Pourquoi les enseignants de Tombouctou sont en 1grève illimitée ? #3

Première épreuve à l'Hégire
credit photo: Faty

Ainsi donc, ce mercredi 25 avril, l’académie de Tombouctou était aux côtés de l’AEEM  ( association des eleves et etudiants du Mali) pour tenir une grand-messe au lycée de Tombouctou et assurer aux élèves qui semblent désabusés qu’il n’y aura pas d’année blanche malgre les 72 jours d’une grève illimitée des enseignants du collectif des enseignants du nord  !
Il semble que c’est seulement l’issue de l’année qui leur importe le plus!
Haha! Chers enfants, vos enseignants ne vous ont pas évalué depuis la rentrée scolaire, ils n’ont pas donné les sujets des compositions que l’administration vous à colmaté, ni procédé à leur correction, vous ne faites pas cours depuis 72 jours….mais ce n’est pas grave !
VOUS N’AUREZ PAS UNE ANNÉE BLANCHE !
Ils vous en assure! Ils s’entendent avec l’ AEEM , même si ce n’est pas elle qui grève ! L’essentiel n’est-il pas de ne pas rester dans la même classe pour vous et vos parents?
Vous avez bien entendu ce que vous et vos parents veulent entendre « VOUS N’AUREZ PAS UNE ANNÉE BLANCHE  » parce qu’ils ont pu obtenir des notes pour vous et les enfants de ceux qui sont un peu mieux lotis , qui sont dans les écoles privés ont eux étudié !
Ne vous inquiétez pas , ils vous assurent que VOUS N’AUREZ PAS UNE ANNÉE BLANCHE !
Vos professeurs peuvent continuer leur grève !
Vos parents peuvent rester dans leur mutisme !
Vous pouvez rester dans votre paresse!
de toute façon VOUS N’AUREZ PAS UNE ANNÉE BLANCHE !

Que ces fainéants d’enseignants continuent leur grève illimitée !

La face du monstre, que dis-je , du ministre sera sauve ! Ils trouveront un autre gueulard de communicateur pour venir nous dire que nos élèves n’ont pas le niveau !

Comme si c’était de notre faute !

 

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Mais pourquoi les enseignants de Tombouctou sont-ils en grève illimitée? #2

FB_IMG_1493249975860La répétition est pédagogique.
Je ne me fatigue jamais à reprendre certaines choses pour que le maximum de personnes comprenne bien ce que je m’évertue à expliquer.
Les enseignants du nord du Mali font l’objet d’une dédaigne sans commune mesure de la part l’éducation nationale. C’est incroyable mais pourtant vrai!
Je ne vais pas loin. Je vous l’explique en me basant sur ma propre personne.
Je suis enseignante depuis 2007, 10 ans aujourd’hui. Je suis encore professeur titulaire. Pourtant les textes sont simples : Je devrais avancer chaque 2 ans de fonctionnaire stagiaire à professeur titulaire et de titulaire à professeur principal …
Je n’ai pu passer ma première inspection pédagogique qu’en 2015 , avec la création de la direction de l’inspection régionale de Mopti. Cela laisse notamment le paiement d’un rappel de 6 ans pour le statut de professeur titulaire, comme il a été le cas pour tous mes amis promotionnaires enseignants qui d’ailleurs ont aussi perçu les arrièrés pour la principalisation aussi. Moi j’attends encore de passer ce test! Pire, je devrais m’attendre à ne pas percevoir les rappels !
Et ben, figurez-vous que ceux des ressources humaines , dans leurs bureaux climatisés de Hamdallaye ACI 2000 ont jugé que c’était trop d’argent pour ces enseignants du nord et ont sorti une décision stipulant que seulement une année d’arriérés sera prise en charge. Essayez de compter notre manque à gagner !
D’autres, dont le gouverneur de Tombouctou, un ancien directeur de cap et d’académie diront ne pas le savoir !
Certains de la société si vile , diront ne pas le savoir !
Et ben nous n’allons jamais laisser tomber nos droits !
Ils trouvent de l’argent pour des groupuscules armés qui ont tout détruit au nord , se servant des tables-bancs de nos écoles qu’ils avaient occupé, pour bois de chauffe ! Mais nous notre dû se perd !
Nous greverons jusqu’à ce qu’on nous remette dans nos droits !

Mais pourquoi les enseignants de Tombouctou grèvent- ils ? #1

Comme un couperet qui pourrait tomber sur nos têtes, on veut nous -enseignant du secondaire à Tombouctou- faire savoir que le lycée de #Tombouctou manque de professeurs alors que certains d’entre nous perçoivent des salaires tout en travaillant dans des institutions internationales à titre personnel!
Et ben!  c’est quelque chose que notre syndicat dénonce et condamne avec énergie!
Ce coup-là est un secret de polichinelle !
Ceux qui jouissent de ces doubles emplois profitent d’un système que tout malien pourrait reprocher à cette même administration , qui permet des situations aussi malhonnêtes ! Même si ces personnes étaient dénoncées, l’affaire n’irait pas bien loin, car concernant des personnes politiquement introduites dans cette sphère administrative!
Mais faites des rapports mensongers sur les agents qui dérangent  » elle ne vient jamais en classe, elle manipule les élèves, elle parle mal de moi, cest une dévergondée, d’ailleurs elle travaille à la minusma! » Et voici ces rapports qui débarquent chez les grands manitou!
S’il est vrai que vous aviez le pouvoir et que vous allez continuer nous tenir à nous nuire administrativement , nous aussi continuerons de nous battre et de revendiquer notre droit !
Et que cette société si vile se tienne à l’écart !
Qu’elle ne nous raconte pas cette histoire de  » ce sont les enfants que vous devez voir! »
Pourquoi le gouvernement et son administration ne voit-elle pas elle aussi – et surtout – le destin des enfants ? Pourquoi laissent-ils quelques hommes nous maintenir à l’écart ? Pourquoi n’y a-t-il pas de direction régionale de l’inspection comme prévu ? Il n’y a pas d’enseignants maliens acceptant de venir servir à Tombouctou ?
Pourquoi les services financiers restent-ils à bamako alors que les banques sont-là ?
Pourquoi produire des textes juste pour nuire aux enseignants de Tombouctou ?

Notre grève illimitée dénonce cette discrimination !

Faty en plein correction
Credit Photo: Faty

Ca bouge encore à Bamako

Aujourd’hui 15 juillet 2013, je me suis réveillée bien tôt ; c’est à en croire que je n’étais pas sur pieds dès 4h45h du matin pour le repas prémices du jeun musulman. En plus, j’ai dû regarder la télé une bonne trentaine de minutes pour pouvoir faire la première prière réglementaire avant de me coucher. Bon, « toute femme africaine doit se lever tôt » disent les bambaras. Ont-ils raison ?

Aujourd’hui je passe mon dernier jour à Bamako. J’ai tout mis sur pieds pour mon voyage à Gao. Le billet du car a été acheté il y a une semaine. Les valises sont prêtes. Il me reste plus qu’à retirer mes derniers sous de la banque pour ne pas partir les mains vides car je n’ai pas lésiné sur les dépenses.

Donc j’étais devant la banque avant l’ouverture, en partant déjà j’avais remarqué cette affluence des étudiants devant l’ENSUP, juste à la descente du pont Fahd. Cela m’avait un peu intriguée car je savais que les professeurs de l’enseignement supérieur avaient déclenché une grève illimitée pour revendications auxquels je ne m’intéresse plus. C’est ainsi depuis que j’étais étudiante j’ai connu deux années blanches dans mon cursus scolaire « grâce » à ces professeurs du Niger au Mali.

Etant l’une des premières dans la banque, j’ai pu effectuer l’opération de retrait bien vite et reprendre le chemin du retour, déjà que je ciel menace !

Arrivé au niveau du ministère des finances et de l’économie, les premiers signes d’un mouvement estudiantin me parvinrent : les voitures partant par là-bas bougeaient lentement.

Quelques mètres au ralenti me permirent de comprendre. Une marche des étudiants contre la violence policière.  Les pancartes en attestaient. Les voix aussi. Une voix fine de femme qui tranchait des autres me fit sourire : ça me plait, des femmes en action.

Credit Photo: faty
Credit Photo: faty

C’est l’occasion rêvée pour mettre en action la partie de la formation qui porte sur le blogueur en situation. Mais c’est bien difficile de conduire une moto et de prendre une photo avec mon wiko en plus. Je risque de le voir se fracasser contre le bitume.  Pas la peine. Je décide d’avancer. Une marche en deux parties. Les motos cyclistes devant les piétons. Les policiers anti-émeute qui ont l’habitude de les escorter ne sont pas là ! Est –ce parce que les pancartes dénoncent la violence policière ? Hum…. Ça va chauffer.

La dernière fois, c’était juste la semaine dernière des troupes de policiers « fous » (c’est le seul qualificatif que j’ai pu leur trouver)  c’étaient pris à des étudiants qui faisaient un sitting contre la grève des professeurs qui nuit à leur avenir. Des  étudiants frappés, bastonnés jusqu’au sang. J’ai entendu parler de deux morts. Leurs motos qui étaient au parking ont été cassées et brulées, des bâtiments de l’université mêmes ont été saccagés  par…cette furia policière. C’est à ne rien comprendre, quand tu regardes la télévision nationale : pas un mot. C’est à en croire que nous ne sommes pas sur les terres : le Mali.

Pour monter sur le pont, il faut prendre une petite aile qui tourne vers le fond de la nouvelle cité ministérielle qui porte le nom significatif de Malybia. Et là, que vois-je ? Un véritable bataillon de policier qui semble être commandés par une femme.  Matraques et lanceurs de bombes lacrymogènes à point. Surement prêts à foncer sur les étudiants. La rage me prend contre le pouvoir. Et on targe à dire que le Mali est une démocratie ? L’envie d’écrire une autre lettre au président par intérim Dioncounda Traoré me prit. «  Ça ne sert à rien, me dis-je aussitôt, il ne la lira pas. C’est une Autriche. Tous les maliens sont des autruches. » Ils ne voient que ce qui les arrangent.

J’accélère sur mon allure pour arriver vite à la maison et écrire cet article. Ces militaires, ces policiers nous emmerdent. Je suis presque fâchée.

Crédit Photo: Faty
Crédit Photo: Faty

Mais ma surprise est encore plus grande lorsque j’arrivai au milieu du pont qui semble avoir un problème. Un accident grave sur le pont ? Non les voitures sont ralenties par quelque chose.  Je me faufile rapidement avec ma  moto entre les voitures et là surprise : ce sont d’autres étudiants (quittant certainement la colline du Savoir de Badalabougou) qui sont sur le pont. Ils sont encadrés par une trentaine de policiers anti-émeute qui ne leur empêche pas de progresser (heureusement). J’ai envie de jeter ma moto ou de la garer.  Pas moyen. Je m’arrête un court instant pour prendre quelques photos. Une voiture derrière moi klaxonne fortement derrière moi. C’est certainement un taxi qui s’énerve contre moi. Je me retourne. Oui ! J’ai bien deviné. Je jette mon wiko dans mon sac accroché au guidon de ma moto et avançai rapidement.

La montée du pont est complètement bloquée par cette marche.

Crédit Photo: faty
Crédit Photo: faty

IMG_20130715_0909559h est l’heure où les maliens partent au travail. Beaucoup de voitures. Que de motos. Certains, empressés s’énervent d’autres discutent derrière les vitres. Je suis sure que beaucoup adhèrent aux idées des étudiants. Mais que faire ? Aucun malien n’est prêt à faire quelque chose pour que les choses changent. Un véritable peuple de béni oui-oui.  Personne pour dénoncer quelque chose !

Je dépasse deux grandes pancartes des candidats à la présidentielle. Les mêmes promesses. Les mêmes mensonges. Une première promets la réalisation de 500.000 projets de femmes en posant avec des vieilles femmes certainement des rurales (il a dû leur donne juste quelques sacs de céréales) je secoue la tête et tourne.

Une centaine de mètres plus loin, un autre candidat, d’autres promesses, cette fois-ci la pose est faite avec des enfants.

Crédit Photo: Faty
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Pauvre Mali !

 

 

 

Fin des cours à Bamako,Tombouctou j’arrive…

 

Credit Photo: Faty
Credit Photo: Faty

 

C’est le même rituel depuis que l’enseignement normal existe. Le CFTQ est la place to be, pour tout enseignant  de l’enseignement normal, par amour du devoir bien fait, peut-être mais c’est surtout  pour les indemnités auxquelles ces corrections donnent droit. En effet nous ne sommes plus aux années de Moussa Traoré, Où la correction d’une feuille coutait à peine 100 FCFA. Maintenant elles rapportent des sommes rondelettes si le lot de feuille corrigé est important : 460 FCFA par feuille.  Quand on connait l’attrait de l’enseignant pour l’argent !

Je suis de l’exercice depuis juillet 2008, j’ai bien failli ne pas y être l’année dernière  avec la disparition de mon nom des proposés à la correction (je me demande si mon nom n’est pas tombé dans le fleuve pendant notre repli stratégique vers Bamako). Avoir aidé au travail administratif et joué le rôle du directeur des études jusqu’à la veille de la rentrée scolaire 2012-2013 ne m’ont en rien servi. Quand tu es une femme, dans un monde d’arabisant, reste à ta place. Tu as plus de chance de t’attirer leurs courroux que d’être proposée à un poste de responsabilité. J’en ai fait l’expérience. Pas si triste que ça ! C’est une autre leçon de la vie. Ce ne sont pas seulement les voix du seigneur qui sont impénétrables, ceux du monde des enseignants maliens aussi !

Cette année encore nous revoilà sur les bancs si peu confortables de cet établissement privé qui s’étend sur deux étages comme un château-fort, d’un blanc sale bien sale.  Le roi qui règne sur ce royaume s’appelle Amadou Alpha, du CECE (centre des examens et concours de l’éducation) . Un homme d’une rigueur bien exemplaire, si ce n’est cela j’imagine la cacophonie qui règnerait. D’aucuns sont prêts à tout pour mériter son estime pour être toujours convoqué.

Avant cette crise du nord et notre (nous enseignant, élèves-maitres, administration de l’IFM Hégire de Tombouctou) fuite en avant vers Bamako, la correction était bien intéressante car en plus des frais de séjour, nous profitions d’une somme forfaitaire pour le transport (des mois après hein !). Mais notre déception a été grande de constater en juillet dernier que la décision de relocalisation de notre établissement à Bamako nous privait de ce que nous voyions comme des avantages. Quelle frustration de voir ceux qui viennent de Kati en profiter, mais c’est le Mali… tout s’y fait et se cautionne. Cette année, mon jeune collègue qui en est à sa première correction a bien haussé la voix en répétant «  et ceux qui viennent de Tombouctou ! ». Silence. Pas une réplique. Sa voix a bien résonnée, emplissant la salle. Les agents du CECE chargés de cette besogne s’en sont allés sans lui répondre. «  Cela veut dire que c’est une cause perdue Birma ! Ils t’entendent bien,  c’était pareille l’année dernière » lui dis-je.

Je suis bien professeur de psychopédagogie, mais j’ai toujours été de la commission LMP (législation scolaire et morale professionnelle)-philosophie-ECM (éducation civique et morale). Ces deux dernières années il faut reconnaitre que le nombre des correcteurs a bien augmenté, faisant fondre nos gains comme peau de chagrin.

Les sujets de cette année même certains de philosophie, cadrent plutôt avec l’actualité.  « La religion ne peut-elle se propager que par la violence ? »,  « Nous sommes responsables de nos actes mais pas du destin », bien qu’il y ait eu les sempiternelles sujets sur la relation philosophie-religion-science société-pensée.

Les sujets de législation scolaire et Morale professionnelle LMP, s’articulent autour du comportement adéquat pour un enseignant, soit à l’école, en société, avec son employeur, ses droits, ses devoirs… Le sujet 2 de l’examen de passage de la 2ème à la 3ème année de l’IFM hégire s’intitulait : « la législation scolaire constitue un guide pour l’enseignant » explique cette pensée et donne des exemples dans la vie de l’enseignant permettant de l’illustrer.

Sujet bien abordable dirait qui connait le contenu du cours que nous avons vu en classe. Mais je suis bien désolée de vous dire que mes élèves ne pourront pas  bien le traiter car ils se buteront à des mots qui sont bien ‘’durs ‘’ pour leur niveau en français.  Il  s’agit de « guide » et « illustrer » les mots clés du sujet.

Le système ne me permet même pas d’avoir à corriger leurs copies d’examens, mais il faudrait bien expliquer aux autres correcteurs les difficultés que mes élèves ont en français (en arabe aussi d’ailleurs, les élèves maliens ont tous des difficultés dans tous les domaines conséquence d’un niveau bas qui ne cesse de s’affaisser.

Le sujet1 des élèves en passage en 3ème année généraliste  niveau DEF  évoque la conscience professionnelle chez l’enseignant qui serait le résultat d’un certain nombre de critères que l’élève-maitre doit décrire et donner les critères.

L’Education Civique et Morale ECM s’articule, lui, autour de la démocratie, la dictature,  la patrie, la nation, la famille, la corruption, les obstacles au développement, la liberté, la justice, la tolérance…

J’ai eu à corriger en ECM un sujet très intéressant qui renseigne sur la panne de patriotisme que connait le Mali. Le Sujet annonce ceux qui disent « j’aime ma patrie, je l’adore, je la chéris » ne sont pas forcément les plus grands patriotes et demande aux candidats de dire ce qu’est le vrai patriotisme.

Et là, les amis, la catastrophes.  Ils donnent bien facilement la définition de la patrie qu’ils doivent avoir bien écrit sur leur bout de « djinns » en rentrant en classe, mais c’est tout !

Quand il s’agit de donner les critères d’identification du patriotisme, ils vont s’enliser dans des discours creux, parfois insensé qui vont de refus du chauvinisme à la glorification du néocolonialisme, ainsi, je n’ai pu m’empêcher de retenir cette phrase « je félicite les français car ils ont nous sortis dans l’obscurité. Les griots de notre patrie ont organisés une chanson pour les français car la colonisation de notre patrie a été bien fait et la démocratie et les gens sont content nous avons nommé un président. Le patriotisme est l’ensemble des citoyens qui aiment sa patrie ».

3jours de dur labeur pour en finir avec toutes les feuilles, ceux qui ont fini les premiers aidant les autres pour que nous « puissions avoir notre argent rapidement ». La récolte n’a pas été aussi bonne. Mais vivement la correction de l’année prochaine. Cette fois-ci j’espère que nous ne serions pas résident de Bamako. Oh que Tombouctou me manque…

c’est la rumeur qui nous annonce que la rentrée scolaire aura lieu à Tombouctou, d’ailleurs personne ne m’a officiellement informé en avril quand je venais reprendre les cours à Bamako… peut-etre que je fuyais les fouets?

 

 

 

 

 

 

Le Lycée des jeunes filles de Bamako,toute une histoire #1

L’idée des billets croisés sur les conditions de la femme de l’Afrique à la Guadeloupe vient de la grande bloggeuse camerounaise Danielle Ibohn. Elle n’a pas hésité à me proposer le travail bien qu’elle sache que je ne l’affectionne pas particulièrement. Je trouvais que les styles disparaissaient sous la plume du coordinateur. Mais il faut dire que le dernier billet commun des mondoblogueurs sur les embouteillages en Afrique a apporté un grand démenti à mes propos.

Cette fois-ci ce sont mes consœurs Mylène Colmar et Limoune, mon reflet ,que des mondoblogueuses que j’apprécie (mais les autres ne pensez pas que je ne vous aime pas hein nous sommes ensemble dans l’empowerment Feminism, des femmes battantes et entrepreneuses) !

Je vous réserve ainsi une série de billets qui vont du portrait au reportage en passant par les anecdotes qui donneront certainement du piment aux choses.

Mon premier article porte sur le lycée des jeunes filles de Bamako qui a été dernièrement baptisé lycée Ba Aminata Diallo. Il a failli en devenir mixte.

J’ai découvert ce lycée pendant les examens de passage de mon institut L’Hégire. J’y étais affectée au secrétariat au dépend de la surveillance. Mais depuis que les chefs sont au courant de mes aptitudes en informatique plus questions de surveiller pour moi. Bon…c’est un peu plus reposant si l’on ne considère pas la concentration et le sérieux dont il faut faire montre au secrétariat. Une feuille de composition disparait? Il faudra la retrouver; il faut qu’elles soient toutes signées par les deux surveillantes et l’élève.

J’ai mis à profit les temps morts où les élèves composent pour avoir des conversations avec la vice-présidente qui justement est sortante du lycée et la surveillante du moment.

C’est une grande dame, ancienne sportive, d’une grande gentillesse et à un franc parler inégalable.  J’ai eu plusieurs entretiens avec elle et elle n’a pas hésité à me donner conseil et à m’encourager dans le blogging. J’ai pu parler de la vie passé du Lycée avec elle, mais aussi le proviseur (j’allais écrire directrice tellement le terme est fréquent dans la vie de cet établissement typiquement féminin et aussi Rokia Doumbia qui y est professeur d’économie familial.

 

Le Lycée des jeunes filles  de Bamako

Crédit photo: faty
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  1. Présentation

Lorsque vous dépassez le grand portail en grille de l’entrée, un jardin ceint de grands arbres vous accueille. Une grande bâtisse vous fera face. Elle était surnommée « la grande mosquée », ce n’est pas le premier des surnoms dans ce lycée des plus atypique. Vous le verrez bien en continuant votre lecture. C’est un bâtiment à deux étages datant de la période précoloniale. On ne priait pas le vendredi  dans cette « grande mosquée » car elle servait de salles de classe, de direction, de salle des professeurs, du labo de biologie et de bibliothèque. Je vous signale que c’est le laboratoire de biologie qui nous a accueillis pendant une semaine  pour nos examens de fin d’année.  La cour est grande  et entretenue, avec des rangées de grands divers, sous les lesquels sont déposées des chaises en béton.

A l’est se trouve les logements de la directrice et de la surveillante, un bloc construit après l’indépendance sert à l’administration. A son opposé, une autre bâtisse servant de salle informatique et de logement pour le censeur.

Credit photo: Faty
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A l’ouest, se trouve un autre bloc  qui était surnommé « petit Paris ». Il comprend des salles de classe, le laboratoire de physique-chimie et la salle PELF (pôle d’d’excellence pour la langue française) réalisé par le projet français de renforcement.

Au nord, c’est « grand Bassam », un grand bloc qui jadis servi de dortoir. Il y a un grand mur appelé d’antan le couloir de la mort, car les lycéennes faisaient le mur après leur sorties clandestines.

« Beaucoup s’y sont blessées car c’est un mur long pour des filles. Nous l’empruntions pour sortir après la condamnation des portes par les surveillantes après 22h. » Me confia la surveillante elle-même sortante du LBAD.

  1. Historique

 

credit photo: Faty
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Cet établissement a un lien profond avec la colonisation que je ne peux m’empêcher de surligner (je ne dis pas souligner car je trouve le mot bien faible et un peu faible pour évoquer une … (comment l’appeler ?), un fait qui a éviscéré l’Afrique pour l’en attacher à la France pour le Pire et le meilleur ?

Comme nous sommes en histoire, remontons dans le temps. De 1856 à 1920, les colons ne cherchaient à former les « indigènes » pour qu’ils leur servent d’auxiliaires dans l’administration afin de les aider à assoir leur commandement. Nous connaissions certainement tous le but de l’envahissement français en ce temps : mettre sur pieds les voies et moyens pour acheminer les richesses de la colonie (le Mali) vers la France. Mais aussi divulguer la langue et la civilisation française. Tâches dûment remplies je crois ! L’OIF (organisation internationale de la francophonie) nous le démontre.

 

credit photo: Faty
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A  cette époque, l’école primaire délivrait un certificat d’études primaires élémentaires CEPE. Beaucoup y arrêtaient. Les quelques-uns qui continuaient leurs études allaient à l’Ecole Primaire Supérieure (7ème à 9ème année). Et très très peu aboutissaient dans les écoles fédérales au Sénégal telles que l’Ecole Normal William Ponty à Gorée ou Sébikotane, l’Ecole de Médecine de Dakar ou l’Ecole Normale d’Instructrice à Rufisque, toujours au Sénégal. Je ne crois pas que ce soit le fait du hasard hein ! D’ailleurs le hasard est facilement réfutable, même si les coïncidences existent. Hum…

S’il faut considérer l’emprise de la tradition et le refus total du colon et de sa civilisation, le taux de scolarisation était très bas à cette période. Celui des filles était plus bas que terre : 1% des filles inscrites arrivaient en CE2 (4ème année fondamental), quelques rares combattantes (je crois qu’elles méritent largement ce titre) arrivaient au CM1 et au CM2 (5ème et 6ème année) se font engager comme monitrices d’enseignement ou infirmières quand elles obtenaient le CEPE. Celles qui continuaient les études  allaient au foyer des métisses (nom évocateur non ?) pour y préparer le concours d’entrée aux Ecoles fédérales d’institutrices de Rufisque ou des Sages-Femmes de Dakar pour 4 ans. Les passantes du concours étaient rares.

Pour se faire une idée sur ce faible taux de scolarité des filles, sachez que l’effectif total des soudanaise (ancien Mali) dans à L’ENA de Dakar, de 1938 à 1956 a été seulement de 45 élèves en 17 ans.

Ce constat a poussé le colon à réviser son système dans son empire colonial. Des cours normaux de filles, puis des collèges modernes des filles sont créés partout en Afrique Occidental française (AOF).  Celui du soudan français actuel Mali fut implanté à Markala (une ville située dans la région de Ségou où la France a construit un grand barrage hydraulique en usant de travaux forcés).

Les filles entraient en 1ère année âgées de 14 à 17 ans.

Le collège Moderne des filles de Bamako vient consolider un nouveau système qui se veut complet et permet aux filles d’aller à l’université après l’obtention du Baccalauréat.

En somme ; le LBAD, Collège Moderne des jeunes Filles de Bamako de son premier nom a été inauguré le 04 février 1951par des colons fiers de leur œuvre civilisatrice en la personne du président de l’Assemblée de l’Union française M. Fourcade, accompagné de M. Béchard, haut-commissaire de la République AOF résidant à Dakar, M. Louveau, gouverneur du Soudan français, M. Camerlynck, recteur de l’académie  de l’AOF résident à Dakar et enfin M. Monnier, inspecteur d’Académie du Soudan français.

Il faudrait retenir aussi la présence d’un seul officiel du côté des « indigènes » (ou je devrais dire des autochtones ?) M. Tidiani Faganda Traoré, président  du conseil général du Soudan. La foule de soudanais était nombreuse.

A son ouverture, le collège comptait seulement 25 élèves de la 6ème à la 4ème  et la 3ème ne comptait que 7.

Le régime était l’internat et accueillait des filles qui venaient de toutes les régions avec une directrice à sa tête en la personne de Mme Risch Alberte, une française, une surveillante : Mme verger, française aussi, une maitresse d’internat (chargé de surveiller et d’assister les élèves en dehors des cours magistraux) et d’un économe M. Noma Kaka, un nigérien.

Les filles avaient une permission de sortie le samedi matin et rentraient à 18H.  Une sortie était possible un dimanche dans le mois. Les sportives (dont madame la surveillante) avaient des permissions spéciales de sortie les jours de match. Mais les sorties clandestines aussi étaient de mise. «  Il est pratiquement impossible de commencer l’internat et de finir sans avoir un jour fait un détour par le couloir de la mort » dit-elle. « Je passais même par les barres de la grille. Parce que j’étais mince. ».

Mais qu’en est-il de la religion en ce temps-là ? Car je vois qu’il y a une mosquée entre la direction et « petit Paris ».

«  Oh, à ce temps-là nous ne pensions même pas à prier ou à Dieu. Seules les études nous intéressaient, il y avait une concurrence entre les élèves et avec les autres écoles aussi. Et puis, on disait que l’enfant qui priait trop mourrait vite. »

  1. Du collège moderne des jeunes filles de Bamako au Lycée Ba Aminata Diallo…

Les bâtiments ont vu des jours et des années s’écouler…

Le collège moderne des jeunes filles de Bamako est transformé en  Lycée des jeunes Filles  qui forme au DEF (diplôme d’études Fondamentaux) et au Bac de 1959 à 1965.

La réforme de l’enseignement (qui me vaut mon surnom de réforme il y a 4ans à l’Hégire) initié par Le président Malien Modibo Keita qui avaient pour but de malianiser l’éducation en lui trouvant un contenu malien tout en gardant un caractère universel, une décolonisation de l’esprit des maliens qui pourront bâtir ce jeune Etat et lui permettre de se développer la transforme en un établissement d’enseignement secondaire.

A partir de 1966, le lycée n’a plus sa section collège et forme uniquement  au baccalauréat.

Avec l’accroissement des effectifs, le lycée qui recevait « toutes filles qui passaient au DEF dans les régions » dixit la surveillante. La croissance du taux de scolarisation et la création des lycées dans les régions, le lycée des jeunes filles retrouve son ancien statut d’accueil de l’élite, faisant de la concurrence avec le lycée Askia qui ne sont pas loin, d’ailleurs les filles qui étaient orientées en série Lettres Classiques y partaient, le lycée technique le lycée de Badala qui disait être sur la colline du savoir. Mais l’internat y est supprimé en 1980.

C’est durant l’année scolaire 2000-2001 que le lycée des jeunes filles faillit perdre son caractère spécifiquement féminin par l’orientation de 1076 garçons.

Cela n’a pas été une bonne chose, car nous avons vu que cela ne marchait pas. Les autorités aussi qui ont demandé aux garçons de partir dans les autres lycées mixtes des alentours. Pendant cette période, les filles ne travaillaient plus. Ce rapprochement n’a vraiment pas bénéfique.

La directrice me parla d’un refus des garçons à partir « mais on leur a donné le temps et au bout nous nous sommes retrouvées comme avant ».

C’est en 1995 qu’il est baptisé Lycée BA AMINATA DIALLO du nom d’une valeureuse directrice qu’il connut de 1972 à 1983.

Maintenant le LBAD (prononcer elbade) est l’un des plus grands lycées de Bamako dirigé par Mme Fofana, une ancienne du lycée. Mes visites dans l’administration m’ont permis de voir un personnel très féminisé. Mais, ils ont un censeur qui m’a donné une documentation sur l’historique avec gentillesse. Je pouvais tout emporter et les ramener quand je voulais.

  1. LBAD de nos jours

    Credit Photo: Faty
    Credit Photo: Faty

Un lycée qui fascine. Il m’a plût dès l’entrée. J’en avais déjà entendu parler, notamment par ma cousine Fatou Sacko qui l’a fréquenté. Mon grand-frère aussi y a fait son stage de fin d’année de l’ENSUP. Ils m’ont parlé de jeunes filles élégantes, intelligentes, turbulentes, belles. Pratiquement l’Elite féminine malienne sort de ce lycée. La première directrice jouit d’un respect sans borne de la part des féministes maliennes dont la majorité est passée par ses mains. Quand Madame Sira Diop apparait dans une réunion, toutes les femmes se lèvent. On les retrouve dans tous les rouages de la machine administrative et dans le corps professoral à Bamako et partout au Mali. Elles etaient mères de famille, professeurs de lycée et d’université, fonctionnaires, consultantes, experts comptables,  commerçantes, banquières, magistrats, médecins, avocates, économistes, officiers dans l’armée malienne, ingénieurs de conception, ministres, députés, ambassadeurs (drice ?)Promotrices d’école, d’association ou d’ONG, artistes (la comédienne Nana Kadiatou Kanté de l’ORTM n’a pas fini sa scolarité profitant d’une suspension d’une semaine dû à histoire rocambolesque pour se diriger vers l’INA (Institut National des Arts).

L’anecdote m’a beaucoup fait rire. C’était vers 1973, la directrice dirigeait l’école d’une main de fer. Elle choisissait la chef de classe et établissait une liste avant de le faire savoir aux élèves. Les filles de Bamako qui sont les plus civilisées décidèrent qu’aucune fille des régions « une  broussarde » ne sera chef de classe. Elles firent passer le message et mirent des filles de Bamako à la place de celles des régions que la directrice avait choisies. Les régionales ne firent pas d’histoire car elles devaient bien craindre ces filles-là. Le pot aux roses fut découvert par la directrice à la première occasion quand les responsables de classe partir pour retirer la craie pour les cours et fut étonnée d’avoir des personnes différentes. « Madame ce sont les filles qui ont dit que la fille de Sikasso ne peut pas être responsable et que je devais prendre sa place » répondit la première qu’elle interrogea.

Je m’en vais vous faire une petite liste des plus connues.

  1. Deux premières dames :
  • La femme du premier président du Mali Modibo Keita, Fanta Diallo
  • Adame Bah Konaré, femme du président Alpha Oumar Konaré, historienne de renom.
  1. 2.   Des femmes de premiers ministres :
  • Maïché Diawara, femme du premier ministre du gouvernement de transition Zoumana Sacko ; candidat aux présidentielles de juillet 2013.
  • Aminata Maiga, épouse d’Ibrahim Boubacar Keita, IBK, candidat aux présidentielles de juillet 2013.
  1. Des politiciennes:
  • Mme Cissé Mariam Kaidama  Sidibé,  dernier premier ministre du règne ATT
  • Mme Diarra Diagossa Sidibé, ministre de la promotion de la femme, de l’enfant et de la famille.
  • Mme Diarra Afoussatou Thiero, ministre de la promotion de la femme, de l’enfant et de la famille.
  • Mme Mbam Diarra, militante de la société civile. C’est elle qui devrait diriger cette soi-disant commission de reconciliation si elle était vivante. Que Dieu ait son âme.
  • Mme Traoré Fatoumata Nafo, ministre de la promotion de la femme, de l’enfant et de la famille.

Je pourrais en citer encore et encore…

Quel prestige !

Mais le lycée des filles de Bamako est entré dans les mêmes travers que connaissent tous les établissements scolaires maliens  avec notamment la baisse des niveaux. Les taux de passage au bac sont la preuve. Des élèves n’ayant aucun gout pour les études malgré le parquet de professeurs chevronnés qui y sont.

L’année dernière, sur trois classes de SHT (série sciences humaines) la série qui a le plus de candidates, une seule élève a franchi le cap, « des mortes intellectuelles », selon une enseignante.

Les plus rentables sont les élèves de LLT (Littérature, Langue terminale).  S’y retrouvent des élèves aux moyennes littéraires et scientifiques basses. Elles sont très proches des terminales SBT  (série Sciences biologique terminale). On observe le plus de passage dans les séries les plus difficiles « selon les élèves » car c’est une série qui demande à l’élève une culture générale impressionnante et un amour pour la lecture et la littérature en général et en général le malien ne lit très peu, d’aucuns disent que « si vous voulez cacher quelque chose au malien, il faut le mettre dans un livre. ».

La surveillante a évoqué aussi la démission des parents d’élèves qui laissent les jeunes filles sans aucune éducation sexuelle et leur accorde une grande liberté.

« De notre temps ; les filles arrivaient au lycée des jeunes filles déjà pubères. Elles ont les 14 ans dépassés et ont fait d’objet d’une bonne éducation dans leurs familles avant d’être internées. Ce n’est plus le cas pour les filles de maintenant qui sont dans la majorité des filles de Bamako. Elles entrent à l’école précocement et arrivent au lycée pendant la crise de l’adolescence. Nous sommes obligés de prendre en charge cette partie de leur éducation et ce ne sont pas toutes qui se laissent faire.  Certaines se retrouvent avec des grossesses non désirées. »

Est-ce que le programme scolaire prend en charge cette éducation sexuelle en évoquant la contraception ou les préservatifs contre les MST ?

« Non, pas du tout. Cela ne fait pas parti du programme et nous n’avons jamais profité d’une formation du genre dans notre établissement »

Comment se passe les cas de grossesses ?

« Avant, lorsqu’une seule fille était soupçonné d’entre enceinte, toute la cour suivait une visite médicale et tous les cas détectés étaient immédiatement renvoyées. Maintenant ce n’est plus le cas. Si l’élève arrive à le supporter, elle peut venir en classe jusqu’au dernier jour de sa grossesse et même le jour d’après l’accouchement. Celles qui en font la demande font l’objet d’un ajournement. Mais nous ne renvoyons pas les élèves pour cette raison. D’ailleurs, il y a parmi elles, des femmes mariées. »

Ce lycée est pratiquement le fleuron de l’Elite féminine du Mali. Est-ce que des sortantes du lycée des jeunes filles vous ont aidé ?

« Pour ainsi dire non. Nous avons eu à mettre sur pieds une association des sortantes du lycée des jeunes filles du temps d’Alpha Oumar Konaré avec Adame Bah. Nous avions organisé une soirée à l’issue de laquelle la Société Sapec a repeint le bloc principale. »

Les enseignants sont attristés par voir les filles accuser le coup et oublier le combat que leurs grand-mères ont mené pour le développement du Mali et le Salut de la Femme malienne.

Credit photo: Faty
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L’école et la tricherie

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La fin du mois de mars correspond à la période de composition dans tous les établissements scolaires au Mali. Enseignante de ma nation j’ai consacré la semaine dernière à la surveillance de ces épreuves hautement importantes,  la moyenne de classe étant couplée à la moyenne de l’examen de passage dans les IFM (Institut de formation des Maîtres et  non Institut Français du Mali héhé !)

Enseignante oui, mais pas saignante par une plaie bien béante comme l’est l’école malienne.  Elle répond parfaitement à cette image que donne le Mali maintenant sur le plan international. Un pays entier qui a plié l’échine sous le poids de la corruption, des malversations, du népotisme, du favoritisme qui ressemble à de l’ethnisme. Oui ! Quand des dogons sont au pouvoir c’est des dogons  qui sont fréquents aux postes de responsabilité – là j’imite le chanteur de Gao et cousin  Baba Salah qui dans une de ses  chansons  remplace le mot touareg par dogon car les dogons sont les cousins des sonrhaïs  pour éviter de créer la polémique avec les Touaregs-.

L’IFM est un endroit bizarre, une sorte de nomansland dans le monde  l’éducation au Mali. Ce qui ne devrait pas être le cas car ce sont ces instituts qui sont chargés de  la formation des enseignants à l’école fondamentale au Mali.  La première question de mon lecteur concernerait certainement ce terme : « école fondamentale ». Cela correspond à ce que nous appelions au Niger  (et  toutes les anciennes colonies française) à l’école primaire et au collège : C.I  (cours d’initiation) jusqu’ à la 3ème.

Rappel…

Ce terme est malien dans ce cadre. Je ne sais pas comment on dit en Guinée.  Il m’en a fallu du temps pour comprendre les noms qu’on utilise dans le système éducatif malien. Puis, je suis venue à l’IFM Hégire -que j’aime soit dit en passant , même si certains font des pieds et des mains pour m’en faire partir et que le destin, seul, fera son travail- et j’ai découvert la législation scolaire et l’histoire de l’éducation au Mali. Je l’enseigne en deuxième et troisième année. La programme de la deuxième année évoque notamment la reforme que le Mali, devenu socialiste de Modibo Keita, connait en 1962.

En classe, j’y insiste tellement que mon surnom auprès des élèves est devenu «  la réforme ». Ce n’est pas grave. J’aime bien l’innovation. Je la préfère à Madame LMP (Législation scolaire et Morale Professionnelle), mon autre nom.  Je m’amuse même parfois à appeler mon mari « Monsieur LMP ». Quand il demande :

–          Pourquoi ? C’est quoi LMP ?

Je réponds.

–          C’est moi madame LMP, donc toi, c’est …

–          Toi et tes élèves !

Pour en revenir à nos moutons et à la réforme de 1962, le jeune président du jeune Etat qui venait de se défaire du Sénégal (ou bien c’est le contraire ?) cherchait à se lancer. L’enseignant a compris que l’éducation était un maillon de la chaîne. Il a préconisé cette réforme pour permettre à une grande partie de la population de prendre part au développement en sachant lire et écrire. Le credo était une alphabétisation de masse et de qualité  pour permettre d’avoir rapidement les cadres dont le pays avait besoin.  Modibo Keita a jugé utile de trouver les contenus de l’enseignement  sur les traditions et l’histoire malienne d’abord, africaine et ensuite universelle.  Le système a été malianisé. On ne se permet plus de chanter des cantines sur nos ancêtres les gaulois.

Et l’école fondamentale raccourcit d’une classe  est créée et va de la 1ère à la 9ème année, sans examen  de passage en 6ème.

Il faut dire que les sortants de cette école fondamentale n’ont rien à envier à nos bachelors de maintenant.  Les élèves maliens ont de véritables problèmes ces derniers temps. Plus on avance dans le temps, plus ça se gâte. Ça se pourrit même !

Les raisons d’une telle situation

Je suis enseignante. Je me répète. Mais je le répète à juste raison. Je suis enseignante. Je suis aussi, autant,  responsable.  Coupable ! Je ne peux me désolidariser de mes collègues.  Les enseignants ne font plus leur travail. En tout cas au Mali.  Tous les enseignants sont coupables.  Il y en a qui font encore un travail monstre avec les enfants, dans les petites classes. Je sais bien.  Je suis ne suis pas dans les petites classes. Mais je sais que le grand du problème de l’enseignement malien se trouve justement à ce niveau-là. Les enfants ne savent plus lire, ni écrire. Les enseignants sont devenus des hommes d’affaire. Le métier n’est plus un sacerdoce. Il n’y pas plus de vocation.  Il faut juste gagner sa vie. Avoir un travail pour éviter le chômage. C’est facile d’être enseignant au Mali.  Déontologie ? Mon œil. Ce sont les nouveaux mercenaires. Ils se vendent. Et même pas au plus offrant.

Bien sûr, une enseignante ne sortirai pas avec son élève (et je suis douce quand j’utilise le mot sortir car en réalité c’est un autre mot, brut, bestial qui correspond à cette conduite honteuse) et si cela arrive, il relève de l’anecdote.  Mais une enseignante  qui corrige et modifie les notes selon la valeur  (je veux dire le poste de responsabilité) des parents de son élève est autant coupable.

Une enseignante qui donne des notes à tel ou tel élève parce que la fille de nièce d’une fille de la coépouse de sa grand-mère est vraiment autant coupable.

Que dire de cet enseignant qui se prend pour Dieu sur terre dans sa classe, obligeant les élèves (et même les étudiants) à acheter sa brochure  (du copier-coller via internet) et en plus à faire les cours privés (qui sont faites à l’école) n’est-il pas coupable du bas niveau de ces élèves ? Pire ? Parfois les cours privés servent de préambules aux compositions. Tu veux avoir une fuite et préparer  la tricherie –que les élèves appellent Djinè, Djinn- ? Mais participe aux cours privés  qui sont organisés à l’approche  des examens.

Donc pourquoi la tricherie est généralisée dans les écoles maliennes ?

Parce que les élèves, et leurs parents parfois, pensent et sont convaincus que c’est le moyen le plus facile pour obtenir un diplôme.  Le papier. C’est à cela qu’ils pensent.

L’enfant ne veut pas s’user les yeux.  Son père veut le diplôme qui lui permettra de lui trouver un poste par ses nombreuses relations. Il  est prêt à tout pour son rejeton chéri.  Et fait tout pour arriver à ses fins : acheter une moto, le mettre dans le même établissement que ses amis, argent de poche pour les boites de nuit les plus huppées, vacances à l’étranger… Sans oublier l’argent pour acheter les notes.

J’étais sidérée le jour où j’ai appris que mon grand-frère, (enseignant comme moi) payait des cours privés pour ses enfants qui sont  en 3ème année et en 1ère année (CE1 et CI). En première année ! Il faut initier l’enfant à la lecture-écriture en classe. Le maître ne trouve pas le temps, et d’ailleurs est-ce possible avec une classe de 80 à 120, si ce n’est plus ?

Imaginez que le maître est un jeune sortant d’un IFM

On recueille dans les IFM des élèves qui sont titulaires soit du DEF (diplôme d’étude fondamentale) pour un cycle de quatre ans, soit du BAC pour un cycle de deux ans. Dans la majorité des cas se sont les recalés des lycées qui s’y présentent – et passent avec un petit bras long- où des étudiants intéressés par la bourse  qui est la même que celle de l’université, 25.250 francs CFA, essayez de convertir en euro, vous verrez c’est des clopets.

Mes élèves me lisent, je le sais, mais je suis bien désolée de dire ma remarque. Beaucoup ne viennent à l’IFM que pour la bourse. Ils n’ont ni la vocation, ni les aptitudes, ni les qualités nécessaires au métier. D’ailleurs, le caractère franco-arabe de l’IFM Hégire ajoute aux problèmes de mes élèves. Ils sont sortants des medersas (écoles coraniques) qui bien qu’ayant un programme officiel bilingue obéit entièrement au bon vouloir des marabouts qui voient au français « la langue de Satan » en personne.  Certains arrivent à passer à l’examen (d’ailleurs je me demande comment car il y a une épreuve de français) sans savoir réellement lire et écrire en français.

Ils ont bien  cinq heures de français en première (avec mon collègue et ami Ibrahim O. Maiga) et en deuxième année (avec moi), mais  la réalité est renversante. Ceux qui sont bon en français ont parfois commencé leur scolarité au Burkina Faso ou en Côte d’Ivoire. Je suis concernée. Pourtant l’école malienne avait une bonne réputation il y a… vingt ans.

Il faut tricher, s’entraider… pour passer. Mais comment ?

Ayant fait ma quasi scolarité au Niger, je ne connais pas la tricherie. Je le dis fièrement à mes élèves lorsque j’arrive à intercepter leurs « djinns ». Certains sourient. D’autres secouent la tête. Je sais qu’ils ne me croient pas car au Mali, tous les élèves trichent. Ne vois pas le meilleur en un élève. Il triche toujours. Ils échangent les informations. Même quand il n’a pas un bout de papier avec lui, il laisse son brouillon à son ami qui le passera à quelqu’un d’autre.

Quand tu surveilles une matière dans une langue et un alphabet que tu maîtrises, c’est bien. Quand c’est le contraire, c’est autre chose. Il est bien interdit d’écrire sur les murs, mais cela n’empêche pas aux élèves de le faire. Quand ils ont une matière en arabe, ils n’hésitent pas à écrire toute une partie du cahier  sur l’épaisseur du mur de la fenêtre –les murs sont très larges à Tombouctou- qui leur fait face.  J’ai compris la supercherie en suivant les mouvements de l’iris du fautif qui était concentré pour pouvoir recopier. Un collègue arabisant –ils s’appellent eux-mêmes ainsi et nous appellent nous qui enseignions en français francisants-  nous a appris ensuite qu’il s’agissait du sujet en question. On l’effaça et je retirai les brouillons pour lui en donner de nouveaux. Les flèches qu’il me lançait m’aurait fait disparaître. Mais je m’en moque. Je surveille serré. Les élèves le savent. Personne ne veut que je les surveille. Moi et Boubacar Coulibaly, un professeur d’histoire-géographie, la rigueur personnifiée. Geek comme moi. Quand nous sommes ensembles ils crient. Une fois les compositions venues, fini  la complicité.

Mon attention est comme aiguisée.

Un élève qui porte pour la première fois un grand boubou ? Pas net ! Il me suffit juste de lui donner une quinzaine de minute pour le voir sortir une feuille bien remplie de fines écritures – je me demande où il a eu un stylo à la mine aussi fine.

Les casiers doivent être bien fouillés, des papiers qui traînent juste à côté ? Ce n’est pas dû à l’absence de manœuvre, ni un hasard, le propriétaire le récupéra le temps venu.

Je mémorise les différents brouillons que je lis en passant. Je prête attention à la graphologie de chacun. Un brouillon échangé pendant que je bois de l’eau ou que je me pointe à la porte pour prendre mon si précieux thé de 10 heures ? Je m’en rends compte aussitôt. J’exige bien qu’ils écrivent leurs noms sur les brouillons et en français. Mais ils sont de si bonne volonté qu’ils ne s’exécutent jamais. Tu demandes à quelqu’un de le faire ? Les autres profitent pour tricher. Tu parles à ton coéquipier ? Ils en profitent. Tu démasques un tricheur ? Ils en profitent pour tricher. Et quand je te prends, je n’hésite pas à te sanctionner de la même manière, même si c’est à la dernière minute.

Je suis dure avec eux pendant les compositions. Ils disent bien que je suis leur amie.  Ils me disent même « notre madame » comme pour chanter en mon honneur. Mais je ne sais pas tricher. Je n’aime pas les tricheurs. Je le leur dis.  Je le leur montre. Un enseignant doit être exemplaire. Ils n’y comprennent rien ou ne veulent rien y comprendre.  Moi je suis sans pitié alors et je les suis pas à pas.

Un élève qui reste trente minutes sans rien écrire ni sur le brouillon ni sur la feuille. Il a certainement un « djinn » caché quelque part. Si je le serre bien il ne le sortira pas.  Certains y arrivent malgré tout, car leurs tours sont innombrables. Les filles sont très fortes dans cette matière. Parfois elles se contentent d’attendre simplement les informations qui viennent de toute part. Elles traitent ceux qui refusent de les aider de « méchants  et d’égoïstes ».

Encore un billet long après la phase des proverbes. J’espère vous en avoir beaucoup dit sur mon métier pour une fois. Je vous donne rendez prochainement pour vous faire découvrir l’IFM Hégire sans cette sordide histoire de tricherie.