L’hommage de Mondoblogueurs à Ghislaine et Claude

Ghilaine et Claude à Kidal en mai 2013
Ghislaine Dupont et Claude Verlon à Kidal en mai 2013

Ghislaine Dupont et Claude Verlon, journaliste et technicien chevronnés de Radio France Internationale ont été assassinés après leur enlèvement dans la ville de Kidal.

Ce billet est un hommage à ces deux journalistes, morts dans l’exercice de leur fonction. Pour la liberté d’expression.

Faty, Mali

La nouvelle de l’assassinat de Ghislaine Dupont  m’a fait l’effet d’une douche froide en hivers. J’en suis restée paralysée. Hagarde. J’essaye de me rappeler le timbre de la voix de celle qui était parmi mes journalistes préférés à RFI. Je n’y arrive pas. Vite la radio.

Quelque chose m’étreint le cœur. Une douleur. Une rage. La colère. Je n’arrête pas de dire « tchrrrrrr ». Je pense : « Cette grande dame ! Pourquoi la tuer sauvagement comme ça ? »

Je ne sais quand j’ai fermé l’œil, mais c’est en écoutant RFI, comme toujours, comme  beaucoup de Maliens, d’Africains…au réveil, la douleur est encore là. Avec du dépit, de l’amertume, du découragement, de l’impuissance. C’est dommage. C’est injuste. C’est tellement sauvage…

Ghislaine et Claude sont morts pour informer.  Quand la peine est là, on ne peut s’empêcher de retourner la situation dans tous les sens. Pourquoi les avoir tués ? Pourquoi eux, à ce moment ? Tellement de journalistes « Blancs » sont partis dans ce Nord malien plein de danger et sont revenus saufs !

Journaliste. Un métier dangereux.  Même les enfants s’en sont rendu compte.

Boukari Ouedraogo , Burkina Faso, témoigne :

Conversation avec ma nièce de 9 ans le samedi 2 novembre 2013

–          Toi tu es journaliste non ?

–          Non,

–          Hiii, ce n’est pas vrai. Je t’ai vu à Canal 3°

–          Ce n’était pas moi

–          C’est toi ! Maman a dit que tu es journaliste. Toi-même tu m’as dit que tu es journaliste. Et puis la dernière fois Irène a entendu              ta voix à la Radio.

–          Donc tu as raison.

–          Papi a dit qu’on a tué des journalistes. C’est vrai ?

–           …

–          La secrétaire de papa est partie. Je vais lui dire de te prendre.

–          Pourquoi ?

–          Tu n’as pas vu qu’on tue les journalistes non ? Donc tu veux mourir ?

–           …

Michel Théra, Mali, pour avoir connu Ghislaine à Bamako n’a pu rien dire. Ni écrire pour l’instant. Il a encore les larmes aux yeux. Il promet un billet pour parler de cette grande dame qui est devenue son ami. «  C’était une si grand journaliste et une si belle voix »

Aurore  Guérin, France, pense à cette citation d’Albert Londres :

« Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie, en mettant dans la balance son crédit, son honneur et sa vie. »

Gaius Kowene, Congo

« Ils pouvaient même exiger une rançon de n’importe quel montant ! Ils pouvaient même exiger des impossibles ! Je sais que François Hollande ferait tout à son pouvoir pour sauver ces deux journalistes ! »

Sinatou Saka, Bénin

« Des voix hors-pairs, du travail de professionnel, des reportages minutieux et des analyses pointues, voilà ce qu’on entend tous les jours sur Radio France Internationale. Nombreux sont les journalistes qui se battent tous les jours pour couvrir cette actualité africaine de façon rigoureuse au point de faire naître des vocations et d’impliquer les citoyen. Comme un poignard, ces islamistes nous ont arraché ceux qui donnent un sens au métier. Ils se sont attaqués à la liberté d’informer. Ghislaine et Claude ne méritaient pas ça! Mais pour eux, nous ne devons pas baisser les bras, bien au contraire, plus que jamais, il faudra terminer ce qu’ils ont commencé et révéler la vérité. Que leurs âmes reposent en paix! »

Thierno Diallo, Guinée

« Apprendre que des journalistes (que l’on avait l’habitude d’entendre) sont assassinés dans l’exercice de leur fonction constitue un coup de tonnerre pouir toute personne éprise d’informations crédibles et impartiales.  Ghislaine Dupont et Claude Verlon sont morts sur le champ d’honneur. Ils sont tombés pour l’Afrique, nous nous souviendrons d’eux pour leur courage. Je présente mes condoléances les plus attristées aux familles de disparus, à RFI et à tous les professionnels de médias. »

Assaleck Ag TITA, Mali

C’est avec une grande émotion que j’ai appris cette très triste nouvelle. Je vous prie de croire en mon affectueux soutien aux équipes de Rfi, aux familles des disparus en cette douloureuse épreuve. Mes pensées vous accompagnent. Recevez mes plus sincères condoléances.

Nos condoléances à leurs familles, à RFI, à Ziad, Simon, Raphaëlle, Pierrick, Claudy…

Adios, Ghislaine Dupont et Claude Verlon !

 

PS : Canal 3 : télévision privée du Burkina. J’ai été invité pour parler de sport.

 

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Je suis tombouctienne, j’ai un mari secret #2

Credit Photo: Faty
Credit Photo: Faty

Episode 2 de ma série sur les femmes maliennes. Aujourd’hui  j’ai décidé de vous parler d’une pratique que je n’ai cessé de dénoncer depuis que je l’ai apprise : Le mariage secret. C’est une spécialité de Tombouctou comme le Toukassou ou le Fakouhoye (des plats sonrais).

Je ne sais pas si cela se fait ailleurs, mais nulle part au Mali cela ne se pratique, d’ailleurs beaucoup de maliens du Sud ignorent cette coutume si avilissante pour la femme. En effet, pour continuer à pratiquer la polygamie sans pour autant offenser leurs femmes, les hommes, à  Tombouctou (qui ne doivent pas être aussi fiers d’eux !)ont pu trouver une pirouette : prendre une seconde femme à l’insu de la première femme qui peut  ignorer cette situation toute sa vie. Dans beaucoup de cas c’est au décès du bon viveur (le mari) que l’on découvre le pot aux roses.

Les enfants des deux mariages sont obligés par la loi (islamique ?) à partager l’héritage. Les femmes ne peuvent que se résigner et porter leur habit (bleu) de veuve.  Mais laquelle des deux faut-il plaindre ?

La première femme que son mari craignait et ne voulait offenser ou la seconde qui a accepté de vivre cachée, sans aucun droit, ne profitant que d’instant volées à la première ?

Je me rappelle la furie de mon amie la comédienne malienne Mariétou Kouyaté qui s’offusquait du trop-plein d’exigences et des dépenses du mariage sonrai. «  Mais Titty, fait quelque chose pour qu’on démunie les dépenses et que les filles puissent se marier, c’est trop cher-là ! »

« Mariétou, je voudrai bien mais que pourrais-je ?, en plus tout le monde ne se marie pas ainsi à Tombouctou, il y a tout type de mariage. Il y a même des mariages secrets. ». Quand j’eus à lui expliquer qu’il y avait des femmes qui se mariaient à des hommes qui se cachent pour leur rendre visite, elle est tombée des nues ! Pas possible ! Mais comment une femme peut accepter cela ? Ce sont des esclaves ? Elles font ça par amour ? Mais les hommes qui font cela sont des lâches ! Mon Dieu ! Un homme du Sud ne ferrait jamais ça (et pas pour les bonnes raisons hein !)

Si au nord, on y verrait une crainte de la première femme, au sud les femmes ont autant d’importance que le bétail. Excusez-moi si le mot s’il vous choque, mais je ne vous conseille pas de vous rendre dans les régions agricoles du Mali. Vous vous rendrez compte que ce sont les femmes qui abattent la majeure partie du travail des champs tout en faisant les travaux ménagers.

Les efforts du bon monsieur s’arrêtent avec l’hivernage, aussitôt la récolte faite les activités principales consistent à mettre la bonne femme enceinte et à  bronzer (si c’est possible) sous l’arbre à palabres.  C’est à elle de tirer le diable par la queue pour trouver de quoi nourrir ses enfants en faisant les cultures de contresaison et autres activités sources de revenus, notamment le petit commerce.

Le rituel est entouré d’une sorte de mystère. Les femmes n’y assistent pas contrairement au mariage religieux (islamiques je précise) normaux, l’endroit même où il est célébré est secret est différent de la mosquée. Même  s’il arrive qu’il soit fait à la mosquée ce n’est pas à une heure de prière.  Cela se eut se faire dans une concession en présence du marabout qui scelle l’union et des témoins  des deux parties. Ils sont tenus au sortir de la cérémonie d’en informer les deux premières personnes qu’il  rencontre.  Cette petite coutume enlevé un peu car il peut arriver que les témoins ne croisent personne pu voient une personne qui sait garder le secret jusqu’au jour où l’un des conjoint mourra. Il témoignera de la véracité de l’union si celle-ci est contestée par la première épouse bafoué, et que les témoins du mariage ne sont plus vivants.

Il serait facile de juger ces femmes qui acceptent se  marier de cette manière, mais il faut comprendre que dans certains cas la femme se débrouille elle-même pour rendre l’union publique en en parlant autour d’elle. Je me rappelle du mariage secret d’une amie, que dis-je une camarade, car bien qu’ayant discuté avec elle, elle s’est tu sur son union futur avec un copain que tout le monde lui connaissait. Le jour où son « mariage  dit secret » a été célébré, la nouvelle s’est propagée dans la ville.  Deux semaines après elle nous en informait de vive voix et nous amenait notre « alada ». Le mot veut dire tradition ou coutume.  Quand une jeune fille se marie à Tombouctou, le mari doit un repas aux amis de cette dernière.  Cette somme qui était modique a été exagérée de nos temps et le minimum exigé est 100.000 F CFA plus quelques casiers de boissons. Plus le mari est riche, plus il en donne et fait le prestige de la femme. Tu entendras dire à Tombouctou, après un mariage les amis de la marier dire que « nous avons 200.000 F CFA, nous sommes forts (yen Ngo fore) ».

Mais je devrai aussi préciser que ce sont les amis du marié qui donnent cette somme aussi. S’il n’a pas d’amis, il lui faudra économiser longtemps pour se marier à la régulière, car en plus de cela il ne faut pas oublier la valise de la mariée qui devrait comprendre chaque élément  quadrillé : boubou en Bazin riche, pagne wax, uni wax, chaussures, foulards, boucles d’oreille, dizaine de slip et d’autres babioles nécessaires à une femme.

A cela, il faut ajouter le prix des condiments pour la famille de la mariée et sa propre famille, un sac de riz, la robe de la mariée, un bijoux en or et une vache pour les mamans de la mariée…

C’est à n’en pas finir, d’où la colère de Mariétou Kouyaté qui ne comprenait pas cette coutume tomboctienne qui consistait à toujours remettre une grande somme d’argent à toute personne qui vous amène un présent.

Avant, la vache et l’or était donné en cadeau à la jeune mariée trouvée vierge après la  parade nuptiale. Maintenant, épouseras-tu une femme mère de plusieurs enfants,  tu ne dérogeras pas à cette coutume. Ou tu te marie incognito : juste une petite cérémonie à la mosquée et on t’amène ta femme sans bruit.

Tombouctou est surnommée la mystérieuse, c’est à juste titre les amis.

Le Lycée des jeunes filles de Bamako,toute une histoire #1

L’idée des billets croisés sur les conditions de la femme de l’Afrique à la Guadeloupe vient de la grande bloggeuse camerounaise Danielle Ibohn. Elle n’a pas hésité à me proposer le travail bien qu’elle sache que je ne l’affectionne pas particulièrement. Je trouvais que les styles disparaissaient sous la plume du coordinateur. Mais il faut dire que le dernier billet commun des mondoblogueurs sur les embouteillages en Afrique a apporté un grand démenti à mes propos.

Cette fois-ci ce sont mes consœurs Mylène Colmar et Limoune, mon reflet ,que des mondoblogueuses que j’apprécie (mais les autres ne pensez pas que je ne vous aime pas hein nous sommes ensemble dans l’empowerment Feminism, des femmes battantes et entrepreneuses) !

Je vous réserve ainsi une série de billets qui vont du portrait au reportage en passant par les anecdotes qui donneront certainement du piment aux choses.

Mon premier article porte sur le lycée des jeunes filles de Bamako qui a été dernièrement baptisé lycée Ba Aminata Diallo. Il a failli en devenir mixte.

J’ai découvert ce lycée pendant les examens de passage de mon institut L’Hégire. J’y étais affectée au secrétariat au dépend de la surveillance. Mais depuis que les chefs sont au courant de mes aptitudes en informatique plus questions de surveiller pour moi. Bon…c’est un peu plus reposant si l’on ne considère pas la concentration et le sérieux dont il faut faire montre au secrétariat. Une feuille de composition disparait? Il faudra la retrouver; il faut qu’elles soient toutes signées par les deux surveillantes et l’élève.

J’ai mis à profit les temps morts où les élèves composent pour avoir des conversations avec la vice-présidente qui justement est sortante du lycée et la surveillante du moment.

C’est une grande dame, ancienne sportive, d’une grande gentillesse et à un franc parler inégalable.  J’ai eu plusieurs entretiens avec elle et elle n’a pas hésité à me donner conseil et à m’encourager dans le blogging. J’ai pu parler de la vie passé du Lycée avec elle, mais aussi le proviseur (j’allais écrire directrice tellement le terme est fréquent dans la vie de cet établissement typiquement féminin et aussi Rokia Doumbia qui y est professeur d’économie familial.

 

Le Lycée des jeunes filles  de Bamako

Crédit photo: faty
Crédit photo: faty
  1. Présentation

Lorsque vous dépassez le grand portail en grille de l’entrée, un jardin ceint de grands arbres vous accueille. Une grande bâtisse vous fera face. Elle était surnommée « la grande mosquée », ce n’est pas le premier des surnoms dans ce lycée des plus atypique. Vous le verrez bien en continuant votre lecture. C’est un bâtiment à deux étages datant de la période précoloniale. On ne priait pas le vendredi  dans cette « grande mosquée » car elle servait de salles de classe, de direction, de salle des professeurs, du labo de biologie et de bibliothèque. Je vous signale que c’est le laboratoire de biologie qui nous a accueillis pendant une semaine  pour nos examens de fin d’année.  La cour est grande  et entretenue, avec des rangées de grands divers, sous les lesquels sont déposées des chaises en béton.

A l’est se trouve les logements de la directrice et de la surveillante, un bloc construit après l’indépendance sert à l’administration. A son opposé, une autre bâtisse servant de salle informatique et de logement pour le censeur.

Credit photo: Faty
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A l’ouest, se trouve un autre bloc  qui était surnommé « petit Paris ». Il comprend des salles de classe, le laboratoire de physique-chimie et la salle PELF (pôle d’d’excellence pour la langue française) réalisé par le projet français de renforcement.

Au nord, c’est « grand Bassam », un grand bloc qui jadis servi de dortoir. Il y a un grand mur appelé d’antan le couloir de la mort, car les lycéennes faisaient le mur après leur sorties clandestines.

« Beaucoup s’y sont blessées car c’est un mur long pour des filles. Nous l’empruntions pour sortir après la condamnation des portes par les surveillantes après 22h. » Me confia la surveillante elle-même sortante du LBAD.

  1. Historique

 

credit photo: Faty
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Cet établissement a un lien profond avec la colonisation que je ne peux m’empêcher de surligner (je ne dis pas souligner car je trouve le mot bien faible et un peu faible pour évoquer une … (comment l’appeler ?), un fait qui a éviscéré l’Afrique pour l’en attacher à la France pour le Pire et le meilleur ?

Comme nous sommes en histoire, remontons dans le temps. De 1856 à 1920, les colons ne cherchaient à former les « indigènes » pour qu’ils leur servent d’auxiliaires dans l’administration afin de les aider à assoir leur commandement. Nous connaissions certainement tous le but de l’envahissement français en ce temps : mettre sur pieds les voies et moyens pour acheminer les richesses de la colonie (le Mali) vers la France. Mais aussi divulguer la langue et la civilisation française. Tâches dûment remplies je crois ! L’OIF (organisation internationale de la francophonie) nous le démontre.

 

credit photo: Faty
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A  cette époque, l’école primaire délivrait un certificat d’études primaires élémentaires CEPE. Beaucoup y arrêtaient. Les quelques-uns qui continuaient leurs études allaient à l’Ecole Primaire Supérieure (7ème à 9ème année). Et très très peu aboutissaient dans les écoles fédérales au Sénégal telles que l’Ecole Normal William Ponty à Gorée ou Sébikotane, l’Ecole de Médecine de Dakar ou l’Ecole Normale d’Instructrice à Rufisque, toujours au Sénégal. Je ne crois pas que ce soit le fait du hasard hein ! D’ailleurs le hasard est facilement réfutable, même si les coïncidences existent. Hum…

S’il faut considérer l’emprise de la tradition et le refus total du colon et de sa civilisation, le taux de scolarisation était très bas à cette période. Celui des filles était plus bas que terre : 1% des filles inscrites arrivaient en CE2 (4ème année fondamental), quelques rares combattantes (je crois qu’elles méritent largement ce titre) arrivaient au CM1 et au CM2 (5ème et 6ème année) se font engager comme monitrices d’enseignement ou infirmières quand elles obtenaient le CEPE. Celles qui continuaient les études  allaient au foyer des métisses (nom évocateur non ?) pour y préparer le concours d’entrée aux Ecoles fédérales d’institutrices de Rufisque ou des Sages-Femmes de Dakar pour 4 ans. Les passantes du concours étaient rares.

Pour se faire une idée sur ce faible taux de scolarité des filles, sachez que l’effectif total des soudanaise (ancien Mali) dans à L’ENA de Dakar, de 1938 à 1956 a été seulement de 45 élèves en 17 ans.

Ce constat a poussé le colon à réviser son système dans son empire colonial. Des cours normaux de filles, puis des collèges modernes des filles sont créés partout en Afrique Occidental française (AOF).  Celui du soudan français actuel Mali fut implanté à Markala (une ville située dans la région de Ségou où la France a construit un grand barrage hydraulique en usant de travaux forcés).

Les filles entraient en 1ère année âgées de 14 à 17 ans.

Le collège Moderne des filles de Bamako vient consolider un nouveau système qui se veut complet et permet aux filles d’aller à l’université après l’obtention du Baccalauréat.

En somme ; le LBAD, Collège Moderne des jeunes Filles de Bamako de son premier nom a été inauguré le 04 février 1951par des colons fiers de leur œuvre civilisatrice en la personne du président de l’Assemblée de l’Union française M. Fourcade, accompagné de M. Béchard, haut-commissaire de la République AOF résidant à Dakar, M. Louveau, gouverneur du Soudan français, M. Camerlynck, recteur de l’académie  de l’AOF résident à Dakar et enfin M. Monnier, inspecteur d’Académie du Soudan français.

Il faudrait retenir aussi la présence d’un seul officiel du côté des « indigènes » (ou je devrais dire des autochtones ?) M. Tidiani Faganda Traoré, président  du conseil général du Soudan. La foule de soudanais était nombreuse.

A son ouverture, le collège comptait seulement 25 élèves de la 6ème à la 4ème  et la 3ème ne comptait que 7.

Le régime était l’internat et accueillait des filles qui venaient de toutes les régions avec une directrice à sa tête en la personne de Mme Risch Alberte, une française, une surveillante : Mme verger, française aussi, une maitresse d’internat (chargé de surveiller et d’assister les élèves en dehors des cours magistraux) et d’un économe M. Noma Kaka, un nigérien.

Les filles avaient une permission de sortie le samedi matin et rentraient à 18H.  Une sortie était possible un dimanche dans le mois. Les sportives (dont madame la surveillante) avaient des permissions spéciales de sortie les jours de match. Mais les sorties clandestines aussi étaient de mise. «  Il est pratiquement impossible de commencer l’internat et de finir sans avoir un jour fait un détour par le couloir de la mort » dit-elle. « Je passais même par les barres de la grille. Parce que j’étais mince. ».

Mais qu’en est-il de la religion en ce temps-là ? Car je vois qu’il y a une mosquée entre la direction et « petit Paris ».

«  Oh, à ce temps-là nous ne pensions même pas à prier ou à Dieu. Seules les études nous intéressaient, il y avait une concurrence entre les élèves et avec les autres écoles aussi. Et puis, on disait que l’enfant qui priait trop mourrait vite. »

  1. Du collège moderne des jeunes filles de Bamako au Lycée Ba Aminata Diallo…

Les bâtiments ont vu des jours et des années s’écouler…

Le collège moderne des jeunes filles de Bamako est transformé en  Lycée des jeunes Filles  qui forme au DEF (diplôme d’études Fondamentaux) et au Bac de 1959 à 1965.

La réforme de l’enseignement (qui me vaut mon surnom de réforme il y a 4ans à l’Hégire) initié par Le président Malien Modibo Keita qui avaient pour but de malianiser l’éducation en lui trouvant un contenu malien tout en gardant un caractère universel, une décolonisation de l’esprit des maliens qui pourront bâtir ce jeune Etat et lui permettre de se développer la transforme en un établissement d’enseignement secondaire.

A partir de 1966, le lycée n’a plus sa section collège et forme uniquement  au baccalauréat.

Avec l’accroissement des effectifs, le lycée qui recevait « toutes filles qui passaient au DEF dans les régions » dixit la surveillante. La croissance du taux de scolarisation et la création des lycées dans les régions, le lycée des jeunes filles retrouve son ancien statut d’accueil de l’élite, faisant de la concurrence avec le lycée Askia qui ne sont pas loin, d’ailleurs les filles qui étaient orientées en série Lettres Classiques y partaient, le lycée technique le lycée de Badala qui disait être sur la colline du savoir. Mais l’internat y est supprimé en 1980.

C’est durant l’année scolaire 2000-2001 que le lycée des jeunes filles faillit perdre son caractère spécifiquement féminin par l’orientation de 1076 garçons.

Cela n’a pas été une bonne chose, car nous avons vu que cela ne marchait pas. Les autorités aussi qui ont demandé aux garçons de partir dans les autres lycées mixtes des alentours. Pendant cette période, les filles ne travaillaient plus. Ce rapprochement n’a vraiment pas bénéfique.

La directrice me parla d’un refus des garçons à partir « mais on leur a donné le temps et au bout nous nous sommes retrouvées comme avant ».

C’est en 1995 qu’il est baptisé Lycée BA AMINATA DIALLO du nom d’une valeureuse directrice qu’il connut de 1972 à 1983.

Maintenant le LBAD (prononcer elbade) est l’un des plus grands lycées de Bamako dirigé par Mme Fofana, une ancienne du lycée. Mes visites dans l’administration m’ont permis de voir un personnel très féminisé. Mais, ils ont un censeur qui m’a donné une documentation sur l’historique avec gentillesse. Je pouvais tout emporter et les ramener quand je voulais.

  1. LBAD de nos jours

    Credit Photo: Faty
    Credit Photo: Faty

Un lycée qui fascine. Il m’a plût dès l’entrée. J’en avais déjà entendu parler, notamment par ma cousine Fatou Sacko qui l’a fréquenté. Mon grand-frère aussi y a fait son stage de fin d’année de l’ENSUP. Ils m’ont parlé de jeunes filles élégantes, intelligentes, turbulentes, belles. Pratiquement l’Elite féminine malienne sort de ce lycée. La première directrice jouit d’un respect sans borne de la part des féministes maliennes dont la majorité est passée par ses mains. Quand Madame Sira Diop apparait dans une réunion, toutes les femmes se lèvent. On les retrouve dans tous les rouages de la machine administrative et dans le corps professoral à Bamako et partout au Mali. Elles etaient mères de famille, professeurs de lycée et d’université, fonctionnaires, consultantes, experts comptables,  commerçantes, banquières, magistrats, médecins, avocates, économistes, officiers dans l’armée malienne, ingénieurs de conception, ministres, députés, ambassadeurs (drice ?)Promotrices d’école, d’association ou d’ONG, artistes (la comédienne Nana Kadiatou Kanté de l’ORTM n’a pas fini sa scolarité profitant d’une suspension d’une semaine dû à histoire rocambolesque pour se diriger vers l’INA (Institut National des Arts).

L’anecdote m’a beaucoup fait rire. C’était vers 1973, la directrice dirigeait l’école d’une main de fer. Elle choisissait la chef de classe et établissait une liste avant de le faire savoir aux élèves. Les filles de Bamako qui sont les plus civilisées décidèrent qu’aucune fille des régions « une  broussarde » ne sera chef de classe. Elles firent passer le message et mirent des filles de Bamako à la place de celles des régions que la directrice avait choisies. Les régionales ne firent pas d’histoire car elles devaient bien craindre ces filles-là. Le pot aux roses fut découvert par la directrice à la première occasion quand les responsables de classe partir pour retirer la craie pour les cours et fut étonnée d’avoir des personnes différentes. « Madame ce sont les filles qui ont dit que la fille de Sikasso ne peut pas être responsable et que je devais prendre sa place » répondit la première qu’elle interrogea.

Je m’en vais vous faire une petite liste des plus connues.

  1. Deux premières dames :
  • La femme du premier président du Mali Modibo Keita, Fanta Diallo
  • Adame Bah Konaré, femme du président Alpha Oumar Konaré, historienne de renom.
  1. 2.   Des femmes de premiers ministres :
  • Maïché Diawara, femme du premier ministre du gouvernement de transition Zoumana Sacko ; candidat aux présidentielles de juillet 2013.
  • Aminata Maiga, épouse d’Ibrahim Boubacar Keita, IBK, candidat aux présidentielles de juillet 2013.
  1. Des politiciennes:
  • Mme Cissé Mariam Kaidama  Sidibé,  dernier premier ministre du règne ATT
  • Mme Diarra Diagossa Sidibé, ministre de la promotion de la femme, de l’enfant et de la famille.
  • Mme Diarra Afoussatou Thiero, ministre de la promotion de la femme, de l’enfant et de la famille.
  • Mme Mbam Diarra, militante de la société civile. C’est elle qui devrait diriger cette soi-disant commission de reconciliation si elle était vivante. Que Dieu ait son âme.
  • Mme Traoré Fatoumata Nafo, ministre de la promotion de la femme, de l’enfant et de la famille.

Je pourrais en citer encore et encore…

Quel prestige !

Mais le lycée des filles de Bamako est entré dans les mêmes travers que connaissent tous les établissements scolaires maliens  avec notamment la baisse des niveaux. Les taux de passage au bac sont la preuve. Des élèves n’ayant aucun gout pour les études malgré le parquet de professeurs chevronnés qui y sont.

L’année dernière, sur trois classes de SHT (série sciences humaines) la série qui a le plus de candidates, une seule élève a franchi le cap, « des mortes intellectuelles », selon une enseignante.

Les plus rentables sont les élèves de LLT (Littérature, Langue terminale).  S’y retrouvent des élèves aux moyennes littéraires et scientifiques basses. Elles sont très proches des terminales SBT  (série Sciences biologique terminale). On observe le plus de passage dans les séries les plus difficiles « selon les élèves » car c’est une série qui demande à l’élève une culture générale impressionnante et un amour pour la lecture et la littérature en général et en général le malien ne lit très peu, d’aucuns disent que « si vous voulez cacher quelque chose au malien, il faut le mettre dans un livre. ».

La surveillante a évoqué aussi la démission des parents d’élèves qui laissent les jeunes filles sans aucune éducation sexuelle et leur accorde une grande liberté.

« De notre temps ; les filles arrivaient au lycée des jeunes filles déjà pubères. Elles ont les 14 ans dépassés et ont fait d’objet d’une bonne éducation dans leurs familles avant d’être internées. Ce n’est plus le cas pour les filles de maintenant qui sont dans la majorité des filles de Bamako. Elles entrent à l’école précocement et arrivent au lycée pendant la crise de l’adolescence. Nous sommes obligés de prendre en charge cette partie de leur éducation et ce ne sont pas toutes qui se laissent faire.  Certaines se retrouvent avec des grossesses non désirées. »

Est-ce que le programme scolaire prend en charge cette éducation sexuelle en évoquant la contraception ou les préservatifs contre les MST ?

« Non, pas du tout. Cela ne fait pas parti du programme et nous n’avons jamais profité d’une formation du genre dans notre établissement »

Comment se passe les cas de grossesses ?

« Avant, lorsqu’une seule fille était soupçonné d’entre enceinte, toute la cour suivait une visite médicale et tous les cas détectés étaient immédiatement renvoyées. Maintenant ce n’est plus le cas. Si l’élève arrive à le supporter, elle peut venir en classe jusqu’au dernier jour de sa grossesse et même le jour d’après l’accouchement. Celles qui en font la demande font l’objet d’un ajournement. Mais nous ne renvoyons pas les élèves pour cette raison. D’ailleurs, il y a parmi elles, des femmes mariées. »

Ce lycée est pratiquement le fleuron de l’Elite féminine du Mali. Est-ce que des sortantes du lycée des jeunes filles vous ont aidé ?

« Pour ainsi dire non. Nous avons eu à mettre sur pieds une association des sortantes du lycée des jeunes filles du temps d’Alpha Oumar Konaré avec Adame Bah. Nous avions organisé une soirée à l’issue de laquelle la Société Sapec a repeint le bloc principale. »

Les enseignants sont attristés par voir les filles accuser le coup et oublier le combat que leurs grand-mères ont mené pour le développement du Mali et le Salut de la Femme malienne.

Credit photo: Faty
Credit photo: Faty

Mamady Keita ou les yeux de Mondoblog en Ukraine

Mamady

C’est depuis l’Ukraine, le pays de la vodka et du vinok que Mamady Keita, jeune étudiant guinéen de 22 ans est en train de vivre son rêve : celui d’avoir un cadre permanent, une plateforme sur laquelle il partagera ses aventures, ses émotions, son quotidien et celui de ceux et de celles qui forment son environnement immédiat. Comme on peut facilement le deviner, le jeune guinéen a croisé sa passion (l’écriture) grâce à Mondoblog, le formidable projet porté par l’Atelier des médias, une émission participative de la radio mondiale RFI.

L’Ukraine, cette jeune république d’Europe de l’est bordée par la mer noire, continue à être en quelque sorte un nouveau monde pour le jeune guinéen Mamady Keita. Tous les jours, il vit de nouvelles expériences, découvre de nouvelles choses, de nouvelles coutumes, de nouvelles façons de faire. Comment s’intègre  t-il dans ce pays où tout ou presque tout lui est étranger, à commencer par les langues (russe,ukrainien) ? Comment concilie t-ils ses études et la gestion de son blog A vol d’oiseau dans ce pays où le système éducatif diffère de celui de son pays natal la Guinée ? Quels sont les les espoirs qui animent le jeune guinéen ? Nous avons partagé son quotidien.

Dnipropetrovsk 6 heures du matin. C’est à cette heure que Mamady finit de prendre son bain, direction la cuisine pour le petit dejeuner qui reste très varié en fonction des jours. Ke jeune étudiant nous confie qu’il n’a appris à faire la cuisine qu’après son arrivée en Ukraine.  » Je commence même à faire connaissance avec d’autres mets parmi lesquels figure celles d’Ukraine « , lance Mamady sourire aux lèvres. Après le petit déjeuner, c’est l’heure d’aller à l’université. « Je suis persuadée que l’instruction, l’éducation la lutte contre l’ignorance est l’arme la plus efficace contre tous les mots dont soufre notre continent » . Par ailleurs le jeune guinéen affiche sa fierté d’appartenir à la génération causante de Mondoblog : « Pour moi cette nouvelle génération doit être celle qui ne doit pas avoir sa langue dans sa poche, car comme aimait le dire Martin Luther King, on est pas seulement responsable de ce que l’on dit mais aussi de ce que l’on ne dit pas « . Pour le reste, Mamady prend le soin de nous raconter directement lui même.

Comment tu fais pour t’intégrer en Ukraine ?

Le plus important est d’être respectueux et respectable. Pour le reste, c’est la routine. La vie hors du pays natal exige toujours beaucoup de sacrifice sur tous les plans (alimentaires, culturelles…), mais il faut l’accepter et considérer que c’est pour un temps bien déterminé. Ensuite tout redeviendra normal une fois de retour au pays natal.

Tu tiens ton blog alors que tu mène des études universitaires. Comment fais-tu pour concilier ces deux activités ?

Tout est une question d’organisation et d’amour de ce que l’on fait. J’aime raconter, partager mes découvertes. C’est pourquoi dès que le projet Mondoblog s’est présenté, je n’ai pas hésité à me lancer et Dieu merci la chance m’a souri et j’ai été retenu. En général, je me couche tard toutes les nuits depuis que j’ai commencé à bloguer, mais ce n’est pas grave car j’aime ce que je fais. De jour en jour j’aime un peu plus la nuit, le silence nocturne. C’est vrai que les études demandent du temps mais il n »y a pas de secret : quand on est bien organisé, et si on bosse dur, on a aucun problème. Tout ce passe bien où que vous soyez.

Un film, un chanteur, un plat préféré ?

Je pense tout de suite, à un film franco-guineen dont le titre est Paris selon Moussa, du realisateur guinéen Cheik Doukoure qui raconte un peu comment la vie peut être dure lorsque l’on est sans papier africains. Cheik Doukouré à vraiment réussi cette oeuvre avec beaucoup de perfection et d’intelligence.

En ce qui concerne la musique, je m’endors avec elle, et je me réveille en sa compagnie. C’est en quelque sorte ma première femme (rires). Je n’enlève mes écouteurs que lorsque je suis en classe. J’écoute beaucoup d’artistes et beaucoup de genres musicaux parmi lesquels le rap, le R&B, la musique traditionnelle guinéenne, la pop musique, etc. Mais de loin c’est le hip hop que je préfère le plus en temps normal. Et si vous me demandez un artiste, je vous dirai que j’adore Lupe Fiasco.

Concernant le plat, je mange un peu de tout mais de loin je préfère le too, un plat malinké à base de manioc. Si vous êtes de passage en Guinée ou au Mali, goûtez-y, je vous promets que vous serez pas déçus !

Un dernier mot ?

Merci soeur Faty pour cet entretien que j’ai vraiment aimé. J’espère qu’avec tous les autres collègues de Mondoblog nous continuerons aussi longtemps que possible à faire honneur à la génération causante et consciente.

Vive Mondoblog !!!