Quelle place accorde le Plan de développement communal de Tombouctou à la protection des enfants ?

La réforme de la décentralisation au Mali confère aux Collectivités Territoriales des pouvoirs de décision en matière de programme du développement dans leurs domaines d’attributions respectifs (secteur de l’économie rurale, secteur secondaire, infrastructures et communication, ressources humaines et population).

C’est ainsi que  la Loi N° 93-008 du 11 Février 1993 déterminant les conditions de la libre administration des Collectivités Territoriales ; modifiée par la  Loi N° 2017-052 du 02 Octobre 2017 ; en leurs articles 3  respectifs,  stipulent : Les Collectivités Territoriales ont pour mission la conception, la programmation et la mise en œuvre des actions de développement économique, social et culturel d’intérêt régional ou local.

Le Plan de Développement Economique, Social et Culturel (PDESC) prend en compte le territoire, la commune, le cercle ou la région dans sa globalité. Le PDSEC se base sur un diagnostic de la situation à travers des enquêtes et des concertations avec les différentes couches de la société. Il devrait être toujours en adéquation avec les besoins sociaux.

Que dit le PDESC de la commune urbaine de Tombouctou ?

Depuis 2016, la commune urbaine de Tombouctou dispose de son Plan de Développement Economique, Social et Culturel. Ce plan de cinq (5) ans est tourné vers le développement des domaines de l’agriculture, l’élevage, l’artisanat, le tourisme, le commerce, le travail et vers les domaines touchant aux droits humains (la santé, l’hygiène et  l’assainissement, l’éducation, le sport et la culture).

C’est depuis le 29 mars dernier que les autorités communales ont révisé et intégré la Protection des enfants vulnérables y compris les enfants concernés par la mobilité. Cet engagement a été soutenu par l’ONG Terre des hommes Lausanne et Enda Mali dans le cadre de la mise en œuvre du Projet d’appui d’urgence et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité, lancé depuis septembre 2015 dans la ville de Tombouctou grâce au soutien généreux du peuple américain à travers OFDA/USAID. Pour la protection des enfants, ce PDSEC comprend sur sept (7) composantes.

Composante 1 : Objectif global de protection

L’objectif global du PDSEC de la commune urbaine de Tombouctou est d’apporter une réponse globale et cohérente à 3.250 enfants vulnérables y compris les enfants concernés par la mobilité dans la commune urbaine de Tombouctou prenant en compte l’ensemble de leurs besoins.

Composante 2 : Infrastructures

La réhabilitation de 2 centres d’accueil existants (Elija House et AEDT) ; la construction de trois (3) nouveaux centres d’accueil dans les quartiers de Bella farandi, Abaradjou et Kabara.

Composante 3 : Equipements

Ce plan prévoit de doter ces centres en 40 kits d’hébergements, en kits sanitaires, en kits éducatifs et récréatifs. En plus, 500 kits individuels de réinsertion socioéconomique pour  enfants vulnérables seront disponibles. Le plan prévoit des achats de motos, d’ordinateurs et accessoires, d’un véhicule de liaison, de moyens de communication pour les organisations communautaires de base impliquées dans l’identification et le référencement des enfants vulnérables y compris les enfants déplacés internes, les enfants migrants, les enfants à risque de mobilité.

 

Composante 4 : Offres de services aux enfants, aux familles et communautés

Dans le PDESC 2016-2020 de la commune urbaine de Tombouctou, il est prévu de la réinsertion scolaire à au moins 1.275 enfants déscolarisés. 975 enfants vulnérables seront alphabétisés et ou orientés sur le plan socio professionnel. Au moins, 500 enfants bénéficieront de la formation professionnelle et de la réinsertion économique (AGR).

Il sera mis en place un fonds communal de gestion de cas de protection en faveur des enfants victimes de violences, d’abus, d’exploitation et de négligence.

Des formations sont prévues aux acteurs institutionnels et communautaires, aux collectivités, aux groupements d’enfants et de jeunes. Des sensibilisations seront réalisées dans les quartiers, les écoles, les centres d’accueil sur la protection et les droits de l’enfant, l’accompagnement protecteur des enfants, les textes relatifs aux pires formes de travail des enfants, sur les risques liés à la sexualité précoce, aux IST/VIH/sida, aux mariages précoces, à la consommation de stupéfiants.

Composante 5 : Coordination et Participation

Le PDSEC de la commune urbaine de Tombouctou prévoit de redynamiser le cadre permanent de concertation et de coordination des acteurs de protection (communautaires, institutionnels et collectivités locales). Des collaborations et partenariats (publics, privés, associatifs et particuliers) seront développés afin d’améliorer l’environnement protecteur fragile à Tombouctou.

Composante 6 : Ressources Humaines et Emploi

Toutes les actions de protection des enfants initiées dans ce PDSEC, favoriseront le recrutement de 42 encadreurs pour animer les centres (éducateurs, psychologues, agents de santé). 28 agents de support seront aussi recrutés.

Composante 7 : Suivi & évaluation

Dans cette composante, il sera mise en place d‘un Comité de suivi & évaluation. Des outils seront crées, des réunions et missions de suivi & évaluation seront réalisées. Les résultats de toutes ces actions seront restituées aux acteurs et communautés dans un esprit de rédévabilité.

Aujourd’hui, il existe un grand défi pour les autorités communales et les acteurs de protection des enfants de la ville de Tombouctou, celui de réaliser toutes les actions et activités des 7 composantes traduisant les besoins et priorités de protection des enfants notamment les enfants vulnérables à Tombouctou.Session conseil communal mars 2018 - intégration Protection PDSEC n

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A Tombouctou, quels rôles jouent les enfants dans leur propre protection ?

IMG_20170718_175017.jpgDans le but de lutter contre les violences, les abus, l’exploitation, la négligence, la traite, la discrimination, l’autoprotection des enfants est actuellement l’une des méthodes privilégiées par les organisations de protection et de défense des droits de l’enfant.
Bien que les parents soient les premiers responsables de la protection de leurs enfants, les constats faits par les acteurs de protection, démontrent que dans la plupart des cas, les parents sont les premiers à violer les droits de ces enfants. C’est pourquoi, il est primordial de faire de l’enfant l’acteur privilégié de sa propre protection qu’il soit en milieu familial, scolaire et ou communautaire.
Qu’est-ce que l’autoprotection ?
L’autoprotection est une stratégie de prévention et de protection de l’enfant visant à le rendre capable afin qu’il soit le premier acteur de sa propre protection.
Dans cette stratégie, l’enfant est et demeure le centre des actions et efforts qui convergent à renforcer ses capacités cognitives et comportementales notamment chez les enfants vulnérables ou issus des familles en situation difficile.
La formation des enfants par leurs pairs constitue une forme d’autoprotection. Les enfants qui sont informés et formés sur les risques, les dangers et pratiques qui violent leurs droits deviendront des acteurs de leur propre protection.
Quelles sont les bases de l’autoprotection ?
La prévention : elle permet aux enfants d’anticiper les risques et pratiques d’abus qu’ils pourraient subir. Quand l’enfant les connait en amont, il est en mesure de les identifier et certainement les éviter. En plus, l’enfant peut aider ses camarades et les prévient contre tout abus.
La protection (réduction des risques et prise en charge des victimes). Cette prise en charge est offerte par les structures de l’Etat, des ONG, des groupements et leaders communautaires, etc.
La connaissance des droits et devoirs de l’enfant : Si tout enfant connaissait ses droits et devoirs, il y aurait très peu d’abus et de violations de leurs droits et beaucoup plus d’accompagnement protecteur des enfants par les enfants eux-mêmes.
Quelques cas d’autoprotection à Tombouctou
Mohamed Cissé est un enfant concerné par la mobilité à Tombouctou. Il fréquente l’un des 3 espaces communautaires de protection appelés « Point Espoir » mis en place par les chefs de quartiers grâce à l’appui de l’ONG Terre des hommes Lausanne (Tdh Mali) et Enda Mali avec le soutien généreux du peuple américain à travers OFDA/USAID. Depuis septembre 2015, ces organisations réalisent le Projet d’appui d’urgence et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité dans la ville de Tombouctou.
Pour cet enfant, « grâce aux sensibilisations (…), je sais maintenant que je ne dois plus me laisser exploiter comme ça. Même si je travaille pour quelqu’un, il faut qu’il me paye pour ce que je fais. D’ailleurs, maintenant j’ai appris un métier et je sais que les choses vont aller mieux (…). Je préviens aussi mes amis et leur parle de tout ce que je sais pour faire respecter nos droits ».
« A travers l’autoprotection, nous cherchons à inculquer aux enfants le sens de l’autre. Que les enfants puissent savoir qu’ils ont des responsabilités vis-à-vis de leurs frères. Et qu’ils puissent être attentifs à leur situation », précise le Superviseur Tdh du projet à Tombouctou.
Grâce aux interventions du projet dans la ville, plus de 8.533 enfants vulnérables ont été identifiés et protégés y compris les enfants déplacés internes, les enfants migrants travailleurs, les enfants à risque de mobilité. Parmi ces enfants, 220 jeunes ont bénéficié de la formation socio professionnelle. Ils exercent aujourd’hui des métiers de leur choix. Ils subviennent à leurs besoins, aident leurs familles et apprennent à d’autres vulnérables dans la ville. Tous ces enfants ont participé à des activités d’autoprotection.