Tombouctou: les autorités interimaires seront-elles installées demain?

Les autorités interimaires sont un point de l’accord pour la paix et la réconciliation qui a été signé entre les autorités maliennes, les groupes armés et la communauté internationale, sans grande considération pour l’avis des populations de toutes les populations ( de l’ensemble du Mali) ou d’autres groupes armés de la région, le Congrès pour la justice de l’Azawad ( CJA)et d’autres groupes d’autodéfense. En l’absence du Maire , Aboucrine Cissé et du président sortant du conseil régional Mohamed Ibrahim.

Allez comprendre pourquoi ce jeudi s’impose!

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Marche de la société civile à Tombouctou

Ces autorités devraient être choisis selon un consensus impliquant tous les acteurs des différentes régions. Mais le constat est amer.

Ces installations d’autorités intérimaires imposées ressemblent plutôt à une passation du pouvoir aux groupes armés qui avaient mis ces régions à sac en avril 2012. Ils ont réussi un tour de maître en effaçant comme par magie toutes les exactions qu’ils ont fait subir aux populations de Gao  et de Tombouctou pour vouloir en devenir les dirigeants.

Il faut dire que les autorités maliennes, sa communauté internationale et ses groupes armés peuvent facilement oublier des crimes qui ont été commis au nord, ils peuvent minimiser le désir de justice, mais ils ne pourront jamais faire oublier aux victimes les visages de leurs bourreaux.

Quand on met des autorités, c’est très certainement par soucis de développement pour une communauté qui se sens représentée.

Et bien ce n’est un secret pour personne que la liste des personnes que les autorités maliennes , en conservation – chose bizarre- avec la CMA  ne représente en rien les habitants de la cité des 333 saints, d’où leurs rejets, maintes fois exprimés à travers des marches, des articles, des réactions de citoyens actifs ( comme moi  et moi ) sur les réseaux sociaux . Ces autorités ne sont pas intérimaires, elles sont imposées !

Rien ne nous prouvent que des individus mal intentionnés qui ont pris des armes contre l’état malien , qui n’ont pas hésité à livrer les populations qui ne sont pas de leur ethnie à un groupe djihadiste, ne vont pas encore une fois s’en prendre à ces populations.

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Je ne veux absolument pas faire dans l’ethnocentrisme ou le nombrilisme régionaliste grégaire, mais n’importe quel observateur du Mali se rendrait compte qu’il y’a erreur sur la marchandise:

-quand on regarde la liste des autorités intérimaires,  des touaregs et des arabes .

– quand on regarde la liste des leaders des groupes armés , des touaregs et des arabes

– quand on s’amuse à avoir une réunion avec les acteurs de la société civile , un mariage ou une petite marche de la société civile de Tombouctou, des bellahs, (excusez moi le mot mais je le préfère à touareg noir ) , des songays et des arabes

Mais les préoccupations de la populations semblent être le dernier souci du gouvernement malien qui a quitté son mutisme et son immobilisme dans le domaine de la recherche de la paix depuis la déconfiture militaire de mai 2014.  Ils veulent colmater une forme de paix, appliquer ce fichu accord pour la paix et la réconciliation, livrant les populations sur un plateau d’ or à un groupe armé ( la CMA) qui en veut à cette majorité d’être l’épine dans leur pied ( projet d’une république indépendante d’azawad ).

Je suis perplexe concernant cette gestion de la crise et la paix façon qu’ils font miroiter! Il est clair que ces hommes ont pris les armes pour avoir la seule chose qui continuait à échapper à leur groupe – je ne veux dire ethnie- : le pouvoir !

Ils sont prêts à tout pour l’obtenir ! Ils nous l’ont démontré en 2012. Ils nous ont mis dans une situation de non retour car désormais nous sommes tous sous la menace des pseudo-djihadistes et des bandits armés qui pillent sans vergogne les villages.

Demain , la circulaire du gouverneur de Tombouctou indique que la CMA, aura son petit à la tête de la grande région de Tombouctou avec les bénédictions de Bamako et de New York ( nations unies). Il pourra continuer à faire des voyages exprès à Bamako et à passer la journée à téléphoner , car je ne vois aucun cahier de charge à son actif. D’ailleurs comment pourrait-il en avoir, il n’a point été élu ! D’ailleurs même celui qu’il remplace n’en avait pas et à magnifiquement ignoré le PDSEC de la région, se contentant d’être une bonne imitation de notre président de la république, appliquant l’adage  » ma famille d’abord  » .

Les habitants de Tombouctou sortiront-ils demain pour clamer leur opposition à ces autorités imposées ? Je n’en suis pas très sûre ! Cest une population qui aime rester dans sa zone de confort, prônant le pacifisme à l’excès ! Ce pacifisme les mènera sûrement à leur perte!

J’ai dit!

 

 

 

 

 

Je suis malienne et je chique du tabac #4

Ma série sur la femme malienne continue et de belle manière après le lycée des filles de Tombouctou  (cette ville m’obsède on dirait, mais le retour n’est pas loin) Bamako, le mariage secret de Tombouctou  (en commun avec d’autres mondoblogueuses- cette fois-ci je ne me trompe point sur la ville- et la recette magique du poulet aux plumes, l’épisode 4 porte sur une bien étrange pratique que j’ai découverte à Gao.

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Crédit photo : Faty

Non je ne devrais pas dire que je le découvre à Gao, car cette manière de chiquer le tabac chez les femmes existe à Tombouctou aussi, seulement ce sont des vieilles dames qui le font là-bas. Et elle ne demeure pas l’apanage des femmes seulement, certains vieillards le font aussi.

Mais à Gao, je découvre une voisine d’une trentaine d’années qui est pratiquement tabac-dépendante. Elle l’assaisonne avec de la cendre de tige de mil brulée. Plutôt pas cher, comparé à la cigarette, le tas de 200 F Cfa qu’elle achète par jour lui suffit largement. Elle en donne même parfois une pincée à la voisine d’en face, légèrement plus âgée. Vous êtes loin de réaliser mon étonnement, pendant que les autres échangent du beurre de karité ou du cola, elles sont toujours en train de se demander du tabac ou les cendres, qu’elles achètent aussi, soit dit en passant- je parle de la cendre-

C’est maintenant que je me rends compte de la justesse de la conclusion de mon mémoire de fin d’études sur la toxicomanie au tabac en psychologie. J’ai vu seulement la dépendance à la cigarette alors que le titre était la toxicomanie au tabac. Seulement les prostituées et certains cas de déviantes sociales (les acculturées et les Maliennes nées et élevées à l’étranger) s’y adonnent affirmais-je sur l’état des lieux de la consommation de cigarettes chez les femmes au Mali. Je n’ai point vu cet aspect. Si tabac =tabac, je devrais notamment parler de cette pratique. Dans cette zone -qui n’a pas de nom malgré le désir de groupuscules d’y créer un état de toutes pièces allant de Douentza à Kidal, les femmes chiquent dès le bas âge. C’est presque du ressort de la tradition.

L’ampleur de cette pratique dans la ville de Gao m’a  beaucoup surprise.  Le tabac a sa petite place dans le panier de la ménagère au marché. Ici les consommatrices commencent à la trentaine. Mais j’appris que plus on remonte vers Kidal, dans les tribus (ici on utilise aussi le terme de fraction, mais je ne l’affectionne pas beaucoup) touarègues, on chique de plus en plus jeune.

Lorsque vous remontez vers la région de Tombouctou, des zones comme Bamba, Bourem, Téméra, la pratique est également courante.

Fadimata me raconta son histoire en chiquant son tabac. Je prends quelques photos pour illustrer mon article.

Je l’observe, discute beaucoup avec elle, pour connaître le fond de cette dépendance. J’observe également autour de moi, au marché les femmes sont la clientèle de choix pour les vendeurs de tabac que je trouve bien nombreux.  J’interroge ma voisine qui a une boule de tabac en permanence au coin de la joue. Comment est-ce arrivé ? Pourquoi une telle dépendance ?

« C’est ma grande sœur qui m’a appris à chiquer. Je n’avais même pas sept ans. Elle avait déjà une dizaine d’années et les parents lui donnaient sa dose après le repas. Elle m’amenait dans un coin et me donnait un petit bout que je mettais dans ma joue. Je m’essuyais la bouche pour venir m’assoir comme si de rien n’était. »

« A 12 ans j’étais complètement accro et quand j’allais faire un séjour chez ma sœur, je faisais le tour du voisinage pour demander du tabac à son nom, car ce qu’elle me donnait ne me suffisait plus. »

Mon père était un grand chiqueur, il cultivait uniquement du mil pour en obtenir la cendre de la tige brulée qu’il mélange au tabac pour le chiquer. En dehors de cette cendre, d’autres utilisent de la soude minérale ou la cendre de la combustion du bois.

« Mon père chiquait beaucoup », me dit –elle, « mais je crois que je l’ai dépassé. Quand je n’avais plus de tabac, je me mettais à la porte et halait les passants en les suppliant de me donner du tabac. Cela ne lui plaisait pas et il est parti voir un marabout pour qu’il fasse quelque chose à une boule de tabac que j’ai chiquée. Rien.  J’ai continué à chiquer de plus belle. J’ai eu peur quand les moudjahidines ont envahi Gao. On disait que le tabac était interdit comme la cigarette. Je me suis demandé ce que j’allais devenir, car je sais que je ne pouvais pas vivre sans. Mais heureusement ce n’était pas possible pour eux de rentrer jusque dans les maisons pour nous contrôler. »

–         Mais ils ont frappé des gens ici à Gao pour avoir fumé ou même écouté de la musique dans des lieux publics ? Lui demandais-je  contente d’avoir un témoignage concernant ces faux prêcheurs de la parole d’Allah.

–         Certains disent qu’ils ont même tâté la bouche de certains au marché pour en faire sortir la boule de tabac. Mais je n’y ai pas assisté. Mais quand même beaucoup de jeunes se sont fait frapper par les moudjahidines pour avoir écouté de la musique, fumé ou bu de l’alcool. Mais cela ne les a pas empêchés de résister et de continuer à le faire. Les jeunes de Gao se sont montrés très courageux pendant cette occupation. Ils ont failli rendre les moudjahidines fous, tu sais !

–         Tu trouves que c’est une bonne chose que fumer, de boire de l’alcool ou de chiquer ?

–         Non, mais c’est une peine que Dieu nous a imposée dit-elle. Seul Dieu peut nous en soulager.

–         Mais les moudjahidines ont interdit tout cela parce que Dieu ne l’aimait pas non ?

–         Oui, mais c’est Dieu qui fait certaines choses aussi à sa créature.

–         Penses-tu pouvoir arrêter ?

–         Si Dieu me le permet oui, sinon, je crois que c’est difficile pour moi. Quand je n’ai pas de tabac, je deviens comme folle. J’en ai en permanence dans la bouche. Même la nuit.

Elle a répondu à mes questions le sourire aux lèvres.  C’est elle qui me parla des différentes variétés de tabac qui sont consommées à Gao.

Il y a trois types de tabac : celui que Fadimata chique  s’appelle tounouss, il a l’avantage de ne pas sentir.

C’est le tabac des « Sourgouboraye», les Touaregs. Il y a également parmi les types de tabac « le soma », qui est cultivé dans la zone d’Ayorou (région du Niger qui est frontalière avec le Mali. Elle est peuplée aussi par des Songhoïs).

credit photo: Faty
Crédit photo : Faty

Le tabac de Bamba, comme son nom l’indique est récolté dans la zone de Bamba, à 150 km de Gao. Il dégage une forte odeur, mais est préféré par certains chiqueurs- je ne veux pas dire chiqueuses, car je ne sais pas si le mot possède une autre signification-

Le poulet aux plumes #3

Après un voyage retour vers Gao beaucoup moins mouvementé à bord de la voiture particulière d’un projet de développement, me voici dans la cité des Askia à mener une vie de ménagère encore deux mois avant la reprise des cours à Tombouctou ‘’inchallah’’.

Je retrouve Gao et son délestage. Pas  d’électricité le jour, Oui ! Deux nuits sur trois ? C’est ce qui est dit mais ce n’est  jamais effectif. Je suis là depuis vendredi et ce n’est que ce dimanche nuit l’énergie du Mal Mali nous envoya le précieux sésame.

Je me dis « vite, branche ton téléphone » je pourrais travailler avec la vieille dame (mon ordinateur) et coucher (pas accoucher car l’exercice est beaucoup moins douloureux !)peut être un article. Mais il me faut d’abord finir le diner ; surtout que nous avions des invités.  A peine une heure de temps et c’est le noir… je veux dire le clair de lune … coupure ! Dans une heure l’électricité reviendra certainement.  Je me demande quand est-ce que je mettrai cet article en ligne, l’envoyer à la ravissante Raphaëlle Constant ? Elle est en vacances… vaut mieux attendre…attendre n’est pas un poids dit le proverbe…  et puis…tout ce qui fait le pourtour d’une maison fini par entrer  par la porte alors… dit un autre proverbe.

N’empêche, Je suis bien pressée de vous parler de cette nouvelle façon de cuisiner le poulet que j’ai découvert à Gao mais il me faudra attendre le bien vouloir de l’EDM (énergie du Mali). L’électricité est bien revenue une heure plus tard, mais il me faut prendre  mon mal en patience, dompter mon instinct de konghosseuse. Ce n’est qu’une fois débarrassée de toutes mes corvées d’africaine au foyer que je pu me consacrer à ma passion.

Ce billet s’ajoute bien volontiers au deux premiers de la série sur les femmes maliennes même si l’auteure de la recette n’a point atteint l’âge d’être une femme. Mais elle nous amène à parler d’un autre fait de notre société que je ne peux que dénoncer : le mariage précoce. (Même s’il n’est pas forcé dans ce cas)

C’est une heure après mon arrivée à Gao que j’ai entendu parler de cette recette qui me fit penser à Aurore (à cause de son poulet bicyclette ?).

C’est l’histoire d’une fillette qui ne doit pas avoir 13ans qui a convolé en justes noces avec un homme de l’âge de son père pour en être la seconde épouse.  Elle était consentante, dit-on et bien contente de se marier à celui qui lui donnait  autant d’argent de poche qu’elle voulait. Celui qui acheta le téléphone (chinois) pour jouer la musique qu’elle désirait tant.  Elle sourit avec béatitude lorsqu’on l’appelle «  waye hidjo » « la jeune mariée » bien  qu’elle n’en donne pas l’image.

Mais est-elle en âge de comprendre les dangers d’une grossesse à cet âge ?

Une jeune mariée en pays songhaï porte des habits neufs, amples, est tressée avec art et  surtout reste un bon moment sans sortir. Ce n’est pas le cas de Madame… (Appelons là Madame Z, pour ne pas dire X qui pourrait faire penser à mal) qui aime encore faire ce que toutes les petites filles du monde, je veux dire africaines ce sont elles que je connais le plus : jouer et se promener avec ses amies du même âge.

Donc bien que ses parents l’eussent donné en mariage, Madame Z n’est pas du moins consciente que son statut en société a changé bien qu’elle sourit à son nouveau nom. Elle ne semble pas. Non. Elle ne connait pas la signification du mot bien qu’ayant déménagé chez lui, elle ne fait pas encore.  Et personnellement je me suis posée des questions sur l’identité et le poids du cerveau de ses deux parents réunis (plus petit que celui de madame Z en tout cas !) surtout sa mère. Bien après je me demandai si la mère n’avait elle-même pas été mariée au même âge. Car, dans ce bas pays on marie les filles avant qu’elles ne soient pubères.  D’ailleurs, ma voisine n’est pas très contente de sa fille Nanna, du même âge que Madame Z   qui a refusé un mariage du même genre. Si elles étaient  scolarisées, elles auraient eu un prétexte. Mais la scolarisation et la rétention de la petite fille à l’école n’ont  pas un bon taux au Mali. Les parents pensent que le mariage est le meilleur des moyens de les protéger de la débauche et des grossesses prématurées. Quand, les petites filles font comme Madame Z et apportent un homme prêt à les épouser, ils sont contents, que dis-je ils en sont ravis, heureux…Ils en sautent de joie.

Madame Z ne sait pas ce qu’est le mariage, elle n’en connait pas les contraintes pour une femme en Afrique. Il faut non seulement faire le ménage (toute seule hein ! au pire tu peux avoir une aide-ménagère) mais aussi accepter d’être aux ordres d’un mari à qui tu dois respect.

Sa vie est plutôt joviale  chez ses parents, jusqu’au jour où son mari décida de lui faire passer un petit test (au bout d’un mois de mariage et de stage chez sa maman) en lui       apportant deux poulets à cuire pour le déjeuner.

Madame Z n’ayant pas encore eu le temps de se mettre à côté de sa maman pour apprendre à faire la cuisine ou le ménage fut dans l’embarras pour préparer le mets de son mari chéri en l’absence d’une mère pas très futée aussi.

Heureusement que le dégustateur de poulet prit le soin d’égorger les poulets avant de les lui laisser. Car après un tour au marché pour acheter des condiments sans grand choix, Madame Z  parvint à faire du feu bon gré malgré et après  les condiments, les poulets lavés dans un grand seau d’eau atterrir dans la grande marmite. Sans les plumer !

Ce sont deux de ses amies, qui ne l’avaient pas vu depuis le matin qui vinrent la trouver fort occupée.

–          Qu’est-ce que tu prépares ?

–          Des poulets

Aussitôt l’une ouvrit la marmite.

–          Mais comment tu es en train de faire ?

–          J’ai mis les condiments et les poulets

–          Mais il y a les plumes !

–          Oui, je les ai bien lavés.

–          Tu es folle ? on enlève les plumes, elles sont sales

–          « Macine waye hidji tini »? tu es quel genre de jeune mariée ? lui dirent-elles en éclatant de rire.

Mais elles firent descendre la marmite et plumèrent les poulets déjà embués de tomates et autres épices. Mais il fallait être courageux pour le manger. Les fillettes se sont bien amusées avec sans prendre le soin de se laver les mains.

Quand à Madame Z,  Elle ne sembla même pas comprendre la portée de sa recette si innovante.

Lorsqu’on me la montra aujourd’hui au marché je compris. C’est vraiment une fillette.  Sans poitrine. Maigre. Joyeuse.  Présentement madame Z est en apprentissage chez sa propre maman. Je me demande quand est ce qu’elle sera jugée apte pour avoir son foyer, dans deux ans ? Trois ? Elle aura au pire 16 ans. Encore petite !

On ne rit que de malheur, dit un autre proverbe djerma…faut-il donner cette recette à toutes les petites filles qui se retrouveront dans cette situation ?

Il faudrait surtout pour  la reconstruction, que  nous  prenions en compte la scolarisation de la fille. L’école et l’éducation sont les meilleurs moyens d’échapper à une vie entière de peines et de corvées. Il ne faudrait pas  oublier l’apport de ces jeunes une fois alphabétisées au développement de la région et du pays tout entier.

Voyons l’exemple des premières filles scolarisées d’Afrique : Madame Jeanne Martin Cissé de la guinée,  Awa Keita, Sira Diop du Mali, elles ont participé au mouvement libéral de l’Afrique en luttant pour son indépendance.

 

28 juillet 2013, jour de vote à Gao

« Don ka djan’ a sebali tè » quelque que soit la longueur de la nuit, le soleil fini toujours par se lever, disent les proverbes du bambara au français.

Les élections présidentielles si clamés et vus comme imposées au Mali malgré les protestations du président par interim Dioncounda Traoré ont lieu aujourd’hui 28 juillet 2013 partout au Mali. C’est à n’en pas croire ses yeux car la partie nord du pays a été longtemps occupée par multiples groupes qui se donnent et s’affilent à l’islam.( laissez-nous en douter).

Ce jour tant attendu m’a trouvée à Gao et me voilà devant; en train de vous conter l’evènement contre vents( réellement hein!  la nature semble s’etre rendue compte qu » il y avait quelque chose à emporter) et coupures d’électricité ( en réalité le terme de coupure ne convient pas à Gao car en fait il n’y a pas d’électricité, c’est parfois qu’il vous arrive d’en avoir et toujours la nuit.)

La campagne m’avait permise de savoir que les femmes allaient jouer un rôle important dans l’évènement vu les abus dont elles ont fait l’objet pendant le joug du MUJAO (qui rime étonnement avec Gao) mais non, fières, elles continuent à porter leur voile;assurément pour démentir certain reportages de l’après libération où on voyait des femmes se dire libres et enlever leur voile.

Des propos d’un délégué de la CENI du  centre du Château, il faut souligner une grande affluence  de la population.   Je ne le démentirai pas. mais j’ai surtout remarqué cela, doublé d’une grande confusion chez les votants.  En effet, beaucoup ne savaient pas vers quel bureau de vote de diriger.

Les populations des régions qui étaient occupées depuis avril 2012 ne recevaient plus la télévision nationale, donc pas d’information concernant le scrutin et la nouvelle carte de vote NINA.  C’est ainsi que  le gardien à qui sa femme expliquait qu’il lui fallait chercher  sa photo parmi les papiers qui étaient collés dans la grande salle et ensuite  choisir la personne de leur choix (il s’agit de la photo d’une personne souriante qui a des lunettes et est placée en première position sur la grande feuille) et de poser une marque sur le côté.  « Mais pourquoi vais-je voter pour la photo de quelqu’un d’autre alors qu’il y ma photo ? Je ne peux pas voter pour moi-même ? »  A-t-il dit pince sans rire.

Baba (c’est son nom) n’est pas seul dans cette position. Nombreux sont les électeurs qui ne pouvaient pas  s’orienter dans le centre du château où je me suis rendue. Pas pour voter. Je vous l’avais dit je pense, je ne figure pas sur la liste de Gao. Mais observer ne me fera point de mal.  Les femmes en mal de renseignement sont assises à même le sol devant la salle d’affichage des listes d’électeurs.

Blogger permet aussi de sentir ce plaisir viscéral d’appartenance à une nation. La vision de tellement de voile dans  cette école pour ce vote m’a fait quelque chose que je vous décrirais difficilement une sorte de nœud au ventre avec une sorte de gout salée à la bouche avec une sorte de joie mêlé à de l’espoir.

J’y suis allée à une heure d’affluence des femmes en ce mot saint du ramadan. Vers 14h.  Une heure où les femmes pouvaient prendre du repos entre le repas des enfants qui ne jeunent pas et le début de la cuisine des nombreux repas pour la rupture du jeûne.

La première vieille que je rencontrai fut la première personne que j’interrogeai :

«  bonjour maman, tu as voté ? »

« bonjour. Non je n’ai pas voté »

« pourquoi ? »

« je ne sais pas où je dois voter »

« Tu as ta carte NINA ? »

« Oui elle est avec moi »

« As-tu voté dans le passé ? »

« Il y a longtemps,  l’année où ou j’ai eu mon dernier enfant j’ai voté pour Alpha Oumar Konaré »

«  Et cette fois-ci ? »

«  Je vais voter pour que Mali sorte des problèmes et qu’on retrouve la paix enfin à Gao et partout dans tout le Mali »

Je l’ai aidé à retrouver sa salle avant de me diriger vers le bureau de vote N°3 où j’apercevais une connaissance faisant le rang : occasion rêvée pour prendre la photo témoin d’une femme  glissant sa feuille dans l’urne.  Il ne me reste que 4% de batterie pour ma wiko, mais j’insistai quand même et eus la photo. Maintenant il me faudra me fier à mes yeux et à mes oreilles.

Je vis des choses pas très catholiques qui se passaient sous un arbre. Mais c’est juste à côté des forces de l’ordre qui étaient plus disciplinés que les gens autour. Arme plantée au sol, le policier de l’entrée semble rêver d’un plat de riz au gras avec son regard vide. L’autre a la tête baissée et est figé. Ce n’est que lorsqu’il interdit  à un enfant qui tenait une grande tasse certainement remplie de nourriture que je compris qu’il était bien vivant.

C’est  aussi  quelque que vous ignorez certainement mais les votes ressemblent à une grande fête pour les maliens… euh je veux dire les maliens qui font de la politique.  Les  partis accompagnent les électeurs jusque dans les bureaux de vote en leur apportant à manger et à boire. C’est à en croire que peu de votants  jeunent car les tasses étaient plutôt grandes.

Une vieille voiture assure le transport des électeurs qui habitent loin. Une voiture blanche surmonté d’une arme porte UN (nations Unis). Un casque bleu se trouve sur le toit.  Que de Délégués et d’observateurs ! S’ils votaient tous, les résultats en changeraient.

Cette fois-ci je vous propose des photos en lieu et place de mon long discours (j’allais dire bavardage, mais s’en est jamais… n’est pas Ibohn ?)

Reste à voir ces résultats qui contiennent l’espoir de tout un peuple.

 Enfin on aura la paix pense-t-on à Gao.

Je suis tombouctienne, j’ai un mari secret #2

Credit Photo: Faty
Credit Photo: Faty

Episode 2 de ma série sur les femmes maliennes. Aujourd’hui  j’ai décidé de vous parler d’une pratique que je n’ai cessé de dénoncer depuis que je l’ai apprise : Le mariage secret. C’est une spécialité de Tombouctou comme le Toukassou ou le Fakouhoye (des plats sonrais).

Je ne sais pas si cela se fait ailleurs, mais nulle part au Mali cela ne se pratique, d’ailleurs beaucoup de maliens du Sud ignorent cette coutume si avilissante pour la femme. En effet, pour continuer à pratiquer la polygamie sans pour autant offenser leurs femmes, les hommes, à  Tombouctou (qui ne doivent pas être aussi fiers d’eux !)ont pu trouver une pirouette : prendre une seconde femme à l’insu de la première femme qui peut  ignorer cette situation toute sa vie. Dans beaucoup de cas c’est au décès du bon viveur (le mari) que l’on découvre le pot aux roses.

Les enfants des deux mariages sont obligés par la loi (islamique ?) à partager l’héritage. Les femmes ne peuvent que se résigner et porter leur habit (bleu) de veuve.  Mais laquelle des deux faut-il plaindre ?

La première femme que son mari craignait et ne voulait offenser ou la seconde qui a accepté de vivre cachée, sans aucun droit, ne profitant que d’instant volées à la première ?

Je me rappelle la furie de mon amie la comédienne malienne Mariétou Kouyaté qui s’offusquait du trop-plein d’exigences et des dépenses du mariage sonrai. «  Mais Titty, fait quelque chose pour qu’on démunie les dépenses et que les filles puissent se marier, c’est trop cher-là ! »

« Mariétou, je voudrai bien mais que pourrais-je ?, en plus tout le monde ne se marie pas ainsi à Tombouctou, il y a tout type de mariage. Il y a même des mariages secrets. ». Quand j’eus à lui expliquer qu’il y avait des femmes qui se mariaient à des hommes qui se cachent pour leur rendre visite, elle est tombée des nues ! Pas possible ! Mais comment une femme peut accepter cela ? Ce sont des esclaves ? Elles font ça par amour ? Mais les hommes qui font cela sont des lâches ! Mon Dieu ! Un homme du Sud ne ferrait jamais ça (et pas pour les bonnes raisons hein !)

Si au nord, on y verrait une crainte de la première femme, au sud les femmes ont autant d’importance que le bétail. Excusez-moi si le mot s’il vous choque, mais je ne vous conseille pas de vous rendre dans les régions agricoles du Mali. Vous vous rendrez compte que ce sont les femmes qui abattent la majeure partie du travail des champs tout en faisant les travaux ménagers.

Les efforts du bon monsieur s’arrêtent avec l’hivernage, aussitôt la récolte faite les activités principales consistent à mettre la bonne femme enceinte et à  bronzer (si c’est possible) sous l’arbre à palabres.  C’est à elle de tirer le diable par la queue pour trouver de quoi nourrir ses enfants en faisant les cultures de contresaison et autres activités sources de revenus, notamment le petit commerce.

Le rituel est entouré d’une sorte de mystère. Les femmes n’y assistent pas contrairement au mariage religieux (islamiques je précise) normaux, l’endroit même où il est célébré est secret est différent de la mosquée. Même  s’il arrive qu’il soit fait à la mosquée ce n’est pas à une heure de prière.  Cela se eut se faire dans une concession en présence du marabout qui scelle l’union et des témoins  des deux parties. Ils sont tenus au sortir de la cérémonie d’en informer les deux premières personnes qu’il  rencontre.  Cette petite coutume enlevé un peu car il peut arriver que les témoins ne croisent personne pu voient une personne qui sait garder le secret jusqu’au jour où l’un des conjoint mourra. Il témoignera de la véracité de l’union si celle-ci est contestée par la première épouse bafoué, et que les témoins du mariage ne sont plus vivants.

Il serait facile de juger ces femmes qui acceptent se  marier de cette manière, mais il faut comprendre que dans certains cas la femme se débrouille elle-même pour rendre l’union publique en en parlant autour d’elle. Je me rappelle du mariage secret d’une amie, que dis-je une camarade, car bien qu’ayant discuté avec elle, elle s’est tu sur son union futur avec un copain que tout le monde lui connaissait. Le jour où son « mariage  dit secret » a été célébré, la nouvelle s’est propagée dans la ville.  Deux semaines après elle nous en informait de vive voix et nous amenait notre « alada ». Le mot veut dire tradition ou coutume.  Quand une jeune fille se marie à Tombouctou, le mari doit un repas aux amis de cette dernière.  Cette somme qui était modique a été exagérée de nos temps et le minimum exigé est 100.000 F CFA plus quelques casiers de boissons. Plus le mari est riche, plus il en donne et fait le prestige de la femme. Tu entendras dire à Tombouctou, après un mariage les amis de la marier dire que « nous avons 200.000 F CFA, nous sommes forts (yen Ngo fore) ».

Mais je devrai aussi préciser que ce sont les amis du marié qui donnent cette somme aussi. S’il n’a pas d’amis, il lui faudra économiser longtemps pour se marier à la régulière, car en plus de cela il ne faut pas oublier la valise de la mariée qui devrait comprendre chaque élément  quadrillé : boubou en Bazin riche, pagne wax, uni wax, chaussures, foulards, boucles d’oreille, dizaine de slip et d’autres babioles nécessaires à une femme.

A cela, il faut ajouter le prix des condiments pour la famille de la mariée et sa propre famille, un sac de riz, la robe de la mariée, un bijoux en or et une vache pour les mamans de la mariée…

C’est à n’en pas finir, d’où la colère de Mariétou Kouyaté qui ne comprenait pas cette coutume tomboctienne qui consistait à toujours remettre une grande somme d’argent à toute personne qui vous amène un présent.

Avant, la vache et l’or était donné en cadeau à la jeune mariée trouvée vierge après la  parade nuptiale. Maintenant, épouseras-tu une femme mère de plusieurs enfants,  tu ne dérogeras pas à cette coutume. Ou tu te marie incognito : juste une petite cérémonie à la mosquée et on t’amène ta femme sans bruit.

Tombouctou est surnommée la mystérieuse, c’est à juste titre les amis.

Je suis malienne, j’aime les motos

 

Un rêve pour toute malienne
credit photo: Faty

L’avènement de la  Djakarta au Mali a coïncidé avec  l’ère de la fausse démocratie  qui a suivi le soulèvement populaire contre le pouvoir de Moussa Traoré (président de 1968 à 1991). Les motos ne sont pas des  engins réservés uniquement à la gente masculine… En tout cas, pas au Mali. Chez moi de Kayes à Kidal en passant par Tombouctou et son sable fin qui fait tomber (surtout les femmes, faisant fi de la promotion féminine et de la parité homme-femme) tous les jours.

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Un engin bien utile…

Avant cette période, avoir une moto était un privilège pour quelques maliens aisés. Les femmes ne pouvaient s’acheter de tels bijoux, d’ailleurs elles préféraient à cette période les vrais bijoux (bien plus brillants). Mais il ne faudrait pas que j’oublie la relation entre les villageoises- je veux dire les femmes rurales- avec la bicyclette. Elles parcourent des kilomètres entre le village et les champs qui peuvent être bien éloignés. Comme au Burkina Faso d’ailleurs. Les citadines préfèrent emprunter les sotramas, se disputant quotidiennement avec les apprentis chauffeurs qui sont de véritables  spécimens en matière d’impolitesse.

La vantardise est un sport national au Mali. Il suffit d’avoir un lien éloigné avec une personne qui a un petit mérite dans un domaine et hop ! On s’en vante. Mon frère est procureur ! C’est ma cousine! C’est ma sœur ! Il est douanier et possède trois voitures luxueuses (sinon plus), ma sœur est mariée à tel artiste ! Mais je n’ai vu personne se vanter de connaître un apprenti de sotramas, le mentionner même dans une conversation.  C’est à se demander s’ils sont tous des orphelins  et n’appartiennent à aucune famille. Je me suis tordue de rire en attendant un vieillard faire des bénédictions à un enfant qui le soulagea du poids qu’il portait «  Que Dieu  ne fasse pas de toi un apprenti qui n’a pas de famille ni d’ami ».

Avec la libéralisation des prix et le développement du commerce avec la Chine, les Djakartas ont fait leur apparition dans la circulation de Bamako qui a fait peau neuve par le truchement de Alpha Oumar Konaré qui a clairsemé des monuments-que les bamakois appellent « boli » fétiches- dans les carrefours de la capitale.  Cela a été suivi d’une augmentation des salaires qui désormais tombent à terme échu. Ces motos ont l’avantage d’une consommation basse et d’une faible pollution (d’après les fabricants car elles fument beaucoup quand elles vieillissent). Le prix varie entre 350.000 à 400.000 F CFA selon le model.

Le premier modèle était appelé « Fuser »pas le verbe fuser hein mais lire « fuzaire ». Elle était plutôt jolie avec un bruit de moteur que j’adore.  Mais elles ont présentement disparu pour laisser la place au modèle que nous avons maintenant qui ont connu multiples transformations. Les premières avaient des raillons dans les  roues.  On n’avait pas cette diversité de couleurs que nous voyons maintenant. A chaque mois, sa couleur de moto à la mode à Bamako. Le mois dernier c’était la couleur rouge vif. Très brillant. Très plaisante. Il y a eu avant la couleur orange. Ces jours-ci la couleur rose est de sortie. Elle me plait aussi. Très élégante, elle marierait facilement les tenues féminines, surtout quand les roues sont décorées d’or.

Les motos sont chères, d’où l’intérêt des femmes qui voient en elles une bonne manière d’étaler l’aisance financière de leurs familles, de leurs conjoints ou même de leur banquiers (celui avec lequel elles sortent pour son argent). Au Niger où les djakartas n’ont pas connu le même essor, les femmes préfèrent les Yamaha Mate 50 qui arrivent des ports de Lomé et de Cotonou comme des occasions bien chères. Elles y sont surnommées « Mon mari est capable » et ne sont pas offerte à toutes.  C’est une moto typiquement féminine même si certains hommes la conduisent.

Au Mali on dit simplement  « Mate Dame »  ou « Mate orange » et du fait de sa fabrication japonaise le prix approche le million de CFA.

Classement par type de conducteurs….

Il n’y a pas d’âge ni de condition pour conduire une moto au Mali. Le port du casque n’est même pas obligatoire. On a bien tenté de l’introduire de force après les multiples campagnes de sensibilisation, mais personne ne s’y fait. Même les blancs, je veux dire les occidentaux (car il y a des maliens blancs !) abandonnent cette bonne habitude en arrivant à Bamako où tout le monde conduit tête nue quitte à se la fracasser contre une pierre au premier accident. Je n’ai pas de casque et je suis toujours sur mon char, même pour acheter une carte de recharge pour mon téléphone. C’est bien dangereux. Mais bon je suis une malienne.  Une vraie maintenant  avec certaines des tares.

Les adolescents casse-cous

Crédit Photo: Faty
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Je désapprouve fortement cette manie qu’ont les parents d’élèves de se débarrasser de leurs enfants en leur achetant des motos. Les jeunes adolescents font ce qu’on appelle le « malvie ». Ce mot désigne les figures acrobatiques et  des cascades en pleine rue, dans la circulation.  Ils ont un plaisir fou à griller les feux de signalisation aux risques de graves accidents. Mais je reconnais que ces petits chenapans maîtrisent cet engin. C’est ainsi que tu verras d’à côté  lâcher son guidon pour se coucher sur sa selle ou encore je mettre tout simplement à plat-ventre et crier comme un damné s’il ne décide pas de faire rouler la moto juste sur la rue avant.  Ce n’est pas prudent, pas du tout, mais je ne peux m’empêcher d’être admirative quand j’assiste à ces numéros en rentrant de l’école.

Leurs copines…

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Il s’agit des adolescentes. Elles n’essayent pas de s’émanciper en faisant les mêmes cabriolets que les garçons mais elles sont folles de moto. Elles sont prêtes à tout pour avoir une moto.  Le garçon qui vient draguer à intérêt à avoir une jolie Djakarta. Neuve de préférence. Quand elle a la sienne, celle du copain est épargnée sinon, les sorties ont un goût prononcé de ballade à moto, certaines mauvaises langues prétendent même que les djakartas font concurrence aux chambres de passe et aux hôtels. Je n’en sais rien !  De toutes manières les Djakartas et les hôtels sont tous chinois !

La Djakarta est intégrée à tenue vestimentaire de ces jeunes filles qui s’asseyent  la croupe surélevée alors que le pantalon à la taille basse dévoile une grande partie du patrimoine (s’en est-il pas un ?), les jambes serrées vers l’avant, les mèches  folles et longues au vent, de grandes glaces au bout du nez.  Elles utilisent la liberté que l’engin leur accorde à faire ce qu’elles aiment le plus : se promener avec les garçons, faire l’école buissonnière, aller à la plage. En cette période de canicule, ils se ruent sur les plages aux bords du fleuve Niger. Les multiples cas de noyade ne les découragent points.  Ils sont innocents et bien jeunes, responsables sont les parents qui leur ont offert ce « cadeau empoisonné ». On m’a parlé de certaines audacieuses  qui ont leur numéro de téléphone tatoué juste sur une partie dévoilée. Mais  je n’ai jamais pu en rencontrer et me laisse aller au doute même si je les sais coquines.

Les grandes dames…

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Pour les femmes, que dis-je, les DAMES, la Djakarta  a été comme une manne bien qu’elle soit puissante avec ses 4 vitesses et son embrayage automatique. Elle a les a libérées des sotramas. Plus besoin de rester une heure au soleil pour avoir un bus, à suer, ni à tacher leur Bazin riche tellement précieux ! La moto est toujours scintillante, proprement lavée, d’une couleur à la mode.

La travailleuse…

Crédit Photo: Faty
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La djakartas est  arrangeante aussi pour les femmes travailleuses.  Cette fois-ci elle permet de gagner du temps et de l’argent !

En effet, les prix des transports en commun ne font que grimper d’année en année. En plus , ces bus sont pratiquement insuffisants pour Bamako. Le soir, c’est un véritable parcours du combattant pour rentrer et concorder avec le télénolas.   Plus tu es chargée, moins tu as de chance de rentrer à la maison. Les marchandes ont toutes les peines du monde le petit soir au grand marché de Bamako.  En tout cas, celles qui n’ont pas de moto car la Djakarta est si commode pour transporter les bagages et autres sacs de condiments.

La Djakarta n’appartient donc pas à une seule classe de femmes. Toutes en ont, quel que soit le travail qu’elles exercent, de l’enseignante à la vendeuse de friperie.

Il suffit de faire le tour de Bamako, à moto de préférence pour te rendre compte qu’ici c’est naturel pour une femme de conduire une moto. Tu les verras, les motos encombrées de toutes sortes de marchandises, parfois l’enfant bien attaché au dos, si elles ne transportent pas toutes sa petite famille (3 à 4 enfants)  tôt le matin ou le soir, après les cours. Mais en général, elles ne roulent pas vite. Moi je dépasse rarement pour ne pas dire que je n’atteins jamais 60 km/h.

Après m’avoir dépassé sur le pont FAHD, David Kpelly me l’a fait remarquer, mais je fais tout pour éviter les hommes qui conduisent comme des fous et sans raison parfois c’est juste un chômeur qui a prêté la moto pour aller voir une fille qui te rentre dedans et te casse une dent (les prothèses dentaires sont moches et si chères !).

« Qui va lentement, va surement ». N’est-ce pas maman, toi qui ne voulais même pas que j’utilise cet engin à Bamako parce qu’on t’avait dit que la circulation y était dangereuse et après les accidents de mes deux grands-frères ?

 C’est d’ailleurs l’occasion pour vous raconter la petite histoire de ma moto.

 

crédit photo: Faty
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Elle m’a été offerte par ma sœur cadette quand elle a conclu qu’elle ne pourrait jamais arriver à conduire à Bamako. Comprenez-la, elle est médecin.

Je n’ai commencé à la conduire qu’à Tombouctou où la circulation est presque inexistante.

Baba Wangara qui est un collègue, mais aussi un très bon ami (nous nous appelons jumeau car nos teints foncés sont  proches). Certaines personnes y voient de la ressemblance quand ils ne nous prennent pas pour un couple (ce n’est que pure amitié). Il m’a appris à la conduire en une semaine. Juste. J’ai commencé mon apprentissage un lundi soir, vers 17h, à  la dune Chirac (une grande dune située près de la porte d’entrée de la ville,  qui a été baptisée à l’honneur de Chirac lorsqu’il vint en visite à Tombouctou).

Je portais mon maillot de l’Ajax (la première équipe que  j’ai supporté et j’étais fan de David), un pagne bien attaché et un collant. Je ne suis pas tombée ce soir-là. J’eus du mal avec l’équilibre car je ne savais conduire qu’avec ma manette de PlayStation. Baba était assis derrière moi. Le mercredi, je partais seule avec la moto et essayais de suivre le circuit qu’il m’avait tracé. Je ne savais pas tourner.  Le vendredi soir après une belle chevauchée dans le sable, je connus ma première chute qui me valus un grand trou dans mon collant et une grande assurance dans ma conduite.  J’ai compris pourquoi on tombe de la moto et comment. Et surtout quand tu tombes, lâches le poignet. Depuis je ne suis plus tombée. Je suis rentrée à la maison en conduisant fièrement ma Djakarta. Rendez-vous a été fixé au samedi matin à l’école.

–          « Tu peux partir à l’école avec maintenant » me dit mon maître.

–          « Mais je ne sais tourner que de ma gauche ! », lui dis-je.

–          « Oui je sais mais on devient forgeron en forgeant, tu sauras tourner des deux cotés en circulant ».

Depuis ce samedi matin, je ne sais plus de quel mois de l’année 2011, je suis rentrée dans l’association des Djakarteuses (pure création de ma part) de Tombouctou. Mais moi , j’utilise ma moto pour aller à l’école contrairement à d’autres qui n’ont leur Djakarta que pour aller au marché et se pavaner. Cela ne me déplairait pas si j’étais une Djakarta, c’est une vie de rêve,  déjà que les hommes pensent que les motos des femmes sont des motos « à l’aise ».

Une vie tranquille… Tombouctou est une ville paisible. Pas besoin de porter une grande attention à sa moto comme à Bamako où on dérobe les motos  à la moindre occasion. Quand je rentrais du CFAB (Centre de Formation Ahamadou Badou, une école professionnelle) où je donnais des cours d’orthographe, je laissais ma moto devant notre maison jusque tard la nuit. Quand  je m’apprête à dormir, je la rentre et boucle la porte.

L’an 2012, mois de mars, un mercredi soir, vers 21h, je sortis pour aller chercher je ne sais plus quoi à la boutique au bout de la rue et catastrophe, Mon cœur bondit (je n’ai pas eu cette sensation depuis la proclamation des résultats du Bac au Lycée Korombé de Niamey) : ma moto n’était pas là.

Je crus devenir folle. Où est-elle ? Pourtant  j’ai condamné le guidon (le cou disons-nous) j’alarme mon cousin Alhousseini  Alhadj (lui aussi blogueur).

–          « Quand tu es sorti, tu n’as pas remarqué son absence ? »

–          « Si mais je pensais que tu étais sortie »

Nous suivîmes les traces et demandâmes à une voisine qui avait sa porte ouverte et ne pouvait qu’avoir vu le voleur. Elle dit non alors que sa fille la contredit :

–          «  Ayegna, je t’ai dit que le jeune homme est en train de partir avec la moto de Titty, tu m’as dit ‘’a te igné sira la’’ (ça ne te regarde pas). »

Je détestais la femme qui était pourtant une bonne cliente de ma mère (elle vend des condiments).  J’appelai mon jumeau qui vint aussitôt puis parti à sa recherche en suivant les traces qui se perdirent dans le marché Yobou Tao, près de chez moi. « Fatouma, je vais foncer voir sur la route de Goundam.  Entre temps va faire une déclaration à la police ».

La Police ? Une autre histoire. J’y partis avec Alhouss sur sa moto. Il y avait une équipe de garde. Un officier (je crois hein) prit ma déclaration de perte et me demanda de repasser le lendemain matin. Nous passâmes la nuit à chercher et à diffuser la mauvaise nouvelle dans la ville.  Tombouctou est petit. Mais nous ne la retrouvâmes pas. Je n’ai pas dormi la nuit-là. J’avais l’impression d’avoir perdu un être cher. Le lendemain, je fis un crochet à la police pour voir s’il avait des nouvelles (sans réellement y croire). Rien. Pire le fameux officier de garde d’hier n’avait même pas parlé de notre déclaration à ceux qui sont venus le relever. Si c’est la police qui retrouvera cette moto, je crois que je peux me résigner et en acheter une nouvelle.

Tout le monde me dit d’aller me confier à un certain marabout de Tombouctou ( je ne veux pas donner son nom sans son avis ). Plus question de cartésianisme pour moi. J’y partis.  Il est au courant. La moto n’est pas à Tombouctou. Mais elle sera retrouvée.

Vendredi, samedi … Les jours passaient et je ne retrouvais toujours pas ma moto. D’habitude quand une moto disparaît à Tombouctou, ce sont justes des gamins qui « l’empruntent » au propriétaire un temps et ils l’abandonnent une fois le carburant fini.

Dimanche, lundi : après deux heures de français en 2ème année Généraliste, je partais au CVF (Centre Virtuel de Formation), c’est notre salle informatique. J’y assure des cours volontaires d’informatique pour me connecter à internet un instant. Grande amatrice de football, j’organise chaque année un tournois interclasse en mon nom. Les élèves vinrent m’informer que le professeur d’EPS , organisateur principal était à ma recherche. Je partais à sa rencontre quand il rentra.

–          «  Fatouma, je voulais te dire que quelqu’un m’a dit avoir vu ta moto à la sortie de Goundam ( une ville situé à 85 km de Tombouctou)vendredi », me dit-il d’une voix traînante.

Au lieu d’être contente, je devins furieuse.

–          «  Vendredi et aujourd’hui lundi, tu pouvais me rappeler ! »

–          « Désolé, mais je n’avais pas ton téléphone »

–          « Merci quand même ! »

J’appelais aussitôt Baba Wangara qui était à la banque pour l’informer de la nouvelle. Il  me donna de l’espoir. On va aller voir les réparateurs. Ils se connaissent tous dans la région. Avec l’indication-là nous pouvons l’avoir. « Si cette moto se trouve à Goundam, je te jure que je te le ramènerai. ».

Il tint parole car le mardi, je m’apprêtais à sortir quand il m’appela : «  Ma jumelle, j’ai ta moto. Amène–moi les papiers et ne le dit à personne d’abord. Je te le ramène demain  Inchallah».

Baba est extraordinaire. J’en avais des larmes aux yeux. Il s’est tellement investi dans cette histoire de moto. Je me demande si mon propre frère de sang l’aurait fait. J’avais entre-temps pris la moto de ma sœur cadette qui venait d’accoucher et m’en plaignais tous les jours car la comparant à ma moto qui était plus neuve.

24h plus tard, il était 14h47, je m’en rappelle comme si c’était hier le klaxon de ma moto retentit devant notre porte. Ce klaxon si fort qui la rendait particulière. Ma mère fut la première à la reconnaître je crois car elle sortit avec moi. Nous deux, pieds nus et  Baba couvert de poussière rouge. La moto a bien changé dans son périple goundamien, mais c’est elle. Son cou est cassé. Les garde-fous n’y sont plus. Une vieille clé traîne derrière. L’affiche d’un pouce levé y  a été collée.

Ma moto avait fait une semaine dans la nature avec un adolescent de Goundam qui me l’avait volé pourdes promenades entre Goundam et Léré. Mais heureusement, il a un père responsable qui l’a amené à la gendarmerie avec la moto qu’il ne cessait de transformer.

Une  autre semaine plus tard, les troupes de Touaregs fous entraient dans la ville des 333 saints pour y instaurer « une charia » (qui n’a rien à voir avec la vraie).

Quelle chance ! me dit-on. « Ta sœur n’a pas volé l’argent pour acheter cette moto ».

Une bagarre incroyable

 Étienne Dinet, La dispute, 1904, huile sur toile, au Musée des beaux-arts de Mulhouse, par Ji-Elle (Wikimedia Commons)
Étienne Dinet, La dispute, 1904, huile sur toile, au Musée des beaux-arts de Mulhouse, par Ji-Elle (Wikimedia Commons)

Je suis rentrée très fatiguée de Dakar, souffrant horriblement de décalage climatique (je me demande si cela existe en réalité). Le Mali et le Sénégal, ont tous les deux le même fuseau horaire (GMT +0), mais je vous assure que la chaleur sèche de Bamako m’a happée dès mon premier pas sur la rampe de descente de l’avion.

J’ai bien mis deux jours à me remettre. Je ne vais pas oser parler de m’acclimater, car venant de Tombouctou, j’ai l’habitude de pics de chaleur dépassant largement ceux de Bamako…

Je ne fus pas étonnée de voir qu’il y avait eu de nouveaux arrivant dans notre cours commune.  En effet, je réside dans un quartier de Bamako qui n’est pas des plus tranquilles. Tous les jours, que de mésaventures qui arrivent à des habitants, si ce ne sont pas des drames ! Un informaticien togolais tué de deux balles chez lui ? Une jeune dame ou un gentleman revenant d’une balade nocturne dépouillés de leurs engins ? Il s’en passe des choses dans mon quartier qui ne répond pas du tout à son nom : GARANTIGUIBOUGOU – du franbambara qui veut dire « le quartier de celui qui est garanti ».

Donc, j’ai vite remarqué qu’un  couple avait remplacé celui qui vivait à l’étage. Mais cette fois-ci, ce n’étaient des nordistes – nous sommes trois familles originaires de Tombouctou à habiter dans notre résidence, de telle manière que dans notre cour commune, le sonrai est la première langue parlée en lieu et place du bambara – pas même des Maliens.  La courte taille de la femme que je croisais plusieurs fois, la musculature de son corps, sa manière de porter comme les femmes yoruba un seul pagne pour se vêtir et sa manière de porter son enfant me permis de dire que c’étaient des étrangers.

Dispute nocturne

Le jeudi 18 avril 2013, vers 23h, je prenais une Nième douche lorsque des cris stridents me firent sortir à toute vitesse. C’est la voix d’une femme. Est-on en train de l’égorger ? Que se passe-t-il ?

Le temps d’enfiler un vêtement à la va-vite et je suis à la porte, réflexe de kongossa comme dirait mon cher ami Florian Ngimbis.

La cour est remplie de monde. Les cris qui continuent viennent du haut. C’est le nouveau couple d’étrangers, des nigérians – je l’ai compris  à leur anglais plein de A vers la fin des mots terminés par ER.  Le voisin d’en face, Youssouf, prof de psychopédagogie comme moi ne portait qu’une courte culotte – ça se voyait qu’il était déjà dans son lit – le voisin de droite aussi. Celui de gauche n’était pas sorti – était-il mort ? En tout cas aucun sommeil ne peut résister à ces cris bestiaux !

D’en bas, on voyait une femme hystérique crier des choses – qui ne devaient pas être très douces – dans un dialecte que nous ne comprenons pas, et se jeter sur son conjoint-son mari. Elle crie c’est vrai, mais c’est elle qui frappe le monsieur que j’aperçus sous l’éclairage diffus d’une petite ampoule. C’était un grand homme à la peau rendue rougeâtre par une dépigmentation de plusieurs années. Il portait un débardeur  et un short de couleur kaki. Il parlait fort avec les voisins d’en haut, qui essayaient de le maîtriser  en bégayant.

La femme se jeta sur lui comme une furie et le mordit rageusement: il poussa un cri à réveiller un mort. Les gens les séparèrent. On emporta la femme vers la gauche. Elle continua à l’insulter. Il disait machinalement : « You come, You come… »

Sentant un peu de calme, je voulus monter pour comprendre l’affaire. La femme tenue par les voisines – qui bizarrement avaient de la compassion pour celle qui agressait son homme – profita d’un moment d’inattention pour se jeter sur son mari qui venait de prendre leur enfant dans ses bras. Je fis le trajet du retour précipitamment, manquant de me casser la figure dans les escaliers qui n’étaient pas éclairés.

« She’s not your daughta. You’re not a man »

Cette fois-ci elle réussit à le mordre au ventre, ne se gênant pas pour lui donner des coups de pieds et distribuant des coups aux voisins qui essayaient de porter secours à la mauvaise personne, je crois. Les cris, les poursuites endiablées continuèrent jusqu’à une heure du matin. La menace d’appeler la police fit calmer la femme qui s’enferma dans la maison, laissant le pauvre type sur le balcon. Il me faisait pitié. Il a bien donné quelques coups à cette diablesse qui semblait vouloir le tuer, mais toujours en se retenant.  « Mon Dieu il aime cette lionne », me dis-je. Pas une seule fois, il ne lui a donné un coup qui pourrait la blesser alors qu’elle l’attaquait de front et l’insultait.

Je plaisantais avec la voisine avant de partir me coucher :

– Aicha ne t’en fais pas c’est juste une querelle d’amoureux. Peut-être qu’elle est sado et qu’elle a besoin de le frapper pour qu’il cogne bien. Tu verras, demain ces gens sortiront ensemble. 

– Moi j’ai peur qu’il ne la tue car elle continue !

– Non, il ne va rien lui faire. C’est quelqu’un de doux, si tu vois qu’ils sont ensemble aujourd’hui c’est parce qu’il est doux. C’est elle l’animal sauvage. 

– Mais Titty, chez nous une femme ne peut pas se permettre de porter la main sur son mari.

– Oui mais chez nous la femme ne nourrit pas son mari, et même si elle le fait elle ne le clame pas sur tous les toits, aussi sauvagement…

Mais je fus quelque peu déconcertée de voir que la dispute ne se terminait pas. Les cris furent le bruit de fond de mes rêves cette nuit-là, mais ne me demandez pas de quoi il s’agissait.  J’adhère complètement à la théorie de Sigmund Freud sur le sujet des rêves et leur représentabilité dans la réalité. Je n’essaye pas de me les remémorer craignant de perdre du temps à imaginer des choses et à leur donner la dénomination de rêves, alors que ce ne sont que des désirs inavouables ou inavoués.

La nuit porte-t-elle vraiment conseil ?

Le lendemain matin, profitant toujours de mon congé, je me permis une petite grasse matinée et n’ouvrit ma porte qui donne sur la grande cour que vers neuf heures. Ce bon vieux soleil de Bamako était déjà d’aplomb et tapait sur tout sans pitié. Comme par coïncidence, la frappeuse d’homme descendait l’escalier un seau  à la main, se dirigeant vers le robinet commun. Elle portait son enfant dans son pagne. Son visage ne portait pas les marques de la bagarre acharnées qu’elle avait menée quelques heures plus tôt.

Je me dirigeais aussi vers le puits pour puiser de l’eau, me permettant de jeter un coup d’œil vers leur appartement qui est juste en face, un étage plus haut.  Son concubin –je l’appris plus tard de la bouche d’une autre voisine – était à la même place que la veille : les yeux rougis, quelque bleus au bras, le regard perçant, meurtrier. Grrrrrrrrrr… Ce n’est pas fini on dirait.

Une heure après, je les avais presque oubliés quand les cris perçant de la femme que j’ai presque envie de surnommer la sorcière retentirent de nouveau.  Les hostilités avaient recommencées.

Maintenant, l’enjeu est clair : l’enfant.  Le type veut le prendre  et la femme refuse. Il la fait tomber et la lui arrache des mains, la déshabillant aussi sur l’occasion. Heureusement que ces femmes sont différentes de nous et portent toujours des slips manche longues – collants – sous les pagnes. Elle se jeta sur lui, le mordant encore à pleine dent. On les sépara.

Elle continua à l’insulter dans son dialecte. Chose bizarre : c’est elle qui le frappe, et c’est elle qui pleure et crie. Ah les femmes ! Les insultes durent mettre le monsieur en colère, car il la poursuivie et se jeta sur elle et les voisins qui les séparaient. De mon côté, je faisais bien attention à rester assez loin pour ne pas prendre un coup, mais assez proche pour suivre les événements en tant que blogueur, que dis-je bloggeuse qui se respecte.

S’il savait, il n’allait pas faire cela. Elle profita de sa proximité pour prendre son organe génital, géniteur ? On appelle ça en songhoï la qualité de l’homme que je traduirai en français par le mot hommité, qui bien sûr n’existe pas mais permettez-moi d’essayer de vous faire comprendre ma langue maternelle occasionnellement.

Il y eut un bon moment de tiraillement pendant lequel deux groupes, tenant chacun un protagoniste, tiraient pour les séparer. Personne n’osait mettre la main pour faire lâcher prise – et quelle prise ! – à la bonne dame qui fit gicler du sang d’en dessous la grande culotte du monsieur. Ce n’est qu’après avoir échappé à sa tenaille qu’il put pousser un grand cri d’écorché vif et que sa colère se décupla.

Elle se propagea car maintenant tout le monde en avait marre. Il faut que la police vienne nous débarrasser de ce couple avant qu’ils ne se tuent sous nos yeux ! Quelqu’un appela le propriétaire de la maison alors qu’une voisine essayait de calmer le monsieur. Je pensais que c’était une togolaise, mais c’était une ghanéenne et son échange avec le voisin en colère me permis de comprendre que le monsieur était en réalité marié à cette femme et ce depuis longtemps. C’est elle qui était venue la première au Mali et lui avait dit de venir le rejoindre. Lui est ghanéen et elle nigériane. L’enfant est bien le sien, mais elle aime lui dire le contraire pour lui faire mal. Il l’aime. Mon Dieu. Elle aussi l’aime d’après lui. Quel amour !

Il attira la compassion de toute la maisonnée. Le sang continuait de couler lentement. On lui fit descendre les escaliers alors qu’il marmottait sous sa barbe – toute bleuie – tandis que la femme continuait à vociférer en haut. Le représentant de l’agence qui gérait la maison entra comme un ouragan. Il proféra des menaces à bras le corps, en bambara :

« On ne peut pas accepter cela. Ils ont empêché les habitants de dormir hier et ils remettent ça le jour aussi. Ce sont certainement leurs habitudes de se disputer de cette manière. Prenez votre caution et quittez la maison. »

Des larmes.. aux rires

Il eut le pouvoir de mettre fin aux cris illico presto. Le monsieur commença à se lamenter en disant ne connaitre personne à Bamako – c’est pour ça qu’elle te botte, pensais-je méchamment – la femme gardant la tête sur les épaules et jetant les clés au loin. Il est tellement difficile de trouver une maison à Bamako, que c’est sûr qu’ils vont  être SDF (sans domicile fixe) et pour un bon moment s’ils se font expulser de cette maison.

Comme par hasard, je suivais à la télé l’émission les enquêtes impossibles présenté par Pierre Bellemarre sur la chaîne NT1. Il évoquait les crimes d’un homme qui n’aimait pas les femmes. Hum…

Le calme revint pour toute la journée. Le monsieur remonta les escaliers en marchant comme un jeune circoncis.

Comment et quand ils se réconcilièrent ? Je ne puis dire. Mais j’eus presque envie de partir chercher mes lunettes quand je vis la femme descendre chercher de l’eau sans gêne, avec les habits de son mari ensanglantés pour les laver et les étaler.

Ce matin, ce sont deux complices qui sont partis au marché ensemble – pas courant chez nous – et quand je revenais de mes courses, j’étais sidérée de les voir discuter et rire ensemble sur la route. La femme portait toujours l’enfant au dos et le monsieur avait une baguette de pain en main. Quand je pense que les voisines étaient compatissantes et voulaient laisser le monsieur massacrer cette sorcière la prochaine fois qu’elle s’en prendrait à lui…