Tombouctou : lutte contre l’exploitation des enfants par la mendicité !

Tombouctou, comme toutes les régions du Mali, connait le problème de la mendicité des enfants. Provenant des localités rurales de la région et ou d’autres régions du Mali, ces mineurs sont exploités notamment par leurs maîtres à qui les parents confient les enfants pour acquérir un apprentissage coranique.

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Dans cet article, nous analyserons la situation de ces enfants victimes d’exploitation dans la ville de Tombouctou ainsi que les mesures de leur protection.

A Tombouctou, nombreux sont les jeunes enfants (5 à 16 ans) qui errent dans les rues et autres lieux publics (banques, centres de santé, écoles), faisant de la mendicité un véritable travail. Ces enfants appelés aussi « Garibou », sont confiés par leurs parents auprès de maitres coraniques pour un apprentissage du coran.

Ces enfants de sexe masculin en majorité, vivant loin de leurs parents vivent dans une situation de vulnérabilités et de difficultés en termes d’accueil et d’hébergement, d’alimentation, de santé et d’hygiène.

En effet, pour se nourrir, ces enfants font le tour des maisons pour mendier de la nourriture qui leur sert de repas.  Ils chercher aussi de l’argent auprès des habitants, souvent en exécutant des taches ménagères dans les familles. L’adage local « manger comme un mendiant » vient certainement du mauvais régime alimentaire de ces enfants qui, parfois, reçoivent de la nourriture avariée de la part des « bonnes volontés » qui leur donnent leurs restes de nourriture.

Quelles sont les mesures de protection de ces enfants à Tombouctou ?

Au Mali, grâce à un partenariat entre l’Etat et le Conseil Islamique, la réinsertion des enfants « talibés » à travers la création de centres d’alphabétisation ou/et de réinsertion socio professionnelle et la sensibilisation des populations ont été les premières solutions trouvées contre l’exploitation de ces enfants concernés par la mobilité. Dans toutes les régions, les autorités publiques disposent de ces centres d’éducation et de développement (CED) et de réinsertion socio professionnelle.

Quant à Tombouctou, en plus de l’information, la formation et l’appui aux maitres coraniques et associations de maitres sur la protection et les droits de l’enfant afin de créer un environnement plus protecteur pour les enfants qu’ils encadrent, les organisations non gouvernementales militent auprès des parents ; des associations de femmes et de jeunes ; des groupements et clubs d’enfants pour un changement de mentalités et de pratiques négatives à la condition de vie et d’apprentissage des enfants.

Ainsi, Enda Mali par son programme DENKO qui porte sur l’éducation (scolarisation et alphabétisation) et la formation d’enfants et de jeunes en situation difficile dans les milieux urbains du Mali a permis entre 2011 et 2013, la réinsertion de plusieurs centaines d’enfants et de jeunes talibés dans la commune urbaine de Tombouctou.

Depuis septembre 2015, Terre des hommes Lausanne (Tdh Mali) et Enda Mali exécutent le Projet d’appui d’urgence et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité qui identifie, écoute, prend en charge et accompagne les enfants concernés par la mobilité y compris les enfants mendiants. Plus de 8533 enfants vulnérables y compris les enfants victimes de violences, d’abus, d’exploitation et de négligence, les enfants déplacés internes, les enfants migrants travailleurs ont été identifiés et protégés par le projet grâce au soutien généreux du peuple américain à travers OFDA/USAID.

Avec les interventions de ce projet à Tombouctou, la Mairie de la commune urbaine de Tombouctou a révisé en mars dernier, son Plan de Développement Economique, Social et Culturel (PDSEC 2016-2020) et intégré les besoins et réponses de protection des enfants vulnérables y compris les enfants exploités par la mendicité et les enfants concernés par la mobilité dans la ville. L’objectif de protection de ce PDSEC est d’apporter une réponse globale et cohérente à 3.250 enfants vulnérables prenant en compte l’ensemble de leurs besoins d’ici fin décembre 2021.

Quelle place pour l’auto protection des enfants à Tombouctou ?

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« Point d’espoir  » de Tdh à Gao (c) Tdh

Connus sous le nom de « Point Espoir », il existe aujourd’hui trois (3) espaces communautaires de prevention et de protection des enfants y compris les enfants vulnérables dans la commune urbaine de Tombouctou (quartiers de Sareikeyna, Hammabangou et Abaradjou). Grâce aux interventions du projet exécuté par Terre des hommes Lausanne et Enda Mali, ces « Point Espoir » ont été mis en place avec la participation de la communauté, notamment l’implication des chefs des 3 quartiers cités. Ces chefs de quartiers sont représentés par la coordination des chefs de quartiers au sein du Comité local de pilotage des interventions de ce projet avec des organisations communautaires de base déjà actives dans la protection de l’enfant dans la ville.

Les « Points d’espoir » accueillent tous les enfants. Ils restent un lieu où les enfants des quartiers et les enfants vulnérables se rencontrent régulièrement (1 fois dans la semaine),  échangent et se forment. Des animateurs locaux animent ces espaces et apprennent aux enfants leurs droits et leurs devoirs, les risques et opportunités liés à la mobilité, les problématiques liées à leur environnement et leur protection.

Les enfants parlementaires et les gouvernements d’enfants y accompagnent les enfants. Aux « Point Espoir », les enfants vulnérables font l’objet d’écoute et de suivi permanent avec l’aide des acteurs institutionnels et communautaires. Ces espaces permettent aussi d’identifier les enfants qui ont un besoin spécifique et dont le cas nécessite un accompagnement personnalisé.

Depuis septembre 2015, 1.800 enfants vulnérables ont bénéficié d’activités psychosociales dans les 3 Points Espoir.

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