Exploitation des enfants par le travail: quel accompagnement dans la ville de Tombouctou ?

Le travail des enfants est un sujet délicat car lié à la protection et aux droits de l’enfant. A Tombouctou, bien que la ville eût un bon taux de scolarisation, les enfants apprennent à l’école coranique d’abord, ensuite à l’école publique, aussi ils travaillent !

enfant bénéficiaireLes enfants apprennent dans les centres d’apprentissage traditionnel appelés « tendé hou » quand ils ne vont pas à l’école. Ils y apprennent des petits métiers : couture, menuiserie, bijouterie… selon les traditions familiales.

De l’apprentissage, les enfants deviennent des mains-d’œuvre qui participent à la production dans les ateliers où ils sont en apprentissage et contribuent ainsi à la prise en charge de la famille. D’ailleurs, dans certains cas, la pauvreté de la famille ne permet pas aux enfants d’aller à l’école, ils travaillent pour aider ses parents.

Cependant, ne faudra-t-il pas faire la distinction entre la socialisation de l’enfant et son exploitation notamment par le travail au cours de ce processus de socialisation ?

La situation dans la ville de Tombouctou

Quand nous prenons le cas de Tombouctou, les enfants sont exposés à de multiples abus et à l’exploitation par le travail ou par des pratiques d’apprentissage qui vont se confondre avec le travail. Ils sont abusés par leurs parents, tuteurs, employeurs et même par des encadreurs.

Les enfants « talibé » qui sont en situation de mobilité car sont confiés à des maîtres coraniques qui les font pratiquer la mendicité ou les livrent comme travailleurs journaliers dans les champs.

  1. Traoré, exploitante agricole à Tonka, une ville de Tombouctou, nous confie « durant les récoltes, nous utilisons surtout les talibés qui viennent en nombre. Ils travaillent dur, mais c’est aux maitres que nous donnons leurs payes. Même quand ils tombent malades, ces derniers ne les soignent pas. Je les aide chaque fois que je peux car je sais que ce sont des enfants d’autres femmes comme moi et je sais que leurs mères sont démunies, raison pour laquelle, elles les laissent partir avec le marabout».

A Tombouctou, il existe aussi les filles migrantes domestiques qui travaillent comme bonne (aide-ménagères) ou comme ouvrières auprès des artisans. Depuis la crise de 2012, elles sont composées d’enfants déplacés internes suite à l’insécurité, la pauvrété de leurs familles ; d’autres sont victimes de mariage précoce/forcé ou de violations de leurs droits. Ces filles migrantes qui viennent dans la ville de Tombouctou, aident dans les familles et sont exploitées car elles ne sont pas régulièrement payées par leurs patronnes ; elles ne sont pas bien hébergées ; elles ne bénéficient pas de repos hebdomadaire à plus forte raison le repos annuel et le travail de nuit ne leur est pas interdit comme l’exige le code du travail au Mali.

Selon le Directeur régional adjoint du Travail, Bamoye DEMBELE « les enfants travaillent sous certaines conditions définit par le code du travail du Mali et la Convention 138 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT). Au Mali, l’âge légal d’admission de l’enfant au travail a été relevé à 15 ans par le Ministère du Travail et de la Fonction Publique depuis 2016».

Quel accompagnement pour ces enfants victimes d’exploitation à Tombouctou ?

Depuis septembre 2015, l’ONG Terre des hommes Lausanne (Tdh Mali) exécute avec Enda Mali et d’autres partenaires locaux, un projet d’appui d’urgence et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité grâce au soutien généreux du peuple américain à travers OFDA/USAID (le Bureau de l’USAID pour les secours d’urgence en cas de catastrophe à l’étranger).

Depuis le lancement de sa 3ième phase en septembre 2017, l’objectif de ce projet est d’apporter un appui personnalisé et collectif à 2.568 enfants victimes de la crise dans la ville de Tombouctou.

Quelles sont les réponses apportées aux enfants, à leurs familles et communautés ?

  • Des activités d’accueil, d’écoute et d’orientation en langues locales ;
  • Des activités psychosociales et de sensibilisation;
  • Des cours d’alphabétisation et en compétences de vie courante (santé, hygiène, protection, droits et devoirs de l’enfant, etc.) ;
  • L’apprentissage en 13 filières de métier librement choisies par les enfants et jeunes en âge légal d’exercer un métier (coupe couture, teinture, coiffure, boulangerie, embouche, électricité solaire, maintenance informatique, mécanique moto, ménuiserie métallique, restauration, etc.) ;
  • Les équipements d’installation dans chacune des filières de métier choisies par les enfants eux-mêmes.
  • Le suivi continue des actions à travers des animateurs et un comité local de pilotage du projet présidé par la mairie et composé d’acteurs communautaires et institutionnels.

Quels sont les résultats clés obtenus ?

Selon les données rapportées entre septembre 2017 et mai 2018, les interventions du projet ont enregistré :

  • 175 enfants victimes de la crise ont bénéficié d’appui psychosocial ;
  • 53% des enfants référés ont reçu de services adéquats de protection à Tombouctou ;
  • Les filles migrantes domestiques identifiées par le projet, jouissent toutes de leurs droits de repos hebdomadaire; bénéficient de salaire décent ; sont mieux soignées ; participent aux activités socio-éducatives ;
  • 220 enfants et jeunes ont bénéficié de la réinsertion socioprofessionnelle ;
  • 367 enfants fréquentent les espaces communautaires d’accueil et d’orientation des enfants appelés « Point Espoir » ;
  • 550 personnes sont sensibilisées sur les thématiques de protection, de droits et devoirs de l’enfant.
  • 8 projets communautaires existent et sont mis en œuvre par des organisations communautaires de base.
  • L’appui à la mairie de Tombouctou pour l’intégration des besoins de protection des enfants vulnérables dans son Programme de Développement Social, Economique et Culturel (PDESC).

stand talents d'enfantsDu 07 au 08 juillet 2018, Tdh Mali et Enda ont organisé à Tombouctou, la campagne « Talents d’enfants ». Cette campagne de protection et de promotion des droits de l’enfant a permis à 800 participants de voir et apprécier le savoir-faire des enfants vulnérables ayant été accompagnés par le projet.

Ces deux jours de campagne ont proposé 20 stands / exposition du travail des enfants concernés par la mobilité (qui ont été formés, dotés, installés à leur propre compte); des prestations de sketch et jeux éducatifs ; des débats communautaires sur la délinquance juvénile ; sur les limites de la socialisation et de l’exploitation des enfants par le travail.

 

 

 

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