A Tombouctou, que font les Organisations Communautaires de base dans la protection des enfants ?

Nous continuons notre série d’articles sur la protection des enfants à Tombouctou qui entrent dans le cadre de la campagne  » Talent d’enfant » de l’ONG Tdh Mali à Tombouctou. Nous nous intéressons à la participation des organisation de base dans la protection des enfants

Etre protégé est le droit de chaque enfant, bien que le bien-être physique, mental et émotionnel de millions d’enfants dans le monde soit menacé par les violences, les abus, l’exploitation, la négligence.

Au Mali, notamment dans la ville (Tombouctou), 69% des enfants concernés par la mobilité seraient confrontés aux problèmes de maladies ; 14% aux violences physiques ; 11% à la négligence par les adultes et 5% d’exploitation économique. Ces enfants vulnérables sont aussi confrontés à un accès très insuffisant aux services d’accueil et de prise en charge sociale et psychosociale ; à l’éducation (formelle et l’alphabétisation) ; à la santé. Ces constats sont issus de l’étude de base que Terre des hommes Lausanne (Tdh) et Enda Mali ont réalisé en décembre 2015 à Tombouctou sur la situation des enfants en mobilité.

Face à ces situations de besoins de protection, il est important de renforcer l’engagement des communautés locales en faveur de la protection des enfants, leur prise en charge et la promotion de leurs droits. Abderrahmane Mohamed, ancien membre du parlement des enfants du Mali, jeune militant et défenseur des droits des enfants, nous confie que « la participation des communautés (…) à la protection des droits des enfants est la meilleure manière pour réussir à protéger les enfants des abus de toute sorte ».

L’exemple de Terre des hommes Lausanne à Tombouctou

Activité club d'enfant
Club d’enfants Tombouctou (c) Tdh Tomboucotu

Depuis septembre 2015, l’ONG Terre des hommes Lausanne (Tdh Mali) exécute avec Enda Mali et d’autres partenaires locaux, un projet d’appui d’urgence et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité grâce au soutien généreux du peuple américain à travers OFDA/USAID (le Bureau de l’USAID pour les secours d’urgence en cas de catastrophe à l’étranger).

Ce projet a un important volet communautaire qui travaille avec huit (8) associations de femmes, d’enfants et de jeunes ainsi que les chefs de quartier, le réseau des communicateurs traditionnels pour le développement (RECOTRADE), les gouvernements d’enfants en milieu scolaire et les clubs au niveau communautaire.

Comment ces organisations communautaires protègent-elles les enfants ?

Le projet a réuni ces acteurs locaux autour d’un comité local de pilotage des interventions de protection des enfants, présidé par la Mairie de la commune urbaine de Tombouctou.

Chaque acteur s’engage à travers un plan d’action annuel élaboré avec l’aide du projet, d’identifier et d’accompagner au moins une centaine d’enfants vulnérables et concernés par la mobilité (enfants déplacés internes, enfants migrants travailleurs, enfants de retour de la migration, etc.).

Les chefs des quartiers de Sareikeyna, Hammabangou et Abaradjou ont contribué à la mise en place de 3 espaces d’accueil et d’orientation des enfants appelés « Points Espoir ». Ces espaces sont ouverts à tous les enfants vulnérables. Ils permettent aux enfants, filles et garçons, de se rencontrer régulièrement pour des séances d’information et  de formation en compétences de vie courante, sur les comportements à adopter contre les violences, abus,  exploitation et négligence. Ces espaces permettent aussi d’identifier des enfants qui ont un besoin spécifique et d’un accompagnement personnalisé.

Un accompagnement local diversifié

L’identification, l’accueil, l’alphabétisation, l’apprentissage à des métiers, l’appui à l’acquisition d’actes de naissance ou d’actes d’état civil, la médiation entre employeurs et les enfants, l’information et la sensibilisation, le suivi des enfants, le plaidoyer auprès des autorités étatiques et des collectivités. Chaque association aide ces enfants selon ses ressources et son savoir-faire local.

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Stand des enfants à la Campgne Talent d’enfant de Tdh à Tombouctou

Grâce à l’appui du projet et à la participation de ces associations et acteurs, les enfants qui sont dans l’apprentissage coranique à l’Association pour la Sauvegarde et le Développement des Ecoles Coraniques de Tombouctou n’apprennent plus par terre mais dans une salle équipée en tables-bancs et ayant un tableau. L’association a 2 pousse-pousse et une moto qu’elle loue et paye le petit-déjeuner des enfants avec les revenus. Cela a permis aux enfants talibé de ne plus sortir se promener dans la ville et mendier. Cela a réduit également le départ précoce de ces enfants en mobilité.

Grâce aux sensibilisations de ces associations auprès des employeurs des filles migrantes domestiques, celles-ci sont soignées par les employeurs lorsqu’elles tombent malades. Leurs salaires ont augmenté de 3.000 FCFA à 10.000 FCFA. La médiation a encouragé des employeurs à payer régulièrement les salaires de ces enfants travailleurs.

De 2015 à aujourd’hui, ces associations ont participé à la formation et à l’insertion socio professionnelle de 220 enfants et jeunes concernés par la mobilité dans la ville de Tombouctou.

Mobilité des enfants: quelles sont les risques et opportunités dans la ville de Tombouctou ?

Un jeune mendiant de Tombouctou

Les enfants constituent une partie importante des mouvements de population dans le monde. Selon les estimations faites par de nombreux organismes de protection de l’enfance, des millions d’enfants et de jeunes (filles et garçons de différents âges) seraient en mouvement au sein de leur pays ou entre les pays.

Les enfants concernés par la mobilité représentent un groupe très large, traversant et transcendant plusieurs catégories d’enfants :

  • Enfants en situation de pré mobilité (ou à risque de mobilité),
  • Enfants en situation de mobilité (déjà en cours de déplacement),
  • Enfants en situation de retour de mobilité,
  • Enfants victimes de mobilité de ses parents ayant migré.

La mobilité des enfants n’est pas toujours forcée. Elle peut se faire de manière volontaire, les enfants décidant, d’eux-mêmes ou poussés par leur famille, de partir à la quête d’une meilleure vie et d’opportunités leur permettant de construire leur futur.

Au Mali, les situations de mobilité des enfants se sont accrues avec la crise sécuritaire et politique que le pays a traversé en 2012. Cette crise n’ayant pas trouvé une résolution définitive, les enfants continuent à subir les conséquences avec une vie dans les camps de réfugiés pour certains depuis plus de 5 ans, et d’autres en transit ou à destination à l’intérieur du Mali.

Tous sont exposés à la violation de leurs droits les plus fondamentaux Tombouctou représente l’une des plus grandes villes de mobilité des enfants au nord du Mali. S.B, est une fille migrante domestique de 15 ans. Elle y vit depuis la crise, elle nous raconte sa situation « la pauvreté et le conflit armé sont les raisons pour lesquelles j’ai migré à Tombouctou. A mon arrivée, je suis employée comme fille domestique et ne bénéficiait pas de repos hebdomadaire ».

F.D est une mère enfant de 16 ans qui vit actuellement à Tombouctou. Originaire de Sevaré dans la région de Mopti, au centre du Mali, F.D a été abusée et victime de maltraitance par la femme de son oncle avec lesquels elle vivait après le décès de sa mère. « A Sevaré, j’étais chez mon oncle. J’étais énormément maltraitée par sa femme. Tôt le matin, je devais me lever pour faire toutes les tâches ménagères pendant que les enfants de mon oncle se préparaient pour aller à l’école. Ensuite, le petit soir, je partais vendre pour ma tante (vendeuse ambulante). Elle était trop méchante envers moi ». Dans cette situation de vulnérabilités, F.D ne se sentait plus protégée. Elle a ainsi quitté Sevaré pour venir s’installer chez sa grande sœur mariée dans la ville de Tombouctou. Là-bas, elle avait besoin de soutien pour être autonome et mieux accompagnée.

Même si ces cas décrivent des risques liés la mobilité des enfants, celle-ci comporte par ailleurs des opportunités pour les enfants. L’échec des politiques antérieures sur la gestion de la migration a montré que nul ne peut arrêter la mobilité mais elle peut être encadrée et les enfants qui s’y trouvent peuvent être mieux accompagnés. C’est pourquoi, les enfants concernés par la mobilité ont plus besoin d’accompagnement pour être mieux protégés et jouir de leurs droits les plus fondamentaux.

Tombouctou est une ville que nous pouvons définir comme un carrefour car se trouvant à la lisière du Sahara et les routes vers les pays comme la Mauritanie, l’Algérie et le Niger (donc la Libye).

Les enfants peuvent non seulement s’y déplacer avec leurs parents à la recherche d’une vie meilleure, mais peuvent aussi se retrouver à vivre de mendicité ou être victime de délinquance juvénile ou d’exploitation de toutes sortes dans ces pays étrangers. Ils deviennent ainsi des victimes de choix des représailles xénophobes de certains citoyens de ces pays qui les accueillent, notamment les témoignages sont surtout fréquents concernant ceux qui ont migré en Algérie et qui se font agresser et voler par des jeunes algériens.

L’état Algérien aussi a procédé à plusieurs reconduites aux frontières quand il ne les abandonne pas dans le désert, près de la ville de Tamanrasset, une ville proche de la ville de Gao.

L’un des  plus grands risques que courent les enfants concernés par la  mobilité dans la ville de Tombouctou est celui de la récupération par les groupes armés qui en font des enfants soldats. Ils peuvent ainsi faire l’objet d’une radicalisation extrémiste et devenir des djihadistes et de potentielles bombes humaines.

Aussi, les talibés font partie des enfants concernés par la mobilité. Ils sont soit confiés ou donnés aux marabouts par leurs parents pour un apprentissage  du Coran.  Ils deviennent une main d’œuvre que ces marabouts exploitent, les obligeant à apporter des revenus quotidiens ou à les exploiter comme main-d’œuvre dans les champs. Les enfants travaillent et ce sont les tuteurs qui encaissent les revenus. La majorité  ne fait pas  l’objet de prise en charge médicale et ont une alimentation déséquilibrée.  « La vulnérabilité des enfants talibés est très grande, ils ont une vie d’exploitation qui n’en finit pas. Une règlementation de cette pratique et une prise en charge des enfants qui se retrouvent dans une situation de mobilité et d’exploitation permanente est prioritaire » nous confie M. Maiga, un sociologue.

En outre, quand tu te déplaces dans la région de Tombouctou, tu deviens la cible de braquage, de vols à main armée, de violences sexuelles et autres attentats potentiels aux véhicules piégés ou mines sur les pistes de la région.

En  termes d’opportunités, à Tombouctou, la mobilité peut offrir des possibilités d’accès à l’éducation car il ne faut pas oublier le développement faible des centres de formation et de qualification pour les enfants dans les localités affectées par l’insécurité et la crise. D’ailleurs, nous avons vu plus de 1.000 écoles fermées au nord, obligeant élèves, parents et parfois enseignants à se déplacer vers des villes où ils peuvent continuer les études.

Les enfants peuvent ainsi contribuer aux revenus de leur famille, de développer de nouvelles compétences, suivre une formation appropriée qui va leur faciliter une vie d’adulte, disposant d’un métier et d’une source stable de revenus.

Depuis septembre 2015, l’ONG Terre des hommes Lausanne (Tdh) et Enda Mali exécutent le projet d’appui d’urgence et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité qui vise la protection individuelle et collective des enfants et le respect de leurs droits grâce au soutien généreux du peuple américain à travers OFDA/USAID.

Ce projet, ayant pour objectif d’apporter une réponse cohérente et adaptée aux vulnérabilités des enfants concernés par la mobilité dans les villes de Tombouctou et de Gao,  offre un cadre de formation et d’accompagnement pour la formation professionnelle des enfants, l’amélioration de la réponse communautaire de protection ; l’amélioration de la réponse Institutionnelle de protection ; le renforcement de l’articulation entre la protection formelle et non formelle et un meilleur accompagnement des  enfants concernés par la mobilité dans les villes de Tombouctou et de Gao.

Du 07 au 08 juillet 2018, a eu lieu dans la ville de Tombouctou, la campagne « Talents d’enfants » ayant permis à 800 participants de voir et apprécier le savoir-faire des enfants vulnérables ayant été accompagnés par le projet d’appui et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité dans les villes de Tombouctou et Gao.

sketch des enfants durant la  » campagne Talent d’enfant  » à Tombouctou 8/7/2018

Ces deux jours de campagne, proposant 20 stands / exposition du travail des enfants concernés par la mobilité (qui ont été formés, dotés, installés à leur propre compte); des démonstrations d’enfants; des prestations de sketch et jeux éducatifs ; des débats communautaires, ont été un véritable succès pour l’amélioration de l’environnement protecteur des enfants dans la ville de Tombouctou.

L’importance du jeu dans le développement des enfants: regards croisés d’acteurs de la ville de Tombouctou

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Le jeu est un facteur important dans le développement psychique et moteur de l’enfant. Il permet non seulement à l’enfant de parachever le développement des capacités intellectuelles et psychique, mais aussi participe fortement à la socialisation de l’individu.

Le jeu une activité aimé des enfants qui leur facilite l’apprentissage.

Dans les premiers instants de la vie, les enfants découvrent leur environnement à travers les jeux qu’ils aiment répéter. Les bébés, par exemple, vont saisir des blocs, les manipuler et les porter à leur bouche. Les tout-petits vont construire des tours avec leurs blocs simplement pour les faire tomber. Les fillettes vont aimer jouer à la maman alors que les poupées et les dinettes. Le jeu permet aux enfants de développer leur confiance en eux et à maitriser leur environnement à travers cette interaction avec les objets qui les entourent.

Pour les tout-petits, le jeu est une façon naturelle d’apprendre. Il se rapproche de la manière dont nous apprenons dans la vie de tous les jours. Au lieu d’intégrer un concept à la fois, comme on le fait en classe, les enfants doivent apprendre et utiliser plusieurs idées et objets en même temps. Jouer, c’est aussi joindre l’utile à l’agréable.

Le jeu dans l’éducation à Tombouctou

Le jeu est important pour le Tombouctien, nous confie l’historien Salem OULD ELHADJ « Nous qui sommes les anciens avions eu nos instants de jeu, même si l’apprentissage commence très tôt chez nous avec l’école coranique. »

L’historien nous explique que les enfants avaient des moments de repris et de jeu entre l’école coranique et le «  tendé hou » l’atelier d’apprentissage et l’école.  Un programme qui n’a pas beaucoup changé, même si certains parents négligent l’école coranique de nos jours.

Le point espoir de TDH à Tombouctou

Le point espoir est une initiative de de Terres des hommes et ses partenaires (ENDA, OFDA/USAID) dans le cadre de son projet d’urgence d’appui et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité dans les villes de Tombouctou et Gao » pour permettre aux enfants en mobilité de se retrouver, d’échanger, de s’appuyer mutuellement ; d’être suivis et aussi d’être orientés vers les acteurs étatiques et communautaires pour leur accompagnement et leur protection.

Le point espoir de Tombouctou est situé à Hamabangou, un quartier populaire de la cité des 333 saints.  Il a été mis dans un quartier où les enfants en situation précaire sont très nombreux. C’est quasiment le seul lieu où les enfants ont la possibilité de jouer et d’avoir accès à une écoute attentive, des conseils en matière de prévention et des activités récréatives.