Boukary , le village se réveillera sur l’espoir…

Boukary. Je ne sais plus quand nous nous sommes rencontrés pour la première fois, mais je me rappelle que nous préparions la formation  à Mondoblog Dakar en 2013.
Nous avions échangé les contacts et nous sommes devenus rapidement des amis. Et il était de ces amis qui cherchent des solutions à tous les problèmes que tu leurs exposes.
Parfois je l’appelais pour lui dire  » Boukary , trouve moi internet gratuit j’arrive..ou Boukary  tu es où, je viens manger avec toi  »  et il avait toujours la solution. Il était toujours là.
Enfin tant  qu’il ne s’agit pas de prendre l’avion.

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BOUKARY en mission

Oui. Boukary était le seul blogueur qui avait peur de l’avion, à ma connaissance, ignorant sciemment le personnal branding pour prêter la vedette à ceux qu’il rencontrait…
La culture malienne. Les traditions sont l’essence de ce héros qui su utiliser l’éducation et l’innovation pour connecter nos zones rurales au monde, mais aussi connecter le monde à cette richesse de notre patrimoine.
Boukary, Repose en paix.
Tu resteras dans nos cœurs.
Va en paix…le village se réveillera sur l’espoir de cette jeunesse malienne consciente et engagée.
Rien n’est trop grand pour Allah!
Il t’a repris. Nous nous résignons.
Mais nous gardons tes valeurs.
Pour toujours.
La tristesse n’empêchera pas au village de se réveiller.
La peine non plus.

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Boukary, mes larmes coulent, mais je me rejouis de voir enfin tes souffrances s’abréger…

Cette maladie t’a rongé silencieusement. Nos efforts semblaient vains. Moi. Phil. Renaud. Bouba. Guindo. David. Emma. Abdoulaye Bah. …

La liste sera longue si j’essaye de citer tous ces amis qui ont formé cette chaine solidaire autour de toi, voulions tellement que tu vives. Que tu sois avec nous. Mais ne sommes que de simples mortels. Comme toi…nous partirons. Aussi…alors je te dis juste  » au revoir frangin » !

ɑlɑ kɑ hinε i la

ɑlɑ kɑ i dɑ yɔrɔ sumɑyɑ Bukari

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Sébénikoro, quartier présidentiel mais malfamé de Bamako

Le nom vient d’un petit arbre, quand on traduit du Bambara cela donne sous  le petit « Sébé »(palmier).

ici-gît le centre secondaire de la mairie du quartiercredit photo: Faty
ici-gît le centre secondaire de la mairie du quartier
credit photo: Faty

Un quartier bien bizarre ?

Non, quartier juste pauvre  qui avait une mauvaise  réputation.  celui de porter malheur sur ses habitants.

route rouge et poussiereusecredit photo: Faty
route rouge et poussiereuse
credit photo: Faty

Le limite du territoire (maléfique ?) semble être la rivière du Woyowayanko, qui le sépare de Lafiabougou (lui, quartier du bonheur en bambara). Les autres bamakois (car les habitants de Sébénikoro semblent l’ignorer) vous trouveront des centaines de cas de personnes qui ont été frappés de malheur après avoir déménagé à Sébénikoro :

-Employé prometteur qui se retrouve au chômage juste au moment où il commençait à s’en sortir – personne ne pense au fait qu’il détournait des fonds de la compagnie ou s’adonnait à une quelconque affaire louche découverte par la direction qui lui valut un licenciement immédiat-,

-Grand commerçant dont le fonds de commerce fondit comme peau de chagrin –problème de gestion ?-

– Fonctionnaire de l’état perdant son poste ou stagnant au même poste.

un enfant rampant dans la rue credit photo: Faty
un enfant rampant dans la rue credit photo: Faty

Pourtant, Sébénikoro a le mérite de rendre heureux tous ceux qui sont à la recherche d’une progéniture. Des cas miraculeux de grossesses y auraient été aussi répertoriés. Mais cela n’empêche point à ceux qui y possèdent des parcelles de les construire et de s’y installer – heureusement !- avant ils les bradaient. Un étranger serait étonné de voir des véritables ranchs comme il n’y en a nulle part encore à Bamako. On s’en demanderait si le quartier a été loti. Si.

Mais je ne vous cache pas qu’il y a 5ans, un rapport a été fait entre les difficultés du plus populaires des habitants du quartier (IBK) à se faire élire à la députation et la renommée du quartier. C’est également le cas pour ce grand nombre de ministres d’ATT qui s’y étaient installés avec leurs familles : maintenant on ne voit même pas la poussière que soulève leur pas dans la débandade consécutive au coup d’état du 22 mars 2012.-oh capitaine général ! ».

Ce n’est pas un quartier pour les « famas », les riches, les aisés. Seuls les pauvres doivent ou peuvent résider à Sébénikoro, simplement parce qu’il est insalubre et semble être oublié par son maire une  fois passée la campagne électorale.  Dans les rues ruissellent les eaux usagées des ménages.  Beaucoup s’y lèvent une fois la nuit noire pour y déverser  les eaux des latrines –si nous pouvons les appeler ainsi-. Pas de poubelles. Les femmes y ont beaucoup d’enfants.

Un lycée qui porte le nom d’un sénégalais : Mamadou M’bodj. Le marché ? À ne pas visiter en saison de pluies. Même les terrains de foot du quartier sont rouges, rocailleux.  Mais cela rassurez-vous, cela n’est pas dû à la pauvreté mais juste à la géologie. Sébénikoro est limité par une colline au nord. J’ai bien aimé une place. Elle est bien symbolique. Juste à l’angle du marché du secteur 7. A quelques mètres de la grande véranda qui accueille la mairie. Il s’agit juste d’un hagard, pas grand. Avec « place des personnes âgées » écrit en bleu. Des vieillards  maigres et émaciés y sont toujours à discuter de politique, MNLA, Armée, Kati, IBK, France, même la Guinée (beaucoup d’entre eux sont originaires de ce pays frère dont les frontières ne sont pas très éloignées). Certains tiennent des journaux en main. Chacun y a raison.

Emprunter une Sotrama (transport en commun de Bamako) achèverait de vous convaincre. Des femmes, affublées de grandes bassines, pleines de marchandises qu’elles partent vendre au marché de Djikoroni-Para ou au rail-da : des arachides, du poisson fumé, des œufs , du cola, des jumeaux. NON, je ne me suis point  trompée, vous avez bien lu, des jumeaux, car les habitants du quartier savent tirer des bénéfices de leur malheur. Le taux de natalité est haut, sur, mais celui des grossesses gémellaires doit le suivre car ici les jumeaux abondent. Les mères les amènent au centre-ville pour mendier – sujet d’un autre billet en gestation-

Sébénikoro, Novembre 2013.credit photo: faty
Sébénikoro, Novembre 2013.
credit photo: faty

On ne dirait pas que le président du Mali réside dans ce ghetto. Seul le tronçon de bitume qui relie le quartier à Djikoroni-Para et se prolonge vers la guinée a un aspect présidentiel. Il est grand. Neuf. Entretenue ? Si on veut prendre pour un entretien la disparition des gendarmes-couchés (ralentisseurs) du trajet jusqu’au niveau de la maison du président. Mais certainement qu’ils –les gendarmes-couchés- ralentissaient le convoi présidentiel quand il s’envole vers Koulouba – colline qui abrite le palais présidentiel-. Du coup, la sécurité des  pauvres habitants du quartier en a perdu de son importance. La vie s’y arrête presque à chaque passage de ces voitures aux vitrines teintées qui ont une allure d’enfer – puis-je me permettre d’avancer car je doute fort qu’il y ait président, motard, protocole ou même bitume en enfer- En plus je ne crois pas que ce grand déploiement de policiers et autres agents de jour comme de nuit plaise aux bandits qui chériraient Sébénikoro. Mais bon ! Ils n’y peuvent rien.

« C’est l’œil qui voit son malheur qui le filtre » dit un proverbe Djerma.

A vol d’oiseau vers Mamady Keita

Après les portraits de Serge Katembera et de Boubacar Sangaré, ma série de portraits de Mondoblogueurs continue.

Mamady KeitaJe vous présente aujourd’hui un autre jeune du continent, autant prometteur. Une autre vie, une autre réalité, un autre combattant et un espoir pour son pays et notre continent : Mamady Keita,  le jeune étudiant guinéen perdu dans le climat plein de contraste de l’Ukraine.

La phase du Liebster Blog Award a bien permis de se faire une idée sur les  personnalités des mondoblogueurs qui ont accepté de se plier au jeu ( tant qu’ils n’ont pas essayé de jouer au malin !). Ce n’est pas pour me jeter des fleurs (au risque de me casser la caboche), mais je pense que ces portraits n’ont rien à voir. Ce n’est pas de l’introspection nombriliste, ni une exposition du meilleur profil de soi. En tout cas à mon humble avis !

Mamady Keita. KEITA  est un nom bien prestigieux au pays mandingue, les  Djelis ne lassent pas de chanter le nom de Simbo. Celui des  descendants de Soundiata Keita, grand roi qui fonda l’empire du Mali, le grand chasseur, le grand sorcier. L’homme généreux qui marcha après son septième hivernage et vengea les injustices faites à sa mère Sogolon.

« Naré Magan Diata. Sogosogo Simbo Salaba… héros aux noms multiples » dixit les griots. Je ne suis pas griotte mais je me plais à vous parler de celui qui m’a toujours appelé grande sœur. Un garçon sérieux  qui a facilement des fous rires, propriétaire d’un petit calepin qui en a aiguisé des curiosités (coucou Madame caraïbe de Mondoblog) dans lequel il note absolument tout.

C’est un garçon bien grand au regard empli de malice avec une petite touche de tristesse dû à la solitude de l’Ukraine (certainement). Il a 22 ans et étudie les mines  dans cette ville lointaine d’Ukraine  dont je prononcerai difficilement le nom (heureusement que c’est un portrait écrit !) , Dnipropetrovsk. Encore un autre citoyen du monde! Atypique ! D’où mon intérêt pour lui. Son blog  est une sorte de jardin secret qu’il cultive avec amour et évoque les sujets qui lui tiennent à cœur. Ses sujets de prédilection  sont relatifs à sa Guinée natale et à l’Ukraine qui n’est pas aussi accueillante, mais il évoque également des choses beaucoup plus gaies comme le football (c’est un grand supporter de Barcelone FC j’en suis bien contente, pour une fois que j’en rencontre parmi les Mondoblogueurs !), de journées culturelles dans son université, de ses voyages, de ses rencontres.

Mamady est de confession musulmane, d’ailleurs son vœu le plus cher est de faire faire le voyage à la Mecque à ses deux parents. La consommation de l’alcool est banni chez le musulman et Mamady fait de son mieux pour échapper à  la tentation, étudierait-il au Cameroun, il aurait senti le même dépaysement (suivez mon regard…) sur ce plan. A cela il faudra ajouter le racisme qui fait de ces jeunes Africains des cibles pour les groupes xénophobes du coin. Mais heureusement, « les Africains sont bien plus forts  et ne se promènent jamais seuls », sans chercher à être raciste hein !

Je pourrais aussi citer les problèmes liés à l’alimentation, au climat, aux langues, aux finances, au ramadan….

Vous devez le soupçonner et c’est une réalité, mais la vie d’un étudiant africain, noir, musulman est difficile, pleine de contraintes et de privations.  Mais l’espoir de revenir servir son pays et participer au développement de ce dernier aide beaucoup Mamady à relever le défi et à rester fidèle aux traditions dans lesquels il a été élevé, gardant son amour pour sa famille, sa culture, la cuisine, la musique, sa patrie (je ne voudrais pas citer les délestages si fréquents à Conakry) intacts. Il est plein d’espoir pour son pays, sa citation préférée est  « à cœur vaillant on peut déplacer des montagnes. C’est en quelque sorte mon credo de tous les jours. J’espère une fois mes études terminées pouvoir faire bouger ou aider à changer les choses ne serait-ce que dans mon quartier, ma ville, et pourquoi pas dans mon pays. »

La vie de Mamady est aussi teintée de solitude. Une solitude que Mamady essaye de noyer (pas dans l’alcool vous le savez déjà !) dans le cinéma, l’écoute de la musique, le sport, la lecture et le blogging.  Qui pourra croire que cet étudiant en mines, donc matheux, a toujours rêvé de devenir journaliste ? Que son premier métier était celui de reporter ?  Personne.   Il s’est apprêté à mon questionnaire avec gentillesse.

1.     Présente-toi

Bonjour, je suis Mamady Keita, je suis étudiant à l’université nationale des Mines de Dnipropetrovsk, c’est au centre de l’Ukraine. Cependant je tiens aussi un blog sur la plateforme Mondoblog de l’Atelier des Médias. Mon blog s’appelle A vol d’ oiseau et je l’alimente souvent après mes cours ; pendant mes heures creuses, car écrire à toujours été ma première grande passion.

2.     Tu es étudiant en Ukraine, peux-tu nous parler de ce pays ?

L’Ukraine est un jeune pays d’Europe de  l’Est car il n’est indépendant que depuis 1989. C’est le pays des extrêmes. Tenez par exemple, lorsqu’on prend le climat en hiver, il fait très très froid et en été la chaleur est caniculaire. Les températures vont parfois au-dessus de 40 degrés en été et en hiver avoisinent parfois les moins 30 degrés. Le pays compte beaucoup d’immeubles modernes, mais aussi assez d’infrastructures qui ont plus de cent ans. Tous les jours on vit de nouvelles expériences, on fait de nouvelles rencontres, on découvre de nouvelles choses, on affronte de nouveaux obstacles. Mais, à force de n’avoir pas toujours le choix on finit par s’y habituer.

3.    Quelles sont les difficultés que tu y rencontres ?

Elles sont nombreuses les difficultés. Elles sont principalement liées aux différences de cultures avec mon pays natal la Guinée, mais aussi de langues ou au coût de la vie qui est vraiment cher surtout il y a très peu de boulot étudiant. On parvient à tenir surtout grâce à l’aide de nos parents.

4. L’Afrique y est-elle présente ?

A part quelques étudiants et des expatriés en quête d’une vie meilleure, l’Afrique n’est pas du tout présente ici. Il faut dire que l’Ukraine et l’Afrique coopèrent essentiellement dans les domaines commerciales et de l’éducation.

  5. Etes-vous bien intégré en Ukraine ?

A mon avis le plus important en matière d’intégration c’est d’être respectueux envers les lois du pays d’accueil, mais aussi être surtout respectable. Pour le reste, c’est la routine. La vie hors du pays natal exige toujours beaucoup de sacrifice sur tous les plans (alimentaire, culturel…), mais il faut l’accepter et considérer que c’est pour un temps bien déterminé. Ensuite tout redeviendra normal une fois de retour au pays natal.

6.   Quels sont les problèmes que vous y rencontrez ?

Les problèmes ils sont nombreux, car contrairement à ce que l’on peut imaginer lorsque l’on se trouve en Afrique par exemple la vie est très dure ici. Il n’y a pas de travail et même quand on se démerde pour en trouver c’est souvent très mal rémunéré. Bien que les problèmes de racisme ont considérablement diminué, il y a encore des amis qui en sont victimes, ils subissent des injustices, se font tabasser ou injurier. Mais face à tous ces problèmes nous avons formé plusieurs associations qui défendent nos intérêts parfois mieux que les consulats et les ambassades souvent immobiles.

7.    Quel est ton lien avec ton pays d’origine la Guinée ?

Bien que je sois à des milliers de kilomètres de mon pays natal, je pense à la Guinée tous les jours. Je suis l’actualité sociopolitique, économique et culturelle de très près. Je pense aussi tous les jours à mes parents, mes frères et sœurs bref à toute la grande famille, mais aussi les amis. S’ils lisent cette interview j’aimerais qu’ils sachent tous que même si je suis très loin d’eux je les aime du plus profond de mon cœur.

8. Comptes-tu y retourner aussitôt les études terminées ?

A la fin de mes études je crois que je rentrerai très vite en Guinée, car on a plus besoin de moi là-bas que n’importe où ailleurs. Je rentrerai pour apporter mon grain de sel, ma modeste contribution à la construction et au développement de mon pays. C’est la chose qui me tient le plus à cœur. Peu importe à quel niveau ce sera, je répondrai présent comme j’ai vu mon père toujours le faire. Ceci est un choix dont je serai toujours prêt à assumer les conséquences au cas où il y en aura.

9. Peux-tu nous faire une analyse de la situation politique actuelle de la Guinée ?

Malgré que les militaires ont rendu le pouvoir aux civils à travers une élection présidentielle qui a porté au pouvoir l’actuel président de la République le professeur Alpha Condé, la Guinée peine toujours à organiser des élections législatives censées définitivement mettre fin à la transition politique créée par le coup d’Etat du Capitaine Moussa Dadis Camara en décembre 2008. Et pour cause le pouvoir et l’opposition guinéenne mettent leurs intérêts partisans au-dessus de tout, cela parfois au détriment de la stabilité. Cependant l’accord qui vient d’être signé le 3 juillet dernier entre les deux parties ouvre à mon avis une lueur d’espoir. Cependant cet espoir ne m’empêche pas d’être prudent car le plus dur reste à venir, je pense à la phase d’application de cet accord qui a trop longtemps été attendu. J’espère que la classe politique fera vraiment preuve de responsabilité en appliquant cet accord qui permettra à la Guinée d’en finir avec cette transition qui n’a que trop durer. Cela permettra aussi le retour en masse des investisseurs pour que la Guinée connaisse enfin le développement cela près de 55 ans après son indépendance.

10.   Les jeunes Africains peuvent-ils croire en un avenir meilleur ?

Les jeunes Africains ne doivent pas s’assoir et attendre les opportunités venir à eux, mais ils doivent aller chercher et retrouver ces opportunités partout où elles se cachent. Ce que je suis en train de vous dire est loin d’être un vain discours, j’y crois et je l’ai vécu. Tenez par exemple il y a un peu plus de 3 ans j’étais à Conakry. C’était les vacances, donc je passais mes journées entières à la maison en compagnie des autres jeunes parfois plus âgés que moi dans le quartier autour de tasses d’Attaya (thé).Un jour je me suis levé et je suis allé voir le directeur de publication du Groupe de presse l’indépendant-le Démocrate, je lui ai expliqué qu’écrire, témoigner était ma passion. Il m’a répondu que ça ne suffisait pas pour travailler dans un grand journal comme le sien. Je l’ai supplié de me donner juste une semaine pour le prouver que je pouvais être à la hauteur de sa confiance. Il m’a donné une chance et au bout de deux semaines je produisais tellement qu’il m’a proposé un contrat. Pendant ce temps mes amis parfois des diplômés en journalisme, en lettres modernes continuaient à préparer leur attaya sous « l’arbre à palabres » tout en se plaignant du manque de boulot. Je ne gagnais pas des millions avec mon petit travail de jeune reporter, mais au moins ça me permettait de ne plus demander le petit déjeuner à Papa et à Maman etc…Je crois que le temps est venu que les jeunes Africains croient en eux-mêmes. Il faut aller vers l’Etat et les entreprises, car les cinquante dernières années nous ont prouvés qu’ils (l’Etat et les entreprises) ne viendront jamais nous chercher sur nos lits pour nous proposer du travail bien rémunéré. Je dirai pour finir qu’il faut aussi que nous pensons à être deux fois plus compétents que la normale et cela passe par la formation, la lecture etc…

11.   Quels sont tes loisirs ?

J’aime beaucoup jouer et regarder des matchs de football. Je passe aussi beaucoup de temps à regarder des films ou écouter de la musique. Parfois je vais me promener sur les bords du Dniepr le fleuve qui a donné son nom à la ville où j’habite actuellement en Ukraine : Dnipropetrovsk.

 

Crédit Photo: Faty
Crédit Photo: Faty

 

 

Boubacar Sangaré, l’etudiant malien

Certains seront tentés de se poser une question sur la motivation de tels portraits de ma part. Qui sont ces jeunes gens (ils penseront inconnus) que j’expose, (les plus méchants penseront au verbe flatter) ainsi ? Ils représentent tous simplement mon espoir pour l’Afrique. Un avenir constructible, une lueur qui deviendra lumière et éclairera le chemin de notre continent. Je crois en eux, en la jeunesse Afrique …pourquoi pas vous ?

Bouba DakarLe premier a été l’infatigable Serge katembera, le citoyen du monde prêt à tout pour son pays : la République Démocratique du Congo. L’aventure continue et cette fois-ci je vous présente Boubacar Sangaré, l’étudiant malien. Un autre mondoblogueur ! Le plus calme de tous pourrais-je dire.

Boubacar Sangaré est étudiant en 2ème année Lettres Modernes  FLASH (Faculté de Lettres, Langues, Art et sciences Humaines de Bamako), il est aussi journaliste et blogueur. Un autre citoyen du monde, soucieux pour son pays, animé d’un patriotisme bien rare chez les jeunes maliens de nos jours, aussi.

Boubacar Sangaré est un jeune peulh, originaire de la région de Mopti. Musulman, son nom fait certainement penser à Oumou Sangaré, la diva du Wassolo. Bouba (c’est ainsi que je l’appelle) est aussi engagé qu’elle mais lui se sert de son extraordinaire plume pour exprimer toute sa hargne, son envie, ses déceptions, son scepticisme parfois quand ce n’est pas de l’espoir pour son pays et son continent.

Son jeune âge, 22 ans, n’en fait pas un novice, mais au contraire, je vous souhaite juste de le rencontrer pour vous rendre compte qu’il n’est pas grand que de taille. Il en a beaucoup étonné par sa maturité précoce et son expression quelque peu tranchante quand il parle politique « La paix ! La paix ! La paix : elle est et a toujours été au Mali. Elle est juste sous nos pieds, enfouie dans l’inconscience et la bêtise des hommes dont les comportements amoraux ont conduit ce pays dans la marée enlisante des incertitudes » et si douce quand il évoque ses états d’âme, il écrivait notamment à Dakar d’un ton presque poétique, teinté d’un humour filtré « Bientôt, tous ces sourires qui rayonnaient des visages si beaux ne seront qu’un point noir. Des sourires légendaires. Bientôt, nous allons tourner le dos à Dakar. Dakar et son froid. Dakar et ses belles filles qui jouent les « Leuk-le-lièvre »…Dakar et ses chauffeurs de Taxi qui feraient mieux de rouler avec une carte de la ville avec eux…». Quelle contraste, direz-vous !

Mais ce Bouba m’a impressionné le premier jour que je l’ai rencontré et je l’ai immédiatement adopté comme le frère que j’ai perdu (d’ailleurs, il s’appelait Boubacar aussi). C’était au centre culturel français du Mali, en préparatif de notre voyage sur Dakar. Il a suffi d’une seconde pour sympathiser et commencer à blaguer (j’ai failli écrire blogueur, nous aimons tellement cela). A la fin de la conversation nous voilà en train de rentrer ensemble à la maison, sur ma moto. Depuis j’ai eu un chauffeur de moto attitré qui ne me dit jamais non quand j’ai besoin de lui pour échapper à la circulation monstre de Bamako.

L’étudiant malien ! Est-ce sa grande taille qui m’a plu ? Ou son sac à dos de couleur orange qui doit peser une tonne car rempli de livres ? Oui, mais il y a autre chose en plus…sa culture et sa gentillesse sans commune mesure. Il ne m’a jamais dit non, lui arrive-t-il de dire non ? Ce garçon est fort étonnant.

Son blog, qui lui valut d’être sélectionné parmi les 20 meilleurs blogueurs de la saison 2 de Mondoblog et lui permit d’être de la formation de Dakar durant le mois d’Avril, est son podium.

Le contenu cadre bien avec le personnage. Vous verrez, Bouba dénonce le système éducatif malien qui ne fait que se nécroser d’année en année, « qu’on se le dise, l’étudiant malien n’est pas ce qu’on pense » dit-il presque à pleins poumons, comme un cri sorti de ses entrailles. Les bourses si nécessaires mettent plus de 5mois  avant d’être perçues, des professeurs qui perçoivent impunément des sommes pour faire passer les plus riches, organisent des cours privés à l’approche des examens qui ne disent pas leurs noms…etc.

Il n’hésite pas à parler de la puissante Association de Elèves et Etudiants du Mali (AEEM) qui fait sortir des milliers de militants incrédules dans les rues pour participer au jeu politique, des syndicats des enseignants qui décrètent des grèves irraisonnées si ce n’est une rétention des notes. Pauvre étudiant malien !

Journaliste dès sa terminale, Boubacar n’est pas particulièrement tendre avec les journalistes maliens qu’il accuse d’avoir dénaturée la profession en devenant des mercenaires de l’info, juste par souci de per diem quand on sait que c’est un métier qui ne nourrit pas son homme  au Mali « c’est grimper à l’arbre de la naïveté  que d’espérer vivre du métier de journaliste »

Il n’est pas particulièrement tendre avec la télévision nationale ORTM  (comme moi d’ailleurs) qu’il clash dans un article récent. N’importe qui est journaliste au Mali.

Il collabore avec plusieurs publications maliennes notamment les journaux  » le flambeau » et  « pays ».

Boubacar est un passionné du monde arabe, dont il discuterait pendant des heures, sans se lasser. Son (pas lui-seul, mais notre) amie Limoune (une autre mondoblogueuse que je vous ferais bien connaitre si elle y consent) en a fait l’expérience.  Bien étonnée de voir un jeune malien parler si aisément de la révolution tunisienne, d’Ennahda, de la Tunisie du temps de Ben Ali. Et pas seulement de la Tunisie, Boubacar s’intéresse à tout le Maghreb, s’attachant même à ses écrivains qu’il affectionne particulièrement.

Mais n’allez pas croire qu’il en rejette l’Afrique noir, son livre  préféré est « l’étrange destin de Wangrin » de Hampaté Ba, il en tire son humilité et son élégance qui « consiste à ne jamais dire de bien de soi, à ne jamais se vanter de ses bienfaits et au contraire à  se rabaisser, a s’attribuer les pires défauts ». Ainsi, il se décrirait comme un timide (encore un) maladif, renfermé, qui n’a jamais dansé, d’ailleurs il n’a jamais mis pieds dans une boite de nuit (oui, c’est possible). Il aime la lecture, la musique, les jeux vidéo, le football. C’est un grand supporter du Réal Madrid (notre point de discorde) qui chatte peu et tweete encore moins.

L’interview aidera certainement à mieux  le cerner :

1.      Présente-toi parle nous de toi, tes études, tes distractions, tes hobbies

Je réponds au nom de Boubacar Sangaré. Je suis journaliste-blogueur, et Etudiant en Lettres modernes à la Faculté des Lettres, Langues et des Sciences du Langage de Bamako. J’aime l’écriture, la lecture. Et, jeunesse oblige, je joue au football.

2.      Peux- tu nous parler de ton cursus scolaire

Mon père m’a inscrit à l’école privée ‘’Avenir’’ de kalaban-coro, un matin de l’année 1998. J’y ai obtenu le  Certificat d’Etudes Primaires (C.E.P) en 2004 et le Diplôme d’Etudes Fondamentales (D.EF) en 2007. Ensuite, je suis entré au Lycée Tamba Doumbia de Kalaban-coro où j’ai obtenu le baccalauréat en 2010 avec la mention Assez-bien (13,35), ce qui a été une déception pour mes enseignants, mes parents et moi aussi. J’étais un élève brillant. Cette déception s’est accentuée surtout lorsque ma demande de bourses pour aller étudier à l’extérieur, notamment dans un pays du Maghreb, a subi un échec. Je voulais partir, fuir ce système voulu et planifié par les plus hautes autorités pour ‘’formater’’ des savants. Mais, je suis toujours là, en train de lutter contre le système. Quand je me souviens de cette période, la colère m’obscurcit les yeux. C’est l’un des moments de ma vie dont je n’aime pas me souvenir…

3.      Tu es aussi journaliste quel ton avis sur ce métier au Mali

Pour qui connait le quotidien de la presse au Mali, il n’est pas besoin de longues démonstrations pour dire qu’il est extrêmement difficile de vivre de ce métier. Et, dernièrement, j’ai écrit un billet qui touche à ce sujet. En effet, au nombre de cette montagne de gazettes au Mali, rares sont ceux qui payent leurs journalistes ; le plus souvent seuls 3 à 4 journalistes sont salariés et les autres vivent dans la débrouille…malgré qu’ils fournissent régulièrement des papiers. La conséquence est qu’ils vont se retrouver dans l’obligation de faire tous les jours une chasse à l’argent, et cela souvent au mépris de toute déontologie. Pour faire court, je dirais que c’est un métier qui n’a pas la considération requise ; le journaliste est devenu celui qu’on poursuit de sa haine même s’il dit la vérité, qu’on accable d’insultes et qu’on accuse à tout bout de champ d’avoir été soudoyé pour commettre tel ou tel article. Aussi, ce métier ne paye pas parce qu’on est dans un pays où les gens sont allergiques à la lecture, d’où la fameuse boutade « si tu veux cacher quelque chose au malien, mets dans le livre » Quand dans un pays, la jeunesse elle-même fait du livre son ennemi numéro un, quelle prise de tête ! On ne paye un journal que lorsqu’on y fait l’objet d’un article insultant, histoire de découvrir qui en est l’artisan et chercher à le lui faire payer…Un jour, une étudiante m’a dit avec une complaisance insupportable qu’elle préfère payer de la boisson à 250 FCFA que le journal « Le Flambeau » auquel je collabore et qui ne coute que 100 francs dans les espaces universitaires et scolaires. Je n’en revenais pas ! C’est dire, encore une fois, combien il est difficile d’être journaliste au Mali !

4.      Quelle est ton analyse sur la situation sociopolitique du Mali

Je ne suis ni politologue, ni sociologue mais tout ce que je peux dire c’est que le Mali est en train d’écrire une page des plus lamentables de son histoire. Voilà un pays dont tout le monde disait qu’il est un modèle, en termes de démocratie surtout. Voilà un pays qui était envié pour la stabilité sociopolitique qui y régnait. Et dire qu’il a suffi juste d’un foireux coup d’Etat et d’une rébellion armée pour qu’il succombe, il y a vraiment de quoi être déboussolé ! Pour ma part, je dirais que ce qui arrive au Mali aujourd’hui n’est rien de moins que le résultat de 20 ans de mauvaise gouvernance et de mauvaise pratique de cette démocratie qu’on brandie aussi à toute occasion comme une panacée, alors qu’elle est loin d’en être une ! Le fait est que, après la révolution du 26 mars 1991 qui a mis fin au régime monolithique du Général Moussa Traoré (qui a dirigé le pays de 1968 à 1991), les « démocrates » qui sont venus au pouvoir ont été pires que ceux qu’ils ont remplacés. Et c’est à partir de cette période qu’on a jeté les bases de la domination d’une minorité riche sur une majorité pauvre. Cela est un rappel toujours utile, même si on ne le dit pas assez. Et ceux qui sont nés dans l’aurore de cette démocratie malienne, comme moi, n’ont connu que corruption, népotisme, favoritisme, piston et kleptocratie. Les systèmes éducatif, culturel et sportif ont volé en éclats. Ces phénomènes qui ne vont pas avec la démocratie se sont ancrés même dans l’armée, au point qu’on y entrait plus par le mérite mais par favoritisme, par le piston. Il ne faut s’attendre qu’à un tel effondrement dans un pays où les premiers et les méritants sont les derniers. Et, sans craindre de se tromper, ceux qui ont trouvé la mort ainsi que ceux qui continuent de se battre au Nord du Mali appartiennent à la catégorie des soldats qui sont entrés dans l’armée par conviction, sinon les pistonnés ont pris la clef des champs depuis les premières heures de la guerre et ont fait leur deuil de l’uniforme. Le Mali n’avait pas d’armée ; et même s’il en avait une, elle était facultative. Ce pays n’avait pas les éléments fondamentaux d’un Etat moderne. La puissance d’un Etat se mesure surtout à l’aune de l’état de son système éducatif, son armée… Et, encore une fois, contrairement à une idée reçue, la situation qui prévaut au Mali ne pose pas seulement une question de rébellion, de coup d’Etat ou de terrorisme, c’est aussi un problème de vacuité politique et d’une faiblesse de l’Etat malien.

 5.      Et cette date impérative du 28 juillet pour les élections présidentielles?

Il est n’est plus besoin, à mon sens, de perdre son temps à rappeler qu’il sera difficile de respecter cette date imposée aux autorités maliennes de transition par la communauté internationale, et surtout la France. Témoin la mise en garde du président français M. Hollande qui a déclaré qu’ « ils » seront intraitables sur le respect de cette date. Preuve aussi que le Mali n’a pas le choix, n’a aucune autonomie de décision et donc est obligé de se laisser téléguider comme on conduit un bœuf de labour au champ. Sinon il est clair que les difficultés évoquées par le président de la Commission Electorale Nationale Indépendante (ceni) ne sont pas anodines : retard pris dans la production, donc dans la distribution des cartes, la situation à Kidal, le cas des personnes déplacées… Mais ce qui est déroutant dans l’affaire, c’est que le président de la ceni est le seul à faire cas de ces difficultés !

6.      Ton pronostic?

Question difficile. Non, la seule chose qu’on peut dire c’est que dans cette élection vainqueur soit le peuple et donc la démocratie. C’est tout ce qu’on peut dire.

7.      Je te sais maghrebophile, peut-on connaitre ton analyse du printemps arabe

AVT_Akram-Belkaid_9040.pjpegOui, bien sûr, j’aime beaucoup le Maghreb. C’est une région à laquelle je me suis intéressé grâce surtout à un journaliste, Akram Belkaïd, qui a fini par devenir un ami. A propos du « Printemps Arabe », tout ce que je peux dire c’est que ça été un vaste mouvement de contestation qui a secoué beaucoup de pays du monde Arabe. On sait que le mouvement a démarré en Tunisie avec le suicide du jeune Mohamed Bouazizi, à Sidi Bouzid, le 10 décembre 2010. Des manifestations ont éclaté avec comme slogan « Dégage ! » lancé contre le président Zine El Abidine Ben Ali. En Egypte, les révolutionnaires ont repris le même slogan. Au Bahreïn, le soulèvement a échoué et ainsi qu’au Yémen où le dictateur Abdallah Saleh a réprimé la contestation avant de finir par démissionner, si mes souvenirs sont bons, le 27 février. Mais ce qui est frappant, c’est que ces révolutions ont des causes communes qui sont, entre autres, les dignités bafouées, la kleptocratie, le mauvais partage des richesses, manque de liberté politique et individuelle… En Syrie, la révolution est toujours en cours et le régime d’Assad continue de faire des milliers de morts. En Libye, Kadhafi a été tué. La révolution a viré à une guerre civile entre la Jamahiriya de Kadhafi et les rebelles du Conseil National de Transition aidés par une intervention internationale sous mandat de l’O.N.U. Ce qui m’amène à préciser une nuance de taille qui est entre ce qui s’est passé en Libye et ce qui s’est passé en Egypte et en Tunisie. Le fait est qu’en Egypte et en Tunisie, ce sont les peuples qui ont conduit les dictateurs Ben Ali et Moubarak à quitter le pouvoir, mais en Libye le CNT n’est qu’une création de l’occident.

8.      l’islam fondamentaliste est-il une menace pour les pays qui ont connu le printemps arabe?

Je ne suis pas sûr que l’islamisme soit une menace pour ces pays. Le problème est que ces pays du monde arabe se trouvent dans une situation cornélienne : comment faire avec l’islam au moment où les peuples aspirent à plus de démocratie, à la modernité, à plus d’égalité, même entre hommes et femmes ? C’est là une question d’importance à laquelle il n’est pas banal de répondre. Dans des sociétés majoritairement musulmanes, il est impossible de parier sur une disparition de l’islamisme, d’autant plus qu’elles restent conservatrices dans les comportements. Par exemple, au Mali comme en Algérie ou en Tunisie, deux jeunes appartenant tous à des familles musulmanes peuvent vivre longtemps dans le concubinage (ce qui ne cadre pas avec les prescriptions de la loi islamique), mais pour se marier, les parents vont se modeler sur les règles qui régissent le mariage dans l’islam !  Il faut aussi ajouter que la pire des solutions, c’est de vouloir éloigner les islamistes du champ politique ou de refuser de prendre contact avec eux. Et les algériens connaissent bien cette question, car chez eux elle a conduit tout droit à la guerre civile avec l’annulation des législatives remportées par le Front Islamique du Salut (F.I.S). Et aujourd’hui encore, ils sont divisés sur cette question : pourquoi l’armée a annulé ces élections ? Pourquoi n’avoir pas laissé le FIS faire ses preuves ? Mais, il faut éviter d’être naïf, car personne n’est sans savoir que ces formations islamistes n’ont vraiment pas les capacités et les idées requises pour gérer des pays qui se veulent laïcs. Et c’est là qu’on touche à l’une des questions que soulèvent ces partis qui se réclament de la mouvance des « Frères musulmans ». Une fois arrivés au pouvoir, ces partis islamistes se montrent rétrogrades tant sur le plan des mentalités que sur le plan de l’exercice du pouvoir. Ils affichent une volonté de régner sans partage et ne supportent pas d’être critiqués ni par l’opposition ni par la presse. Donc, on peut bel et bien accepter de partager le champ politique avec les islamistes et, dans le même temps, faire confiance au peuple qui sait mieux qui il lui faut au pouvoir.

9.      Et le cas de la Syrie?

Ce qu’il faut déplorer en Syrie, c’est le fait que la révolution n’appartient au peuple syrien, beaucoup d’autres puissances sont impliquées, les Etats-Unis et la France en tête. Aussi on ne saurait oublier le fait que les rebelles de l’Armée Libre Syrienne sont soutenus par des pays comme le Qatar et l’Arabie saoudite qui tirent les ficelles. Mais ce qui est sûr, c’est que le régime de Bachar Al Assad va finir par tomber.

  1. 10.  Parle-nous de tes auteurs arabes préférés

yasmina-khadraBon, au vrai, je n’ai pas une connaissance bonne de la littérature arabe. Au Maghreb, j’ai lu quelques écrivains tels que Yasmina Khadra (son vrai nom est Mohamed Moulssehoul) qui est algérien comme Mohamed Dib aussi dont j’ai lu le roman ‘’Et si Diable veut !’’, et le marocain Abdelhak Serhane. Je lis aussi l’écrivain Akram Belkaïd, qui est l’un des fins analystes du monde arabe.

11.  Ces auteurs sont-ils engagés?

Oui, ils le sont. Concernant Akram Belkaïd que je connais le mieux, il suffit de lire son essai « Un regard calme sur l’Algérie » pour saisir le degré de son engagement. Ils y dénoncent des phénomènes comme la corruption, le népotisme, le piston…, s’attaque à des personnalités politiques, des militaires, à la colonisation…

12.  Quels sont tes mentors?

Il y a un oncle journaliste Amadou Sidibé qui travaille au quotidien « Les ECHOS » où j’ai aussi écrit à un moment donné, et ma mère aussi à qui je dois tout. Mais le plus important est Akram Belkaïd que je prends pour modèle et qui sait bien me conseiller aussi. Même si nous sommes l’un aux antipodes de l’autre : lui vit à Paris et moi à Bamako.

13.  As-tu un message à passer la jeunesse africaine?

Le seul message que j’ai à adresser à la jeunesse africaine, c’est de se battre, lutter pour prendre sa revanche sur le sort injuste que l’histoire lui a fait.

Je suis malienne, j’aime les motos

 

Un rêve pour toute malienne
credit photo: Faty

L’avènement de la  Djakarta au Mali a coïncidé avec  l’ère de la fausse démocratie  qui a suivi le soulèvement populaire contre le pouvoir de Moussa Traoré (président de 1968 à 1991). Les motos ne sont pas des  engins réservés uniquement à la gente masculine… En tout cas, pas au Mali. Chez moi de Kayes à Kidal en passant par Tombouctou et son sable fin qui fait tomber (surtout les femmes, faisant fi de la promotion féminine et de la parité homme-femme) tous les jours.

Credit photo: Faty
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Un engin bien utile…

Avant cette période, avoir une moto était un privilège pour quelques maliens aisés. Les femmes ne pouvaient s’acheter de tels bijoux, d’ailleurs elles préféraient à cette période les vrais bijoux (bien plus brillants). Mais il ne faudrait pas que j’oublie la relation entre les villageoises- je veux dire les femmes rurales- avec la bicyclette. Elles parcourent des kilomètres entre le village et les champs qui peuvent être bien éloignés. Comme au Burkina Faso d’ailleurs. Les citadines préfèrent emprunter les sotramas, se disputant quotidiennement avec les apprentis chauffeurs qui sont de véritables  spécimens en matière d’impolitesse.

La vantardise est un sport national au Mali. Il suffit d’avoir un lien éloigné avec une personne qui a un petit mérite dans un domaine et hop ! On s’en vante. Mon frère est procureur ! C’est ma cousine! C’est ma sœur ! Il est douanier et possède trois voitures luxueuses (sinon plus), ma sœur est mariée à tel artiste ! Mais je n’ai vu personne se vanter de connaître un apprenti de sotramas, le mentionner même dans une conversation.  C’est à se demander s’ils sont tous des orphelins  et n’appartiennent à aucune famille. Je me suis tordue de rire en attendant un vieillard faire des bénédictions à un enfant qui le soulagea du poids qu’il portait «  Que Dieu  ne fasse pas de toi un apprenti qui n’a pas de famille ni d’ami ».

Avec la libéralisation des prix et le développement du commerce avec la Chine, les Djakartas ont fait leur apparition dans la circulation de Bamako qui a fait peau neuve par le truchement de Alpha Oumar Konaré qui a clairsemé des monuments-que les bamakois appellent « boli » fétiches- dans les carrefours de la capitale.  Cela a été suivi d’une augmentation des salaires qui désormais tombent à terme échu. Ces motos ont l’avantage d’une consommation basse et d’une faible pollution (d’après les fabricants car elles fument beaucoup quand elles vieillissent). Le prix varie entre 350.000 à 400.000 F CFA selon le model.

Le premier modèle était appelé « Fuser »pas le verbe fuser hein mais lire « fuzaire ». Elle était plutôt jolie avec un bruit de moteur que j’adore.  Mais elles ont présentement disparu pour laisser la place au modèle que nous avons maintenant qui ont connu multiples transformations. Les premières avaient des raillons dans les  roues.  On n’avait pas cette diversité de couleurs que nous voyons maintenant. A chaque mois, sa couleur de moto à la mode à Bamako. Le mois dernier c’était la couleur rouge vif. Très brillant. Très plaisante. Il y a eu avant la couleur orange. Ces jours-ci la couleur rose est de sortie. Elle me plait aussi. Très élégante, elle marierait facilement les tenues féminines, surtout quand les roues sont décorées d’or.

Les motos sont chères, d’où l’intérêt des femmes qui voient en elles une bonne manière d’étaler l’aisance financière de leurs familles, de leurs conjoints ou même de leur banquiers (celui avec lequel elles sortent pour son argent). Au Niger où les djakartas n’ont pas connu le même essor, les femmes préfèrent les Yamaha Mate 50 qui arrivent des ports de Lomé et de Cotonou comme des occasions bien chères. Elles y sont surnommées « Mon mari est capable » et ne sont pas offerte à toutes.  C’est une moto typiquement féminine même si certains hommes la conduisent.

Au Mali on dit simplement  « Mate Dame »  ou « Mate orange » et du fait de sa fabrication japonaise le prix approche le million de CFA.

Classement par type de conducteurs….

Il n’y a pas d’âge ni de condition pour conduire une moto au Mali. Le port du casque n’est même pas obligatoire. On a bien tenté de l’introduire de force après les multiples campagnes de sensibilisation, mais personne ne s’y fait. Même les blancs, je veux dire les occidentaux (car il y a des maliens blancs !) abandonnent cette bonne habitude en arrivant à Bamako où tout le monde conduit tête nue quitte à se la fracasser contre une pierre au premier accident. Je n’ai pas de casque et je suis toujours sur mon char, même pour acheter une carte de recharge pour mon téléphone. C’est bien dangereux. Mais bon je suis une malienne.  Une vraie maintenant  avec certaines des tares.

Les adolescents casse-cous

Crédit Photo: Faty
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Je désapprouve fortement cette manie qu’ont les parents d’élèves de se débarrasser de leurs enfants en leur achetant des motos. Les jeunes adolescents font ce qu’on appelle le « malvie ». Ce mot désigne les figures acrobatiques et  des cascades en pleine rue, dans la circulation.  Ils ont un plaisir fou à griller les feux de signalisation aux risques de graves accidents. Mais je reconnais que ces petits chenapans maîtrisent cet engin. C’est ainsi que tu verras d’à côté  lâcher son guidon pour se coucher sur sa selle ou encore je mettre tout simplement à plat-ventre et crier comme un damné s’il ne décide pas de faire rouler la moto juste sur la rue avant.  Ce n’est pas prudent, pas du tout, mais je ne peux m’empêcher d’être admirative quand j’assiste à ces numéros en rentrant de l’école.

Leurs copines…

Crédit photo: Faty
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Il s’agit des adolescentes. Elles n’essayent pas de s’émanciper en faisant les mêmes cabriolets que les garçons mais elles sont folles de moto. Elles sont prêtes à tout pour avoir une moto.  Le garçon qui vient draguer à intérêt à avoir une jolie Djakarta. Neuve de préférence. Quand elle a la sienne, celle du copain est épargnée sinon, les sorties ont un goût prononcé de ballade à moto, certaines mauvaises langues prétendent même que les djakartas font concurrence aux chambres de passe et aux hôtels. Je n’en sais rien !  De toutes manières les Djakartas et les hôtels sont tous chinois !

La Djakarta est intégrée à tenue vestimentaire de ces jeunes filles qui s’asseyent  la croupe surélevée alors que le pantalon à la taille basse dévoile une grande partie du patrimoine (s’en est-il pas un ?), les jambes serrées vers l’avant, les mèches  folles et longues au vent, de grandes glaces au bout du nez.  Elles utilisent la liberté que l’engin leur accorde à faire ce qu’elles aiment le plus : se promener avec les garçons, faire l’école buissonnière, aller à la plage. En cette période de canicule, ils se ruent sur les plages aux bords du fleuve Niger. Les multiples cas de noyade ne les découragent points.  Ils sont innocents et bien jeunes, responsables sont les parents qui leur ont offert ce « cadeau empoisonné ». On m’a parlé de certaines audacieuses  qui ont leur numéro de téléphone tatoué juste sur une partie dévoilée. Mais  je n’ai jamais pu en rencontrer et me laisse aller au doute même si je les sais coquines.

Les grandes dames…

Crédit photo: Faty
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Pour les femmes, que dis-je, les DAMES, la Djakarta  a été comme une manne bien qu’elle soit puissante avec ses 4 vitesses et son embrayage automatique. Elle a les a libérées des sotramas. Plus besoin de rester une heure au soleil pour avoir un bus, à suer, ni à tacher leur Bazin riche tellement précieux ! La moto est toujours scintillante, proprement lavée, d’une couleur à la mode.

La travailleuse…

Crédit Photo: Faty
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La djakartas est  arrangeante aussi pour les femmes travailleuses.  Cette fois-ci elle permet de gagner du temps et de l’argent !

En effet, les prix des transports en commun ne font que grimper d’année en année. En plus , ces bus sont pratiquement insuffisants pour Bamako. Le soir, c’est un véritable parcours du combattant pour rentrer et concorder avec le télénolas.   Plus tu es chargée, moins tu as de chance de rentrer à la maison. Les marchandes ont toutes les peines du monde le petit soir au grand marché de Bamako.  En tout cas, celles qui n’ont pas de moto car la Djakarta est si commode pour transporter les bagages et autres sacs de condiments.

La Djakarta n’appartient donc pas à une seule classe de femmes. Toutes en ont, quel que soit le travail qu’elles exercent, de l’enseignante à la vendeuse de friperie.

Il suffit de faire le tour de Bamako, à moto de préférence pour te rendre compte qu’ici c’est naturel pour une femme de conduire une moto. Tu les verras, les motos encombrées de toutes sortes de marchandises, parfois l’enfant bien attaché au dos, si elles ne transportent pas toutes sa petite famille (3 à 4 enfants)  tôt le matin ou le soir, après les cours. Mais en général, elles ne roulent pas vite. Moi je dépasse rarement pour ne pas dire que je n’atteins jamais 60 km/h.

Après m’avoir dépassé sur le pont FAHD, David Kpelly me l’a fait remarquer, mais je fais tout pour éviter les hommes qui conduisent comme des fous et sans raison parfois c’est juste un chômeur qui a prêté la moto pour aller voir une fille qui te rentre dedans et te casse une dent (les prothèses dentaires sont moches et si chères !).

« Qui va lentement, va surement ». N’est-ce pas maman, toi qui ne voulais même pas que j’utilise cet engin à Bamako parce qu’on t’avait dit que la circulation y était dangereuse et après les accidents de mes deux grands-frères ?

 C’est d’ailleurs l’occasion pour vous raconter la petite histoire de ma moto.

 

crédit photo: Faty
crédit photo: Faty

Elle m’a été offerte par ma sœur cadette quand elle a conclu qu’elle ne pourrait jamais arriver à conduire à Bamako. Comprenez-la, elle est médecin.

Je n’ai commencé à la conduire qu’à Tombouctou où la circulation est presque inexistante.

Baba Wangara qui est un collègue, mais aussi un très bon ami (nous nous appelons jumeau car nos teints foncés sont  proches). Certaines personnes y voient de la ressemblance quand ils ne nous prennent pas pour un couple (ce n’est que pure amitié). Il m’a appris à la conduire en une semaine. Juste. J’ai commencé mon apprentissage un lundi soir, vers 17h, à  la dune Chirac (une grande dune située près de la porte d’entrée de la ville,  qui a été baptisée à l’honneur de Chirac lorsqu’il vint en visite à Tombouctou).

Je portais mon maillot de l’Ajax (la première équipe que  j’ai supporté et j’étais fan de David), un pagne bien attaché et un collant. Je ne suis pas tombée ce soir-là. J’eus du mal avec l’équilibre car je ne savais conduire qu’avec ma manette de PlayStation. Baba était assis derrière moi. Le mercredi, je partais seule avec la moto et essayais de suivre le circuit qu’il m’avait tracé. Je ne savais pas tourner.  Le vendredi soir après une belle chevauchée dans le sable, je connus ma première chute qui me valus un grand trou dans mon collant et une grande assurance dans ma conduite.  J’ai compris pourquoi on tombe de la moto et comment. Et surtout quand tu tombes, lâches le poignet. Depuis je ne suis plus tombée. Je suis rentrée à la maison en conduisant fièrement ma Djakarta. Rendez-vous a été fixé au samedi matin à l’école.

–          « Tu peux partir à l’école avec maintenant » me dit mon maître.

–          « Mais je ne sais tourner que de ma gauche ! », lui dis-je.

–          « Oui je sais mais on devient forgeron en forgeant, tu sauras tourner des deux cotés en circulant ».

Depuis ce samedi matin, je ne sais plus de quel mois de l’année 2011, je suis rentrée dans l’association des Djakarteuses (pure création de ma part) de Tombouctou. Mais moi , j’utilise ma moto pour aller à l’école contrairement à d’autres qui n’ont leur Djakarta que pour aller au marché et se pavaner. Cela ne me déplairait pas si j’étais une Djakarta, c’est une vie de rêve,  déjà que les hommes pensent que les motos des femmes sont des motos « à l’aise ».

Une vie tranquille… Tombouctou est une ville paisible. Pas besoin de porter une grande attention à sa moto comme à Bamako où on dérobe les motos  à la moindre occasion. Quand je rentrais du CFAB (Centre de Formation Ahamadou Badou, une école professionnelle) où je donnais des cours d’orthographe, je laissais ma moto devant notre maison jusque tard la nuit. Quand  je m’apprête à dormir, je la rentre et boucle la porte.

L’an 2012, mois de mars, un mercredi soir, vers 21h, je sortis pour aller chercher je ne sais plus quoi à la boutique au bout de la rue et catastrophe, Mon cœur bondit (je n’ai pas eu cette sensation depuis la proclamation des résultats du Bac au Lycée Korombé de Niamey) : ma moto n’était pas là.

Je crus devenir folle. Où est-elle ? Pourtant  j’ai condamné le guidon (le cou disons-nous) j’alarme mon cousin Alhousseini  Alhadj (lui aussi blogueur).

–          « Quand tu es sorti, tu n’as pas remarqué son absence ? »

–          « Si mais je pensais que tu étais sortie »

Nous suivîmes les traces et demandâmes à une voisine qui avait sa porte ouverte et ne pouvait qu’avoir vu le voleur. Elle dit non alors que sa fille la contredit :

–          «  Ayegna, je t’ai dit que le jeune homme est en train de partir avec la moto de Titty, tu m’as dit ‘’a te igné sira la’’ (ça ne te regarde pas). »

Je détestais la femme qui était pourtant une bonne cliente de ma mère (elle vend des condiments).  J’appelai mon jumeau qui vint aussitôt puis parti à sa recherche en suivant les traces qui se perdirent dans le marché Yobou Tao, près de chez moi. « Fatouma, je vais foncer voir sur la route de Goundam.  Entre temps va faire une déclaration à la police ».

La Police ? Une autre histoire. J’y partis avec Alhouss sur sa moto. Il y avait une équipe de garde. Un officier (je crois hein) prit ma déclaration de perte et me demanda de repasser le lendemain matin. Nous passâmes la nuit à chercher et à diffuser la mauvaise nouvelle dans la ville.  Tombouctou est petit. Mais nous ne la retrouvâmes pas. Je n’ai pas dormi la nuit-là. J’avais l’impression d’avoir perdu un être cher. Le lendemain, je fis un crochet à la police pour voir s’il avait des nouvelles (sans réellement y croire). Rien. Pire le fameux officier de garde d’hier n’avait même pas parlé de notre déclaration à ceux qui sont venus le relever. Si c’est la police qui retrouvera cette moto, je crois que je peux me résigner et en acheter une nouvelle.

Tout le monde me dit d’aller me confier à un certain marabout de Tombouctou ( je ne veux pas donner son nom sans son avis ). Plus question de cartésianisme pour moi. J’y partis.  Il est au courant. La moto n’est pas à Tombouctou. Mais elle sera retrouvée.

Vendredi, samedi … Les jours passaient et je ne retrouvais toujours pas ma moto. D’habitude quand une moto disparaît à Tombouctou, ce sont justes des gamins qui « l’empruntent » au propriétaire un temps et ils l’abandonnent une fois le carburant fini.

Dimanche, lundi : après deux heures de français en 2ème année Généraliste, je partais au CVF (Centre Virtuel de Formation), c’est notre salle informatique. J’y assure des cours volontaires d’informatique pour me connecter à internet un instant. Grande amatrice de football, j’organise chaque année un tournois interclasse en mon nom. Les élèves vinrent m’informer que le professeur d’EPS , organisateur principal était à ma recherche. Je partais à sa rencontre quand il rentra.

–          «  Fatouma, je voulais te dire que quelqu’un m’a dit avoir vu ta moto à la sortie de Goundam ( une ville situé à 85 km de Tombouctou)vendredi », me dit-il d’une voix traînante.

Au lieu d’être contente, je devins furieuse.

–          «  Vendredi et aujourd’hui lundi, tu pouvais me rappeler ! »

–          « Désolé, mais je n’avais pas ton téléphone »

–          « Merci quand même ! »

J’appelais aussitôt Baba Wangara qui était à la banque pour l’informer de la nouvelle. Il  me donna de l’espoir. On va aller voir les réparateurs. Ils se connaissent tous dans la région. Avec l’indication-là nous pouvons l’avoir. « Si cette moto se trouve à Goundam, je te jure que je te le ramènerai. ».

Il tint parole car le mardi, je m’apprêtais à sortir quand il m’appela : «  Ma jumelle, j’ai ta moto. Amène–moi les papiers et ne le dit à personne d’abord. Je te le ramène demain  Inchallah».

Baba est extraordinaire. J’en avais des larmes aux yeux. Il s’est tellement investi dans cette histoire de moto. Je me demande si mon propre frère de sang l’aurait fait. J’avais entre-temps pris la moto de ma sœur cadette qui venait d’accoucher et m’en plaignais tous les jours car la comparant à ma moto qui était plus neuve.

24h plus tard, il était 14h47, je m’en rappelle comme si c’était hier le klaxon de ma moto retentit devant notre porte. Ce klaxon si fort qui la rendait particulière. Ma mère fut la première à la reconnaître je crois car elle sortit avec moi. Nous deux, pieds nus et  Baba couvert de poussière rouge. La moto a bien changé dans son périple goundamien, mais c’est elle. Son cou est cassé. Les garde-fous n’y sont plus. Une vieille clé traîne derrière. L’affiche d’un pouce levé y  a été collée.

Ma moto avait fait une semaine dans la nature avec un adolescent de Goundam qui me l’avait volé pourdes promenades entre Goundam et Léré. Mais heureusement, il a un père responsable qui l’a amené à la gendarmerie avec la moto qu’il ne cessait de transformer.

Une  autre semaine plus tard, les troupes de Touaregs fous entraient dans la ville des 333 saints pour y instaurer « une charia » (qui n’a rien à voir avec la vraie).

Quelle chance ! me dit-on. « Ta sœur n’a pas volé l’argent pour acheter cette moto ».

Le liebsterg award de Faty

 

 je l'adore ...
je l’adore …

Escale du Liebsterg award dans le vestibule de la femme de Tombouctou, heureusement qu’il s’écrit plus qu’il ne se prononce et qu’on peut copier et coller le mot sinon je vous assure moi et l’allemand faisons deux.  Pour la petite histoire, c’est un trophée que vous accordez à vos blogs préférés. Tu es nominé ? C’est comme si tu as l’objet en main. Donc félicitez-moi après lecture-pourquoi pas dès maintenant ?-

Une bonne aubaine pour parler de votre petite personne et dévoiler même certains pans, pas toujours positifs de votre personnalité, sans s’en rendre compte. Pourtant que d’efforts pour les cacher et se montrer sous un jour toujours rayonnant.

La mystérieuse
La mystérieuse

Ce trophée ne doit pas procurer la même sensation que le Bob’s du meilleur blog en français que  Alimou Sow a remporté haut la main. D’ailleurs je ne suis pas étonnée de ne pas le voir se prêter au jeu bien que nommé pas plusieurs mondoblogueurs. Il n’a pas le temps la nouvelle star de Mondoblog. Exit Florian Ngimbis et son regard de James Bond africain qui plait tellement aux filles (même le sachant malade, je ne peux pas être gentille avec Florian, excusez du peu  mesdames !).

J’ai été nominée par sept mondoblogueurs auxquelles je dois réponse. Je traine des pieds. Je voudrai bien me dérober bien qu’ayant éprouvée de l’impatience et de la curiosité quant aux personnes qui me nomineront.  Mes nomineurs (je sais que le mot n’existe pas mais pourquoi ne pas l’inventer pour la circonstance ?) sont :

Pascaline Breuil la française qui vivait au Caire, qui a aimé Dakar. Elle est devenue une grande amie à Dakar. J’avoue l’avoir prise pour Aurore. Mais bon, Aurore aussi est une fille en or.je sais que j’aurai la place de commentateur si jamais elle parvient à être nommée directrice des programmes de Canal+.

Serge Katembera ,  Le garçon qu’on croirait timide, tellement vivant, polyglotte (comme beaucoup de mondoblogueurs d’ailleurs) et si ouvert. J’apprécie Serge. Il le sait. Tout le monde le sait (je veux dire tout MONDOBLOG). Un vrai citoyen du monde congolais, étudiant et aimant le Brésil, né en France. C’est un sage déjà à 27 ans.

Sara, pseudo : Limoune, citron, mon reflet, reflex, karaté – hum…blogueuse en situation à Dakar– qui me fait chaque fois réfléchir. Un reflet bien bizarre qui ne connaissait pas Zlatan Ibrahimovic en vivant en France. Son ânier… que nous cherchions ensemble (hum…  il parait !!! je  me demande comment je réussirai là où certaines ont échoué ma douce hibou). Miroir, miroir cherche ton ânier  rapidement j’ai déjà le mien -sans sel-

Mamady Keita, l’étudiant guinéen en Ukraine. Un frère. Un petit-frère émouvant  et si appréciable, gentil. J’ai eu un plaisir fou à jouer une partie de foot avec lui à Dakar sur console bien sûr ! Il m’a battu, mais je suis bonne perdante et fair-play. Je sais maintenant qu’il me faut chercher une console de PlayStation 3 ou un émulateur pour jouer avec mon ordi, ma PS2 est dépassée.  Que Dieu le préserve des méfaits des filles !

Boubacar Sangaré, l’étudiant malien. Bouba le doux qui souffre comme ces milliers d’étudiants maliens, une souffrance par laquelle je suis passée il y a dix. Il est jeune mais si plein de convictions. D’avenir. En plus sa ville préférée est ma ville natale : nous ne pouvions que nous entendre. C’est mon chauffeur de moto aussi parfois. (Suis-je la seule à en avoir ?). Sa gentillesse n’a pas de borne. Que Dieu lui donne une bonne ânière.

Josiane Kouagheu : une fille formidable, d’une douceur  et d’une gentillesse sans égale. Je ne pense pas lui avoir servi une seule de mes blagues de mauvais gout. Elle semble presque craindre le monde.  Elle est si réservée. Josiane les hommes ne sont pas aussi méchant qu’ils en donnent l’air suffit qu’ils t’aiment. Je te souhaite de connaitre cette complicité. Tu en sortiras encore plus grande.

Mohamed Sneiba : une nomination qui ne m’a pas beaucoup étonnée car  nous sommes devenus presque coutumier à Dakar, toujours assis à la même table échangeant sur les différences entre le Mali et la Mauritanie.

A. Moi en 11 points –de suture ?-

Je ne sais pas. La règle du jeu n’impose pas de donner ses impressions sur ceux qui vous ont nominé mais l’occasion était trop belle pour ne pas la tenir. Je l’ai fait.

Elle demande de se présenter en 11 points.  Je m’y soumets-pour une fois, car mon gout pour la révolte , la contradiction est immense. Mais je ne vous cache pas l’envie folle que j’ai  eu de m’y soustraire, alors qu’en même temps j’étais pressée d’être nominée.  Je m’attendais bien à une nomination de la part de trois  ou quatre personnes qui n’est pas venue. Je me suis surestimée ou flouée. Non c’est juste un jeu et dans celui de ce trophée au nom allemand –je n’en  parle pas un seul mot- la créativité était au rendez-vous :

–          Certains n’ont nominé que des femmes  -parmi lesquels je ne suis pas et je ne me pose pas de question sur les raisons car ils donnent les raisons de leurs choix

–          D’autres que des hommes, je suis bien certaine que Mylène me nominerai si elle nominait des femmes –après Axelle et Florian hein !- la relation entre elle est moi est unique malgré le grand contraste entre les personnalités.

–          Un ne nomina point de mondoblogueur donc pas d’espoir pour une mondoblogueuse du fin fond du désert occupé  du grand nord inconnu du Mali qui ne serait habité que par des tribus arabo-berbères. Je vous avertis. Noire, je suis. Petit coup –coucou- à Gaïus Kowené de N’Goma. Je pense à toi  aussi,  ne te fait pas tuer hein !

–          Moi; je ne sais pas qui je nominerai jusqu’ici car ceux que je veux nominer soit m’ont nominé –la règle prohibe leur nomination-soit se sont déjà prêtés au jeu –Mylène, FBI, Mon binôme- ou sont récalcitrants à se soumettre à l’exercice  Alimou Sow, Florian Ngimbis, Adjmaël–donc je les laisse tranquille car je n’aime pas  enquiquiner les gens-

Vous comprendriez certainement que ce n’est pas pour avoir le plaisir de vous dévoiler mon personnage –que certain qualifient d’atypique-, car mon nomineur Mamady a déjà fait un portrait de moi que donnes 11 détails sur moi, mais quel homme ne serait pas content d’être le préféré d’un autre de par le monde ?

Donc voici Faty en 11 points :

  1. Fille d’expatriés maliens au Niger, j’en ai gardé un amour pour la gastronomie  et la musique nigérienne, le piment et la langue djerma que je parle toujours avec mes sœurs et mon frère.
  2. J’aime les motos, les voitures mais aussi le football, les jeux vidéo, les dessins animés et les bandes dessinés, les mangas, les films d’horreur, le reggae et le rap. Cela me donne un côté garçon manqué malgré mon aversion pour les pantalons.
  3. Mon défaut ? trop directe et têtue –comme l’âne qui emportera Sara  vers  la Mecque. Je partirai bien à la Mecque moi aussi mais pas à dos d’âne.
  4. J’aime la simplicité, la gentillesse  et la générosité chez une femme
  5. La fierté est ce que j’aime le plus chez l’homme si elle n’est pas confondue à l’égocentrisme.
  6. Je ne suis pas contre la polygamie, mais ce n’est pas une raison créer un fan’s club pour ma coépouse.
  7. Physique ? une femme pas grande sans être courte plutôt enveloppée. Energique. Rapide dans les gestes. Les bras courts mais cela ne m’empêche pas de conduire ma Djakarta.
  8. J’aime mon métier l’enseignement, écrire, discuter est un plaisir. La musique m’inspire.
  9. Je voyagerai tous les jours si je pouvais. J’aime le contact.
  10. Politiquement ? Socialiste jusqu’au jour où j’ai compris que les partis politiques ne l’utilisent que pour accéder au pouvoir. Maintenant il faudrait me convaincre de voter en juillet. J’ai peur pour mon pays. L’horizon n’est pas net.
  11. Je n’aimerai pas décevoir mes parents. Je demande toujours conseil avant de prendre une décision. Je ne change pas d’avis facilement.

B. 11 réponses  aux questions de Sara, Serge, Mamady, Boubacar…

credit photo: Google
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Ne pouvant répondre aux 77 questions qui m’ont été posées je me propose de choisir celles qui m’arrangent le plus –en espérant que les funérailles de mon anonymat n’auront pas lieux aussitôt que ce billet sera publié.-

1. Pourquoi vous bloguez? (Serge)

Pour m’exprimer, exprimer mon humeur, mon humour, mes envies, mes projets, mon amour pour mon pays, mes convictions sans m’attarder son ma petite personne.

2. Quel est votre livre préféré ? (Serge)

Il s’agit d’un roman que j’ai lu au lycée. Il s’appelle « l’amour en héritage » de Judith Krantz. Une histoire émouvante que je n’ai pu oublier.  Après la lecture  de ce livre j’ai compris le pouvoir de l’amour et j’ai décidé d’aimer mon prochain. J’ai aussi aimé « Ségou ou les murailles de terre (je pense toujours de fer, pourquoi ???) de Maryse Condé. Ce livre m’a permis de créer un contact avec mon pays –le Mali- quand je me faisais traiter d’ « amenée par son pied » par les nigériens.

3. Quel est votre rapport au cinéma? C’est quoi votre film préféré? (Serge)

J’aime le cinéma. Il me permet de remplacer les heures de lecture que je ne peux plus me permettre. J’adore les séries US (les experts, profiler, New York police judiciaire), Vampire Diairies. J’ai plus de mal avec les films longs et épisodiques  qui ne peuvent me tenir en haleine. Je m’en désintéresse facilement comme des télénovelas. Quand les autres regardent les télénovelas je m’attèle à leur empêcher de comprendre en leur posant des questions sur les épisodes passés tout en faisant dos à la télé. Je ne suis jamais rentrée dans une salle de cinéma.

4. Quelle est  votre citation préférée ? (Mamady)

Je crois que les proverbes et autres adages sont une force de l’Afrique.  Ils démontrent  de notre sagesse. J’adore les utiliser dans mes phrases pour donner de la profondeur à mes idées « tout ce qui fait le pourtour de la maison fini par entrer par la porte » donc  « pourquoi pourchasser une souris qui habite ta maison ? » Mamady !

5. Qui êtes-vous vraiment ? (Pascaline)

Une simple citoyenne du Monde encrée à Tombouctou. Dans ma tête je suis toujours à Tombouctou.

6. Bloguer sans internet, c’est possible ? (Sara)

Non mon miroir, c’est impossible même si tu as une boule magique comme la sorcière dans blanche neige. C’est encore plus impossible quand il n’y pas d’électricité. Sauf si un génie invente un réseau qui marcherait de personne à personne… du monde entier. UN WIFI GEANT, Même-là on trouvera certainement le moyen de discriminer certains…ou/et… d’autres. Regarde le problème entre Israël et les arabes : les européens massacrent les juifs qui ne supportent pas de voir les arabes… et les Etats-Unis dans l’histoire???!!!  Miroir, miroir dis-moi la logique.

7. Êtes-vous superstitieux ? (Bouba)

OUI. !!! si je disais NON  pour répondre à mon image de femme rationaliste qui veut toujours la preuve ou des raisons plausibles aux situations je mentirais. Je dis « Bissimillah » toujours  avant d’enfourcher ma moto, de sortir de chez moi, d’allumer du feu, de poser ma marmite, de me servir d’un appareil neuf, de me coucher, de me lever…

8. Quel est votre rêve le plus fou ?(Pascaline)

Je suis un géant et j’attrape Sarko et je lui donne une fessée juste après son discours de Dakar…Non, je blague mais je  ne me rappelle jamais de mes rêves. Je suis complètement freudienne sur le sujet. Tu veux connaitre mes désirs ?

Personnellement ? Finir d’écrire mon livre sur les violences faites aux femmes pendant l’occupation des régions du nord du Mali et le voir publier.

Pour mon pays ? Repartir d’un autre pied avec une démocratie véritable avec des militaires forts qui  ne feront plus de coup d’état et ne pratiqueront plus le repli stratégique.

Pour l’Afrique ? Une union parfaite qui transcende les frontières et permet un envol véritable. Plus de corruption ni de népotisme. Un rêve…

Pour le monde ? Une paix véritable avec la disparition de la force de certains et de la faiblesse des autres. Encore un rêve…

9. Quelle est la plus importante chose que vous aimeriez faire dans la vie ?(je sais plus qui)

Amener mon père et ma mère en pèlerinage  à la Mecque.

10. Quelle est le personnage que vous admirez le plus au monde et pourquoi ? (Josiane)

Mon père. Maçon, analphabète, il a compris l’importance de l’éducation. Il a tout fait pour que moi et mes cinq frères et sœurs recevons la meilleure. Je suis fière de ma famille et c’est grâce à lui et ma mère bien sûr !

11. Dites-moi comment est votre pays avant que je ne débarque chez vous (Sneiba)

Le Mali est un pays très hospitalier mais fait de contraste comme beaucoup de pays africains. Si tu débarques à Bamako tu te demanderas pourquoi autant de motos, tu trouveras les routes étroites et les femmes sont très dépigmentées. Des minibus verts qui sillonnent les rues ? Ce sont des sotramas, nos transports communs. Ne sois pas étonné de voir des policiers dans tous les ronds-points et les carrefours : s’ils n’étaient pas là tous les bamakois seraient morts car l’incivisme est la plus grande qualité des maliens. Le sol est rouge et que d’arbres. je n’aime pas y passer le mois d’aout à cause des pluies. je suis du désert.

Tombouctou, ma ville est bien différente. Toute petite. Plein de mosquées. Du sable dans les rues. Avant le pseudo-djihadisme les filles étaient libres et s’habillaient à l’européenne. Maintenant c’est une autre histoire…on vit la peur des attentats suicides au ventre- ce n’est pas pour te dire de ne pas venir- Tombouctou a connu pire je pense. Le soir les vieux sont assis sous les quelques arbres. Le sport y est beaucoup pratiqué.

Mes 11 questions à mes 11 nominés

  1. Pourquoi nominer 11 personnes ?
  2. Peut-on réellement préférer 11 ?
  3. Moins de 11 personnes ?
  4. Et ces 11 préférés ne t’ont pas préféré ?
  5.  Et si tu nominais plus de 11 ?
  6. Ou si tu ne nominais personne ?
  7. Non et si tu nominais plutôt une seule personne 11 fois ?
  8. Que va-t-il t’arriver ?
  9. Que peut-il t’arriver ?
  10. C’est quoi ce nom ?
  11. Pourquoi un tel nom ?

Mes 11 nominés ?

Mes questions pourraient sembler saugrenues, mais bon ce sont celles qui me sont venues. N’ayant pas très envie de propager ce que certains ont appelé virus, fièvre, je crois que je peux me nominer  11 fois car ne m’ayant pas déjà nominé. Ces onze questions ci-haut ? je ne pense pas qu’elles soient matière à réponse…

A bientôt les amis