TechCamp Mali 2014, il m’a fallu un tweet

Credit Photo: Faty
Credit Photo: Faty

Je devrais formuler autrement et dire, il m’a fallu juste twitter pour me frayer ce chemin vers ce statut de trainer (formateur) à la première TechCamp qui a eu lieu au Mali. Si ce n’est trop long comme titre.

Oui juste twitter, mon blog sur Mondoblog est ensuite venu donner plus d’ampleur et donner une certaine visibilité à mon travail de citoyen témoin, qui a refusé l’occupation et a  crié son désespoir et celui de toute la population d’une vieille ville qui reste encore connue-prestige passé ?- Tombouctou.

ET pas possible que cela devienne une rengaine, car au fur et à mesure que je progressais dans le journalisme citoyen, je me rendais compte qu’il était possible de partager mon expérience pour empêcher à mon pays de retomber dans les travers qu’il a connus ces dernières années. Certaines situations font que seul le  citoyen lambda peut porter l’information, en plus il peut être acteur à part entière du processus de démocratisation qui a du mal à s’affirmer dans des coins comme l’Afrique.

Avant de recevoir ces mails du Département of State et du Community of Democracies, fin du mois de mars, j’étais juste tranquille dans mon coin, écrivant très peu et lisant beaucoup de billets de blog, addicted à Twitter et aux débats autour de la vie politique malienne, jouant ma partition d’activiste qui dénonce les travers de la politique malienne et  continuant avec mon grain de sel personnel : l’ironie consciente et accusatrice.

Je vous avoue que je n’hésite pas à taguer le premier ministre malien, me réjouissant qu’il ait un compte Twitter. Il paraît que le Mali est en marche et que la démocratie s’instaure, et pourtant je trouve toujours à en redire via Twitter, car je suis sceptique, il faudrait que je le fasse savoir.

Pensez-vous que je dois faire attention comme beaucoup d’amis me l’ont recommandé ?

Malheureusement, je ne sais pas faire attention, je ne peux faire attention à ce que je dis lorsqu’il s’agit de mon pays.  Je crois que c’est mon devoir de faire ce travail via les médias sociaux. Bien sûr plus de la moitié des Maliens ne sont pas connectés à internet et  nous sommes encore au stade des médias traditionnels ici : télé, radio -surtout !- et même arbre à palabres, mais bon, il faudrait commencer par un point de départ ! Twitter et un petit téléphone chinois que je suis arrivée à connecter au réseau 3G – je ne sais plus comment- m’ont permis d’attirer bien d’attention sur ma modeste personne d’enseigne, autodidacte en informatique qui est devenue un véritable geek.

Une séance de formation, credit photo: Faty
Une séance de formation, credit photo : Faty

Donc me voici, formatrice pendant deux jours sur le thème de l’utilisation des médias sociaux par la société civile africaine avec une quarantaine de participants venant de l’Afrique francophone et 7 autres formateurs de plusieurs nationalités  et deux coachs du département d’Etat américain… deux jours formidables d’échanges et de discussions que je promets de vous relater dans un prochain billet.

 

 

 

 

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La démocratie est-elle faite pour l’Afrique?

Le serment du jeu de Paume de David, symbole du pouvoir démocratique. Crédit : la-philosophie.com

D’Europe en Afrique, le mot démocratie change de sens, la stabilité  semble bien difficile à atteindre pour les Africains…

La formule magique de l’alternance, de combat politique dans une arène des idées  ne marche pas sur le vieux contient, sans oublier Madagascar, bien sûr !

Le Mali ? Secoué chaque décennie par des mouvements rebelles indépendantistes arabo-touaregs.

Le Niger ? D’incessants coups d’Etat qui se veulent républicains.

Le Burkina Faso ? Dirigé de main de maître – pour ne pas dire de fer- par un Blaise Compaoré  qui depuis son coup d ‘Etat contre « le révolutionnaire Sankara », a transformé la présidence en un trône qu’il ne quitterait pas d’aussitôt, foi de sénateur!

La Côte d’Ivoire ? Longtemps stable, un coup d’Etat –encore un autre- fait tout basculer et une guerre a failli la partitionner, n’eut été l’intervention de la France-encore une autre !-

Soudan ? Son président, Oumar El-Bechir est inculpé par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité, mais reste soutenu par ses confrères présidents.

Le Togo ? Le fils d’Eyadema, fort Faure, s’est tranquillement installé au pouvoir après le décès de son président de père.

C’est à en croire que les partis d’oppositions africains ne peuvent pas gagner d’élections à la régulière. Et pourtant si, pourront dire certains : Wade l’a fait au Sénégal. Mais malheureusement, ce même Wade s’est sérieusement accroché au pouvoir. Aussi. Comme les autres. Heureusement que le peuple a compris qu’il avait le pouvoir de le faire partir par les urnes.

La liste pourrait bien continuer : Gambie, Cameroun, Kenya, la République démocratique du Congo, l’autre Congo, la République centrafricaine.

Il y a l’Afrique du Nord, qui connut un printemps qui emporta plusieurs ténors Kadhafi, Ben Ali… et laissa ces pays dans une instabilité inquiétante.

 

Ca bouge à Gao

C’est la troisième fois que j’utilise ce titre en faisant cas de la capitale du Mali qui m’avait accueillie pour mon refuge au sud. Ça bouge à Bamako… je me demande combien de fois Baba Mahamat, mondoblogueur – qui bouge autant que moi- centrafricain qui est présentement au Cameroun, mais ayant des attaches au Tchad aussi, m’a répété cette phrase à Dakar, durant la formation de Mondoblog. Rassurez-vous ce n’est pas moi qui fait bouger les choses, je ne suis qu’un témoin d’agitations que je suis avec un calme qui vous étonnerait.

credit photo: mali-web.org
credit photo: mali-web.org

La chance d’être au bon endroit au bon moment ? C’est ce qui m’enivre, dirais-je « ce malienmalin goût pour le danger » qui me fait parfois courir des risques inopinés. Hum… quand on a failli me braquer et me prendre ma moto à 6h du matin à Bamako, je n’en ai pas fait un billet, tellement j’ai eu peur ! Aphtal en sait quelque chose…

Quand je pus enfin m’attabler pour écrire le billet, un calme reposant et un vent frais souffle sur la cité des Askia, Gao. On entend qu’un hélicoptère français voler bas dans la nuit. Cela inquièterait qui n’y est pas habitué, mais nous sommes à Gao. La ville de jeunes ‘’qui ont résisté’’ à des soi-disant « moudjahidines ».

La manifestation la plus violente à laquelle j’ai pu assister. Pourtant j’en ai vu, de manif, dans ma vie. Adolescente, déjà, je marchais pour l’USN (union des scolaires du Niger). Les bastonnades de la police et les remontrances des parents ne m’en ont pas dégouté. Etudiante, j’ai marché pour l’AEEM, enseignante, j’ai marché pour mon syndicat…militante à vie

Les groupes pseudo-islamistes ont pu faire la mesure de la témérité de ces jeunes de Gao. Si ceux de Tombouctou se sont contentés d’obéir aux sages de la ville qui leur demandaient de laisser  «  gens partir comme ils sont venus, sans victimes innocentes », ceux de Gao ont choisi le chemin de la résistance. Tous prêts à mourir pour leur liberté et la liberté de leur ville. Avec une certaine fierté tout songhoï. Quand ils disent « Gao ga kaanu ba naarii si » – Gao est bon à vivre, même quand il n’y a pas à manger- c’est avec conviction.

Ils ont parsemé la ville de drapeau du Mali, applaudit quand le MUJAO a débarrassé la vieille ville des hommes malfaisants du MNLA, d’ailleurs certains combattants du MNLA ont été lynchés à Gao. J’ai été dépassée par l’audace des animateurs de radio de la ville qui continuaient à clamer l’appartenance de la ville au Mali et la suprématie des populations noires(les songhoïs, les peulhs, les bellahs, les bozos) dans la région. c’était suicidaire.

Si les songhoïs de Tombouctou sont pacifiques, ceux de Gao, descendants de Sonni Aliber , un grand guerrier, fondateur de l’empire songhoï, sont aussi belliqueux que les touaregs, sinon plus – ce n’est pas un reproche hein !-

Les longs mois d’occupation de la ville ont permis certainement à ces jeunes qui se sont réunis dans un collectif fort actif, décidé à devenir acteur du développement de leur ville mais surtout prêts à se sacrifier pour leurs idéaux. J’avais bien été découragé de « constater la mort idéologique« qui avait envahi les jeunes à Bamako.

Quand je dis « jeunes » le terme réunit tous ces maliens, de 15 à 40 ans aussi bien élèves, étudiants que travailleurs, noyés par le combat difficile de la capitale Bamako. Il s’agit de ces associations – que je soupçonne couvrir autre chose, franc-maçonnerie –de jeunes, diplômés, tous, en vestes et cravates qui apprennent déjà à diriger le Mali quand leurs parents partiront et qui roulent dans des voitures polluantes et climatisées… surtout focalisés sur leur petite vie de bourgeois.

Je parle de ces jeunes élèves et étudiants, fils de malien lambda, qui cherchent à orienter leurs vies en tirant le diable par sa queue, sans bourses – les bourses sont pour les enfants des riches au Mali- manipulés par  une association, AEEM (Association de Elèves et Etudiants du Mali), qui continue à tremper dans les eaux boueuses des partis politiques.

Ces jeunes de Gao, crient ne vouloir qu’une seule chose…le bonheur de leur ville et ils y travaillent par un militantisme qui me réchauffe le cœur… malheureusement mon message les atteindrait difficilement avec les délestages et « la si belle » connexion internet que nous avons à Gao. Bloguer c’est bien, mais il faudrait qu’internet soit vulgarisé pour que le message passe. Plusieurs mois après mon article intitulé « maliens, indignez-vous » je me suis traitée d’un nom d’oiseau en le relisant et en me demandant combien de maliens ont pu lire ce message. Si vous les conditions de vie à Gao, internet est un luxe qui ne vous passe pas par la tête quand vous savez qu’il y a des barbus en embuscade qui ne pensent qu’à expédier des obus sur vos habitats.

Depuis l’élection d’Ibrahim Boubacar Keita à la présidence du Mali, une certaine priorité est donnée à la réconciliation et à la paix au Mali.  Bien sûr, il affirme « intolérable » la situation de Kidal – l’état et les militaires maliens sont cantonnés à la place des rebelles qui se promènent en terres conquises avec armes et guitares-

intolérable. Pourtant des prisonniers de guerre du MNLA ont été libérés, les mandats d’arrêts internationaux contres eux ont été levés, ils se pavanent enturbannés à Bamako, se « rencontrant dans la capitale pour faire une plateforme commune » à négocier à Ouagadougou. Désormais le discours est filtré – est-ce des consignes ?- On est  malien, on ne chante même plus l’Azawad dans les camps de réfugiés, on ne craint plus les représailles et veut rentrer à la maison. C’est  cette fausseté et la continuation des agissements à la « Mali du temps d’ATT » qui a rendu les jeunes de Gao furieux.

C’est unanime à Gao. Les touaregs du MNLA et leurs amis arabes – qui ont jugé prometteur de créer le MIA pour camoufler Anesardine (mouvement islamique de l’Azawad) ont détruit, pillé et violé dans la mesure de leur possibilité à Gao et ce sont eux qui jouissent des égards du gouvernement.

credit photo: maliweb.net
credit photo: maliweb.net

La grogne contre le maire de Gao a été la première chose que j’ai perçue à mon arrivée. Je le tweetais ce matin, mais on croirait que ce monsieur si élégant, n’a pas été élu par suffrage universel. Personne ne l’aime. Pourtant il a fait un grand coup médiatique lors de la reprise de ville par SELVAL. L’adage dit bien sûr que « nul n’est prophète chez lui » mais un maire aussi impopulaire, je n’en avais pas encore rencontré ! La population l’accuse de s’être enrichi sur son dos durant la crise.

La marche –trêve de digressions, car c’est le thème du billet –  réunissait plus d’un millier de jeunes déchainés contre « les agissements de Bamako », contre le maire Sadou H. Diallo, sans oublier le MNLA et autres HCA. Ils sont descendus dans les grandes artères de la ville tôt le matin.

La touche spéciale de cette marche ? Sa violence. Tous les marcheurs semblent si fâchés ! C’est ahurissant.

Ils dénoncent la composition de la délégation locale qui devrait la représenter aux assises du nord à Bamako. Mais je vous assure qu’il y a de quoi devenir rose de colère –malgré le noir prononcé de la peau des songhoïs- ces jeunes n’ont pu comprendre que les dirigeants de leur collectif ne soit pas sur la liste des invités aux assises. Ni les élus des différentes communes, les associations féminines, les associations de défense des droits de l’homme qui ont tous tellement fait pour les habitants de la ville durant la crise. Leur colère a été découplé quand ils ont appris qu’à Kidal, l’avion ouvrait ses portes à toute personne désirante d’assister aux assises. Pas de listes. Alors qu’une liste parallèle a été fournie dans le cas de Gao «  par le maire » selon les marcheurs.

Le gouvernorat de la ville, qui a été dernièrement rénové a connu une véritable pluie de projectiles. Pourtant les représentants des communes qui n’ont pu partir pour Bamako s’y trouvaient.  Les gardes républicains qui ont vu les manifestants avancer armés de bâtons et autres armes blanches n’ont pas essayé de les arrêter, au contraire, c’est en parlant avec eux qu’ils ont pu les convaincre d’arrêter de caillasser le bâtiment gouvernemental et de ne plus abreuver les pneus –censés protéger les bâtiments d’attentat suicide- d’essence et de les bruler.

Revenus à de meilleurs sentiments, grâce aux promesses d’une solution urgente au problème, les manifestants repartaient quand une brigade de la gendarmerie pointa.

Aux cris « on n’a pas peur des gendarmes » les manifestants firent marche arrière pour revenir vers le gouvernorat et se diriger cette fois-ci vers le Tizi – hôtel ? Bar ? Restaurant ? Tout cela à la fois!- appartenant au maire. Là, encore, le feu a servi. La voiture –luxueuse-du maire est partie en fumée. Encore une fois – une première fois c’était en avril 2012 avec l’entrée du MNLA à Gao- les même pilleurs ont fait leur sale besogne.

La gendarmerie a pu les disperser en usant de gaz lacrymogène. La prière d’Asr-16h- ne trouva personne sur les lieux. Les  pneus ont fini leurs combustions.

J’ai scrupuleusement suivi le journal télévisé de l’ORTM (office de radio diffusé et télévision du Mali) pour avoir confirmation de l’acceptation d’une nouvelle délégation de Gao.  Pas un mot sur la manifestation. C’est à en croire que nous ne sommes pas sur la même planète.

Un journal long, animé par une journaliste sérieusement maquillée articulant bien qui semble être convaincu –elle et tout le staff de la rédaction- que l’actualité se résume aux activités du président de la république et des membres du gouvernement.  On a eu des avis de tout genre sur et pendant ces assises : président – qui peut tout négocier sauf l’autonomie ou l’indépendance-, chef de la Minusma, maire – d’ailleurs, j’ai pu entrapercevoir le maire de Gao, toujours aussi élégant-, cinéaste, réfugié…

Un mandat d’arrêt contre l’ami de David Kpelly bombardé général ? Rumeur…

Israël se permet de canarder les troupes d’Assad ? Pas important…

Gérard De Villiers est décédé ? Les maliens ne sont pas de grand lecteurs, une disparition de Son Altesse Sérénissime Malco ne émouvra certainement pas…

Marine Lepen –Zut je ne voulais pas voir ce nom-là, aussi, sur mon blog- crée la polémique en se fustigeant contre la tenue des otages ?

Ils ne sont plus au Mali, cela ne nous regarde plus…

Si l’actualité internationale vous intéresse vous avez intérêt à chercher l’abonnement pour d’autres chaines de télévisions – pas la chaine 2 hein !-

Oh, Mali, nous voulons que cela change !!!

La leçon malienne

crédit photo: malijet.com
crédit photo: malijet.com

Le président de l’URD, Soumaïla CISSE, classé 2ème au premier tour des élections présidentielles du Mali, le 28 juillet avec plus de 19% des suffrages exprimés vient de reconnaitre la victoire de son adversaire IBK au second tour.
Il semble que le pays est arrivé à amorcer une marche vers la normalité…

Je ne crierais pas vive IBK comme d’autres depuis dimanche! mais je respecte fort le nom KEITA.
KEITA est un nom lourd de signification dans notre histoire. Soundiata Keita a créé l’empire du Mali, Modibo Keita est le premier président de la République, Salif Keita notre premier footballeur de renom… Je pourrais en citer encore d’autres:  le chanteur Salif, keita, l’ancien Barcelonais Seydou Keita, le champion du monde de Taekwondo Daba Modibo Keita aussi!
Que ce soit un Ibrahim Boubacar keita qui soit élu président du Mali pris entre Serval, Misma, la junte et le peuple plein d’espoir… Nous devons nous réjouir;

C’est un tournant décisif certainement!
Je garde l’espoir… j’ai foi en mon pays, d’où un billet aux couleurs du drapeau malien.

Un proverbe Bambara dit : « Allah minè djon tè malo », Celui qui croit en Dieu ne sera jamais humilié.

Bien le bonsoir les amis

Lettre ouverte d’une malienne au futur president du Mali

credit photo: abamako.com
credit photo: abamako.com

Excellence Monsieur le président

C’est le cœur plein d’espoir que je vous écris cette lettre. Je sais, vous ne me connaissez pas, mais bon je suis juste une jeune malienne qui ne veux garder  que l’espoir et crois à un avenir rayonnant pour son pays malgré les mésaventures que nous avions connus  depuis notre indépendance en 1960. Je sais que la campagne électorale sera fermée ce soir et que les dés sont déjà jetés.

Monsieur le président, quel que soit votre nom, je n’ai pas voté pour vous, sachez-le. Pas parce que j’ai mis un bulletin blanc dans l’urne  comme j’en avais l’intention, ou parce que je ne comprenais rien à la procédure de vote comme beaucoup de mes compatriotes.

NON, je n’ai pas voté parce que je fais partie de ces milliers de maliens qui ont pris la poudre d’escampette vers le sud lorsque leurs villes ont été occupées par des barbus maigrichons et analphabètes qui prônaient une autre charia.

Ces déplacés qui ont acquis le titre de réfugiés dans leur propre pays. Et avec le privilège de devenir invisible. En effet, mon président, j’ai l’impression de ne pas exister.  De n’avoir plus les mêmes droits que les autres maliens. Bien sûr,  je continue à percevoir mon salaire d’enseignante mais encore… c’est à peine si j’arrive à m’en sortir avec toutes ces dépenses et la responsabilité de la capitale : Nourriture, loyer, transport, santé. Nous n’étions pas habitués à cela dans notre  « nord », je ne veux pas dire notre brousse  comme pensent beaucoup d’autres. Nous y étions bien, et là-bas nous étions des citoyens à part entière qui pouvions voter quand l’occasion se présentait.

Monsieur,  je ne veux pas du tout m’épancher sur votre passé, que ce soit celui d’un premier ministre  qui supprima la bourse des collégiens durant son mandat ou d’un ancien ministre des finances originaire justement d’un nord qu’il semble l’oublier. Mais prennez en compte la souffrance de ces déplacés qui ne veulent que la « paix » pour retrouver leurs terres et leurs occupations d’antan.

Mon président, ne soyez pas comme tous ces candidats à la présidence qui nous ont promis le changement  pour mettre en place un savant système de corruption et favorisant le népotisme qui a mis les jeunes du pays sur les routes clandestines de l’immigration. J’espère que cette fois-ci le discours envers les jeunes ne sera pas seulement feux de paille ayant pour but de les pousser seulement à vous accorder leur voix.

J’espère qu’une refonte du système éducatif sera votre chantier. Nous en avons besoin. L’école malienne est à genou. Les écoles privées qui ne pensent aux subventions de l’état au détriment de la qualité dès l’enseignement fleurissent chaque jour aux cotés de celles élitistes que seuls les enfants de riches, vos enfants peuvent fréquenter. Je vous en prie, ayez pitié de ces milliers de paysans, analphabètes qui pensent plus à la main d’œuvre dont ils ont besoin pour l’agriculture aux techniques archaïques qu’ils pratiquent, qu’à inscrire leurs enfants à l’école.

Mon président, surtout pensez à la femme malienne. Qu’elles soient rurales ou citadines, aidez-les à s’extirper de pratiques obscurantistes comme l’excision et le mariage forcé pour lui permettre aussi de participer au développement de son pays ; un citoyen  qui aura étudié, qui  se sera forgée une opinion et s’en remettra aux décisions des hommes.  Je ne suis pas un dragon du féminisme qui voudrait couper la tête de tous  les hommes, responsables de leurs malheurs, non, je suis juste une jeune malienne engagée pour son pays.  Qui voudrais que vous permettiez aux femmes d’être des acteurs du développement, d’être  députés, maires, directrices, PDG .

Parce que ressortissante du nord du pays, je ne vous dirais pas de penser  au développement du nord, non, je suis malienne, j’ai parcouru le pays, et je sais que le sud n’est pas plus mal loti que le nord. Je sais que certaines idées divulguées dans ce sens pour justifier cette rébellion ne sont pas fondées.

Moi ce que je voudrais, c’est que vous combliez ce fossé qu’ils veulent creuser entre le nord et le sud du Mali par le racisme ou la religion.

Monsieur, je tiens à ma nationalité, à l’unicité de mon pays plus que tout. Comme tous les vrais maliens. Comme vous j’imagine. Je vous fait confiance pour empêcher à ces séparatistes qui ne sont en réalités que des commerçants qui troquent facilement la Kalachnikov contre une guitare, si ce n’est un micro, de faire reprendre à notre pays  un nom presque oublié : Soudan. Le soudan du nord et celui du Sud existe déjà, s’en ai assez. Le Mali est un et indivisible. Faites-le leur savoir. Monsieur.

Ils veulent l’autonomie ?  Je ne sais pas ce que vous dites sur ce sujet dans votre programme, mais la décentralisation, la démocratie, la liberté d’expression n’est-elle pas une autonomie ? Sachez –le, moi et beaucoup de maliens vous en voudrons si jamais,  vous vous hasardez à tomber dans le même piège que le président qui vous a précédé et dont il est inutile de dire le nom. La moindre faveur en leur égard se retournera en votre défaveur et pourra servir à vos adversaires des élections prochaines. Nous ne voulons plus d’eux dans notre armée. Ils veulent des avantages ? Qu’ils laissent tomber les armes pour se consacrer aux activités qui connaissent et qui peuvent  leurs rapporter des revenus : l’élevage, le commerce, la musique, l’hôtellerie. Qu’ils oublient le trafic de drogue et la politique du peuple martyre.  Le peuple touareg n’a que trop souffert . Il  aspire à la tranquillité  et à la paix pour jouir des bienfaits du  désert  et leurs troupeaux du pâturage.

Mon président je ne sais pas comment vous allez vous en prendre, mais je vous en prie,  faites renaitre notre armée de ses cendres.  Oui, cette armée qui a fait objet de tellement de railleries (de part aussi hein !) dont vous serez le maitre, doit être le garant de notre souveraineté. Je ne voudrais plus jamais entendre dire que nos soldats ont replié, qu’ils ont été massacrés par des rebelles mieux armés, qu’ils ont fait un coup d’état ou pire qu’ils se sont entretués  comme nous l’avons vu  faire les bérets vert et rouge. Plus de sous-couvert pour les recrutements et plus de junte qui jouit de privilèges de chef d’état et nous oblige à nous arrêter aux feux de signalisations à chaque passage.

Mon président, le chantier est fastidieux, mais je crois en Dieu, je crois en vous. Je serais là, à chaque tournant de votre pouvoir pas pour vous juger, mais juste parce que le Mali est mon pays et je veux y rester et y vivre.  Mon vote aux prochaines élections présidentielles dépend de vos réalisations durant ce mandat si délicat.

 

credit photo: maliactu.net
credit photo: maliactu.net

 

28 juillet 2013, jour de vote à Gao

« Don ka djan’ a sebali tè » quelque que soit la longueur de la nuit, le soleil fini toujours par se lever, disent les proverbes du bambara au français.

Les élections présidentielles si clamés et vus comme imposées au Mali malgré les protestations du président par interim Dioncounda Traoré ont lieu aujourd’hui 28 juillet 2013 partout au Mali. C’est à n’en pas croire ses yeux car la partie nord du pays a été longtemps occupée par multiples groupes qui se donnent et s’affilent à l’islam.( laissez-nous en douter).

Ce jour tant attendu m’a trouvée à Gao et me voilà devant; en train de vous conter l’evènement contre vents( réellement hein!  la nature semble s’etre rendue compte qu » il y avait quelque chose à emporter) et coupures d’électricité ( en réalité le terme de coupure ne convient pas à Gao car en fait il n’y a pas d’électricité, c’est parfois qu’il vous arrive d’en avoir et toujours la nuit.)

La campagne m’avait permise de savoir que les femmes allaient jouer un rôle important dans l’évènement vu les abus dont elles ont fait l’objet pendant le joug du MUJAO (qui rime étonnement avec Gao) mais non, fières, elles continuent à porter leur voile;assurément pour démentir certain reportages de l’après libération où on voyait des femmes se dire libres et enlever leur voile.

Des propos d’un délégué de la CENI du  centre du Château, il faut souligner une grande affluence  de la population.   Je ne le démentirai pas. mais j’ai surtout remarqué cela, doublé d’une grande confusion chez les votants.  En effet, beaucoup ne savaient pas vers quel bureau de vote de diriger.

Les populations des régions qui étaient occupées depuis avril 2012 ne recevaient plus la télévision nationale, donc pas d’information concernant le scrutin et la nouvelle carte de vote NINA.  C’est ainsi que  le gardien à qui sa femme expliquait qu’il lui fallait chercher  sa photo parmi les papiers qui étaient collés dans la grande salle et ensuite  choisir la personne de leur choix (il s’agit de la photo d’une personne souriante qui a des lunettes et est placée en première position sur la grande feuille) et de poser une marque sur le côté.  « Mais pourquoi vais-je voter pour la photo de quelqu’un d’autre alors qu’il y ma photo ? Je ne peux pas voter pour moi-même ? »  A-t-il dit pince sans rire.

Baba (c’est son nom) n’est pas seul dans cette position. Nombreux sont les électeurs qui ne pouvaient pas  s’orienter dans le centre du château où je me suis rendue. Pas pour voter. Je vous l’avais dit je pense, je ne figure pas sur la liste de Gao. Mais observer ne me fera point de mal.  Les femmes en mal de renseignement sont assises à même le sol devant la salle d’affichage des listes d’électeurs.

Blogger permet aussi de sentir ce plaisir viscéral d’appartenance à une nation. La vision de tellement de voile dans  cette école pour ce vote m’a fait quelque chose que je vous décrirais difficilement une sorte de nœud au ventre avec une sorte de gout salée à la bouche avec une sorte de joie mêlé à de l’espoir.

J’y suis allée à une heure d’affluence des femmes en ce mot saint du ramadan. Vers 14h.  Une heure où les femmes pouvaient prendre du repos entre le repas des enfants qui ne jeunent pas et le début de la cuisine des nombreux repas pour la rupture du jeûne.

La première vieille que je rencontrai fut la première personne que j’interrogeai :

«  bonjour maman, tu as voté ? »

« bonjour. Non je n’ai pas voté »

« pourquoi ? »

« je ne sais pas où je dois voter »

« Tu as ta carte NINA ? »

« Oui elle est avec moi »

« As-tu voté dans le passé ? »

« Il y a longtemps,  l’année où ou j’ai eu mon dernier enfant j’ai voté pour Alpha Oumar Konaré »

«  Et cette fois-ci ? »

«  Je vais voter pour que Mali sorte des problèmes et qu’on retrouve la paix enfin à Gao et partout dans tout le Mali »

Je l’ai aidé à retrouver sa salle avant de me diriger vers le bureau de vote N°3 où j’apercevais une connaissance faisant le rang : occasion rêvée pour prendre la photo témoin d’une femme  glissant sa feuille dans l’urne.  Il ne me reste que 4% de batterie pour ma wiko, mais j’insistai quand même et eus la photo. Maintenant il me faudra me fier à mes yeux et à mes oreilles.

Je vis des choses pas très catholiques qui se passaient sous un arbre. Mais c’est juste à côté des forces de l’ordre qui étaient plus disciplinés que les gens autour. Arme plantée au sol, le policier de l’entrée semble rêver d’un plat de riz au gras avec son regard vide. L’autre a la tête baissée et est figé. Ce n’est que lorsqu’il interdit  à un enfant qui tenait une grande tasse certainement remplie de nourriture que je compris qu’il était bien vivant.

C’est  aussi  quelque que vous ignorez certainement mais les votes ressemblent à une grande fête pour les maliens… euh je veux dire les maliens qui font de la politique.  Les  partis accompagnent les électeurs jusque dans les bureaux de vote en leur apportant à manger et à boire. C’est à en croire que peu de votants  jeunent car les tasses étaient plutôt grandes.

Une vieille voiture assure le transport des électeurs qui habitent loin. Une voiture blanche surmonté d’une arme porte UN (nations Unis). Un casque bleu se trouve sur le toit.  Que de Délégués et d’observateurs ! S’ils votaient tous, les résultats en changeraient.

Cette fois-ci je vous propose des photos en lieu et place de mon long discours (j’allais dire bavardage, mais s’en est jamais… n’est pas Ibohn ?)

Reste à voir ces résultats qui contiennent l’espoir de tout un peuple.

 Enfin on aura la paix pense-t-on à Gao.

Prenez de l’argent et votez pour moi…

C’est le slogan de La campagne électorale  de cette période « exceptionnelle » (comme se targe de le répéter tout le monde entier vis-à-vis du Mali).Pourquoi ? Je constate le  même défilé des directeurs de campagne vers  les associations féminines des quartiers pour leur offrir polo, argent, pagne, sucre, céréales… Au lieu de présenter un programme en bon et du forme.

Déjà à Bamako, je plaisantais avec ma belle-sœur Mamou à ce propos : elle est dans le bureau constitué en vue des élections. Elle dit vouloir voter pour IBK et  elle est bien silencieuse quand je lui demande les couleurs du parti pour lequel elle était sensée militer. Il faudra qu’elle en finisse avec tous les repas qu’elle doit préparer pour la rupture (j’allais écrire coupure comme c’est le mot qui correspond au même terme dans nos langues nationales) et de vendre ses beignets  et la glace.

A Gao, la réalité est la même, avec une plus grande ferveur, car les femmes de Bamako sont un peu négligentes cette fois-ci. Les jeunes semblent  plutôt sceptiques. Beaucoup ont été retiré les cartes NINA, mais  hésitent quant au choix. D’autres, ne pourront point voter même s’ils le voulaient car déplacés de guerre, ils n’ont pas les moyens de rejoindre les localités dans lesquelles ils ont été inscrits.

Où n’en voient pas la nécessité comme moi. Longtemps, je prenais comme prétexte la non-réception de ma carte NINA. Mais mon beau-frère me l’a envoyé à Bamako  juste avant que je ne largue les amarres. Je n’ai voté qu’une fois, j’avais 18 ans et étais pressée d’accomplir ce geste citoyen qui me donnait du baume au cœur. C’était  dans une école du Niger.  Depuis, je suis arrivée au Mali. Je l’ai découvert. J’ai perdu mes illusions. Je n’ai plus voté.  Je m’étais laissée aller vers le parti de celui pour qui j’avais voté : l’ADEMA, le parti de l’abeille. Par parce que j’aime les insectes ou par gout pour le miel. Non. Parce que j’étais (suis-je encore ?) de conviction socialiste. Mais…

Plus de mais possible une fois ma carte NINA en main. Il faut que je fasse un choix et que j’aille voter.

Voter ? Balivernes… Qui choisir parmi tous ces… (Florian mon frère donne-moi un mot pour qualifier ces gens). Je ne vois absolument pas lequel de ces candidats pourrait faire mon affaire et l’affaire de mes compatriotes.   Ceux du FDR (le front du refus) formé après le putsch du 22 mars ? Jamais ! Ce ne sont  que les dignitaires de pouvoir depuis belle lurette(je ne veux pas écrire ATT car ATT les a trouvé aux commandes et a fait son commerce avec eux). Je les connais tous et pourrait émettre un chapelet de choses à leur reprocher. Les autres je ne les connais pas et sachant que ce ne sont que des maliens (oui les mêmes maliens qui ne pensent à profiter et faire profiter leurs parents, j’en suis une hein ! j’en suis même fière d’avoir cette nationalité !).

Je ne suis pas contente d’étaler un découragement civique, mais vous en avez entendu parler  certainement : peu de maliens voteront. Les taux des scrutins passés n’ont jamais atteint 40%.

Je le disais à Aphtal, dans le silence de son bruit, quand il publiait son billet confession sur son choix de ne pas voter.

Je voterai bien maintenant. Un bulletin blanc pour dire NON à cette imposition. Mais pour les mêmes raisons que nombre de déplacés du nord vers le sud, je ne voterai pas. Etant à Gao, je ne voterai pas. Pour pouvoir le faire il me faudrait rejoindre Tombouctou et aller dans le bureau de vote du quartier sankoré où figure mon nom sur la liste électorale et d’où ma carte NINA a été retirée.

En plus le président de ma république personnelle, ministre de l’administration du territoire et des finances est à Gao. J’y suis.

Cependant les femmes de Gao font la course aux pagnes et aux dons des partis politiques. Ma voisine se décarcasse comme un beau diable, sans rien avoir en retour. Elle m’a d’abord parlé d’une première somme de 50.000 F qu’elles auraient eu du bureau de campagne d’un parti aux couleurs. Ensuite  il y a eu les pagnes et une autre somme de 50.000F et un sac de sucre de 50 kg.  Elle n’a eu qu’un Kg de sucre.   Mais pourtant elle a bien donné sa carte d’identité  et sa carte NINA pour qu’ils en relèvent les numéros et les lui ramènent. Je lui bien expliqué qu’elle n’aurait pas dû. Mais  comme elle, beaucoup de maliens ne sont pas instruits et les niveaux d’analyse ne sont pas aussi haut. Je me suis contentée de ricaner en entendant le leader du même parti crier au risque de fraude organisée.

Oh les politiciens.

J’ai posé la question « pour quel parti tu vas voter ?» Pour me faire une idée des tendances.

Je l’ai surtout posé à des femmes et des villageois.  Des personnes qui votent pour  des raisons différentes des nôtres.

Une première femme, interrogée à l’entrée de Gao, quand elle me montra fièrement sa carte NINA me donna une réponse fort édifiante sur les conditions des femmes ici. Elles sont libres c’est vrai, elles vont et viennent, portent librement le voile maintenant mais restent complètement sous contrôle de leur mari ou de leur frère.

  • « je ne sais pas d’abord.  Je suis de retour d’une visite chez mon frère. Lui et tout notre village votera pour l’abeille. Maintenant je vais chez mon mari et je ne sais pas pour quel parti il votera. Comme je suis inscrite là-bas, j’attends d’entendre ce qu’il me donnera comme consigne ».
  • «  quel est ton propre choix ? »
  • «  je n’ai pas de choix, ce que mes hommes me diront de faire suffira »
  • «  toi tu ne voteras pas pour celui que ton mari va te recommander ? » me dit-elle
  • «  mon mari ne me le dira même pas car il sait que je ne le ferai pas. »
  • «  je serai seule dans l’urne. Si je veux je crache dans l’enveloppe avant de mettre dans l’urne » même quand mon mari était sur une liste aux législatives je n’ai pas voté.
  • «  vous êtes les femmes de  maintenant et vous êtes en ville. Nous ne pourrions pas faire ça tu sais » me dit-elle en s’éloignant, voyant déjà un diable en moi.

 

Si j’étais à Tombouctou, je n’aurai eu aucun mal à être le délégué d’un parti, vu mon niveau d’étude, mais à Gao, dans ce quartier reculé du château. Mais j’irai bien faire un tour des bureaux de vote du quartier avec ma voisine qui est déjà une bonne amie.Si d’ici là j’arrive à avoir une plaque solaire pour charger mon wiko. En tout cas je compte sur l’aide ma communauté notamment  Limoune, Bouba 68, Michel, Boukary Konaté… pendant que j’entends un avion faire une ronde. Je pense à ces films en noir et blanc que je regardai sur Télé Sahel sur le Royal Air Navy… le bruit des avions d’Hitler.

Bien le bonjour !

 

Les amis, je suis à Gao

 

Credit photo: Faty
Credit photo: Faty

J’ai quitté Bamako dans les mêmes conditions que tous les déplacés du nord du Mali : Difficiles.

C’est en croire que les compagnies de transport se moquent de nous. Au pire, ils nous prennent pour du bétail.   J’étais en partance pour Gao. Le billet m’a coûté les yeux et le nez de la tête. En plus je n’ai pas droit amener une seule chemise  (je veux dire un pagne car je ne porte pas de chemise) avec moi. Il m’a fallu payer  l’équivalent du prix du billet pour qu’une partie de mes bagages puissent me suivre après un effort que vous aurez du mal à imaginer. Mais je vous raconte : j’étais convoquée à la gare de cette compagnie qui a pour effigie une chamelle (ou c’est un chameau ?) à 10h. J’y suis arrivée bien à l’heure, voulant respecter mon statut de « ponctualité personnifiée ». Mais la place était déjà bien prise par des bagages de tous genres : des sacs de voyage, des valises, des sacs de riz remplis d’autres choses quand ce n’est pas du riz et du sucre, des balluches gigantesques…

Il faut dire que la blogueuse en situation  que je suis est aussi surchargée : deux valises et deux sacs.  Un agent de la compagnie les marquèrent sans parler argent. J’en fus étonnée car d’habitude c’est ce dernier qui prenait les frais de transport des bagages. Une connaissance  de Tombouctou qui partait bien à Tombouctou et comptait descendre à Douentza, me dit que la compagnie ne prenait plus de frais pour cela. Hum… attendre n’est pas un poids dit un proverbe Djerma.

En effet, il a fallu attendre vers midi pour les entendre nous dire d’embarquer les bagages.  Un monsieur qui semble être le convoyeur contrôlait que tout bout de voyage passait par un certain Mohamed, un jeune arabe qui parlait bien le sonrai de Gao. Ce dernier ne voyait que les voyageurs qu’il semble connaitre mais ne se gênait pas pour fixer des sommes faramineuses pour ces bagages.

« Seuls les sacs de voyage et les valises doivent embarquer, les sacs doivent aller par le camion qui partira demain » disait la consigne. Mais Mohamed fit embarquer plus que des sacs, des grandes tasses attachées dans des draps. Mais je vous assure je me suis débattue comme  diable pour me retrouver nez à nez avec mes bagages dehors. Car ne pouvant pas réussir l’exploit de les porter tous ensemble et surtout de les faire embarquer d’un coup comme ceux qui maintenant sont tranquillement assis dans le car que le chauffeur fait ronfler d’ailleurs. L’énervée grave.

Quand je dis à Mohamed en sonrai « donc celui qui ne te connait pas ne doit pas acheter un ticket dans ta compagnie », le convoyeur m’entendit. Mohamed  se contenta d’essayer de chercher  une place pour la Nième baluche d’une vieille dame de sa connaissance. Il ouvrit un coffre qui était rempli de sacs de tout genre. Le convoyeur vint s’arrêter. Je me mis à protester de plus belle.

«  Donc je ne partirai… c’est la première fois que je voyage par cette compagnie, je crois que ce sera la dernière ! Une fois n’est pas, que dis-je n’est jamais coutume. » Le convoyeur réagit comme je m’y attendais.

« Mais c’est rempli des sacs de sucre, faites sortir ces sacs et mettez les valises de la dame. Ils partiront par le camion ».  Le Mohamed continuait à pousser son sac pour qu’il entre. Le monsieur le lui tira des mains et ordonna à un apprenti de tout débarquer.

« Madame payez la somme qu’il vous a dit de payer. »

« Mais il ne m’a pas parlé depuis l’aube que je suis  là ! C’est combien ? Mohamed. »

« 15.000 » « pour mes habits seulement ? Ok je paye, de toute manière c’est juste ce moment, quand nous aurions tous rejoints notre nord, nous verrons à qui vous allez faire ça ! ».

C’est en sueur que j’entrai dans le car qui s’apprêtait d’ailleurs à partir.  Le convoyeur est juste derrière moi. « Il n’y pas de place » me plaignis-je.

Il me fit asseoir et me dit en plaisantant. «  Toi si tu ne fais pas attention, tu vas payer le cola ».

Et me voici en route pour Gao. Du moins le croyais-je car nous ne sortîmes pas de Bamako que nous respectâmes la tradition avec ces compagnies : panne.

La voiture ne pourra pas nous amener à Gao. Je fis cette conclusion en voyant le chauffeur et ses apprentis s’éloigner du véhicule après avoir tenté une réparation pendant une quinzaine de minutes. Au bout d’une heure. On me donna raison car un monsieur (certainement un enseignant car parlant beaucoup et ayant des lunettes) vint annoncer la nouvelle. Ce n’est qu’au bout de 5h de temps que le bus de rechange arriva.

Quelle aubaine. Je vais en profiter pour changer de la place car le voisin avait encombré la mienne de bidons de 20 litres vides. Je veillai au transfert de mes bagages avant de me chercher une bonne place. Ceux qui perdirent leurs places cherchèrent à faire une fronde. Mais je me contentai juste de suivre d’une oreille discrète, sachant que je ne laisserai la mienne pour personne.

Le trajet a été plutôt tranquille, ponctué  de contrôle d’identité aux différents postes de  sorties et d’entrées. Rien de changé à par le nombre des hommes en uniformes.  Ceux qui n’ont pas de pièces d’identité continuent à payer les mêmes 500 F CFA sans reçu.  Il a y juste une étrangère qui devrait être camerounaise ou ghanéenne à qui ils demandent chaque fois le carnet de vaccination sans pousser le contrôle jusqu’à lire la date du dernier tampon.

Beaucoup de villes traversées. Fana, Ségou, Bla, San, Sévaré. La présence militaire augmente au fur et à mesure qu’on approche du nord.  Je n’ai pu faire un constat concernant la ville de Konna car nous l’atteignîmes en pleine nuit. Avec ma si grande vision, c’est à peine si je voyais le bout de mon (joli !?!) nez.

credit Photo: Faty
credit Photo: Faty

« La frontière du Mali » dixit un officier malien, en Novembre quand je partais à Tombouctou, en pleine occupation.  Les militaires maliens qui y étaient avaient une férocité indescriptible. Ils ont failli me manger pour mon appareil photo à l’aller et au retour mes bagages et ceux des autres voyageurs ont été fouillés pièce par pièce. Le militaire chargé de la besogne en profitait d’ailleurs pour nous crier dessus et donner des coups de rangers dans les valises ouvertes.

« Ce n’est pas nous votre problème, allez-vous en prendre aux maigrichons barbus qui vous ont chassé du nord, au lieu de nous enquiquiner ici ! » avais-je pensé à l’époque.

Mais à Douentza,  je pus faire mon premier rapport : la ville est hyper militarisée maintenant.

en route vers Gossi
Crédit photo: Faty

En Novembre 2012, la ville était sous contrôle du MUJAO (Mouvement pour l’Unicité du Jihad en Afrique de l’Ouest). Je me rappelle que nous nous (les femmes du voyage) étions déjà ensevelies dans nos voiles intégrales que j’hésite à appeler Burka car faites en voiles légères et de couleurs chatoyantes. Là , plus d’obligation, mais j’ai mon voile quand même. Je le portais bien avant que ces bandits se rassemblent pour prôner « leur charia particulière ».

Au poste de l’entrée de la ville, il y avait un pickup et quelques jeunes recrus « peulh et haoussa du Nigéria » avais-je constaté.

Maintenant, ce sont des maliens. Ils ont arrêté à l’entrée du car et tu donnes ta carte d’identité pour sortir. Celui qui semble commander se fait appeler « français » par les autres. Il est mince. Droit. La mine renfrognée. Un français. Un français ? Qui sourit dès qu’on leur remit la somme de ceux qui n’ont pas de cartes d’identité. Un malien. Je souris et secoua la tête (encore ! c’est un geste que j’exécute chaque fois que je ris jaune, quand j’ai mal pour mon pays.)On  n’en finira jamais avec cette corruption ! En pleine guerre, ils pensent encore à se mettre les sous des pauvres citoyens dans les poches.

Cette fois-ci que de militaires : des bérets verts, des casques bleus,  des maliens, des tchadiens  et quelle nationalité encore ? Un béret rouge stoïque, se tient comme un robot. Il semble attendre notre départ pour nous accompagner.  Que de voitures militaires. De longs véhicules marquées de l’insigne « UN ». Mais aussi des voitures de la campagne électorale bariolées aux couleurs des candidats et de leurs partis.  Une femme qui passe sur une belle Djakarta bleue neuve. Oh, la liberté est vraiment dans cette contrée !

Le reste du chemin jusqu’à Gao fut ponctué  par ces contrôles plus que légers ; juste pour détecter les fautifs qui ne l’ont pas. C’est comme s’ils ne savaient pas qu’il y a eu une pénurie de papier pour confectionner le fameux sésame qui semble représenter un certificat de non adhérence à la rébellion.

 

Le poste de Gao ne s’est présenté que vers 17h.  C’est bien différent. Le car s’est rangé sur le côté. Nous nous regroupions devant un premier militaire qui nous demande de passer présenter nos pièces à un autre à 5m. Je demande s’ils pratiquent une fouille au corps.

« Non » me répondit une femme qui semble avoir plusieurs fois fait le trajet.

«  Ça se faisait pendant les premiers jours de la reprise de la ville car on craignait ce qui se font sauter. Ils contrôlent juste les hommes.

« On regarde aussi si toutes les femmes sont des femmes. » dit une autre. Nous avons marché 100m pour être rejoints par le car et traverser rapidement le pont Waberia.

Dès les abords du pont, je pus capturer  par une première photo la place importante des femmes dans la vie de cette ville historiquement songhoï.

Ca bouge encore à Bamako

Aujourd’hui 15 juillet 2013, je me suis réveillée bien tôt ; c’est à en croire que je n’étais pas sur pieds dès 4h45h du matin pour le repas prémices du jeun musulman. En plus, j’ai dû regarder la télé une bonne trentaine de minutes pour pouvoir faire la première prière réglementaire avant de me coucher. Bon, « toute femme africaine doit se lever tôt » disent les bambaras. Ont-ils raison ?

Aujourd’hui je passe mon dernier jour à Bamako. J’ai tout mis sur pieds pour mon voyage à Gao. Le billet du car a été acheté il y a une semaine. Les valises sont prêtes. Il me reste plus qu’à retirer mes derniers sous de la banque pour ne pas partir les mains vides car je n’ai pas lésiné sur les dépenses.

Donc j’étais devant la banque avant l’ouverture, en partant déjà j’avais remarqué cette affluence des étudiants devant l’ENSUP, juste à la descente du pont Fahd. Cela m’avait un peu intriguée car je savais que les professeurs de l’enseignement supérieur avaient déclenché une grève illimitée pour revendications auxquels je ne m’intéresse plus. C’est ainsi depuis que j’étais étudiante j’ai connu deux années blanches dans mon cursus scolaire « grâce » à ces professeurs du Niger au Mali.

Etant l’une des premières dans la banque, j’ai pu effectuer l’opération de retrait bien vite et reprendre le chemin du retour, déjà que je ciel menace !

Arrivé au niveau du ministère des finances et de l’économie, les premiers signes d’un mouvement estudiantin me parvinrent : les voitures partant par là-bas bougeaient lentement.

Quelques mètres au ralenti me permirent de comprendre. Une marche des étudiants contre la violence policière.  Les pancartes en attestaient. Les voix aussi. Une voix fine de femme qui tranchait des autres me fit sourire : ça me plait, des femmes en action.

Credit Photo: faty
Credit Photo: faty

C’est l’occasion rêvée pour mettre en action la partie de la formation qui porte sur le blogueur en situation. Mais c’est bien difficile de conduire une moto et de prendre une photo avec mon wiko en plus. Je risque de le voir se fracasser contre le bitume.  Pas la peine. Je décide d’avancer. Une marche en deux parties. Les motos cyclistes devant les piétons. Les policiers anti-émeute qui ont l’habitude de les escorter ne sont pas là ! Est –ce parce que les pancartes dénoncent la violence policière ? Hum…. Ça va chauffer.

La dernière fois, c’était juste la semaine dernière des troupes de policiers « fous » (c’est le seul qualificatif que j’ai pu leur trouver)  c’étaient pris à des étudiants qui faisaient un sitting contre la grève des professeurs qui nuit à leur avenir. Des  étudiants frappés, bastonnés jusqu’au sang. J’ai entendu parler de deux morts. Leurs motos qui étaient au parking ont été cassées et brulées, des bâtiments de l’université mêmes ont été saccagés  par…cette furia policière. C’est à ne rien comprendre, quand tu regardes la télévision nationale : pas un mot. C’est à en croire que nous ne sommes pas sur les terres : le Mali.

Pour monter sur le pont, il faut prendre une petite aile qui tourne vers le fond de la nouvelle cité ministérielle qui porte le nom significatif de Malybia. Et là, que vois-je ? Un véritable bataillon de policier qui semble être commandés par une femme.  Matraques et lanceurs de bombes lacrymogènes à point. Surement prêts à foncer sur les étudiants. La rage me prend contre le pouvoir. Et on targe à dire que le Mali est une démocratie ? L’envie d’écrire une autre lettre au président par intérim Dioncounda Traoré me prit. «  Ça ne sert à rien, me dis-je aussitôt, il ne la lira pas. C’est une Autriche. Tous les maliens sont des autruches. » Ils ne voient que ce qui les arrangent.

J’accélère sur mon allure pour arriver vite à la maison et écrire cet article. Ces militaires, ces policiers nous emmerdent. Je suis presque fâchée.

Crédit Photo: Faty
Crédit Photo: Faty

Mais ma surprise est encore plus grande lorsque j’arrivai au milieu du pont qui semble avoir un problème. Un accident grave sur le pont ? Non les voitures sont ralenties par quelque chose.  Je me faufile rapidement avec ma  moto entre les voitures et là surprise : ce sont d’autres étudiants (quittant certainement la colline du Savoir de Badalabougou) qui sont sur le pont. Ils sont encadrés par une trentaine de policiers anti-émeute qui ne leur empêche pas de progresser (heureusement). J’ai envie de jeter ma moto ou de la garer.  Pas moyen. Je m’arrête un court instant pour prendre quelques photos. Une voiture derrière moi klaxonne fortement derrière moi. C’est certainement un taxi qui s’énerve contre moi. Je me retourne. Oui ! J’ai bien deviné. Je jette mon wiko dans mon sac accroché au guidon de ma moto et avançai rapidement.

La montée du pont est complètement bloquée par cette marche.

Crédit Photo: faty
Crédit Photo: faty

IMG_20130715_0909559h est l’heure où les maliens partent au travail. Beaucoup de voitures. Que de motos. Certains, empressés s’énervent d’autres discutent derrière les vitres. Je suis sure que beaucoup adhèrent aux idées des étudiants. Mais que faire ? Aucun malien n’est prêt à faire quelque chose pour que les choses changent. Un véritable peuple de béni oui-oui.  Personne pour dénoncer quelque chose !

Je dépasse deux grandes pancartes des candidats à la présidentielle. Les mêmes promesses. Les mêmes mensonges. Une première promets la réalisation de 500.000 projets de femmes en posant avec des vieilles femmes certainement des rurales (il a dû leur donne juste quelques sacs de céréales) je secoue la tête et tourne.

Une centaine de mètres plus loin, un autre candidat, d’autres promesses, cette fois-ci la pose est faite avec des enfants.

Crédit Photo: Faty
Crédit Photo: Faty

Pauvre Mali !

 

 

 

Boubacar Sangaré, l’etudiant malien

Certains seront tentés de se poser une question sur la motivation de tels portraits de ma part. Qui sont ces jeunes gens (ils penseront inconnus) que j’expose, (les plus méchants penseront au verbe flatter) ainsi ? Ils représentent tous simplement mon espoir pour l’Afrique. Un avenir constructible, une lueur qui deviendra lumière et éclairera le chemin de notre continent. Je crois en eux, en la jeunesse Afrique …pourquoi pas vous ?

Bouba DakarLe premier a été l’infatigable Serge katembera, le citoyen du monde prêt à tout pour son pays : la République Démocratique du Congo. L’aventure continue et cette fois-ci je vous présente Boubacar Sangaré, l’étudiant malien. Un autre mondoblogueur ! Le plus calme de tous pourrais-je dire.

Boubacar Sangaré est étudiant en 2ème année Lettres Modernes  FLASH (Faculté de Lettres, Langues, Art et sciences Humaines de Bamako), il est aussi journaliste et blogueur. Un autre citoyen du monde, soucieux pour son pays, animé d’un patriotisme bien rare chez les jeunes maliens de nos jours, aussi.

Boubacar Sangaré est un jeune peulh, originaire de la région de Mopti. Musulman, son nom fait certainement penser à Oumou Sangaré, la diva du Wassolo. Bouba (c’est ainsi que je l’appelle) est aussi engagé qu’elle mais lui se sert de son extraordinaire plume pour exprimer toute sa hargne, son envie, ses déceptions, son scepticisme parfois quand ce n’est pas de l’espoir pour son pays et son continent.

Son jeune âge, 22 ans, n’en fait pas un novice, mais au contraire, je vous souhaite juste de le rencontrer pour vous rendre compte qu’il n’est pas grand que de taille. Il en a beaucoup étonné par sa maturité précoce et son expression quelque peu tranchante quand il parle politique « La paix ! La paix ! La paix : elle est et a toujours été au Mali. Elle est juste sous nos pieds, enfouie dans l’inconscience et la bêtise des hommes dont les comportements amoraux ont conduit ce pays dans la marée enlisante des incertitudes » et si douce quand il évoque ses états d’âme, il écrivait notamment à Dakar d’un ton presque poétique, teinté d’un humour filtré « Bientôt, tous ces sourires qui rayonnaient des visages si beaux ne seront qu’un point noir. Des sourires légendaires. Bientôt, nous allons tourner le dos à Dakar. Dakar et son froid. Dakar et ses belles filles qui jouent les « Leuk-le-lièvre »…Dakar et ses chauffeurs de Taxi qui feraient mieux de rouler avec une carte de la ville avec eux…». Quelle contraste, direz-vous !

Mais ce Bouba m’a impressionné le premier jour que je l’ai rencontré et je l’ai immédiatement adopté comme le frère que j’ai perdu (d’ailleurs, il s’appelait Boubacar aussi). C’était au centre culturel français du Mali, en préparatif de notre voyage sur Dakar. Il a suffi d’une seconde pour sympathiser et commencer à blaguer (j’ai failli écrire blogueur, nous aimons tellement cela). A la fin de la conversation nous voilà en train de rentrer ensemble à la maison, sur ma moto. Depuis j’ai eu un chauffeur de moto attitré qui ne me dit jamais non quand j’ai besoin de lui pour échapper à la circulation monstre de Bamako.

L’étudiant malien ! Est-ce sa grande taille qui m’a plu ? Ou son sac à dos de couleur orange qui doit peser une tonne car rempli de livres ? Oui, mais il y a autre chose en plus…sa culture et sa gentillesse sans commune mesure. Il ne m’a jamais dit non, lui arrive-t-il de dire non ? Ce garçon est fort étonnant.

Son blog, qui lui valut d’être sélectionné parmi les 20 meilleurs blogueurs de la saison 2 de Mondoblog et lui permit d’être de la formation de Dakar durant le mois d’Avril, est son podium.

Le contenu cadre bien avec le personnage. Vous verrez, Bouba dénonce le système éducatif malien qui ne fait que se nécroser d’année en année, « qu’on se le dise, l’étudiant malien n’est pas ce qu’on pense » dit-il presque à pleins poumons, comme un cri sorti de ses entrailles. Les bourses si nécessaires mettent plus de 5mois  avant d’être perçues, des professeurs qui perçoivent impunément des sommes pour faire passer les plus riches, organisent des cours privés à l’approche des examens qui ne disent pas leurs noms…etc.

Il n’hésite pas à parler de la puissante Association de Elèves et Etudiants du Mali (AEEM) qui fait sortir des milliers de militants incrédules dans les rues pour participer au jeu politique, des syndicats des enseignants qui décrètent des grèves irraisonnées si ce n’est une rétention des notes. Pauvre étudiant malien !

Journaliste dès sa terminale, Boubacar n’est pas particulièrement tendre avec les journalistes maliens qu’il accuse d’avoir dénaturée la profession en devenant des mercenaires de l’info, juste par souci de per diem quand on sait que c’est un métier qui ne nourrit pas son homme  au Mali « c’est grimper à l’arbre de la naïveté  que d’espérer vivre du métier de journaliste »

Il n’est pas particulièrement tendre avec la télévision nationale ORTM  (comme moi d’ailleurs) qu’il clash dans un article récent. N’importe qui est journaliste au Mali.

Il collabore avec plusieurs publications maliennes notamment les journaux  » le flambeau » et  « pays ».

Boubacar est un passionné du monde arabe, dont il discuterait pendant des heures, sans se lasser. Son (pas lui-seul, mais notre) amie Limoune (une autre mondoblogueuse que je vous ferais bien connaitre si elle y consent) en a fait l’expérience.  Bien étonnée de voir un jeune malien parler si aisément de la révolution tunisienne, d’Ennahda, de la Tunisie du temps de Ben Ali. Et pas seulement de la Tunisie, Boubacar s’intéresse à tout le Maghreb, s’attachant même à ses écrivains qu’il affectionne particulièrement.

Mais n’allez pas croire qu’il en rejette l’Afrique noir, son livre  préféré est « l’étrange destin de Wangrin » de Hampaté Ba, il en tire son humilité et son élégance qui « consiste à ne jamais dire de bien de soi, à ne jamais se vanter de ses bienfaits et au contraire à  se rabaisser, a s’attribuer les pires défauts ». Ainsi, il se décrirait comme un timide (encore un) maladif, renfermé, qui n’a jamais dansé, d’ailleurs il n’a jamais mis pieds dans une boite de nuit (oui, c’est possible). Il aime la lecture, la musique, les jeux vidéo, le football. C’est un grand supporter du Réal Madrid (notre point de discorde) qui chatte peu et tweete encore moins.

L’interview aidera certainement à mieux  le cerner :

1.      Présente-toi parle nous de toi, tes études, tes distractions, tes hobbies

Je réponds au nom de Boubacar Sangaré. Je suis journaliste-blogueur, et Etudiant en Lettres modernes à la Faculté des Lettres, Langues et des Sciences du Langage de Bamako. J’aime l’écriture, la lecture. Et, jeunesse oblige, je joue au football.

2.      Peux- tu nous parler de ton cursus scolaire

Mon père m’a inscrit à l’école privée ‘’Avenir’’ de kalaban-coro, un matin de l’année 1998. J’y ai obtenu le  Certificat d’Etudes Primaires (C.E.P) en 2004 et le Diplôme d’Etudes Fondamentales (D.EF) en 2007. Ensuite, je suis entré au Lycée Tamba Doumbia de Kalaban-coro où j’ai obtenu le baccalauréat en 2010 avec la mention Assez-bien (13,35), ce qui a été une déception pour mes enseignants, mes parents et moi aussi. J’étais un élève brillant. Cette déception s’est accentuée surtout lorsque ma demande de bourses pour aller étudier à l’extérieur, notamment dans un pays du Maghreb, a subi un échec. Je voulais partir, fuir ce système voulu et planifié par les plus hautes autorités pour ‘’formater’’ des savants. Mais, je suis toujours là, en train de lutter contre le système. Quand je me souviens de cette période, la colère m’obscurcit les yeux. C’est l’un des moments de ma vie dont je n’aime pas me souvenir…

3.      Tu es aussi journaliste quel ton avis sur ce métier au Mali

Pour qui connait le quotidien de la presse au Mali, il n’est pas besoin de longues démonstrations pour dire qu’il est extrêmement difficile de vivre de ce métier. Et, dernièrement, j’ai écrit un billet qui touche à ce sujet. En effet, au nombre de cette montagne de gazettes au Mali, rares sont ceux qui payent leurs journalistes ; le plus souvent seuls 3 à 4 journalistes sont salariés et les autres vivent dans la débrouille…malgré qu’ils fournissent régulièrement des papiers. La conséquence est qu’ils vont se retrouver dans l’obligation de faire tous les jours une chasse à l’argent, et cela souvent au mépris de toute déontologie. Pour faire court, je dirais que c’est un métier qui n’a pas la considération requise ; le journaliste est devenu celui qu’on poursuit de sa haine même s’il dit la vérité, qu’on accable d’insultes et qu’on accuse à tout bout de champ d’avoir été soudoyé pour commettre tel ou tel article. Aussi, ce métier ne paye pas parce qu’on est dans un pays où les gens sont allergiques à la lecture, d’où la fameuse boutade « si tu veux cacher quelque chose au malien, mets dans le livre » Quand dans un pays, la jeunesse elle-même fait du livre son ennemi numéro un, quelle prise de tête ! On ne paye un journal que lorsqu’on y fait l’objet d’un article insultant, histoire de découvrir qui en est l’artisan et chercher à le lui faire payer…Un jour, une étudiante m’a dit avec une complaisance insupportable qu’elle préfère payer de la boisson à 250 FCFA que le journal « Le Flambeau » auquel je collabore et qui ne coute que 100 francs dans les espaces universitaires et scolaires. Je n’en revenais pas ! C’est dire, encore une fois, combien il est difficile d’être journaliste au Mali !

4.      Quelle est ton analyse sur la situation sociopolitique du Mali

Je ne suis ni politologue, ni sociologue mais tout ce que je peux dire c’est que le Mali est en train d’écrire une page des plus lamentables de son histoire. Voilà un pays dont tout le monde disait qu’il est un modèle, en termes de démocratie surtout. Voilà un pays qui était envié pour la stabilité sociopolitique qui y régnait. Et dire qu’il a suffi juste d’un foireux coup d’Etat et d’une rébellion armée pour qu’il succombe, il y a vraiment de quoi être déboussolé ! Pour ma part, je dirais que ce qui arrive au Mali aujourd’hui n’est rien de moins que le résultat de 20 ans de mauvaise gouvernance et de mauvaise pratique de cette démocratie qu’on brandie aussi à toute occasion comme une panacée, alors qu’elle est loin d’en être une ! Le fait est que, après la révolution du 26 mars 1991 qui a mis fin au régime monolithique du Général Moussa Traoré (qui a dirigé le pays de 1968 à 1991), les « démocrates » qui sont venus au pouvoir ont été pires que ceux qu’ils ont remplacés. Et c’est à partir de cette période qu’on a jeté les bases de la domination d’une minorité riche sur une majorité pauvre. Cela est un rappel toujours utile, même si on ne le dit pas assez. Et ceux qui sont nés dans l’aurore de cette démocratie malienne, comme moi, n’ont connu que corruption, népotisme, favoritisme, piston et kleptocratie. Les systèmes éducatif, culturel et sportif ont volé en éclats. Ces phénomènes qui ne vont pas avec la démocratie se sont ancrés même dans l’armée, au point qu’on y entrait plus par le mérite mais par favoritisme, par le piston. Il ne faut s’attendre qu’à un tel effondrement dans un pays où les premiers et les méritants sont les derniers. Et, sans craindre de se tromper, ceux qui ont trouvé la mort ainsi que ceux qui continuent de se battre au Nord du Mali appartiennent à la catégorie des soldats qui sont entrés dans l’armée par conviction, sinon les pistonnés ont pris la clef des champs depuis les premières heures de la guerre et ont fait leur deuil de l’uniforme. Le Mali n’avait pas d’armée ; et même s’il en avait une, elle était facultative. Ce pays n’avait pas les éléments fondamentaux d’un Etat moderne. La puissance d’un Etat se mesure surtout à l’aune de l’état de son système éducatif, son armée… Et, encore une fois, contrairement à une idée reçue, la situation qui prévaut au Mali ne pose pas seulement une question de rébellion, de coup d’Etat ou de terrorisme, c’est aussi un problème de vacuité politique et d’une faiblesse de l’Etat malien.

 5.      Et cette date impérative du 28 juillet pour les élections présidentielles?

Il est n’est plus besoin, à mon sens, de perdre son temps à rappeler qu’il sera difficile de respecter cette date imposée aux autorités maliennes de transition par la communauté internationale, et surtout la France. Témoin la mise en garde du président français M. Hollande qui a déclaré qu’ « ils » seront intraitables sur le respect de cette date. Preuve aussi que le Mali n’a pas le choix, n’a aucune autonomie de décision et donc est obligé de se laisser téléguider comme on conduit un bœuf de labour au champ. Sinon il est clair que les difficultés évoquées par le président de la Commission Electorale Nationale Indépendante (ceni) ne sont pas anodines : retard pris dans la production, donc dans la distribution des cartes, la situation à Kidal, le cas des personnes déplacées… Mais ce qui est déroutant dans l’affaire, c’est que le président de la ceni est le seul à faire cas de ces difficultés !

6.      Ton pronostic?

Question difficile. Non, la seule chose qu’on peut dire c’est que dans cette élection vainqueur soit le peuple et donc la démocratie. C’est tout ce qu’on peut dire.

7.      Je te sais maghrebophile, peut-on connaitre ton analyse du printemps arabe

AVT_Akram-Belkaid_9040.pjpegOui, bien sûr, j’aime beaucoup le Maghreb. C’est une région à laquelle je me suis intéressé grâce surtout à un journaliste, Akram Belkaïd, qui a fini par devenir un ami. A propos du « Printemps Arabe », tout ce que je peux dire c’est que ça été un vaste mouvement de contestation qui a secoué beaucoup de pays du monde Arabe. On sait que le mouvement a démarré en Tunisie avec le suicide du jeune Mohamed Bouazizi, à Sidi Bouzid, le 10 décembre 2010. Des manifestations ont éclaté avec comme slogan « Dégage ! » lancé contre le président Zine El Abidine Ben Ali. En Egypte, les révolutionnaires ont repris le même slogan. Au Bahreïn, le soulèvement a échoué et ainsi qu’au Yémen où le dictateur Abdallah Saleh a réprimé la contestation avant de finir par démissionner, si mes souvenirs sont bons, le 27 février. Mais ce qui est frappant, c’est que ces révolutions ont des causes communes qui sont, entre autres, les dignités bafouées, la kleptocratie, le mauvais partage des richesses, manque de liberté politique et individuelle… En Syrie, la révolution est toujours en cours et le régime d’Assad continue de faire des milliers de morts. En Libye, Kadhafi a été tué. La révolution a viré à une guerre civile entre la Jamahiriya de Kadhafi et les rebelles du Conseil National de Transition aidés par une intervention internationale sous mandat de l’O.N.U. Ce qui m’amène à préciser une nuance de taille qui est entre ce qui s’est passé en Libye et ce qui s’est passé en Egypte et en Tunisie. Le fait est qu’en Egypte et en Tunisie, ce sont les peuples qui ont conduit les dictateurs Ben Ali et Moubarak à quitter le pouvoir, mais en Libye le CNT n’est qu’une création de l’occident.

8.      l’islam fondamentaliste est-il une menace pour les pays qui ont connu le printemps arabe?

Je ne suis pas sûr que l’islamisme soit une menace pour ces pays. Le problème est que ces pays du monde arabe se trouvent dans une situation cornélienne : comment faire avec l’islam au moment où les peuples aspirent à plus de démocratie, à la modernité, à plus d’égalité, même entre hommes et femmes ? C’est là une question d’importance à laquelle il n’est pas banal de répondre. Dans des sociétés majoritairement musulmanes, il est impossible de parier sur une disparition de l’islamisme, d’autant plus qu’elles restent conservatrices dans les comportements. Par exemple, au Mali comme en Algérie ou en Tunisie, deux jeunes appartenant tous à des familles musulmanes peuvent vivre longtemps dans le concubinage (ce qui ne cadre pas avec les prescriptions de la loi islamique), mais pour se marier, les parents vont se modeler sur les règles qui régissent le mariage dans l’islam !  Il faut aussi ajouter que la pire des solutions, c’est de vouloir éloigner les islamistes du champ politique ou de refuser de prendre contact avec eux. Et les algériens connaissent bien cette question, car chez eux elle a conduit tout droit à la guerre civile avec l’annulation des législatives remportées par le Front Islamique du Salut (F.I.S). Et aujourd’hui encore, ils sont divisés sur cette question : pourquoi l’armée a annulé ces élections ? Pourquoi n’avoir pas laissé le FIS faire ses preuves ? Mais, il faut éviter d’être naïf, car personne n’est sans savoir que ces formations islamistes n’ont vraiment pas les capacités et les idées requises pour gérer des pays qui se veulent laïcs. Et c’est là qu’on touche à l’une des questions que soulèvent ces partis qui se réclament de la mouvance des « Frères musulmans ». Une fois arrivés au pouvoir, ces partis islamistes se montrent rétrogrades tant sur le plan des mentalités que sur le plan de l’exercice du pouvoir. Ils affichent une volonté de régner sans partage et ne supportent pas d’être critiqués ni par l’opposition ni par la presse. Donc, on peut bel et bien accepter de partager le champ politique avec les islamistes et, dans le même temps, faire confiance au peuple qui sait mieux qui il lui faut au pouvoir.

9.      Et le cas de la Syrie?

Ce qu’il faut déplorer en Syrie, c’est le fait que la révolution n’appartient au peuple syrien, beaucoup d’autres puissances sont impliquées, les Etats-Unis et la France en tête. Aussi on ne saurait oublier le fait que les rebelles de l’Armée Libre Syrienne sont soutenus par des pays comme le Qatar et l’Arabie saoudite qui tirent les ficelles. Mais ce qui est sûr, c’est que le régime de Bachar Al Assad va finir par tomber.

  1. 10.  Parle-nous de tes auteurs arabes préférés

yasmina-khadraBon, au vrai, je n’ai pas une connaissance bonne de la littérature arabe. Au Maghreb, j’ai lu quelques écrivains tels que Yasmina Khadra (son vrai nom est Mohamed Moulssehoul) qui est algérien comme Mohamed Dib aussi dont j’ai lu le roman ‘’Et si Diable veut !’’, et le marocain Abdelhak Serhane. Je lis aussi l’écrivain Akram Belkaïd, qui est l’un des fins analystes du monde arabe.

11.  Ces auteurs sont-ils engagés?

Oui, ils le sont. Concernant Akram Belkaïd que je connais le mieux, il suffit de lire son essai « Un regard calme sur l’Algérie » pour saisir le degré de son engagement. Ils y dénoncent des phénomènes comme la corruption, le népotisme, le piston…, s’attaque à des personnalités politiques, des militaires, à la colonisation…

12.  Quels sont tes mentors?

Il y a un oncle journaliste Amadou Sidibé qui travaille au quotidien « Les ECHOS » où j’ai aussi écrit à un moment donné, et ma mère aussi à qui je dois tout. Mais le plus important est Akram Belkaïd que je prends pour modèle et qui sait bien me conseiller aussi. Même si nous sommes l’un aux antipodes de l’autre : lui vit à Paris et moi à Bamako.

13.  As-tu un message à passer la jeunesse africaine?

Le seul message que j’ai à adresser à la jeunesse africaine, c’est de se battre, lutter pour prendre sa revanche sur le sort injuste que l’histoire lui a fait.