et les civils

Je me rappelle encore de ces deux premières victimes à Tombouctou. Ils étaient deux enfants « Talibés » ayant ramassé d’engins explosifs dans les alentours du camp militaire de la ville. Ils sont décédés des suites de blessures occasionnées par l’explosion.

D’autres cas ont survenu dans les villages environnants de la commune urbaine de Tombouctou et d’autres villes de la région.

sensibilisation d'enfants aux enfins explosifs
sensibilisation de jeunes enfants par la MINUSMA (c) MINUSMA

Depuis l’installation de la MINUSMA (mission des nations unies pour la stabilisation du Mali) en juillet 2013 au Mali, l’UNMAS (l’organisme des nations unies pour la lutte antimines) a répertorié 233 incidents provoqués par des engins explosifs improvisés. Ceux-ci ont occasionné la mort de 85 personnes dont 26 soldats de la MINUSMA et 348 blessés parmi lesquels figurent 153 casques bleus. Ces statistiques laissent comprendre que les populations civiles restent une part importante des victimes des engins explosifs.

Des acteurs de protection s’y intéressent…

Pour nettoyer et dépolluer les sites et terrains contaminés lors des opérations de combat; informer et former pour la protection contre les risques explosifs de guerre ; lutter contre les mines ; il existe l’UNMAS et ses partenaires, l’unité Cambodgienne de la MINUSMA, des ONG comme HUMANITE & INCLUSION (ex. Handicap International) ; Terre des hommes Lausanne (Tdh Mali) et son partenaire local, Enda Mali.

L’UNMAS a fourni de grands efforts dans le nettoyage. Depuis 2013, avec ses partenaires humanitaires de l’action anti mines, ils ont dégagés plus de 4 millions mètres carrés de terrain au Mali contre les risques explosifs de guerre.

Ils se sont engagés dans la sensibilisation de masse notamment à l’endroit des enfants et jeunes scolarisés et non scolarisés.

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séance de sensibilisation par des boites d’image de Handicap International (C) Handicap International

 

 

Aussi, ces acteurs ont formé des animateurs et journalistes des régions de Tombouctou et Taoudénit sur l’identification et la déclaration des engins suspects qui seraient découverts par les communautés.

Un commandant de la section Cambodgienne a souligné que « c’est suite aux informations reçues que nous pouvons réagir. Nous agissons surtout en faveur de la population parce que n’importe qui peut être victimes d’une mine ou d’une munition non explosée ».

De la sensibilisation ponctuelle et continue auprès des enfants…

Des émissions radiophoniques ; des grandes affiches urbaines ; des affiches posters dans les lieux publics ; des sketchs par les enfants mêmes au niveau scolaire et communautaire sur les mines et les restes explosifs ; sur les bons et mauvais gestes ; ont été multipliées par UNMAS et ses partenaires.

Des causeries éducatives à travers des animateurs composés d’enfants et de jeunes et utilisant les boites à images ont été réalisées par des ONG comme HUMANITE & INCLUSION (ex. Handicap International). Les équipes de l’ONG se déplaçant de village en village, expliquent aux communautés les dangers liés aux restes explosifs de guerre et les gestes de base pour mieux se protéger. L’ONG contribue aussi à la prise en charge psychosociale et médicale des enfants victimes des restes explosifs de guerre.

Des clubs et gouvernements d’enfants encadrés par Terre des hommes Lausanne (Tdh Mali) et son partenaire Enda Mali, animent régulièrement des causeries éducatives à leurs pairs dans les écoles et dans les quartiers afin qu’ils perçoivent largement les risques et dangers des restes explosifs de guerre et qu’ils deviennent les premiers acteurs de leur propre protection. Ces activités s’inscrivent dans le cadre des interventions du Projet d’appui d’urgence et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité dans la ville de Tombouctou lancé en septembre 2015 grâce au soutien généreux du peuple américain à travers OFDA/USAID.

société

Tombouctou : lutte contre l’exploitation des enfants par la mendicité !

Tombouctou, comme toutes les régions du Mali, connait le problème de la mendicité des enfants. Provenant des localités rurales de la région et ou d’autres régions du Mali, ces mineurs sont exploités notamment par leurs maîtres à qui les parents confient les enfants pour acquérir un apprentissage coranique.

mendiant

Dans cet article, nous analyserons la situation de ces enfants victimes d’exploitation dans la ville de Tombouctou ainsi que les mesures de leur protection.

A Tombouctou, nombreux sont les jeunes enfants (5 à 16 ans) qui errent dans les rues et autres lieux publics (banques, centres de santé, écoles), faisant de la mendicité un véritable travail. Ces enfants appelés aussi « Garibou », sont confiés par leurs parents auprès de maitres coraniques pour un apprentissage du coran.

Ces enfants de sexe masculin en majorité, vivant loin de leurs parents vivent dans une situation de vulnérabilités et de difficultés en termes d’accueil et d’hébergement, d’alimentation, de santé et d’hygiène.

En effet, pour se nourrir, ces enfants font le tour des maisons pour mendier de la nourriture qui leur sert de repas.  Ils chercher aussi de l’argent auprès des habitants, souvent en exécutant des taches ménagères dans les familles. L’adage local « manger comme un mendiant » vient certainement du mauvais régime alimentaire de ces enfants qui, parfois, reçoivent de la nourriture avariée de la part des « bonnes volontés » qui leur donnent leurs restes de nourriture.

Quelles sont les mesures de protection de ces enfants à Tombouctou ?

Au Mali, grâce à un partenariat entre l’Etat et le Conseil Islamique, la réinsertion des enfants « talibés » à travers la création de centres d’alphabétisation ou/et de réinsertion socio professionnelle et la sensibilisation des populations ont été les premières solutions trouvées contre l’exploitation de ces enfants concernés par la mobilité. Dans toutes les régions, les autorités publiques disposent de ces centres d’éducation et de développement (CED) et de réinsertion socio professionnelle.

Quant à Tombouctou, en plus de l’information, la formation et l’appui aux maitres coraniques et associations de maitres sur la protection et les droits de l’enfant afin de créer un environnement plus protecteur pour les enfants qu’ils encadrent, les organisations non gouvernementales militent auprès des parents ; des associations de femmes et de jeunes ; des groupements et clubs d’enfants pour un changement de mentalités et de pratiques négatives à la condition de vie et d’apprentissage des enfants.

Ainsi, Enda Mali par son programme DENKO qui porte sur l’éducation (scolarisation et alphabétisation) et la formation d’enfants et de jeunes en situation difficile dans les milieux urbains du Mali a permis entre 2011 et 2013, la réinsertion de plusieurs centaines d’enfants et de jeunes talibés dans la commune urbaine de Tombouctou.

Depuis septembre 2015, Terre des hommes Lausanne (Tdh Mali) et Enda Mali exécutent le Projet d’appui d’urgence et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité qui identifie, écoute, prend en charge et accompagne les enfants concernés par la mobilité y compris les enfants mendiants. Plus de 8533 enfants vulnérables y compris les enfants victimes de violences, d’abus, d’exploitation et de négligence, les enfants déplacés internes, les enfants migrants travailleurs ont été identifiés et protégés par le projet grâce au soutien généreux du peuple américain à travers OFDA/USAID.

Avec les interventions de ce projet à Tombouctou, la Mairie de la commune urbaine de Tombouctou a révisé en mars dernier, son Plan de Développement Economique, Social et Culturel (PDSEC 2016-2020) et intégré les besoins et réponses de protection des enfants vulnérables y compris les enfants exploités par la mendicité et les enfants concernés par la mobilité dans la ville. L’objectif de protection de ce PDSEC est d’apporter une réponse globale et cohérente à 3.250 enfants vulnérables prenant en compte l’ensemble de leurs besoins d’ici fin décembre 2021.

Quelle place pour l’auto protection des enfants à Tombouctou ?

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« Point d’espoir  » de Tdh à Gao (c) Tdh

Connus sous le nom de « Point Espoir », il existe aujourd’hui trois (3) espaces communautaires de prevention et de protection des enfants y compris les enfants vulnérables dans la commune urbaine de Tombouctou (quartiers de Sareikeyna, Hammabangou et Abaradjou). Grâce aux interventions du projet exécuté par Terre des hommes Lausanne et Enda Mali, ces « Point Espoir » ont été mis en place avec la participation de la communauté, notamment l’implication des chefs des 3 quartiers cités. Ces chefs de quartiers sont représentés par la coordination des chefs de quartiers au sein du Comité local de pilotage des interventions de ce projet avec des organisations communautaires de base déjà actives dans la protection de l’enfant dans la ville.

Les « Points d’espoir » accueillent tous les enfants. Ils restent un lieu où les enfants des quartiers et les enfants vulnérables se rencontrent régulièrement (1 fois dans la semaine),  échangent et se forment. Des animateurs locaux animent ces espaces et apprennent aux enfants leurs droits et leurs devoirs, les risques et opportunités liés à la mobilité, les problématiques liées à leur environnement et leur protection.

Les enfants parlementaires et les gouvernements d’enfants y accompagnent les enfants. Aux « Point Espoir », les enfants vulnérables font l’objet d’écoute et de suivi permanent avec l’aide des acteurs institutionnels et communautaires. Ces espaces permettent aussi d’identifier les enfants qui ont un besoin spécifique et dont le cas nécessite un accompagnement personnalisé.

Depuis septembre 2015, 1.800 enfants vulnérables ont bénéficié d’activités psychosociales dans les 3 Points Espoir.

Plaidoyer, société

A Tombouctou, que font les Organisations Communautaires de base dans la protection des enfants ?

Nous continuons notre série d’articles sur la protection des enfants à Tombouctou qui entrent dans le cadre de la campagne  » Talent d’enfant » de l’ONG Tdh Mali à Tombouctou. Nous nous intéressons à la participation des organisation de base dans la protection des enfants

Etre protégé est le droit de chaque enfant, bien que le bien-être physique, mental et émotionnel de millions d’enfants dans le monde soit menacé par les violences, les abus, l’exploitation, la négligence.

Au Mali, notamment dans la ville (Tombouctou), 69% des enfants concernés par la mobilité seraient confrontés aux problèmes de maladies ; 14% aux violences physiques ; 11% à la négligence par les adultes et 5% d’exploitation économique. Ces enfants vulnérables sont aussi confrontés à un accès très insuffisant aux services d’accueil et de prise en charge sociale et psychosociale ; à l’éducation (formelle et l’alphabétisation) ; à la santé. Ces constats sont issus de l’étude de base que Terre des hommes Lausanne (Tdh) et Enda Mali ont réalisé en décembre 2015 à Tombouctou sur la situation des enfants en mobilité.

Face à ces situations de besoins de protection, il est important de renforcer l’engagement des communautés locales en faveur de la protection des enfants, leur prise en charge et la promotion de leurs droits. Abderrahmane Mohamed, ancien membre du parlement des enfants du Mali, jeune militant et défenseur des droits des enfants, nous confie que « la participation des communautés (…) à la protection des droits des enfants est la meilleure manière pour réussir à protéger les enfants des abus de toute sorte ».

L’exemple de Terre des hommes Lausanne à Tombouctou

Activité club d'enfant
Club d’enfants Tombouctou (c) Tdh Tomboucotu

Depuis septembre 2015, l’ONG Terre des hommes Lausanne (Tdh Mali) exécute avec Enda Mali et d’autres partenaires locaux, un projet d’appui d’urgence et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité grâce au soutien généreux du peuple américain à travers OFDA/USAID (le Bureau de l’USAID pour les secours d’urgence en cas de catastrophe à l’étranger).

Ce projet a un important volet communautaire qui travaille avec huit (8) associations de femmes, d’enfants et de jeunes ainsi que les chefs de quartier, le réseau des communicateurs traditionnels pour le développement (RECOTRADE), les gouvernements d’enfants en milieu scolaire et les clubs au niveau communautaire.

Comment ces organisations communautaires protègent-elles les enfants ?

Le projet a réuni ces acteurs locaux autour d’un comité local de pilotage des interventions de protection des enfants, présidé par la Mairie de la commune urbaine de Tombouctou.

Chaque acteur s’engage à travers un plan d’action annuel élaboré avec l’aide du projet, d’identifier et d’accompagner au moins une centaine d’enfants vulnérables et concernés par la mobilité (enfants déplacés internes, enfants migrants travailleurs, enfants de retour de la migration, etc.).

Les chefs des quartiers de Sareikeyna, Hammabangou et Abaradjou ont contribué à la mise en place de 3 espaces d’accueil et d’orientation des enfants appelés « Points Espoir ». Ces espaces sont ouverts à tous les enfants vulnérables. Ils permettent aux enfants, filles et garçons, de se rencontrer régulièrement pour des séances d’information et  de formation en compétences de vie courante, sur les comportements à adopter contre les violences, abus,  exploitation et négligence. Ces espaces permettent aussi d’identifier des enfants qui ont un besoin spécifique et d’un accompagnement personnalisé.

Un accompagnement local diversifié

L’identification, l’accueil, l’alphabétisation, l’apprentissage à des métiers, l’appui à l’acquisition d’actes de naissance ou d’actes d’état civil, la médiation entre employeurs et les enfants, l’information et la sensibilisation, le suivi des enfants, le plaidoyer auprès des autorités étatiques et des collectivités. Chaque association aide ces enfants selon ses ressources et son savoir-faire local.

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Stand des enfants à la Campgne Talent d’enfant de Tdh à Tombouctou

Grâce à l’appui du projet et à la participation de ces associations et acteurs, les enfants qui sont dans l’apprentissage coranique à l’Association pour la Sauvegarde et le Développement des Ecoles Coraniques de Tombouctou n’apprennent plus par terre mais dans une salle équipée en tables-bancs et ayant un tableau. L’association a 2 pousse-pousse et une moto qu’elle loue et paye le petit-déjeuner des enfants avec les revenus. Cela a permis aux enfants talibé de ne plus sortir se promener dans la ville et mendier. Cela a réduit également le départ précoce de ces enfants en mobilité.

Grâce aux sensibilisations de ces associations auprès des employeurs des filles migrantes domestiques, celles-ci sont soignées par les employeurs lorsqu’elles tombent malades. Leurs salaires ont augmenté de 3.000 FCFA à 10.000 FCFA. La médiation a encouragé des employeurs à payer régulièrement les salaires de ces enfants travailleurs.

De 2015 à aujourd’hui, ces associations ont participé à la formation et à l’insertion socio professionnelle de 220 enfants et jeunes concernés par la mobilité dans la ville de Tombouctou.