Ca bouge à Gao

C’est la troisième fois que j’utilise ce titre en faisant cas de la capitale du Mali qui m’avait accueillie pour mon refuge au sud. Ça bouge à Bamako… je me demande combien de fois Baba Mahamat, mondoblogueur – qui bouge autant que moi- centrafricain qui est présentement au Cameroun, mais ayant des attaches au Tchad aussi, m’a répété cette phrase à Dakar, durant la formation de Mondoblog. Rassurez-vous ce n’est pas moi qui fait bouger les choses, je ne suis qu’un témoin d’agitations que je suis avec un calme qui vous étonnerait.

credit photo: mali-web.org
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La chance d’être au bon endroit au bon moment ? C’est ce qui m’enivre, dirais-je « ce malienmalin goût pour le danger » qui me fait parfois courir des risques inopinés. Hum… quand on a failli me braquer et me prendre ma moto à 6h du matin à Bamako, je n’en ai pas fait un billet, tellement j’ai eu peur ! Aphtal en sait quelque chose…

Quand je pus enfin m’attabler pour écrire le billet, un calme reposant et un vent frais souffle sur la cité des Askia, Gao. On entend qu’un hélicoptère français voler bas dans la nuit. Cela inquièterait qui n’y est pas habitué, mais nous sommes à Gao. La ville de jeunes ‘’qui ont résisté’’ à des soi-disant « moudjahidines ».

La manifestation la plus violente à laquelle j’ai pu assister. Pourtant j’en ai vu, de manif, dans ma vie. Adolescente, déjà, je marchais pour l’USN (union des scolaires du Niger). Les bastonnades de la police et les remontrances des parents ne m’en ont pas dégouté. Etudiante, j’ai marché pour l’AEEM, enseignante, j’ai marché pour mon syndicat…militante à vie

Les groupes pseudo-islamistes ont pu faire la mesure de la témérité de ces jeunes de Gao. Si ceux de Tombouctou se sont contentés d’obéir aux sages de la ville qui leur demandaient de laisser  «  gens partir comme ils sont venus, sans victimes innocentes », ceux de Gao ont choisi le chemin de la résistance. Tous prêts à mourir pour leur liberté et la liberté de leur ville. Avec une certaine fierté tout songhoï. Quand ils disent « Gao ga kaanu ba naarii si » – Gao est bon à vivre, même quand il n’y a pas à manger- c’est avec conviction.

Ils ont parsemé la ville de drapeau du Mali, applaudit quand le MUJAO a débarrassé la vieille ville des hommes malfaisants du MNLA, d’ailleurs certains combattants du MNLA ont été lynchés à Gao. J’ai été dépassée par l’audace des animateurs de radio de la ville qui continuaient à clamer l’appartenance de la ville au Mali et la suprématie des populations noires(les songhoïs, les peulhs, les bellahs, les bozos) dans la région. c’était suicidaire.

Si les songhoïs de Tombouctou sont pacifiques, ceux de Gao, descendants de Sonni Aliber , un grand guerrier, fondateur de l’empire songhoï, sont aussi belliqueux que les touaregs, sinon plus – ce n’est pas un reproche hein !-

Les longs mois d’occupation de la ville ont permis certainement à ces jeunes qui se sont réunis dans un collectif fort actif, décidé à devenir acteur du développement de leur ville mais surtout prêts à se sacrifier pour leurs idéaux. J’avais bien été découragé de « constater la mort idéologique« qui avait envahi les jeunes à Bamako.

Quand je dis « jeunes » le terme réunit tous ces maliens, de 15 à 40 ans aussi bien élèves, étudiants que travailleurs, noyés par le combat difficile de la capitale Bamako. Il s’agit de ces associations – que je soupçonne couvrir autre chose, franc-maçonnerie –de jeunes, diplômés, tous, en vestes et cravates qui apprennent déjà à diriger le Mali quand leurs parents partiront et qui roulent dans des voitures polluantes et climatisées… surtout focalisés sur leur petite vie de bourgeois.

Je parle de ces jeunes élèves et étudiants, fils de malien lambda, qui cherchent à orienter leurs vies en tirant le diable par sa queue, sans bourses – les bourses sont pour les enfants des riches au Mali- manipulés par  une association, AEEM (Association de Elèves et Etudiants du Mali), qui continue à tremper dans les eaux boueuses des partis politiques.

Ces jeunes de Gao, crient ne vouloir qu’une seule chose…le bonheur de leur ville et ils y travaillent par un militantisme qui me réchauffe le cœur… malheureusement mon message les atteindrait difficilement avec les délestages et « la si belle » connexion internet que nous avons à Gao. Bloguer c’est bien, mais il faudrait qu’internet soit vulgarisé pour que le message passe. Plusieurs mois après mon article intitulé « maliens, indignez-vous » je me suis traitée d’un nom d’oiseau en le relisant et en me demandant combien de maliens ont pu lire ce message. Si vous les conditions de vie à Gao, internet est un luxe qui ne vous passe pas par la tête quand vous savez qu’il y a des barbus en embuscade qui ne pensent qu’à expédier des obus sur vos habitats.

Depuis l’élection d’Ibrahim Boubacar Keita à la présidence du Mali, une certaine priorité est donnée à la réconciliation et à la paix au Mali.  Bien sûr, il affirme « intolérable » la situation de Kidal – l’état et les militaires maliens sont cantonnés à la place des rebelles qui se promènent en terres conquises avec armes et guitares-

intolérable. Pourtant des prisonniers de guerre du MNLA ont été libérés, les mandats d’arrêts internationaux contres eux ont été levés, ils se pavanent enturbannés à Bamako, se « rencontrant dans la capitale pour faire une plateforme commune » à négocier à Ouagadougou. Désormais le discours est filtré – est-ce des consignes ?- On est  malien, on ne chante même plus l’Azawad dans les camps de réfugiés, on ne craint plus les représailles et veut rentrer à la maison. C’est  cette fausseté et la continuation des agissements à la « Mali du temps d’ATT » qui a rendu les jeunes de Gao furieux.

C’est unanime à Gao. Les touaregs du MNLA et leurs amis arabes – qui ont jugé prometteur de créer le MIA pour camoufler Anesardine (mouvement islamique de l’Azawad) ont détruit, pillé et violé dans la mesure de leur possibilité à Gao et ce sont eux qui jouissent des égards du gouvernement.

credit photo: maliweb.net
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La grogne contre le maire de Gao a été la première chose que j’ai perçue à mon arrivée. Je le tweetais ce matin, mais on croirait que ce monsieur si élégant, n’a pas été élu par suffrage universel. Personne ne l’aime. Pourtant il a fait un grand coup médiatique lors de la reprise de ville par SELVAL. L’adage dit bien sûr que « nul n’est prophète chez lui » mais un maire aussi impopulaire, je n’en avais pas encore rencontré ! La population l’accuse de s’être enrichi sur son dos durant la crise.

La marche –trêve de digressions, car c’est le thème du billet –  réunissait plus d’un millier de jeunes déchainés contre « les agissements de Bamako », contre le maire Sadou H. Diallo, sans oublier le MNLA et autres HCA. Ils sont descendus dans les grandes artères de la ville tôt le matin.

La touche spéciale de cette marche ? Sa violence. Tous les marcheurs semblent si fâchés ! C’est ahurissant.

Ils dénoncent la composition de la délégation locale qui devrait la représenter aux assises du nord à Bamako. Mais je vous assure qu’il y a de quoi devenir rose de colère –malgré le noir prononcé de la peau des songhoïs- ces jeunes n’ont pu comprendre que les dirigeants de leur collectif ne soit pas sur la liste des invités aux assises. Ni les élus des différentes communes, les associations féminines, les associations de défense des droits de l’homme qui ont tous tellement fait pour les habitants de la ville durant la crise. Leur colère a été découplé quand ils ont appris qu’à Kidal, l’avion ouvrait ses portes à toute personne désirante d’assister aux assises. Pas de listes. Alors qu’une liste parallèle a été fournie dans le cas de Gao «  par le maire » selon les marcheurs.

Le gouvernorat de la ville, qui a été dernièrement rénové a connu une véritable pluie de projectiles. Pourtant les représentants des communes qui n’ont pu partir pour Bamako s’y trouvaient.  Les gardes républicains qui ont vu les manifestants avancer armés de bâtons et autres armes blanches n’ont pas essayé de les arrêter, au contraire, c’est en parlant avec eux qu’ils ont pu les convaincre d’arrêter de caillasser le bâtiment gouvernemental et de ne plus abreuver les pneus –censés protéger les bâtiments d’attentat suicide- d’essence et de les bruler.

Revenus à de meilleurs sentiments, grâce aux promesses d’une solution urgente au problème, les manifestants repartaient quand une brigade de la gendarmerie pointa.

Aux cris « on n’a pas peur des gendarmes » les manifestants firent marche arrière pour revenir vers le gouvernorat et se diriger cette fois-ci vers le Tizi – hôtel ? Bar ? Restaurant ? Tout cela à la fois!- appartenant au maire. Là, encore, le feu a servi. La voiture –luxueuse-du maire est partie en fumée. Encore une fois – une première fois c’était en avril 2012 avec l’entrée du MNLA à Gao- les même pilleurs ont fait leur sale besogne.

La gendarmerie a pu les disperser en usant de gaz lacrymogène. La prière d’Asr-16h- ne trouva personne sur les lieux. Les  pneus ont fini leurs combustions.

J’ai scrupuleusement suivi le journal télévisé de l’ORTM (office de radio diffusé et télévision du Mali) pour avoir confirmation de l’acceptation d’une nouvelle délégation de Gao.  Pas un mot sur la manifestation. C’est à en croire que nous ne sommes pas sur la même planète.

Un journal long, animé par une journaliste sérieusement maquillée articulant bien qui semble être convaincu –elle et tout le staff de la rédaction- que l’actualité se résume aux activités du président de la république et des membres du gouvernement.  On a eu des avis de tout genre sur et pendant ces assises : président – qui peut tout négocier sauf l’autonomie ou l’indépendance-, chef de la Minusma, maire – d’ailleurs, j’ai pu entrapercevoir le maire de Gao, toujours aussi élégant-, cinéaste, réfugié…

Un mandat d’arrêt contre l’ami de David Kpelly bombardé général ? Rumeur…

Israël se permet de canarder les troupes d’Assad ? Pas important…

Gérard De Villiers est décédé ? Les maliens ne sont pas de grand lecteurs, une disparition de Son Altesse Sérénissime Malco ne émouvra certainement pas…

Marine Lepen –Zut je ne voulais pas voir ce nom-là, aussi, sur mon blog- crée la polémique en se fustigeant contre la tenue des otages ?

Ils ne sont plus au Mali, cela ne nous regarde plus…

Si l’actualité internationale vous intéresse vous avez intérêt à chercher l’abonnement pour d’autres chaines de télévisions – pas la chaine 2 hein !-

Oh, Mali, nous voulons que cela change !!!