Droits et devoirs de l’enfant : que connaissent les enfants sur leurs droits et devoirs dans la ville de Tombouctou ?

Le terme « enfant » désigne tout être humain âgé de moins de 18 ans selon la Convention Internationale relative aux Droits des enfants (CDE), sauf si la législation en vigueur permet l’application d’une majorité plus tôt.

droits des enfants

Le Mali, étant l’un des nombreux pays ayant ratifié la CDE et la Charte Africaine des Droits et du Bien-Etre de l’Enfant (CADBEE), dispose de la Politique Nationale de Protection et de Promotion de l’Enfant ainsi que d’autres dispositions législatives et réglementaires qui garantissent pour tous les enfants sans aucune discrimination, les droits essentiels et fondamentaux suivants :

  • Droit à la dignité à travers la protection physique et morale
  • Droit à l’éducation
  • Droit à la santé
  • Droit à avoir une identité et une nationalité
  • Droit à la non-discrimination
  • Droits à la participation, etc.

Les droits de l’enfant prennent compte de la fragilité, des spécificités et des besoins propres à l’âge de l’enfant.

Bien que notre pays ait souscrit aux engagements de la CDE et la CADBEE pour la promotion et le respect des droits de l’enfant, le constat est que les enfants subissent de multiples cas de violences, d’exploitation, de maltraitance, de discrimination et de traite violant totalement leurs droits essentiels.

Que savent-ils sur leurs droits et devoirs à Tombouctou ?

Aminata Dicko est une fille migrante travailleur. Elle figure parmi les 8.355 enfants concernés par la mobilité ayant bénéficié d’un accompagnement protecteur grâce au Projet d’appui d’urgence et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité exécuté par Terre des hommes Lausanne (Tdh Mali) et son partenaire Enda Mali.

Aujourd’hui, l’adolescente connait ses droits et devoirs. « Je sais que lorsque je travaille pour quelqu’un, il doit me payer. S’il ne le fait pas, je connais les voies que je dois suivre (…) pour avoir ce qui me revient de droit. Je sais que je dois obéir à mes parents, mais eux aussi doivent me nourrir et me permettre d’aller suivre la formation que je suis en train de faire avec Tdh Mali. Niana Tandina qui nous forme nous explique beaucoup de choses sur nos droits et nos devoirs ».

Si Aminata Dicko a pu connaitre ses droits et devoirs, il n’est pas tout le temps pareil pour tous les enfants de la ville de Tombouctou.

HAMEY est un garçon de 12 ans qui vend du foin sur le marché Yoboutao de Tombouctou. En effet, il n’a aucune connaissance sur ses droits et ignore ce qui peut être ses devoirs. C’est un enfant qui soutient sa famille depuis son plus jeune âge en accompagnant son père au marché.

Certains enfants même scolarisés, pensent qu’ils n’ont que des droits et exigent tout de leurs parents. Mahamane Touré a 16 ans. Il est scolarisé et fréquente le lycée. Il nous confie : « Moi, je pense que mes parents doivent tout faire pour me permettre de réussir mes études (…). Plus tard, je pense que je pourrai les aider à avoir une meilleure vie si je trouve du bon boulot ».

A la question, quels sont tes devoirs ? Mahamane répond : « je dois respecter mes parents et faire ce qu’il me demandent de faire. Mais seulement cela ne doit pas m’empêcher d’aller à l’école ou cela ne doit pas porter atteinte à mon intégrité physique ».

Campagne « Talents d’enfants », un espace d’information des enfants sur les droits et devoirs à Tombouctou

Composé d’enfants scolarisés et déscolarisés, de jeunes, de parents et acteurs concernés par la protection et la promotion des droits de l’enfant, la Campagne « Talents d’enfants » s’est réalisée du 07 au 08 juillet 2018. 800 participants ont visité les 20 stands d’exposition mis en place et animés par les enfants bénéficiaires du projet d’appui d’urgence et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité.

Des produits issus de la transformation agro-alimentaire, de la menuiserie (bois et métallique), de la coupe couture, de la coiffure, de l’embouche ont été promus. Les enfants exposants ont échangés avec leurs pairs sur ce qu’ils ont appris, sur comment ils exercent leur métier et les bénéfices qu’ils en tirent.

A la campagne, 2 thèmes éducatifs ont été mis au cœur des débats entre acteurs techniques, acteurs communautaires, enfants, jeunes et parents.

Le premier débat a concerné la « socialisation et l’exploitation des enfants par le travail : quelles sont les causes et les limites ? ». Un enseignant sociologue et le Directeur adjoint du Service régional du Travail à Tombouctou ont expliqué les notions de socialisation et d’exploitation des enfants par les enfants ; le cadre légal et les textes juridiques y afférents ; les pratiques positives et négatives actuelles à l’égard des enfants au sein des communautés; les défis à réléver pour une amélioration des pratiques de socialisation, de protection et de respect des droits de l’enfant dans la ville de Tombouctou.

Le deuxième débat, « la délinquance juvénile : prévention et accompagnement des enfants » a permis à l’un des animateurs du projet, d’expliquer et partager ses expériences de prise en charge et d’accompagnement d’enfants victimes de stupéfiants dans la ville de Tombouctou. Ce débat a abordé la situation de la délinquance juvénile dans la ville ; ses causes ; les pratiques et les structures d’accompagnement des enfants victimes.

Au délà de ces débats éducatifs, des enfants d’un club communautaire ayant été redynamisé et renforcé dans le cadre du projet, ont sensibilisé leurs pairs sur leurs droits et devoirs.

Le Projet d’appui d’urgence et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité dans les villes de Gao et Tombouctou est exécuté grâce au soutien généreux du peuple américain à travers OFDA/USAID au Mali.

 

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Projet de protection des enfants en mobilité à Tombouctou : quel impact sur ces enfants et leurs familles ?

Lancé dans la ville de Tombouctou depuis septembre 2015, le Projet d’appui d’urgence et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité est à sa 3ième phase de mise en œuvre grâce au soutien généreux du peuple américain à travers OFDA, le bureau de l’USAID pour les secours d’urgence en cas de catastrophe à l’étranger.

Exécuté par Terre des hommes Lausanne (Tdh Mali) en partenariat avec Enda Mali, l’objectif de ce projet est d’apporter un appui personnalisé et collectif à 2.568 enfants victimes de la crise dans la ville de Tombouctou.

enfant bénéficiaire formation prof
Jeune fille bénéficiaire de la réinsertion socioprofessionnelle de Tdh Mali /enda Mali à Tombouctou

Pourquoi ce projet d’urgence à Tombouctou ?

A Tombouctou, la crise multidimensionnelle de 2012 a amplifié les mouvements de populations constitués de milliers d’enfants accompagnés et non accompagnés. Ces enfants et adolescents qui arrivent dans ces villes sont très souvent confrontés à des problèmes qui touchent leurs droits les plus fondamentaux. Finalement, ils se retrouvent dans des situations d’extrêmes vulnérabilités : déscolarisation ; exploitation par le travail ; mendicité ; violences (physiques, sexuelles, psychologiques) ; maltraitance ; utilisation des stupéfiants ; etc.

Selon les données du Rapport sur les mouvements de populations (CMP) d’Août 2018, les régions de Tombouctou et Gao comptent à elles seules 43% des personnes déplacées internes (PDI) dont 28% (19.696) à Tombouctou et 15% (9.754) à Gao. La plus grande majorité de ces PDI se trouvent dans les communes de Tombouctou, Gourma Rharous, Gao et Bourem. En outre, 53% des PDIs sont des enfants dont 30% de filles et 23% de garçons.

Quelles réponses sont apportées à ces enfants et aux communautés ?

Dans le but d’améliorer un environnement protecteur à ces enfants concernés par la mobilité, le projet intervient sur 3 axes.

  1. Amélioration de la réponse communautaire :

Le projet travaille avec huit (8) associations de femmes, d’enfants et de jeunes ainsi que les chefs de quartier, le réseau des communicateurs traditionnels pour le développement (RECOTRADE), les gouvernements d’enfants en milieu scolaire et les clubs au niveau communautaire.

Cette collaboration permet d’identifier les enfants victimes de violences, d’abus, d’exploitation et de négligence ; de les référer vers des structures de protection ; de faciliter leur prise en charge, leur accompagnement et leur suivi au sein des communautés.

Cette approche communautaire a permis de toucher et protéger 16.671 enfants vulnérables y compris les enfants concernés par la mobilité dans la ville de Tombouctou.

  1. Amélioration de la réponse institutionnelle :

Un comité local de pilotage des interventions du projet est très actif et fonctionnel. Il est présidé par la Mairie de la commune urbaine de Tombouctou. Ce comité regroupe les structures techniques de l’Etat concernées par la protection et la promotion de l’enfant dans la ville et la région (protection, santé, éducation, emploi et formation professionnelle, travail, sécurité et protection civile, etc.).

Ce comité regroupe aussi des acteurs communautaires afin de permettre une coordination efficace des réponses de protection. 571 acteurs ont bénéficié diverses sessions de renforcement de capacités sur la protection et l’approche mobilité ; l’Accompagnement Protecteur des Enfants (APE) ; l’Accompagnement Social Personnalisé (ASP) ; etc.

enfant en mobilité bénéficiaire du projet
Jeune fille en mobilité ayant bénéficié de la formation profesionnelle

Depuis mars dernier, les autorités communales de Tombouctou ont révisé le Plan de Développement Social, Economique et Culturel (PDSEC 2016-2020) et intégré les besoins et réponses des enfants vulnérables. L’objectif du PDSEC est d’apporter une réponse globale et cohérente à 3.250 enfants vulnérables y compris les enfants concernés par la mobilité dans la commune urbaine de Tombouctou prenant en compte l’ensemble de leurs besoins.

  1. Articulation entre la protection formelle et la protection non formelle :

A Tombouctou, l’insuffisance de cadre d’échanges entre acteurs communautaires et institutionnels constitue un frein à une protection efficace des enfants surtout des enfants victimes de violences, d’abus, d’exploitation et de négligence. Avec le projet d’appui d’urgence et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité dans la ville de Tombouctou, il a été tenu 5 cadres d’échanges ayant mis en relation 159 acteurs.

Ces cadres sont des occasions pour favoriser la revalorisation et l’application des pratiques endogènes de protection autrefois utilisées par les communautés car elles sont de nos jours négligées et ou abandonnées.

Des actions directes ayant été apportées aux enfants concernés par la mobilité à Tombouctou

  • Des activités d’accueil, d’écoute et d’orientation en langues locales ;
  • Des activités psychosociales et de sensibilisation;
  • Des cours d’alphabétisation et en compétences de vie courante (santé, hygiène, protection, droits et devoirs de l’enfant) ;
  • L’apprentissage en 13 filières de métier librement choisies par les enfants et jeunes (coupe couture, teinture, coiffure, boulangerie, embouche, électricité solaire, maintenance informatique, mécanique moto, menuiserie métallique, restauration, etc.) ;
  • Les équipements d’installation dans chacune des filières de métier choisies ;
  • Le suivi continue des actions à travers des animateurs et le comité local de pilotage du projet présidé par la mairie et composé d’acteurs communautaires et institutionnels.

 

Du 07 au 08 juillet dernier, Tdh Mali et Enda ont organisé à Tombouctou, la Campagne « Talents d’enfants ». Cette campagne de protection et de promotion des droits de l’enfant a permis à 800 participants de voir et apprécier le savoir-faire des enfants vulnérables ayant été accompagnés par le projet. Ces deux jours de campagne ont proposé 20 stands pour l’exposition du travail des enfants concernés par la mobilité (ayant été formés, dotés, installés à leur propre compte); des prestations de sketch et jeux éducatifs ; des débats communautaires pour l’amélioration d’un environnement protecteur des enfants dans cette ville affectée par la crise.

Quelle place accorde le Plan de développement communal de Tombouctou à la protection des enfants ?

La réforme de la décentralisation au Mali confère aux Collectivités Territoriales des pouvoirs de décision en matière de programme du développement dans leurs domaines d’attributions respectifs (secteur de l’économie rurale, secteur secondaire, infrastructures et communication, ressources humaines et population).

C’est ainsi que  la Loi N° 93-008 du 11 Février 1993 déterminant les conditions de la libre administration des Collectivités Territoriales ; modifiée par la  Loi N° 2017-052 du 02 Octobre 2017 ; en leurs articles 3  respectifs,  stipulent : Les Collectivités Territoriales ont pour mission la conception, la programmation et la mise en œuvre des actions de développement économique, social et culturel d’intérêt régional ou local.

Le Plan de Développement Economique, Social et Culturel (PDESC) prend en compte le territoire, la commune, le cercle ou la région dans sa globalité. Le PDSEC se base sur un diagnostic de la situation à travers des enquêtes et des concertations avec les différentes couches de la société. Il devrait être toujours en adéquation avec les besoins sociaux.

Que dit le PDESC de la commune urbaine de Tombouctou ?

Depuis 2016, la commune urbaine de Tombouctou dispose de son Plan de Développement Economique, Social et Culturel. Ce plan de cinq (5) ans est tourné vers le développement des domaines de l’agriculture, l’élevage, l’artisanat, le tourisme, le commerce, le travail et vers les domaines touchant aux droits humains (la santé, l’hygiène et  l’assainissement, l’éducation, le sport et la culture).

C’est depuis le 29 mars dernier que les autorités communales ont révisé et intégré la Protection des enfants vulnérables y compris les enfants concernés par la mobilité. Cet engagement a été soutenu par l’ONG Terre des hommes Lausanne et Enda Mali dans le cadre de la mise en œuvre du Projet d’appui d’urgence et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité, lancé depuis septembre 2015 dans la ville de Tombouctou grâce au soutien généreux du peuple américain à travers OFDA/USAID. Pour la protection des enfants, ce PDSEC comprend sur sept (7) composantes.

Composante 1 : Objectif global de protection

L’objectif global du PDSEC de la commune urbaine de Tombouctou est d’apporter une réponse globale et cohérente à 3.250 enfants vulnérables y compris les enfants concernés par la mobilité dans la commune urbaine de Tombouctou prenant en compte l’ensemble de leurs besoins.

Composante 2 : Infrastructures

La réhabilitation de 2 centres d’accueil existants (Elija House et AEDT) ; la construction de trois (3) nouveaux centres d’accueil dans les quartiers de Bella farandi, Abaradjou et Kabara.

Composante 3 : Equipements

Ce plan prévoit de doter ces centres en 40 kits d’hébergements, en kits sanitaires, en kits éducatifs et récréatifs. En plus, 500 kits individuels de réinsertion socioéconomique pour  enfants vulnérables seront disponibles. Le plan prévoit des achats de motos, d’ordinateurs et accessoires, d’un véhicule de liaison, de moyens de communication pour les organisations communautaires de base impliquées dans l’identification et le référencement des enfants vulnérables y compris les enfants déplacés internes, les enfants migrants, les enfants à risque de mobilité.

 

Composante 4 : Offres de services aux enfants, aux familles et communautés

Dans le PDESC 2016-2020 de la commune urbaine de Tombouctou, il est prévu de la réinsertion scolaire à au moins 1.275 enfants déscolarisés. 975 enfants vulnérables seront alphabétisés et ou orientés sur le plan socio professionnel. Au moins, 500 enfants bénéficieront de la formation professionnelle et de la réinsertion économique (AGR).

Il sera mis en place un fonds communal de gestion de cas de protection en faveur des enfants victimes de violences, d’abus, d’exploitation et de négligence.

Des formations sont prévues aux acteurs institutionnels et communautaires, aux collectivités, aux groupements d’enfants et de jeunes. Des sensibilisations seront réalisées dans les quartiers, les écoles, les centres d’accueil sur la protection et les droits de l’enfant, l’accompagnement protecteur des enfants, les textes relatifs aux pires formes de travail des enfants, sur les risques liés à la sexualité précoce, aux IST/VIH/sida, aux mariages précoces, à la consommation de stupéfiants.

Composante 5 : Coordination et Participation

Le PDSEC de la commune urbaine de Tombouctou prévoit de redynamiser le cadre permanent de concertation et de coordination des acteurs de protection (communautaires, institutionnels et collectivités locales). Des collaborations et partenariats (publics, privés, associatifs et particuliers) seront développés afin d’améliorer l’environnement protecteur fragile à Tombouctou.

Composante 6 : Ressources Humaines et Emploi

Toutes les actions de protection des enfants initiées dans ce PDSEC, favoriseront le recrutement de 42 encadreurs pour animer les centres (éducateurs, psychologues, agents de santé). 28 agents de support seront aussi recrutés.

Composante 7 : Suivi & évaluation

Dans cette composante, il sera mise en place d‘un Comité de suivi & évaluation. Des outils seront crées, des réunions et missions de suivi & évaluation seront réalisées. Les résultats de toutes ces actions seront restituées aux acteurs et communautés dans un esprit de rédévabilité.

Aujourd’hui, il existe un grand défi pour les autorités communales et les acteurs de protection des enfants de la ville de Tombouctou, celui de réaliser toutes les actions et activités des 7 composantes traduisant les besoins et priorités de protection des enfants notamment les enfants vulnérables à Tombouctou.Session conseil communal mars 2018 - intégration Protection PDSEC n

L’éducation des enfants en situation difficile : Comment se passe-t-elle à Tombouctou ?

Activité club d'enfant.jpgTous les enfants, sans aucune distinction ont droit à une bonne éducation leur garantissant un meilleur avenir. Cette éducation constitue une vraie préoccupation pour les parents notamment ceux dont les conditions de vie sont très précaires. Et cette précarité de vie des parents est source de multiples vulnérabilités pour les enfants ; elle rend leur éducation très difficile.

La précarité des familles, un facteur de négligence des enfants à Tombouctou

Plus d’un enfant en situation difficile à Tombouctou a abandonné l’école parce que les conditions de vie des familles ont entrainé la négligence et conduit très souvent les parents à ne plus accomplir leur devoir parental ou s’occuper de l’éducation des enfants qui en ont fondamentalement besoin pour leur bien-être et leur avenir.

Bien vrai que l’école publique est dite gratuite au Mali, de milliers de parents ne cherchent plus des alternatives ou d’appui local pour amener leurs enfants à l’école. Par contre, ils préfèrent les laisser à la maison ou de les envoyer uniquement à l’école coranique au motif qu’ils n’ont rien à manger.

En plus des enfants sur place à Tombouctou, ceux dont l’éducation est de plus en plus difficile sont les « talibés » qui sont des enfants en mobilité. Les « talibés » viennent généralement des localités environnantes de la ville de Tombouctou. Ils sont confiés à des maitres par leurs propres parents pour apprendre le « Coran ». Une fois en ville, ce confiage et apprentissage se transforment, en de l’exploitation économique de ces enfants à travers la mendicité, principale source de survie pour ces maîtres et perpétuelles situations de violations des droits de ces enfants « talibés ».

Quelles réponses à cette situation dans les communautés

Dans le but de changer cette situation pour ces enfants vulnérables et d’améliorer un environnement plus protecteur, des ONG et acteurs locaux collaborent au niveau communautaire et institutionnel.

Depuis septembre 2015, l’ONG Terre des hommes Lausanne (Tdh Mali) exécute avec Enda Mali et d’autres partenaires locaux, un projet d’appui d’urgence et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité grâce au soutien généreux du peuple américain à travers OFDA/USAID (le Bureau de l’USAID pour les secours d’urgence en cas de catastrophe à l’étranger).

Ce projet a un important volet communautaire qui travaille avec huit (8) associations de femmes, d’enfants et de jeunes ainsi que les chefs de quartier, le réseau des communicateurs traditionnels pour le développement (RECOTRADE), les gouvernements d’enfants en milieu scolaire et les clubs au niveau communautaire et les structures techniques de l’Etat.

Ces organisations en collaboration directe avec le Centre d’Animation Pédagogique (CAP) et le Comité local de pilotage du projet, aident à la réinsertion scolaire des enfants ayant abandonné l’école ou facilitent l’insertion scolaire aux enfants non scolarisés.

Avec l’adoption du PDSEC de la commune urbaine de Tombouctou (Plan de Développement Social, Economique et Culturel), révisé en mars dernier, la marie de la ville prévoit d’offrir de la réinsertion scolaire à, au moins 1275 enfants d’ici 2021.

Au moins 975 enfants vulnérables y compris les enfants concernés par la mobilité seront alphabétisés et orientés sur le plan socio professionnel. D’ici 2021, 500 enfants vulnérables bénéficieront de la formation professionnelle et ou d’une réinsertion socio-économique.

L’objectif global de protection de la mairie de la commune urbaine de Tombouctou est d’apporter une réponse globale et cohérente à 3.250 enfants vulnérables y compris les enfants concernés par la mobilité d’ici 2021, prenant en compte l’ensemble de leurs besoins.

A Tombouctou, quels rôles jouent les enfants dans leur propre protection ?

IMG_20170718_175017.jpgDans le but de lutter contre les violences, les abus, l’exploitation, la négligence, la traite, la discrimination, l’autoprotection des enfants est actuellement l’une des méthodes privilégiées par les organisations de protection et de défense des droits de l’enfant.
Bien que les parents soient les premiers responsables de la protection de leurs enfants, les constats faits par les acteurs de protection, démontrent que dans la plupart des cas, les parents sont les premiers à violer les droits de ces enfants. C’est pourquoi, il est primordial de faire de l’enfant l’acteur privilégié de sa propre protection qu’il soit en milieu familial, scolaire et ou communautaire.
Qu’est-ce que l’autoprotection ?
L’autoprotection est une stratégie de prévention et de protection de l’enfant visant à le rendre capable afin qu’il soit le premier acteur de sa propre protection.
Dans cette stratégie, l’enfant est et demeure le centre des actions et efforts qui convergent à renforcer ses capacités cognitives et comportementales notamment chez les enfants vulnérables ou issus des familles en situation difficile.
La formation des enfants par leurs pairs constitue une forme d’autoprotection. Les enfants qui sont informés et formés sur les risques, les dangers et pratiques qui violent leurs droits deviendront des acteurs de leur propre protection.
Quelles sont les bases de l’autoprotection ?
La prévention : elle permet aux enfants d’anticiper les risques et pratiques d’abus qu’ils pourraient subir. Quand l’enfant les connait en amont, il est en mesure de les identifier et certainement les éviter. En plus, l’enfant peut aider ses camarades et les prévient contre tout abus.
La protection (réduction des risques et prise en charge des victimes). Cette prise en charge est offerte par les structures de l’Etat, des ONG, des groupements et leaders communautaires, etc.
La connaissance des droits et devoirs de l’enfant : Si tout enfant connaissait ses droits et devoirs, il y aurait très peu d’abus et de violations de leurs droits et beaucoup plus d’accompagnement protecteur des enfants par les enfants eux-mêmes.
Quelques cas d’autoprotection à Tombouctou
Mohamed Cissé est un enfant concerné par la mobilité à Tombouctou. Il fréquente l’un des 3 espaces communautaires de protection appelés « Point Espoir » mis en place par les chefs de quartiers grâce à l’appui de l’ONG Terre des hommes Lausanne (Tdh Mali) et Enda Mali avec le soutien généreux du peuple américain à travers OFDA/USAID. Depuis septembre 2015, ces organisations réalisent le Projet d’appui d’urgence et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité dans la ville de Tombouctou.
Pour cet enfant, « grâce aux sensibilisations (…), je sais maintenant que je ne dois plus me laisser exploiter comme ça. Même si je travaille pour quelqu’un, il faut qu’il me paye pour ce que je fais. D’ailleurs, maintenant j’ai appris un métier et je sais que les choses vont aller mieux (…). Je préviens aussi mes amis et leur parle de tout ce que je sais pour faire respecter nos droits ».
« A travers l’autoprotection, nous cherchons à inculquer aux enfants le sens de l’autre. Que les enfants puissent savoir qu’ils ont des responsabilités vis-à-vis de leurs frères. Et qu’ils puissent être attentifs à leur situation », précise le Superviseur Tdh du projet à Tombouctou.
Grâce aux interventions du projet dans la ville, plus de 8.533 enfants vulnérables ont été identifiés et protégés y compris les enfants déplacés internes, les enfants migrants travailleurs, les enfants à risque de mobilité. Parmi ces enfants, 220 jeunes ont bénéficié de la formation socio professionnelle. Ils exercent aujourd’hui des métiers de leur choix. Ils subviennent à leurs besoins, aident leurs familles et apprennent à d’autres vulnérables dans la ville. Tous ces enfants ont participé à des activités d’autoprotection.

Enfants et Risques Explosifs de Guerre à Tombouctou

La ville de Tombouctou fut occupée par des groupes armés d’avril 2012 à janvier 2013. En effet, les populations de la veille ville ont assisté à une prolifération des armes et risques explosifs de guerre qui restent dangereusement mortels.

A Tombouctou comme dans toutes les localités au nord du Mali, la présence des forces nationales et étrangères ; les mouvements des groupes armés ; la fréquence répétée des attaques en milieu urbain et rural ; ont hélas augmenté l’exposition des enfants et jeunes en particulier aux risques d’explosion et d’engins explosifs.

Les Restes explosifs de guerre restent mortels pour les enfants et les civils

Je me rappelle encore de ces deux premières victimes à Tombouctou. Ils étaient deux enfants « Talibés » ayant ramassé d’engins explosifs dans les alentours du camp militaire de la ville. Ils sont décédés des suites de blessures occasionnées par l’explosion.

D’autres cas ont survenu dans les villages environnants de la commune urbaine de Tombouctou et d’autres villes de la région.

sensibilisation d'enfants aux enfins explosifs
sensibilisation de jeunes enfants par la MINUSMA (c) MINUSMA

Depuis l’installation de la MINUSMA (mission des nations unies pour la stabilisation du Mali) en juillet 2013 au Mali, l’UNMAS (l’organisme des nations unies pour la lutte antimines) a répertorié 233 incidents provoqués par des engins explosifs improvisés. Ceux-ci ont occasionné la mort de 85 personnes dont 26 soldats de la MINUSMA et 348 blessés parmi lesquels figurent 153 casques bleus. Ces statistiques laissent comprendre que les populations civiles restent une part importante des victimes des engins explosifs.

Des acteurs de protection s’y intéressent…

Pour nettoyer et dépolluer les sites et terrains contaminés lors des opérations de combat; informer et former pour la protection contre les risques explosifs de guerre ; lutter contre les mines ; il existe l’UNMAS et ses partenaires, l’unité Cambodgienne de la MINUSMA, des ONG comme HUMANITE & INCLUSION (ex. Handicap International) ; Terre des hommes Lausanne (Tdh Mali) et son partenaire local, Enda Mali.

L’UNMAS a fourni de grands efforts dans le nettoyage. Depuis 2013, avec ses partenaires humanitaires de l’action anti mines, ils ont dégagés plus de 4 millions mètres carrés de terrain au Mali contre les risques explosifs de guerre.

Ils se sont engagés dans la sensibilisation de masse notamment à l’endroit des enfants et jeunes scolarisés et non scolarisés.

sensibilisation HI
séance de sensibilisation par des boites d’image de Handicap International (C) Handicap International

 

 

Aussi, ces acteurs ont formé des animateurs et journalistes des régions de Tombouctou et Taoudénit sur l’identification et la déclaration des engins suspects qui seraient découverts par les communautés.

Un commandant de la section Cambodgienne a souligné que « c’est suite aux informations reçues que nous pouvons réagir. Nous agissons surtout en faveur de la population parce que n’importe qui peut être victimes d’une mine ou d’une munition non explosée ».

De la sensibilisation ponctuelle et continue auprès des enfants…

Des émissions radiophoniques ; des grandes affiches urbaines ; des affiches posters dans les lieux publics ; des sketchs par les enfants mêmes au niveau scolaire et communautaire sur les mines et les restes explosifs ; sur les bons et mauvais gestes ; ont été multipliées par UNMAS et ses partenaires.

Des causeries éducatives à travers des animateurs composés d’enfants et de jeunes et utilisant les boites à images ont été réalisées par des ONG comme HUMANITE & INCLUSION (ex. Handicap International). Les équipes de l’ONG se déplaçant de village en village, expliquent aux communautés les dangers liés aux restes explosifs de guerre et les gestes de base pour mieux se protéger. L’ONG contribue aussi à la prise en charge psychosociale et médicale des enfants victimes des restes explosifs de guerre.

Des clubs et gouvernements d’enfants encadrés par Terre des hommes Lausanne (Tdh Mali) et son partenaire Enda Mali, animent régulièrement des causeries éducatives à leurs pairs dans les écoles et dans les quartiers afin qu’ils perçoivent largement les risques et dangers des restes explosifs de guerre et qu’ils deviennent les premiers acteurs de leur propre protection. Ces activités s’inscrivent dans le cadre des interventions du Projet d’appui d’urgence et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité dans la ville de Tombouctou lancé en septembre 2015 grâce au soutien généreux du peuple américain à travers OFDA/USAID.

Tombouctou : lutte contre l’exploitation des enfants par la mendicité !

Tombouctou, comme toutes les régions du Mali, connait le problème de la mendicité des enfants. Provenant des localités rurales de la région et ou d’autres régions du Mali, ces mineurs sont exploités notamment par leurs maîtres à qui les parents confient les enfants pour acquérir un apprentissage coranique.

mendiant

Dans cet article, nous analyserons la situation de ces enfants victimes d’exploitation dans la ville de Tombouctou ainsi que les mesures de leur protection.

A Tombouctou, nombreux sont les jeunes enfants (5 à 16 ans) qui errent dans les rues et autres lieux publics (banques, centres de santé, écoles), faisant de la mendicité un véritable travail. Ces enfants appelés aussi « Garibou », sont confiés par leurs parents auprès de maitres coraniques pour un apprentissage du coran.

Ces enfants de sexe masculin en majorité, vivant loin de leurs parents vivent dans une situation de vulnérabilités et de difficultés en termes d’accueil et d’hébergement, d’alimentation, de santé et d’hygiène.

En effet, pour se nourrir, ces enfants font le tour des maisons pour mendier de la nourriture qui leur sert de repas.  Ils chercher aussi de l’argent auprès des habitants, souvent en exécutant des taches ménagères dans les familles. L’adage local « manger comme un mendiant » vient certainement du mauvais régime alimentaire de ces enfants qui, parfois, reçoivent de la nourriture avariée de la part des « bonnes volontés » qui leur donnent leurs restes de nourriture.

Quelles sont les mesures de protection de ces enfants à Tombouctou ?

Au Mali, grâce à un partenariat entre l’Etat et le Conseil Islamique, la réinsertion des enfants « talibés » à travers la création de centres d’alphabétisation ou/et de réinsertion socio professionnelle et la sensibilisation des populations ont été les premières solutions trouvées contre l’exploitation de ces enfants concernés par la mobilité. Dans toutes les régions, les autorités publiques disposent de ces centres d’éducation et de développement (CED) et de réinsertion socio professionnelle.

Quant à Tombouctou, en plus de l’information, la formation et l’appui aux maitres coraniques et associations de maitres sur la protection et les droits de l’enfant afin de créer un environnement plus protecteur pour les enfants qu’ils encadrent, les organisations non gouvernementales militent auprès des parents ; des associations de femmes et de jeunes ; des groupements et clubs d’enfants pour un changement de mentalités et de pratiques négatives à la condition de vie et d’apprentissage des enfants.

Ainsi, Enda Mali par son programme DENKO qui porte sur l’éducation (scolarisation et alphabétisation) et la formation d’enfants et de jeunes en situation difficile dans les milieux urbains du Mali a permis entre 2011 et 2013, la réinsertion de plusieurs centaines d’enfants et de jeunes talibés dans la commune urbaine de Tombouctou.

Depuis septembre 2015, Terre des hommes Lausanne (Tdh Mali) et Enda Mali exécutent le Projet d’appui d’urgence et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité qui identifie, écoute, prend en charge et accompagne les enfants concernés par la mobilité y compris les enfants mendiants. Plus de 8533 enfants vulnérables y compris les enfants victimes de violences, d’abus, d’exploitation et de négligence, les enfants déplacés internes, les enfants migrants travailleurs ont été identifiés et protégés par le projet grâce au soutien généreux du peuple américain à travers OFDA/USAID.

Avec les interventions de ce projet à Tombouctou, la Mairie de la commune urbaine de Tombouctou a révisé en mars dernier, son Plan de Développement Economique, Social et Culturel (PDSEC 2016-2020) et intégré les besoins et réponses de protection des enfants vulnérables y compris les enfants exploités par la mendicité et les enfants concernés par la mobilité dans la ville. L’objectif de protection de ce PDSEC est d’apporter une réponse globale et cohérente à 3.250 enfants vulnérables prenant en compte l’ensemble de leurs besoins d’ici fin décembre 2021.

Quelle place pour l’auto protection des enfants à Tombouctou ?

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« Point d’espoir  » de Tdh à Gao (c) Tdh

Connus sous le nom de « Point Espoir », il existe aujourd’hui trois (3) espaces communautaires de prevention et de protection des enfants y compris les enfants vulnérables dans la commune urbaine de Tombouctou (quartiers de Sareikeyna, Hammabangou et Abaradjou). Grâce aux interventions du projet exécuté par Terre des hommes Lausanne et Enda Mali, ces « Point Espoir » ont été mis en place avec la participation de la communauté, notamment l’implication des chefs des 3 quartiers cités. Ces chefs de quartiers sont représentés par la coordination des chefs de quartiers au sein du Comité local de pilotage des interventions de ce projet avec des organisations communautaires de base déjà actives dans la protection de l’enfant dans la ville.

Les « Points d’espoir » accueillent tous les enfants. Ils restent un lieu où les enfants des quartiers et les enfants vulnérables se rencontrent régulièrement (1 fois dans la semaine),  échangent et se forment. Des animateurs locaux animent ces espaces et apprennent aux enfants leurs droits et leurs devoirs, les risques et opportunités liés à la mobilité, les problématiques liées à leur environnement et leur protection.

Les enfants parlementaires et les gouvernements d’enfants y accompagnent les enfants. Aux « Point Espoir », les enfants vulnérables font l’objet d’écoute et de suivi permanent avec l’aide des acteurs institutionnels et communautaires. Ces espaces permettent aussi d’identifier les enfants qui ont un besoin spécifique et dont le cas nécessite un accompagnement personnalisé.

Depuis septembre 2015, 1.800 enfants vulnérables ont bénéficié d’activités psychosociales dans les 3 Points Espoir.