Tombouctou : encore un attentat malgré les restrictions sécuritaires

les attentats avec cette méthode complexe qui consiste lancer des roquettes sur le camp des forces des Nations-Unies, à faire exploser des véhicules piégées et remplies d’explosif et  enfin à tirer sur  tout ce qui bouge, sont  malheureusement devenues presque une habitude pour les habitants de la vieille cité historique de Tombouctou.

IMG_20171223_215756_693

le dernier attentat avait meurtri la ville, 5 jeunes travaillant  à Securicom, une compagnie de gardiennage avaient trouvé la mort. Je me rappelle que même le jeudi dernier, vers 10h , quand je me laissais fouiller par un d’entre eux, je m’indignais de ne voir aucune arme sur eux,  ni de barrière qui pourrait les protéger d’une voiture piégée.

Les deux casques bleus sensés veiller au grain , sur le minaret qui a été dressé semblent encore plus distraits.  l’un regardait vers nous alors que l’ordre ne cessait de se retourner. je n’ai pu m’empêcher de les traiter de  » jitinté » une personne  paniquée dans ma langue maternelle ( le songhoï). quand un véhicule porte le sceau  » UN » des Nations-Unies, ils lui permettent de se diriger directement vers la grille alors que les véhicules étrangers se garent sur le coté droit, examiné avec l’engin surmonté de miroir.  Pas de fouille des cabines, ni des bagages.  Pas de fouille au corps, juste le détecteur de métal passé le long des corps des passants.  En plus , un arriéré mental , la bouche grande ouverte et baveuse , habillé d’une chemise militaire très sale semblait quitter les alentours.  Seydou, mon chauffeur du jour ( qui m’a  courtoisement amené à l’aéroport dans son véhicule) est entré dans une colère noire en voyant le petit:

– comment peuvent-il laisser une personne comme ça faire des aller-retours dans un endroit pareil? pourquoi n’arrivent-ils pas à prendre cette sécurité au sérieux alors qu’ils ont eu tellement de victimes parmi eux?

– wallahi bara habous  ( gratuitement) ! lui repondais-je , les casques

La sécurité et la fouille sont nettement plus sérieux à l’aéroport d’Adis Abeba me dis-je en me rappelle la manière dont les policières mes seins quand on débarque en Éthiopie.

je ne pouvais m’imaginer qu’un attentat d’une telle violence , si préparé allait se passer dans les mêmes lieux trois jours après.

Ce samedi 14 avril 2018, l’attaque a été très violente avec un bilan d’un casque bleu tué, deux autres blessés, ainsi que 7 blessés parmi les troupes de Barkhane qui sont les voisins de la MINUSMA dans le site de l’aéroport de Tombouctou.  6 civils ont été touchés de sources hospitalières.  15 terroristes  » neutralisés  » par la force Barkhane et la Minusma.

Les assayants etaient déguisés en casques bleus à  bord de véhicules  maquillés comme ceux de la Minusma et de l’armée  malienne.  Certainement décidés  à  prendre le contrôle du camp,  comme le suggère l’État  major français sur son site.

FB_IMG_1523836456826.jpg

Aujourd’hui le calme est revenu,  mais la population  a encore eu des frayeurs . la vie à  Tombouctou n’est plus tranquille car nul ne sait plus quand est-ce qu’il aura une attaque terroriste .

Mais qui protège les casques bleus à Tombouctou ?

Bamako, 22 juillet 2013 - Un Casque Bleu du Benin patrouille l'hôtel de El-Farouk lors de la première réunion du Comité de suivi et d'évaluation de l'accord préliminaire à l'élection présidentielle et aux pourparlers de paix au Mali. A Blue Helmet patrols the perimeter of El-Farouk Hotel during the Follow-up and evaluation Committee of the preliminary agreement meeting in Bamako. Photo MINUSMA/Marco Dormino
Bamako, 22/07/2013 – Un casque bleu du Bénin patrouille devant l’hôtel El-Farouk lors des pourparlers de paix au Mali.
Photo MINUSMA/Marco Dormino

Quelle question saugrenue penserait celui qui observe les incessantes missions des casques bleus entre le sud et le nord du Mali.  » Qu’ils sont ingrats , ces Maliens ! la communauté internationale leur offre une superbe mission de maintien de la paix , avec des casques bleus  épris  de justice et de bonne volonté – entre autres !-  qui se font tuer dans des attentats et sautent sur des mines , et les voici à les dénigrer. Qui protège les casques bleus ? Quelle question !

Pourtant cette question ne peut que vous venir en tête lorsque vous habitez une de ces zones « libérées » de l’occupation des « certains groupes armés », car il y a encore au nord du Mali , une zone qui reste aux mains des groupes armés remastérisés par la diplomatie internationale, suivez mon regard jusqu’à Kidal.

Les casques bleus, sont partout, représentant différents corps de l’armée, tout type de grade, de galon, de nationalité, de toute ethnie – j’ai vu un casque bleu hindou qui portait son turban traditionnel et une belle et longue barbe à la place du « joli » casque bleu-parlant toutes les langues imaginables – du français à l’anglais en passant par l’arabe, le néerlandais, le haoussa, le wolof…-

Mais, bien bizarrement, tu auras du mal à avoir une personne qui dira se sentir en sécurité à Tombouctou parce que les casques bleus sont là ! à y croire que l’ONU n’a pas demandé l’avis des habitants avant de renouveler le mandat.

Bon , il faut reconnaître que ce serait difficile de ne pas renouveler ce mandat, la nette impression est qu’ils n’ont pas fini de s’installer ici , à Tombouctou. Il suffit de se rendre au port de Koriomé – entrée des véhicules venant du sud qui traverse le fleuve Niger- Il y a toujours « du Minusma » qui entre. Et en quantité.

Mais PERSONNE ne se sent sécurisé par la Minusma.

Certes,’ils ont des missions en brousse et ils entreprennent des missions conjointes avec l’armée malienne pour éradiquer le mal – je parle des poseurs de bombes et des hommes aux ceintures d’explosifs-, mais dans la vie de tous les jours, en ville, le casque bleu se comporte comme une star hollywoodienne avec des groupies. Seulement les groupies ne s’intéressent pas à la star dans notre cas. Nous les ignorons comme ils nous ignorent, relation : néant ! ce sont les enfants qui parfois par curiosité leur parlent.

Notre impression ? Les casques bleus sont là pour se maintenir les uns les autres en vie. Quand ils descendent en ville pour un quelconque achat : des mangues aux couvertures, ils viennent nombreux. Certains font leurs achats et les autres montent la garde, armes braquées vers… nous !

Ils ont peur des attentats, je comprends, mais nous aussi… difficile d’avoir une toute petite discussion sur le sujet avec l’un d’entre eux. Mais, hier, le poisson a mordu à l’hameçon !

Je revenais d’Abaradjou, quartier au nord de Tombouctou. Un véhicule de casques bleus était stationné chez Madou secret – le marchand d’objets d’art dont les masques ont été saisis par « Ane-sardine » et brûlés comme nos dieux-. Deux casques bleuettes- c’est le féminin de casque bleu que j’ai trouvé- étaient arrêtées au bout de ma rue et des hommes au bout de l’autre rue.
Je me suis débrouillée pour passer juste à côté d’un d’entre eux pour dire assez haut pour qu’ils m’entendent :
-Qu’est qu’ils nous veulent encore ?
Le casque bleu n’est pas resté figé comme d’habitude.
-Nous ne vous voulons rien, nous sommes là pour vous !
– On n’a pas cette impression, vu la manière dont vous vous surveillez arme au point, on a l’impression que vous êtes là pour vous défendre ai-je répondu en m’éloignant.

Il faut reconnaître que 36 casques bleus ont été tués depuis juillet 2013 au Mali , il y a de quoi avoir peur. ils sont encore mieux que les soldats français qui nous obligent à quitter le semblant de bitume que nous avons à Tombouctou à chaque occasion. D’ailleurs, une fois ils voulaient m’empêcher de rentrer chez moi – toujours sur ma jakarta- parce qu’ils avaient quadrillé le secteur.  Ayant froncé les cils et montré mon intention de ne pas obéir, un autre soldat au regard vert est venu me demander doucement d’éteindre ma moto pour rentrer en la poussant « s’il vous plait madame ».

Non, mais nous sommes des maliens chez nous, ou nous sommes redevenus des indigènes de l’empire coloniale de la France?  THIS IS THE QUESTION!