A Tombouctou, quels rôles jouent les enfants dans leur propre protection ?

IMG_20170718_175017.jpgDans le but de lutter contre les violences, les abus, l’exploitation, la négligence, la traite, la discrimination, l’autoprotection des enfants est actuellement l’une des méthodes privilégiées par les organisations de protection et de défense des droits de l’enfant.
Bien que les parents soient les premiers responsables de la protection de leurs enfants, les constats faits par les acteurs de protection, démontrent que dans la plupart des cas, les parents sont les premiers à violer les droits de ces enfants. C’est pourquoi, il est primordial de faire de l’enfant l’acteur privilégié de sa propre protection qu’il soit en milieu familial, scolaire et ou communautaire.
Qu’est-ce que l’autoprotection ?
L’autoprotection est une stratégie de prévention et de protection de l’enfant visant à le rendre capable afin qu’il soit le premier acteur de sa propre protection.
Dans cette stratégie, l’enfant est et demeure le centre des actions et efforts qui convergent à renforcer ses capacités cognitives et comportementales notamment chez les enfants vulnérables ou issus des familles en situation difficile.
La formation des enfants par leurs pairs constitue une forme d’autoprotection. Les enfants qui sont informés et formés sur les risques, les dangers et pratiques qui violent leurs droits deviendront des acteurs de leur propre protection.
Quelles sont les bases de l’autoprotection ?
La prévention : elle permet aux enfants d’anticiper les risques et pratiques d’abus qu’ils pourraient subir. Quand l’enfant les connait en amont, il est en mesure de les identifier et certainement les éviter. En plus, l’enfant peut aider ses camarades et les prévient contre tout abus.
La protection (réduction des risques et prise en charge des victimes). Cette prise en charge est offerte par les structures de l’Etat, des ONG, des groupements et leaders communautaires, etc.
La connaissance des droits et devoirs de l’enfant : Si tout enfant connaissait ses droits et devoirs, il y aurait très peu d’abus et de violations de leurs droits et beaucoup plus d’accompagnement protecteur des enfants par les enfants eux-mêmes.
Quelques cas d’autoprotection à Tombouctou
Mohamed Cissé est un enfant concerné par la mobilité à Tombouctou. Il fréquente l’un des 3 espaces communautaires de protection appelés « Point Espoir » mis en place par les chefs de quartiers grâce à l’appui de l’ONG Terre des hommes Lausanne (Tdh Mali) et Enda Mali avec le soutien généreux du peuple américain à travers OFDA/USAID. Depuis septembre 2015, ces organisations réalisent le Projet d’appui d’urgence et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité dans la ville de Tombouctou.
Pour cet enfant, « grâce aux sensibilisations (…), je sais maintenant que je ne dois plus me laisser exploiter comme ça. Même si je travaille pour quelqu’un, il faut qu’il me paye pour ce que je fais. D’ailleurs, maintenant j’ai appris un métier et je sais que les choses vont aller mieux (…). Je préviens aussi mes amis et leur parle de tout ce que je sais pour faire respecter nos droits ».
« A travers l’autoprotection, nous cherchons à inculquer aux enfants le sens de l’autre. Que les enfants puissent savoir qu’ils ont des responsabilités vis-à-vis de leurs frères. Et qu’ils puissent être attentifs à leur situation », précise le Superviseur Tdh du projet à Tombouctou.
Grâce aux interventions du projet dans la ville, plus de 8.533 enfants vulnérables ont été identifiés et protégés y compris les enfants déplacés internes, les enfants migrants travailleurs, les enfants à risque de mobilité. Parmi ces enfants, 220 jeunes ont bénéficié de la formation socio professionnelle. Ils exercent aujourd’hui des métiers de leur choix. Ils subviennent à leurs besoins, aident leurs familles et apprennent à d’autres vulnérables dans la ville. Tous ces enfants ont participé à des activités d’autoprotection.

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Enfants et Risques Explosifs de Guerre à Tombouctou

La ville de Tombouctou fut occupée par des groupes armés d’avril 2012 à janvier 2013. En effet, les populations de la veille ville ont assisté à une prolifération des armes et risques explosifs de guerre qui restent dangereusement mortels.

A Tombouctou comme dans toutes les localités au nord du Mali, la présence des forces nationales et étrangères ; les mouvements des groupes armés ; la fréquence répétée des attaques en milieu urbain et rural ; ont hélas augmenté l’exposition des enfants et jeunes en particulier aux risques d’explosion et d’engins explosifs.

Les Restes explosifs de guerre restent mortels pour les enfants et les civils

Je me rappelle encore de ces deux premières victimes à Tombouctou. Ils étaient deux enfants « Talibés » ayant ramassé d’engins explosifs dans les alentours du camp militaire de la ville. Ils sont décédés des suites de blessures occasionnées par l’explosion.

D’autres cas ont survenu dans les villages environnants de la commune urbaine de Tombouctou et d’autres villes de la région.

sensibilisation d'enfants aux enfins explosifs
sensibilisation de jeunes enfants par la MINUSMA (c) MINUSMA

Depuis l’installation de la MINUSMA (mission des nations unies pour la stabilisation du Mali) en juillet 2013 au Mali, l’UNMAS (l’organisme des nations unies pour la lutte antimines) a répertorié 233 incidents provoqués par des engins explosifs improvisés. Ceux-ci ont occasionné la mort de 85 personnes dont 26 soldats de la MINUSMA et 348 blessés parmi lesquels figurent 153 casques bleus. Ces statistiques laissent comprendre que les populations civiles restent une part importante des victimes des engins explosifs.

Des acteurs de protection s’y intéressent…

Pour nettoyer et dépolluer les sites et terrains contaminés lors des opérations de combat; informer et former pour la protection contre les risques explosifs de guerre ; lutter contre les mines ; il existe l’UNMAS et ses partenaires, l’unité Cambodgienne de la MINUSMA, des ONG comme HUMANITE & INCLUSION (ex. Handicap International) ; Terre des hommes Lausanne (Tdh Mali) et son partenaire local, Enda Mali.

L’UNMAS a fourni de grands efforts dans le nettoyage. Depuis 2013, avec ses partenaires humanitaires de l’action anti mines, ils ont dégagés plus de 4 millions mètres carrés de terrain au Mali contre les risques explosifs de guerre.

Ils se sont engagés dans la sensibilisation de masse notamment à l’endroit des enfants et jeunes scolarisés et non scolarisés.

sensibilisation HI
séance de sensibilisation par des boites d’image de Handicap International (C) Handicap International

 

 

Aussi, ces acteurs ont formé des animateurs et journalistes des régions de Tombouctou et Taoudénit sur l’identification et la déclaration des engins suspects qui seraient découverts par les communautés.

Un commandant de la section Cambodgienne a souligné que « c’est suite aux informations reçues que nous pouvons réagir. Nous agissons surtout en faveur de la population parce que n’importe qui peut être victimes d’une mine ou d’une munition non explosée ».

De la sensibilisation ponctuelle et continue auprès des enfants…

Des émissions radiophoniques ; des grandes affiches urbaines ; des affiches posters dans les lieux publics ; des sketchs par les enfants mêmes au niveau scolaire et communautaire sur les mines et les restes explosifs ; sur les bons et mauvais gestes ; ont été multipliées par UNMAS et ses partenaires.

Des causeries éducatives à travers des animateurs composés d’enfants et de jeunes et utilisant les boites à images ont été réalisées par des ONG comme HUMANITE & INCLUSION (ex. Handicap International). Les équipes de l’ONG se déplaçant de village en village, expliquent aux communautés les dangers liés aux restes explosifs de guerre et les gestes de base pour mieux se protéger. L’ONG contribue aussi à la prise en charge psychosociale et médicale des enfants victimes des restes explosifs de guerre.

Des clubs et gouvernements d’enfants encadrés par Terre des hommes Lausanne (Tdh Mali) et son partenaire Enda Mali, animent régulièrement des causeries éducatives à leurs pairs dans les écoles et dans les quartiers afin qu’ils perçoivent largement les risques et dangers des restes explosifs de guerre et qu’ils deviennent les premiers acteurs de leur propre protection. Ces activités s’inscrivent dans le cadre des interventions du Projet d’appui d’urgence et de renforcement de la résilience des enfants en mobilité dans la ville de Tombouctou lancé en septembre 2015 grâce au soutien généreux du peuple américain à travers OFDA/USAID.